L'AMOUR.
J'ai dans ce doux climat un souverain empire Comme vous l'avez sur mon cœur; L'Amour m'est favorable, et c'est en sa faveur Qu'à mes ordres Æole a soumis le Zéphire. C'est l'Amour qui pour voir mes feux récompensés, 1135 Lui-même a dicté cet oracle Par qui vos beaux jours menacés, D'une foule d'amants se sont débarrassés, Et qui m'a délivré de l'éternel obstacle De tant de soupirs empressés, 1140 Qui ne méritoient pas de vous être adressés. Ne me demandez point quelle est cette province, Ni le nom de son prince; Vous le saurez quand il en sera temps. Je veux vous acquérir, mais c'est par mes services, 1145 Par des soins assidus, et par des vœux constants, Par les amoureux sacrifices De tout ce que je suis, De tout ce que je puis, Sans que l'éclat du rang pour moi vous sollicite, 1150 Sans que de mon pouvoir je me fasse un mérite; Et bien que souverain dans cet heureux séjour, Je ne vous veux, Psyché, devoir qu'à mon amour. Venez en admirer avec moi les merveilles, Princesse, et préparez vos yeux et vos oreilles 1155 A ce qu'il a d'enchantements. Vous y verrez des bois et des prairies Contester sur leurs agréments Avec l'or et les pierreries; Vous n'entendrez que des concerts charmants; 1160 De cent beautés vous y serez servie, Qui vous adoreront sans vous porter envie, Et brigueront à tous moments, D'une âme soumise et ravie, L'honneur de vos commandements. 1165
PSYCHÉ.
Mes volontés suivent les vôtres: Je n'en saurois plus avoir d'autres; Mais votre oracle enfin vient de me séparer De deux sœurs, et du Roi mon père, Que mon trépas imaginaire 1170 Réduit tous trois à me pleurer. Pour dissiper l'erreur dont leur âme accablée De mortels déplaisirs se voit pour moi comblée, Souffrez que mes sœurs soient témoins Et de ma gloire et de vos soins; 1175 Prêtez-leur, comme à moi, les ailes du Zéphire[330], Qui leur puissent de votre empire, Ainsi qu'à moi, faciliter l'accès: Faites-leur voir en quel lieu je respire; Faites-leur de ma perte admirer le succès. 1180