IV.
Extrait de l'ouvrage: Histoire d'Italie, par P.L. Ginguené, tome IX, chap. 36, page 144, édition de Paris, mdcccxix.
Il y a une prédiction fort singulière sur Venise: «Si tu ne changes pas, dit-il à cette république altière, ta liberté, qui déjà s'enfuit, ne comptera pas un siècle après la millième année!»
En faisant remonter l'époque de la liberté vénitienne jusqu'à l'établissement du gouvernement sous lequel la république a fleuri, on trouvera que l'élection du premier Doge date de 697; et si on y ajoute un siècle après mille, c'est-à-dire onze cents ans, on trouvera encore que le sens de la prédiction est littéralement celui-ci: «Ta liberté ne comptera pas jusqu'à l'an 1797.» Rappelez-vous maintenant que Venise a cessé d'être libre en l'an 5 de la république française, ou en 1796; vous verrez qu'il n'y eut jamais de prédiction plus précise et plus ponctuellement suivie de l'effet. Vous noterez donc comme très-remarquable ces trois vers de l'Alamanni adressés à Venise, que personne pourtant n'a remarqués:
Se non cangì pensier, l' un secol solo Non conterà sopra l' millesimo anno Tua libertà che va fuggendo a volo.
Bien des prophéties ont passé pour telles, et bien des gens ont été appelés prophètes à meilleur marché.
L'auteur des Esquisses descriptives de l'Italie; etc., l'un des Tours publiés depuis peu par centaines, se montre extrêmement jaloux de prévenir l'accusation de plagiat que pourraient lui faire les lecteurs de Childe-Harold et Beppo. Il ajoute que la coïncidence présumée de son livre avec ces ouvrages peut encore moins être attribuée aux secours de ma conversation, attendu qu'il a plusieurs fois rejeté l'offre qu'on lui faisait en Italie de m'être présenté.
J'ignore quelle peut être cette personne; mais il faut qu'il ait été trompé par tous ceux qui, plusieurs fois, offrirent de me le présenter, attendu que j'ai toujours refusé de voir tout Anglais avec qui je n'avais pas de relations antérieures, quand même ils avaient des lettres de l'Angleterre. Si son assertion n'est pas un mensonge, je prie cette personne de ne pas croire plus long-tems qu'elle aurait pu être introduite chez moi, car il n'est rien que j'aie évité aussi soigneusement que toute espèce de commerce avec ses compatriotes, excepté le très-petit nombre de ceux qui résidaient à Venise ou que je connaissais auparavant. Quiconque lui fit une pareille proposition était doué d'une impudence seulement égale à celle d'un homme qui hasarderait la même assertion sans qu'elle fût fondée. Le fait est que j'ai une horreur profonde de tout contact avec les voyageurs anglais, comme pourraient l'attester, si la chose en valait la peine, mon ami le général Hoppner, consul, et la comtesse Benzoni dont la maison est surtout fréquentée par eux. J'ai été persécuté par ces Touristes jusque dans mes courses à cheval sur les bords du Lido, et pour les éviter je me suis vu réduit à faire les plus ennuyeux détours. J'ai plusieurs fois répété à Mme Benzoni le refus de leur rendre visite, et d'un millier de présentations qu'on sollicita, je n'en ai accepté que deux, et elles venaient de deux dames irlandaises.
Je ne serais pas descendu à de pareilles niaiseries si l'impudence de cet Esquisseur ne m'avait pas obligé de réfuter une assertion sotte et gratuitement impertinente. Je parle ainsi, car quel profit pouvait tirer le lecteur d'apprendre que l'auteur avait plusieurs fois refusé de m'être présenté, même si le fait eût été vrai, ce dont il est permis de douter? A l'exception des Lords Lansdown, Jersey et Landerdale; de MM. Scott, Hammond, Sir Humphry Davy, feu M. Lewis, W. Bankes, M. Hoppner, Thomas Moore, Lord Kinnaird et son frère, M. Joy et M. Hobhouse, je ne me souviens pas d'avoir échangé un mot avec quelqu'autre Anglais depuis mon départ de leur pays et presque toutes ces personnes je les connaissais auparavant. Quant aux autres, et Dieu sait qu'ils étaient quelques centaines, ils me fatiguèrent de leurs lettres et de leur empressement, mais j'ai refusé toute espèce de communication avec eux et je serais fier et heureux qu'ils voulussent bien partager sur ce point mes sentimens.
FIN DE L'APPENDICE.
LE DÉFIGURÉ TRANSFIGURÉ[loc21].
DRAME.
[Note loc21: Cette traduction peut seule rendre l'espèce de jeu de mots du titre original: The Deformed Transformed.]
AVERTISSEMENT.
Cet ouvrage est fondé en partie sur un roman intitulé: Les Trois Frères, publié il y a quelques années, et qui déjà avait inspiré à M.G. Lewis son Wood Demon (Démon des bois); et en partie sur le Faust de l'illustre Goëthe. On ne publie aujourd'hui que les deux premières parties de ce drame, et le chœur d'ouverture de la troisième. Peut-être donnera-t-on plus tard le reste.
PERSONNAGES.
INCONNU, ensuite CÉSAR. ARNOLD. BOURBON. PHILIBERT. CELLINI. BERTHE. OLIMPIE. Esprits, Soldats, Citoyens de Rome, Prêtres. Paysans, etc.
LE DÉFIGURÉ TRANSFIGURÉ.