‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 08, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 6 sur 7 · L'ANGE.

L'ANGE.

Qui pourrait anéantir le meurtre? ce qui est fait est fait. Éloigne-toi! accomplis tes jours! et puissent tes actions ne pas ressembler à celle que tu viens de commettre!

(L'ange disparaît.)

ADAH.

Il est parti; éloignons-nous. J'entends les cris de notre petit Énoch dans son berceau.

CAÏN.

Ah! il ignore pourquoi il pleure! et moi qui répandis le sang, je ne puis répandre de larmes; mais les quatre rivières ne pourraient laver mon ame[35]. Crois-tu que mon fils puisse jamais me regarder?

[Note 35: Les quatre rivières qui entouraient l'Éden, les seules, par conséquent, que connût Caïn sur la terre.]

ADAH.

Si je croyais qu'il ne le voulût pas, je voudrais--

CAÏN, l'interrompant.

Non, non! plus de menace: nous en avons trop subi. Va prendre ton enfant; je vous suivrai.

ADAH.

Je ne te laisse pas seul avec le mort; quittons ces lieux ensemble.

CAÏN.

O toi, image inanimée et toujours présente! toi dont le sang doit voiler de deuil la terre et les cieux! J'ignore ce que tu es maintenant! mais si tu vois ce que je suis, je crois que tu me pardonnes ce que ne pardonnera jamais ni ton Dieu ni mon propre coeur.--Adieu! je ne dois, je n'ose toucher ce que j'ai fait. Je sortis des mêmes entrailles que toi; j'ai sucé le même sein; je t'ai souvent pressé dans mes bras; souvent nos jeux enfantins se confondirent; et voilà que je ne puis plus t'approcher, que je n'ose pas même faire pour toi ce que tu aurais fait pour moi:--réunir tes membres dans leur tombeau,--le premier tombeau creusé pour les mortels. Mais ce tombeau, qui l'a creusé? O terre! ô terre! voilà le trésor que je dépose dans ton sein, en récompense de tous ceux que j'ai reçus de toi.--Au désert maintenant!

(Adah s'incline, et baise le corps d'Abel.)

ADAH.

Cruelle et prématurée fut ta mort, ô mon frère! et moi seule, de tous ceux qui pleurent sur toi, je ne puis verser de larmes. Mon devoir est désormais de sécher des pleurs, et non pas d'en répandre. Mais pourtant, de tous ceux qui gémissent, nul ne gémit comme moi, non-seulement sur toi, mais sur celui qui t'a frappé. Allons, Caïn! je supporterai la moitié de ton fardeau.

CAÏN.

Nous marcherons à l'orient d'Éden; cette ligne est plus désolée: elle me convient davantage.

ADAH.

Marche le premier! tu seras mon guide, et puisse être le tien notre Dieu! Allons chercher nos enfans.

CAÏN.

Celui qui repose ici n'en avait pas; j'ai tari la source d'une race vertueuse qui eût bientôt charmé les noeuds d'une union récente. Hélas! en les joignant plus tard aux enfans d'Abel, la dureté de mon naturel se fût adoucie chez eux! Abel!

ADAH.

La paix soit avec lui.

CAÏN.

Mais avec moi!--

(Ils sortent.)

FIN DE CAÏN.

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