‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 83 sur 112 · LVIII.

LVIII.

CHANSON.

1. Tu n'es pas fausse, mais volage; tu abandonnes les amans que tu recherchas toi-même avec tant de passion. C'est même cette pensée qui double l'amertume des larmes que tu fais répandre. Voilà ce qui brise le coeur que ta légèreté désole. Tu aimes trop bien,--tu délaisses trop tôt[167].

[Note 167: Il y a dans le vers qui finit la stance une paronomase que je crois intraduisible:

Too well thou lovest--too soon thou leavest.

(N. du Tr.)]

2. L'on méprise les coeurs faux: l'on dédaigne la femme perfide et sa perfidie. Mais quand celle qui ne déguise aucune pensée, celle dont l'amour est aussi vrai que doux,--quand celle qui aimait si naïvement vient à changer, alors on éprouve la peine que j'ai tout à l'heure éprouvée.

3. Rêves de joie, veilles de chagrin, c'est le destin de tout amant et de toute ame[168]. Et si le matin, au réveil de nos sens, nous pardonnons à peine à notre imagination de nous avoir abusés en songe pour laisser notre ame après le sommeil dans un plus morne isolement:

[Note 168: Il y a aussi un jeu de mots dans le texte... all who love or live.

(N. du Tr.)]

4. Que doivent donc ressentir ceux qu'embrasa non pas une vision trompeuse, mais la passion la plus vraie, la plus tendre? passion sincère, mais, hélas! aussi passagère que si elle fût née d'un rêve? Ah! sans doute, une telle douleur est un jeu de l'imagination, et ton changement n'est qu'un rêvé lui-même!

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