L.
SONNETS A GENÉVRA.
1. Le tendre azur de tes yeux, ta longue chevelure blonde, et le pâle éclat de tes traits,--qu'a formés la méditation,--et où semble siéger une douce et paisible douleur dont le tems a désarmé le désespoir,--tout, enfin, dans ton air, respire la mélancolie: et--si je ne savais que ton ame heureuse est un fertile trésor de pensées chastes et pures,--je croirais que tu gémis condamnée aux terrestres soucis. Telle naquit sous le pinceau dont la touche créatrice donnait la beauté et la vie aux couleurs; telle (hormis le repentir qui n'est pas ton partage) la Madeleine du Guide vit le jour:--telle tu nous apparais;--mais, ô précieux avantage! en toi le remords n'a rien à saisir;--ni la vertu à mépriser.
2. Ta joue est pâle de méditation, mais non d'infortune, et toutefois possède un tel charme, que, si le vermillon de la joie cachait cette blanche rose sous ses teintes les plus éblouissantes, je soupirerais après l'instant où dut s'évanouir un trop vif éclat:--le sombre azur de tes yeux ne lance pas d'étincelantes flammes;--mais, hélas! en le contemplant, les yeux les plus sévères fondent en pleurs, et les miens, aussi faibles que le coeur de ma mère, laissent échapper une rosée douce comme les dernières gouttes qui entourent l'arc aérien d'Iris; car, à travers tes cils noirs et longs qui se penchent à terre, ton ame mélancolique et tendre brille comme un séraphin descendu d'en haut: elle plane au-dessus de la douleur, et pourtant accorde sa pitié à toute misère; elle unit à la fois tant de majesté et de douceur, que je t'en vénère davantage, sans pouvoir te moins aimer.