‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 05, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 21 sur 42 · XVIII.

XVIII.

VERS ADRESSÉS A UNE JOLIE QUAKERESSE.

Aimable enfant! quoique nous ne nous soyons rencontrés qu'une fois, je n'oublierai jamais cette entrevue; et quoique nous ne devions plus jamais nous revoir, le souvenir me retracera toujours tes beaux traits. Je ne voudrais pas dire: je t'aime; mais mes sentimens luttent encore avec ma volonté. En vain pour t'arracher de mon cœur je repousse sans cesse mes pensées; en vain je réprime mes soupirs prêts à s'échapper, un autre succède à celui qui est étouffé: peut-être n'est-ce pas de l'amour, mais cependant je ne puis jamais t'oublier. Quoique nous n'ayons pas rompu le silence, nos yeux ont parlé un langage plus doux. La langue dissimule dans un langage flatteur et exprime ce que le cœur ne sent point; la tromperie souille des lèvres coupables et fait taire les émotions du cœur; mais les interprètes de l'ame, les yeux dédaignent une pareille contrainte, et méprisent tout déguisement. Ainsi--nos regards s'arrêtèrent souvent l'un sur l'autre, et nos cœurs s'entendirent, sans qu'un sentiment intérieur nous en ait blâmés; dis plutôt que c'était le sentiment qui nous inspirait.--Quoique je réprime ce qu'il exprimait, cependant je conçois que tu veuilles en deviner une partie; car, en même tems que ma mémoire réfléchit sur tes charmes, peut-être la tienne s'égare-t-elle jusqu'à moi.

Ainsi, pour moi du moins, je puis dire que ton image m'apparaît dans la nuit, dans le jour; dans la veille, mon imagination en est tout occupée;--dans le sommeil, cette image me sourit dans des songes fugitifs;--cette vision charme le cours des heures, et me fait maudire l'apparition de l'aurore qui vient dissiper mon sommeil plein de délices, et me fait désirer une nuit sans fin! Oh! quel que soit mon sort à venir, que le plaisir ou la douleur attende mes pas errans, séduit par l'amour, ou assiégé par la tempête, jamais, oh! jamais je n'oublierai ton image! Hélas! nous ne nous reverrons donc plus, nos premiers regards ne pourront plus se répéter! Alors, permets-moi de murmurer cette prière d'adieu, inspirée par l'inquiétude de mon cœur: «Puisse le ciel tellement protéger mon aimable quakeresse que la douleur ne puisse jamais l'atteindre; mais heureux soit aussi, hélas! celui qui partage son cœur! Oh! puisse l'heureux mortel, destiné à lui être uni par les liens les plus étroits, lui apporter à chaque instant de nouvelles joies et perdre le titre de mari dans celui d'amant. Puisse ce beau sein ne jamais connaître ce que c'est que de ressentir une peine incessante, qui torture l'ame d'un vain regret pour l'objet--que l'on ne peut jamais oublier.»

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