‹ Œuvres de P. Corneille, Tome 05Chapitre 2 sur 5 · I

I

TRAGÉDIE DE SAINTE AGNÈS

PAR LE SIEUR D'AVES.

ARGUMENT DE LA PRÉSENTE TRAGÉDIE[191].

Sainte Agnès fut native de la ville de Rome, extraite de nobles parents, lesquels étant chrétiens la firent dès le berceau nourrir en leur foi. De ce temps étoit gouverneur de Rome Simphronie, sous l'empereur Diocletian, grand persécuteur des chrétiens. Ce Simphronie avait un fils, lequel n'eut pas sitôt vu sainte Agnès qu'il en devint passionnément amoureux; pourquoi il s'informe de l'extraction de la vierge; l'ayant sue il se résout de lui faire offre de son service, et pour ce sujet il prend l'occasion de la rencontrer un jour qu'elle revenoit de l'école; mais cette fille ne s'émut non plus de son discours que si elle eût eu un cœur de rocher, d'autant qu'elle étoit préoccupée du saint amour de Jésus-Christ. Ce jeune homme se voyant ainsi dédaigné, en prend un si grand déplaisir qu'il en devint tout mélancolique et rêveur, de quoi son père s'étant aperçu, il en voulut savoir la cause; son fils la lui ayant déclarée, il mande le père de sainte Agnès, auquel il fit entendre l'amour de son fils, et le desir qu'il avoit d'épouser sa fille, à quoi il le conjure de tout son pouvoir. Le père de la sainte lui fit démonstration d'avoir son alliance fort agréable, mais qu'il falloit qu'il sût la volonté de sa fille avant que de rien résoudre de cet affaire. Il la sait donc, et est telle qu'elle ne se veut point marier, ne desirant d'autre époux que Jésus-Christ. Cette résolution sue, le père de sainte Agnès néglige de la faire savoir à Simphronie: ce qui ennuyant son fils trop passionné, il se délibère lui-même de savoir encore une fois la volonté de la vierge; pour cet effet il la voit, et avec tout l'artifice que l'amour sauroit inventer il la cajole; mais il y perd son temps tout de même que la première fois, ce qui lui cause un tel regret qu'il en tombe extrêmement malade, s'étant imaginé par les réponses ambiguës de sainte Agnès qu'elle étoit amoureuse d'un autre que de lui; ce qui fait que lui et son père s'étant plus particulièrement informés de la vierge, ils treuvent qu'elle est chrétienne: chose qui les réjouit beaucoup, croyant par ce moyen en avoir plus tôt la raison. Pour cette fin Simphronie la fait venir parler à lui, où après l'avoir longtemps prêchée pour la détourner de sa foi, enfin voyant sa constance, il la fait dépouiller nue et l'envoie au b...eau; mais elle n'y fut pas sitôt que son bon ange ne la vînt garder. Le fils de Simphronie ayant appris qu'elle étoit en ce lieu, y vint pour la forcer, étant accompagné de quelques paillards, lesquels y étoient aussi venus pour même intention. S'étant mis en devoir d'exécuter son dessein, l'ange de la sainte le tue: sa mort ayant été annoncée à son père, il vient tout forcené de deuil trouver la vierge, laquelle il gourmande fort. Mais voyant que c'étoit en vain, il a recours aux prières, et la supplie de ressusciter son fils, ce qu'elle fait; et lui ressuscité prêche Jésus-Christ, ce qui cause qu'une sédition s'émeut entre le peuple de Rome et les sacrificateurs des Dieux. Enfin ayant été apaisée par Simphronie, la sainte est condamnée au martyre, et pour cet effet est délivrée entre les mains d'Aspase, homme cruel et lieutenant de Simphronie. Ce méchant fait allumer un grand feu, et la fait précipiter dedans; par sa prière, il s'élève un orage qui déteint ce feu, lequel brûle tous ceux qui s'approchent pour le rallumer. Aspase, voyant ce miracle, en devient plus enragé, et pour avoir plus tôt la fin de la sainte, il lui fait couper la gorge, et de cette sorte elle rendit son âme à Dieu.

[191] Voyez ci-dessus la Notice, p. 3-6.

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