‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 82 sur 112 · LVII.

LVII.

CHANSON D'AMOUR.

(Traduite du grec moderne.)

1. Hélas! l'amour n'exista jamais sans ce cortége de peines, d'angoisses et de doutes qui déchire mon coeur, et le condamne à d'éternels soupirs durant la nuit et durant le jour aussi sombre que la nuit même.

2. Sans qu'une oreille amie écoute ma plainte, je languis, je meurs sous le coup qui m'a blessé. Je savais bien que l'amour avait des flèches: mais, hélas! je sens que ces flèches sont empoisonnées.

3. Oiseaux encore en liberté, fuyez les rets que l'amour a tendus autour de vos demeures: sinon, environnés par des flammes fatales, vos coeurs s'embraseront, et vous perdrez toute espérance!

4. Moi aussi, je voltigeais insouciant et libre: ainsi ai-je passé plus d'un heureux printems. Mais enfin je tombai dans le piége trompeur: j'y brûle, maintenant, et trémousse de l'aile sans force et sans essor.

5. Qui n'a jamais aimé,--jamais aimé en vain, ne peut ni comprendre ni plaindre la douleur: il ne connaît ni les froids refus, ni les regards dédaigneux, ni les éclairs dont l'amour arme un oeil irrité.

6. Dans maint rêve flatteur je te croyais à moi: aujourd'hui se meurt l'espérance, se meurt celui qui espérait. Je ressemble à la cire qui se fond, ou à la fleur qui se flétrit; tel est l'effet de ma passion et de ton pouvoir[166]!

[Note 166:

Like melting wax, or withering flower, I fell my passion, and thy power.

M.A.P. traduit: «Ma passion et tes charmes me semblent une cire qui se fond ou une fleur qui se flétrit.»

(N. du Tr.)]

7. Flambeau de ma vie! ah! réponds-moi, pourquoi cette lèvre boudeuse et cet oeil altéré? O ma colombe! ô ma belle compagne! as-tu donc changé, et peux-tu désormais haïr?

8. Mes yeux ruissellent comme deux torrens d'hiver. Quel malheureux voudrait échanger sa misère contre la mienne? Ma colombe! apaise-toi: un seul de tes accens aurait un charme magique pour faire vivre ton amant.

9. Mon sang se fige, mon cerveau se perd dans le délire: voilà le supplice que je souffre en silence. Et cependant ton coeur; insensible à toutes mes angoisses, triomphe,--tandis que le mien se brise.

10. Verse-moi le poison: n'aie point peur! Tu ne peux m'assassiner plus que tu ne fais maintenant. J'ai vécu pour maudire le jour de ma naissance, et l'amour qui fait mourir d'une mort si lente.

11. Mon ame est blessée à mort, mon coeur saigne: la patience peut-elle me donner quelque repos? Hélas! je l'apprends trop tard (et je paie cher la leçon): le plaisir est l'avant-coureur de la misère.

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