‹ Œuvres complètes de Mathurin Regnier, accompagnées d'une notice biographique et bibliographique, de variantes, de notes, d'un glossaire et d'un indexChapitre 9 sur 11 · IV. - V.

IV. - V.

Quelque moine de par le monde Preschoit vn iour dans vne pippe, Et par le pertuis de la bonde, Paroissoit vn bout de sa trippe. Gardons nous bien qu’il ne nous pippe, Dirent les Dames en riant. Lors dict le prescheur en criant, Tout remply de courroux & d’ire, Tout beau, paix là, laissez moy dire, Ou par Dieu vous irez dehors, Que le diable qui vous fait rire, Vous puisse entrer dedans le corps.

TOMBEAV D’VN COVRTISAN.

Vn homme gist sous ce tombeau, Qui ne fut vaillant qu’au bordeau, Mais au reste plein de diffame: Ce fut, pour vous le faire court, Vn Mars au combat de l’amour, Au combat de Mars vne femme.

APPENDICE.

POUR M. LE DAUPHIN.

Delos flottant sur l’onde s’agitoit Ains que Phebus en elle eust pris naissance; Ainsy la France en l’orage flottoit Lorsque naquit vn soleil à la France. Sainte Latonne, ardent but de nos vœux, Par ta vertu si chaste & si feconde, Pour assurer la terre à ses nepueux, De petits dieux tu repeuples le monde, Et, relevant notre empire abattu Tu le remets en sa base si ferme, Qu’estant sans fin, ainsi que ta vertu Il n’est du Ciel limité d’aucun terme.

SUR UN LIVRE DU LEGER ET DU PESANT

Fait par le CARDINAL DU PERRON.

Cher lecteur, ce livre present Est du leger & du pesant, Mais il a, pour en bien iuger, Moins de pesant plus de leger.

SUR LA TRADUCTION DU LIVRE DE L’ENEIDE

Par le même CARDINAL.

Au lieu de precher l’Evangile Il traduit les vers de Virgile.

DU CARDINAL DU PERRON.

Quand Paris fors Enone, aymera rien au monde, Xante retournera contre son propre cours. Xante, retourne donc contre le flus de l’onde: Paris delaisse Enone, & fait d’autres amours.

EPIGRAMME.

Quand il disne il tient porte close, Elle est fermee aux survenans, Et toute nuit quand il repose, Elle est ouverte à tous venans. Ie ne l’ay pas desagreable, C’est à luy sagement vescu, Toutefois ce n’est pas à table, C’est au lit qu’on le fait cocu.

NOTES ET VARIANTES

NOTES ET VARIANTES.

Les éditions des Satires de Regnier, publiées du vivant de l’auteur, étant fort rares, il ne paraît pas hors de propos de donner le titre de chacune d’elles en même temps qu’une description sommaire du volume. Voici donc, par ordre de date, la courte liste de ces éditions:

Les premieres oeuures de M. Regnier. Au Roy. A Paris, Chez Toussaincts du Bray, rue sainct-Iacques, aux Espies murs, & en sa boutique au Palais, en la gallerie des prisonniers. M.DC.VIII. Auec priuilege du Roy.

In-4º de 45 ff. plus 8 pages lim. non numérotées, titre compris.

Au verso du titre se trouve l’épigraphe:

Verùm, vbi plura nitent in Carmine, non ego paucis Offendar maculis.

Cette particularité subsiste à la même place dans toutes les éditions originales.

Vient ensuite après l’Épître limineaire & l’Ode à Regnier, le privilége du Roy, donné au poëte pour six ans. Il est daté de Paris le 23 avril 1608. Au pied de ce document on lit la mention suivante:

Et ledit sieur Regnier a permis, & permet, concent & accorde, que Toussaincts du Bray, marchant Libraire à Paris, Imprime ou face Imprimer, vende & distribue & Iouisse dudit Priuilege, ainsi qu’il a été accordé entre eux. Fait ce 13. may 1608.

Au dos du 4e ff. lim. se trouve l’épigr.:

Difficile est satyram non scribere.

Cette édition contient dix satires, plus le Discours au Roy. Au folio 15, verso, se trouve la satire adressée à Bertault, evesque de Sées, dont le nom imprimé par erreur: Betault, est habituellement couvert d’un bandeau rectificatif.

Les fleurons des pages 2 lim., 12, 16, 21, 26, 28, 33, 38 & 41, portent le nom de Gabriel Buon, d’où l’on peut conclure que Toussaincts du Bray était en relations particulières avec l’éditeur de Ronsard.

Les Satyres du Sieur Regnier. Reueues & augmentées de nouueau: Dediées au Roy. A Paris, chez Toussaint du Bray, &c. M.DC.IX. Avec priuilege du Roy.

In-8º de 133 pages, plus 4 ff. non chiff., tit. comp.

On lit à la fin de ce volume, avant le privilége qui est le même que celui de l’édition originale:

De l’imprimerie de P. Pautonnier, au mont Sainct-Hilaire.

Les satires sont disposées dans l’ordre adopté en 1608. Il convient d’observer toutefois que la Xe satire, adressée à Freminet, devient ici la XIIe, par l’intercalation de deux pièces nouvelles que Brossette a intitulées le Souper ridicule & le Mauvais Giste. Ainsi, dans la présente édition, elles font suite à la satire dédiée à Rapin.

Les Satyres du Sieur Regnier, &c. (même titre que ci-dessus). M.DC.XII. Auec priuilege du Roy.

In-8º de 80 ff., savoir: 8 pages lim. non chiffr., tit. comp.; 68 (imp. 66) ff. numér. & 8 ff. postlim. non num.; ces derniers feuillets contenant le Discours au Roy & le privilége du 23 avril 1608.

Cette édition renferme, dans l’ordre suivi pour celle de 1609, douze pièces à la suite desquelles se trouve, fº 63, la XIIIe satire: Macette, qui paraissait alors pour la première fois. Nous signalons plus bas les variantes du texte original.

Il faut remarquer en outre que des pages 1 à 47 & 51 à la fin de l’Epistre au Roy, l’édition de 1612 contient page pour page le même nombre de vers. On pourrait croire à une réimpression exacte, si les fleurons, les titres, & enfin, ce qui est plus important, le texte, n’offraient des différences bien marquées.

Les Satyres du Sieur Regnier. Reueuës, &c. Paris, M.DC.XIII. Auec priuilege du Roy.

In-8º de 93 ff., plus 8 pages non num., tit. comp. Priuilege à la fin comme dans 1609.

Cette édition contient de plus que la précédente, à la suite de la satire de Macette & avant le Discours au Roy, dix-sept pièces: les satires XIV & XV, la suivante adressée à monsieur de Forquevaus, la satire XVII, les deux Élégies Zelotipiques, celle sur l’Impuissance, le Sonnet sur le trespas de monsieur Passerat, les Stanses (sur le choix des divins oiseaux), la C. P., les épigrammes sur le portraict d’un poéte couronné, les stances contre vn amoureux transy, & enfin cinq Quatrains satiriques.

Parmi ces pièces, deux avaient déjà été publiées: la première, sur le trespas de Passerat, dans le Recueil des œuvres poétiques de Ian Passerat. Paris, 1606; la seconde sur le choix des divins oiseaux avait paru anonyme dans les Muses gaillardes, recueillies des plus beaux esprits de ce temps. Paris, Anthoine du Breuil, 1609.

La plupart des bibliographes, se référant à la date de ce volume plutôt qu’aux singularités du texte & au classement des pièces, ont cru pouvoir affirmer que cette édition des satires était la dernière publiée du vivant de l’auteur.

Nous avons, dans la dernière partie de la notice placée en tête du présent volume, exposé les raisons d’après lesquelles il y a tout lieu de croire que Regnier était mort depuis quelques mois au moment où ses satires furent publiées par l’un de ses plus intimes amis.

Page 8.

Motin (Pierre), né à Bourges. Ce poëte, ami de Regnier, a laissé de nombreuses pièces de vers éparses dans les anthologies publiées au commencement du XVIIe siècle. M. Tricotel a donné la liste des recueils contenant des vers de Motin, dans ses Variétés bibliographiques, & l’on peut se convaincre par cette énumération que le poëte en question jouissait d’une grande vogue. Motin mourut vers 1615, comme il paraît résulter des vers de son neveu Bonnet, dans les Délices de la Poesie françoise de F. de Rosset.

S. I, p. 10, v. 15.

Auiourd’huy que ton fils.--Le Dauphin, qui fut plus tard Louis XIII, né à Fontainebleau le 27 septembre 1601.

-- v. 21.

Il luy trousse les bras de meurtres entachés, 1608 & 1609; des meurtres, 1612 & 1613.

Page 12, v. 21.

I’imite les Romains encore ieunes d’ans, 1608 & 1613; ieune d’ans, 1609 & 1612.

-- v. 28.

Aussi que les vertus florissent en cest’ age, 1608; fleurissent, 1609 & 1612.

Page 13, v. 6.

Sinon qu’en sa bisarrerie, 1608 & 1609; sinon en, 1612 & 1613.

-- v. 30.

Que Parnasse m’adopte, 1608 & 1609; m’adore, 1612 & 1613.

S. II, p. 14.

A monsieur le Cte de Caramain, 1608; de Garamain, 1609 à 1613.

Cette permutation était fréquente dans les noms propres comme dans les noms communs, au commencement aussi bien que dans le corps des mots. On écrivait crotesque & intriques pour grotesque & intrigues. Dans les éditions des Satyres de Regnier de 1609 & 1612, on trouve (S. X) tronguez & quignon pour tronquez & guignon.

Adrien de Montluc-Montesquiou, comte de Cramail, petit-fils du maréchal de Montluc, né en 1568, mort en 1646. Compromis lors de la journée des Dupes, il passa douze ans à la Bastille. On a de lui les Jeux de l’inconnu (1630), l’Infortune des filles de Ioie & la Comedie des Proverbes (1633).

-- v. 9.

Qu’elle ait séche la chair, 1608; seché, 1609 à 1613.

Page 15, v. 29.

Pour moy si mon habit par tout cycatrisé, 1608; cicatrisé, 1609 & 1612; cicatricé, 1613.

Page 16, v. 7.

En la court d’vn Prelat.

Brossette a supposé qu’il s’agissait ici du cardinal de Joyeuse. Cette hypothèse, justifiée par le grand luxe du cardinal, & les liaisons de Desportes avec le frère aîné du prélat, Anne de Joyeuse, tué à Coutras, a été depuis présentée comme un fait certain par Niceron & les éditeurs de Regnier, sans autre indice à l’appui.

-- v. 31.

Qui reléve vn pédant de nouueau baptisé.

Ce pédant nous semble être Duperron, dont la fortune, faite par Desportes, a dû plus d’une fois surprendre Regnier. Duperron, né à Berne en 1556, fut en effet converti au catholicisme par Desportes, & par son savoir comme par l’appui de son directeur, le nouveau catéchumène devint confesseur de Henri III. Il prit ensuite part à la conversion d’Henri IV, qui le nomma évêque d’Evreux en 1591. Il devint enfin cardinal en 1604.

Page 17, v. 16.

Et chacun à son dire; en son dire, 1609 à 1613.

-- v. 22.

De Socrate à ce point l’arrest; l’oracle, 1609 à 1613.

Page 18, v. 18.

Au pris de la vertu n’estime point les hommes, 1608 & 1613; n’estiment, 1609 & 1612.

-- v. 22.

S’assiessont en Prelats, 1608 à 1612; s’assient, 1613.

-- v. 24.

Semblent auoir des yeux regret au demourant; demeurant, 1609 & 1613.

Page 19, v. 6.

Meditant vn sonnet, medite vne Euesché; vn Euesché, 1609 à 1613.

Page 19, v. 27.

Mais pourtant quelque esprit, 1608 & 1613; quel esprit, 1609 & 1612.

-- v. 28.

Sçait trier le sçauoir, 1608 & 1609; sçait tirer, 1612 & 1613.

-- v. 34.

De race en race au peuple vn ouurage fais voir; fait voir, 1609.

Page 20, v. 4.

Ne couche de rien moins que l’immortalité; ne couche de rien moins de, 1609 & 1612, ne touche de rien moins de, 1613.

Touche au lieu de couche constitue une faute typographique assez fréquente au XVIe siècle. On lit dans les Odes d’Olivier de Magny, Paris, 1559, fº 45 vº in fine:

Luy que iadis Calliope Sur le mont à double trope (crope) Combla de ses douceurs.

Dans Regnier même, édition de 1612, on trouve, sat. XI:

Fist il auec son arc quinaude la Nature.

Moins de, plus de s’employaient concurremment avec moins que, plus que:

Or te ferai apercevoir Que ge sai plus de toi assez Et si fu mieldres menestrez De toi...

Recueil général des Fabliaux. Paris, 1871. Tome I, p. 7. Des deux bordeors.

Regnier a dit aussi: Et de mal discourir il vaut bien mieux se taire (S.

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