‹ Œuvres de P. Corneille, Tome 07Chapitre 15 sur 35 · L'AMOUR. - L'AMOUR.

L'AMOUR. - L'AMOUR.

Vous ne me donnez pas, Psyché, toute votre âme: Ce tendre souvenir d'un père et de deux sœurs Me vole une part des douceurs Que je veux toutes pour ma flamme. N'ayez d'yeux que pour moi qui n'en ai que pour vous; Ne songez qu'à m'aimer, ne songez qu'à me plaire, Et quand de tels soucis osent vous en distraire....

PSYCHÉ.

Des tendresses du sang peut-on être jaloux?

Je le suis, ma Psyché, de toute la nature: Les rayons du soleil vous baisent trop souvent; 1190 Vos cheveux souffrent trop les caresses du vent: Dès qu'il les flatte, j'en murmure; L'air même que vous respirez Avec trop de plaisir passe par votre bouche; Votre habit de trop près vous touche; 1195 Et sitôt que vous soupirez, Je ne sais quoi qui m'effarouche Craint parmi vos soupirs des soupirs égarés. Mais vous voulez vos sœurs: allez, partez, Zéphire; Psyché le veut, je ne l'en puis dédire. 1200

(Le Zéphire s'envole.)

Quand vous leur ferez voir ce bienheureux séjour, De ses trésors faites-leur cent largesses, Prodiguez-leur caresses sur caresses, Et du sang, s'il se peut, épuisez les tendresses, Pour vous rendre toute à l'amour. 1205 Je n'y mêlerai point d'importune présence; Mais ne leur faites pas de si longs entretiens: Vous ne sauriez pour eux avoir de complaisance, Que vous ne dérobiez aux miens.

PSYCHÉ.

Votre amour me fait une grâce 1210 Dont je n'abuserai jamais.

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