‹ Œuvres de P. Corneille, Tome 04Chapitre 3 sur 30 · I

I

PASSAGES DE LA PHARSALE

DE LUCAIN

IMITÉS PAR CORNEILLE ET SIGNALÉS PAR LUI[250].

Vers 52, 53. Metiri sua regna decet, viresque fateri. (Livre VIII, vers 527.)

55-58. Nec soceri tantum arma fugit, fugit ora senatus, Cujus thessalicas saturat pars magna volucres. (VIII, 506, 507.)

61-64. Et metuit gentes quas uno in sanguine mistas Deseruit, regesque timet quorum omnia mersit. (VIII, 508, 509.)

70. Tu, Ptolemæe, potes Magni fulcire ruinam, Sub qua Roma cadit? (VIII, 528, 529.)

73, 74. Jus et fas multos faciunt, Ptolemæe, nocentes. (VIII, 484.)

75, 76. Dat pœnas laudata fides, quum sustinet, inquit, Quos fortuna premit. (VIII, 485, 486.)

80. .... Fatis accede, Deisque. (VIII, 486.)

82. Et cole felices. (VIII, 487.)

84. .... Miseros fuge. (VIII, 487.)

87, 88. Postquam nulla manet rerum fiducia, quærit Cum qua gente cadat. (VIII, 504, 505.)

93. .... Votis tua fovimus arma. (VIII, 519.)

97-100. Hoc ferrum, quod fata jubent proferre, paravi Non tibi, sed victo. Feriam tua viscera, Magne; Malueram soceri. (VIII, 520-523.)

105, 106. Sceptrorum vis tota perit, quum pendere justa Incipit. (VIII, 489, 490.)

109. .... Semper metuet quem sæva pudebunt. (VIII, 495.)

124. Quicquid non fuerit Magni, dum bella geruntur, Nec victoris erit. (VIII, 502, 503.)

461-463. Quippe fides si pura foret.... Venturum tota pharium cum classe tyrannum. (VIII, 572-574.)

469, 470. .... Longeque a littore casus Exspectate meos, et in hac cervice tyranni Explorate fidem. (VIII, 580-582.)

479, 480. Romanus pharia miles de puppe salutat Septimius. (VIII, 596, 597.)

514-516. Involvit vultus, atque indignatus apertum Fortunæ præbere caput, tunc lumina pressit. (VIII, 614, 615.)

519, 520. .... Nullo gemitu consensit ad ictum. (VIII, 619.)

526-528. Seque probat moriens. (VIII, 621.)

529-531. Septimius.... .... retegit..., scisso velamine, vultus, ................... Collaque in oblique ponit languentia rostro, Tunc nervos venasque secat.... ................. Vindicat hoc pharius dextra gestare satelles. (VIII, 668-675.)

534-536. Littora Pompeium feriunt, truncusque vadosis Huc illuc jactatur aquis. (VIII, 698, 699.)

541, 542. .... Interque suorum Lapsa manus, rapitur, trepida fugiente carina. (VIII, 661, 662.)

763, 764. .... Atque os in murmura pulsant Singultus animæ. (VIII, 682, 683.)

766-768. Iratamque Deis faciem. (VIII, 665.)

769, 770. Non primo Cæsar damnarit munera vultu: .... Vultus, dum crederet, hæsit. (IX, 1035, 1036.)

783-786. .... Lacrymas non sponte cadentes Effudit. (IX, 1038, 1039.)

787. Aufer ab aspectu nostro funesta, satelles, Regis dona tui. (IX, 1064, 1065.)

829. Ergo in thessalicis pellæo fecimus arvis Jus gladio? (IX, 1073, 1074.)

833, 834. Non tuleram Magnum, mecum Romana regentem: Te, Ptolemæe, feram? (IX, 1075, 1076.)

841, 842. .... Nec fallere vos me Credite victorem: nobis quoque tale paratum Littoris hospitium. (IX, 1081-1083.)

845, 846. .... Ne sic mea colla gerantur Thessaliæ fortuna facit. (IX, 1083, 1084.)

914-916. .... Unica belli Præmia civilis, victis donare salutem, Perdidimus. (IX, 1066-1068.)

939-941. .... Justo date tura sepulcro, Et placate caput. (IX, 1091, 1092.)

999, 1000. Turpe mori post te solo non posse dolore. (IX, 108.)

1014. Bis nocui mundo. (VIII, 90.)

1015, 1016. .... Cunctosque fugavi A causa meliore Deos. (VIII, 93, 94.)

1017, 1018. O utinam in thalamos invisi Cæsaris issem Infelix conjux, et nulli læta marito! (VIII, 88, 89.)

1050-1056. Ut te complexus, positis civilibus armis, Affectus abs te veteres, vitamque rogarem, Magne, tuam, dignaque satis mercede laborum Contentus par esse tibi. Tunc pace fideli Fecissem ut victus posses ignoscere Divis; Fecisses ut Roma mihi. (IX, 1099-1104.)

1058. Læta dies rapta est populis. (IX, 1097.)

1104-1108. .... Placemus cæde secunda Hesperias gentes; jugulus mihi Cæsaris haustus Hoc præstare potest, Pompeii cæde nocentes Ut populus Romanus amet. (X, 386-389.)

1110. Quid, miserande, times quem tu facis ipse timendum? (IV, 185.)

1116. Quem metuis par hujus erat. (V, 382.)

1151, 1152. Plenum epulis, madidumque mero, Venerique paratum Invenies. (X, 396, 397.)

1153-1156. Sed fremitu vulgi, fasces et signa querentis Inferri romana suis, discordia sensit Pectora. (X, 11-13.)

1417-1419. In scelus it pharium romani pœna tyranni, Exemplumque perit. (X, 343.)

1501, 1502. Una nota est Magno capitis jactura revulsi. (VIII, 711.)

Corneille n'a extrait de Lucain, pour les rapprocher de ses imitations, que les passages qu'il a ou le plus fidèlement traduits, ou du moins imités sciemment et à dessein. Si l'on voulait y joindre, pour les parties de la pièce dont le sujet se rencontre avec celui de la Pharsale, tous les souvenirs qui lui étaient restés de l'étude de ce poëme, les ressemblances lointaines, les idées, les tours, les mots dont il s'était inspiré et qui ont passé dans ses vers, d'une manière moins apparente, et le plus souvent, je pense, sans même qu'il y songeât, on allongerait beaucoup la liste des rapprochements. Nous nous bornerons à un petit nombre d'exemples, que nous prendrons çà et là; quelques-uns peut-être ont été omis involontairement par Corneille dans les citations qu'il a placées au bas des pages; mais la plupart nous paraissent être d'autre nature: ou bien ce sont des passages mis en œuvre si librement qu'ils n'appartiennent pour ainsi dire plus au modèle, ou bien il s'en était tellement pénétré qu'il n'avait plus conscience de l'imitation ou de la réminiscence.

Dans le récit d'Achorée, les vers 482-484 reproduisent, sans les copier, ces quatre vers de Lucain, changés en discours direct:

.... Celsæ de puppe carinæ In parvam jubet ire ratem, littusque malignum Incusat, bimaremque vadis frangentibus æstum, Qui vetet externas terris advertere classes.

(Livre VIII, vers 564-567.)

Les vers 1011-1016 du premier discours de Cornélie à César sont un frappant souvenir de ce passage:

Fortuna est mutata toris; semperque potentes Detrahere in cladem fato damnata maritos Innupsit tepido pellex Cornelia busto.

(III, 21-23.)

Le vers 575 est la traduction de cet autre endroit:

.... Rectorque senatus, Sed regnantis, erat.

(IX, 194, 195.)

Les trois triomphes mentionnés immédiatement après, au vers 578, reviennent plusieurs fois dans le poëme latin: voyez livre VI, vers 817, 818; livre VII, vers 685; livre VIII, vers 553, 554, et vers 814, 815. «Les monstres de l'Égypte» (vers 582) sont les regia monstra du livre VIII, vers 613.

Mais nulle part on ne voit mieux que dans la délibération qui ouvre la tragédie et principalement, je crois, dans le premier discours de Ptolomée et dans celui de Photin, à quel point Corneille était plein de la Pharsale et comment il s'en inspirait. D'abord aux fragments qu'il a cités lui-même du discours de Photin (Pothinus) dans Lucain (livre VIII, vers 484-535), il faudrait joindre plusieurs autres extraits de ce morceau, si, outre les endroits fidèlement reproduits dans le Pompée, on voulait donner aussi tous ceux qui ont quelque analogie de pensée ou de forme avec les vers français, ou que notre poëte a rendus, ou fait sentir, par quelque équivalent. Ainsi:

Pompeii nunc castra placent quæ deserit orbis?

(Vers 532.)

Thessaliæque reus, nulla tellure receptus, Sollicitat nostrum, quem nondum perdidit, orbem.

(Vers 510, 511.)

Justior in Magnum nobis, Ptolemæe, querelæ Causa data est.

(Vers 512, 513.)

.... Exeat aula Qui volet esse pius; virtus et summa potestas Non coeunt.

(Vers 493-495.)

Libertas scelerum est quæ regna invisa tuetur, Sublatusque modus gladiis.

(Vers 491, 492.)

.... Facere omnia sæve Non impune licet, nisi quum facis.

(Vers 491, 493) etc.

Dans ce même discours de Pothinus se trouve aussi ce que dit Ptolomée pour clore la délibération:

«Et cédons au torrent qui roule toutes choses.»

(Vers 190.)

Rapimur quo cuncta feruntur.

(Vers 522.)

Aux emprunts faits à cette tirade oratoire, où il était si naturel de puiser pour cette scène du conseil, nous pouvons ajouter des traits pris çà et là dans les diverses parties de la Pharsale, et sinon toujours imités de Lucain, au moins suggérés par lui. Rapprochez, par exemple, des vers 3 et 4 cette apostrophe latine:

Thessalicæ tantum, Superi, permittitis oræ?

(VII, 302.)

Pour les vers 5 et suivants, voyez ce qui est dit plus haut, p. 27, note 3. «Le droit de l'épée» (vers 13) est la traduction de ferri jus (livre V, vers 387). L'idée du vers 14 est contenue dans ce passage:

Hæc fato quæ teste probet quis justius arma Sumpserit, hæc acies victum factura nocentem est.

(VII, 259, 260.)

Aussitôt après Corneille s'est souvenu de cet autre endroit:

.... Lassata triumphis Descivit fortuna tuis.

(II, 727, 728.)

Nous ne pousserons pas plus loin ces rapprochements. Ceux qui précèdent suffisent pour montrer, et c'est là tout ce que nous voulions faire, qu'outre les imitations directes et frappantes que notre poëte a lui-même signalées, il y a dans diverses parties de sa tragédie bon nombre de souvenirs qui font voir combien était vif le goût qu'il avait pour Lucain, combien il avait pratiqué ce poëte, et de quelle manière il savait s'approprier ses beautés et ses défauts.

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