‹ Œuvres de P. Corneille, Tome 03Chapitre 13 sur 30 · L'INFANTE. - L'INFANTE.

L'INFANTE. - L'INFANTE.

Ah! qu'avec peu d'effet on entend la raison, Quand le coeur est atteint d'un si charmant poison! Et lorsque le malade aime sa maladie[345], 525 Qu'il a peine à souffrir que l'on y remédie[346]!

LÉONOR.

Votre espoir vous séduit, votre mal vous est doux; Mais enfin ce Rodrigue est indigne de vous[347].

Je ne le sais que trop: mais si ma vertu cède, Apprends comme l'amour flatte un coeur qu'il possède. 530 Si Rodrigue une fois sort vainqueur du combat, Si dessous sa valeur ce grand guerrier s'abat, Je puis en faire cas, je puis l'aimer sans honte. Que ne fera-t-il point, s'il peut vaincre le Comte? J'ose m'imaginer qu'à ses moindres exploits 535 Les royaumes entiers tomberont sous ses lois; Et mon amour flatteur déjà me persuade Que je le vois assis au trône de Grenade, Les Mores[348] subjugués trembler en l'adorant, L'Aragon recevoir ce nouveau conquérant, 540 Le Portugal se rendre, et ses nobles journées Porter delà les mers ses hautes destinées, Du sang des Africains arroser ses lauriers[349]: Enfin tout ce qu'on dit des plus fameux guerriers[350], Je l'attends de Rodrigue après cette victoire, 545 Et fais de son amour un sujet de ma gloire.

LÉONOR.

Mais, Madame, voyez où vous portez son bras, Ensuite d'un combat qui peut-être n'est pas.

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