‹ Œuvres de Voltaire Tome XX: Siècle de Louis XIV., Tome IIChapitre 25 sur 30 · TROISIÈME PARTIE[406].

TROISIÈME PARTIE[406].

Il importe peu à la postérité qu’une Française, nommée madame de Villette, ait été propre nièce ou la femme d’un neveu de madame de Maintenon. Je n’en ai parlé, dans le Siècle de Louis XIV, que pour faire voir que la personne qui était en effet reine de France, était plus occupée du soin de rendre les dernières années du roi agréables à ce monarque, que de l’ambition d’élever sa famille. Je ne me suis point trompé sur le caractère de cette personne si singulière. Ses lettres, qu’on a publiées avant les éditions de 1753 du Siècle de Louis XIV, sont la preuve que je n’ai rien avancé dont je ne fusse instruit, et de mon amour pour la vérité. Il s’est trouvé que madame de Maintenon avait signé par avance tout ce que j’avais dit d’elle.

Un traducteur, que je ne connais pas, des œuvres posthumes du vicomte de Bolingbroke, me fait un juste reproche de l’inadvertance que j’ai eue d’avoir supposé que madame de Villette, depuis madame de Bolingbroke, était propre nièce de madame de Maintenon. La vérité est si précieuse, qu’elle est respectable lors même qu’elle est inutile. Ce traducteur ne se trompe pas moins que moi, quand il dit que le marquis de Villette était parent et non neveu: il était neveu[408] réellement de madame de Maintenon. Il eut deux femmes: madame de Caylus était fille de la première, et il épousa en secondes noces mademoiselle de Marsilli, qui est morte à Londres épouse de milord Bolingbroke. Ainsi madame de Villette et madame de Caylus étaient toutes deux nièces de madame de Maintenon; madame de Villette par son premier mari, et madame de Caylus par sa naissance. Elles étaient toutes deux dans l’éclat de leur beauté quand le marquis de Villette fit ce second mariage, et madame de Maintenon lui disait: «Mon neveu, il ne tiendra qu’à vous d’avoir chez vous bonne compagnie; vous avez une femme et une fille qui l’attireront.»

Le traducteur de Bolingbroke se trompe un peu davantage, quand il dit que j’ai fait de madame de Maintenon un portrait dans un goût tout neuf. S’il avait été instruit, il aurait dit dans un goût très vrai. Je pouvais charger ce portrait; je pouvais dire d’elle,

Qu’elle n’eut d’autres droits au rang d’impératrice Qu’un peu d’attraits peut-être, et beaucoup d’artifice[409].

Je pouvais parler des hommages que sa beauté et son esprit lui attirèrent dans sa jeunesse, en ayant été très informé par l’abbé de Châteauneuf, le dernier amant de la célèbre Ninon ma bienfaitrice, laquelle avait vécu, comme on sait, avec madame Scarron plusieurs années dans la familiarité la plus intime; mais un tableau du siècle de Louis XIV ne doit pas, à mon avis, être déshonoré par de pareils traits. J’ai voulu dire des vérités utiles, non des vérités propres aux historiettes. C’est une vérité très importante que la veuve de Scarron, devenue reine de France, se soit trouvée malheureuse au faîte de la grandeur par cette grandeur même. Elle disait à madame de Bolingbroke: «Ah! ma nièce, si vous saviez ce que c’est que d’avoir à amuser tous les jours un homme qui n’est plus amusable!»

C’est ainsi que le secret des cœurs est si peu connu; c’est ainsi que nous sommes tous les dupes de l’apparence. On envie le sort de la femme, et du favori, et du ministre d’un grand roi; mais ceux qui sont dans ces places, et ceux qui les regardent d’en-bas, sont également faibles et également malheureux. Qu’il y a loin de l’éclat à la félicité!

«E benchè fossi guardian degli orti, Vidi e conobbi pur le inique corti[410].»

Au reste, que La Beaumelle donne la Vie de madame de Maintenon après avoir publié ses Lettres; qu’il y copie mot à mot vingt passages du Siècle de Louis XIV, contre lequel il a écrit; qu’il contredise au hasard les Mémoires de l’abbé de Choisi, après les avoir soutenus contre moi au hasard; qu’il se donne la peine de dire que le roi n’acheta point la terre de Maintenon, mais qu’elle fut achetée de l’argent du roi, et par l’avis du roi; qu’il rapporte que madame de Maintenon, dans sa faveur, voyait souvent madame de Montespan, après l’avoir nié dans ses Remarques sur le Siècle; tout cela est fort indifférent.

Il peut même faire attaquer vers les côtes de l’Amérique le vaisseau qui portait mademoiselle d’Aubigné, par un vaisseau turc, sans que je le reprenne.

Quelques personnes m’ont reproché d’avoir ménagé la mémoire de madame de Maintenon, ainsi que La Beaumelle a osé me reprocher dans ses notes d’avoir pu dire plus de mal de M. le maréchal de Villeroi et de M. de Chamillart, et de ne l’avoir pas dit. Je sais combien la loi que Cicéron impose aux historiens est respectable: ils ne doivent oser rien dire de faux; ils ne doivent rien cacher de vrai[411]. Mais cette loi ordonne-t-elle que l’histoire soit une satire? A qui madame de Maintenon fit-elle du mal? qui persécuta-t-elle? Elle fit servir les charmes de son esprit et sa dévotion même à sa grandeur; elle dompta son caractère pour dompter Louis XIV. Mais quel abus odieux fit-elle de son pouvoir? La constitution Unigenitus lui parut la saine doctrine, comme elle le dit dans ses Lettres; mais combattit-elle pour la saine doctrine par des cabales? et si elle osa avoir une opinion dans des matières qu’elle n’entendait pas, et qu’un esprit plus mâle aurait négligées, ne doit-on pas savoir gré à une femme de n’avoir mêlé aucune vivacité à cette opinion?

A l’égard du maréchal de Villeroi, je voudrais bien savoir s’il faut flétrir un homme parcequ’il a été malheureux à la guerre, et parcequ’il avait à combattre des généraux plus habiles que lui. Il est pardonnable au peuple de s’emporter contre un homme dont les mauvais succès ont fait l’infortune de la patrie; mais l’historien doit voir dans le général qui a fait des fautes l’honnête homme qui n’en a point fait dans la société, qui a été fidèle à l’amitié, généreux, et bienfesant. N’y a-t-il donc d’autre gloire que celle d’avoir fait tuer des hommes avec succès?

Il y avait beaucoup de choses à dire du maréchal de Villeroi, à ce que prétend La Beaumelle; et je les ai omises, parcequ’à un certain âge on est prudent et flatteur. Je ne sais pas au juste quel âge a La Beaumelle; mais il paraît qu’il n’est ni l’un ni l’autre, et je ne vois pas qu’il doive me reprocher de la flatterie.

J’ai rendu, ce me semble, justice à M. de Chamillart; je n’ai rien tu, mais je n’ai rien outré. Ceux qui poursuivent sa mémoire savent-ils seulement ce que c’est que l’administration des finances dans un royaume composé de tant de provinces, où la régie est si différente; dans un royaume épuisé par la guerre de 1689, et pour qui la guerre de 1701 était devenue nécessaire; dans un royaume où rien ne pouvait s’opérer que par des emprunts continuels; enfin dans une guerre long-temps malheureuse, où il en a coûté plus en une seule année, pour l’article seul des vivres, qu’il n’en coûta à Alexandre pour conquérir l’Asie? Chamillart, sans doute, n’était ni un Colbert ni un Louvois, je l’ai dit; mais c’était un honnête homme, un homme modéré, et je l’ai dit encore[412]. «Un auteur impartial, dit le juge La Beaumelle, aurait sévi contre Chamillart.» Quelle expression! et quel juge!

La France et l’Angleterre sont pleines d’écrivains qui croient plaider la cause du genre humain quand ils accusent leur patrie. Il y a des gens qui pensent qu’un historien doit décrier son pays pour paraître impartial, condamner tous les ministres pour paraître juste, et immoler son roi à la haine des siècles à venir pour paraître libre. Plusieurs ont écrit avec plus de licence que moi, nul avec plus de liberté: mon livre n’est pas assurément imprimé à Paris avec approbation et privilége; je n’en veux que de la postérité: mais ma liberté a été celle d’un honnête homme, d’un citoyen du monde. Quoique j’aie été historiographe de France, je n’ai voulu achever mon ouvrage que hors de France, afin de n’être pas soupçonné de la bassesse de flatter, et de n’être pas glacé par la crainte de déplaire.

Il n’y a que trop de perfidies dans les cours; je le sais très bien. Il n’y a que trop de mal dans ce monde; c’en est un grand de l’exagérer. Peindre les hommes toujours méchants, c’est les inviter à l’être.

Il y avait dans le conseil de Louis XIV des hommes d’une vertu supérieure à celle des Caton. Tel était le duc de Beauvilliers, qui fit résoudre la paix de Rysvick uniquement parceque les peuples commençaient à être malheureux. Il y avait de pareilles ames à la cour, comme le duc de Montausier et le duc de Navailles. Je ne parle ici que des courtisans qui ont été célèbres par leurs places, ou par leurs malheurs. MM. de Pomponne et Lepelletier, dans leur ministère, furent plus connus par leur probité désintéressée que par tout le reste, et jamais il n’y eut une conduite plus irréprochable que celle de M. de Torci.

L’auteur vertueux d’un fameux livre me pardonnera donc si je prends cette occasion de combattre ce titre d’un de ses chapitres, «Que la vertu n’est point le principe du gouvernement monarchique[413]», et de combattre tout ce chapitre, dans lequel il serait trop cruel qu’il eût raison. Je lui dirai d’abord que la vertu n’est le principe d’aucune affaire, d’aucun engagement politique. La vertu n’est point le principe du commerce de Cadix; mais les Espagnols qui l’exercent, et avec qui nous n’avons de sûreté que leur seule bonne foi et leur discrétion, n’ont jamais trahi ni l’une ni l’autre. La vertu est de tous les gouvernements et de toutes les conditions; il y en a toujours plus sous une administration paisible, quelle qu’elle soit, que dans un gouvernement orageux, où l’esprit de parti inspire et justifie tous les crimes. Il se commit des actions atroces parmi les seigneurs de la cour de Charles II et de Jacques II, qui ne se commettaient pas à la cour de Louis XIV.

Je dirai à l’estimable auteur de ce livre, que lui-même n’a vu dans les corps dont il a été membre, dans les sociétés dont il a fait l’agrément, qu’une foule de gens de bien comme lui. Je lui dirai que s’il entend par vertu l’amour de la liberté, c’est la passion des républicains, c’est le droit naturel des hommes, c’est le desir de conserver un bien avec lequel chaque homme se croit né, c’est le juste amour de soi-même confondu dans l’amour de son pays. S’il entend la probité, l’intégrité, il y en a toujours beaucoup sous un prince honnête homme. Les Romains furent plus vertueux du temps de Trajan que du temps des Sylla et des Marius. Les Français le furent plus sous Louis XIV que sous Henri III, parcequ’ils furent plus tranquilles.

Voici comment l’auteur s’exprime pour appuyer son idée: «Si dans le peuple il se trouve quelque malheureux honnête homme, le cardinal de Richelieu, dans son Testament politique, insinue qu’un monarque doit se garder de s’en servir. Il ne faut pas, y est-il dit, se servir de gens de bas lieu; ils sont trop austères et trop difficiles.» Je crois rendre service à la nation et à cet auteur, qui travaille pour le bien de la nation, de lui démontrer qu’il se trompe. Qu’on lise les paroles de ce Testament très faussement attribué au cardinal de Richelieu.

«Une basse naissance produit rarement les parties nécessaires au magistrat; et il est certain que la vertu d’une personne de bon lieu a quelque chose de plus noble que celle qui se trouve en un homme de petite extraction. Les esprits de telles gens sont d’ordinaire difficiles à manier, et beaucoup ont une austérité si épineuse, qu’elle n’est pas seulement fâcheuse, mais préjudiciable. Le bien est un grand ornement aux dignités, qui sont tellement relevées par le lustre extérieur, qu’on peut dire hardiment que de deux personnes dont le mérite est égal, celle qui est la plus aisée en ses affaires est préférable à l’autre, étant certain qu’il faut qu’un pauvre magistrat ait l’ame d’une trempe bien forte, si elle ne se laisse quelquefois amollir par la considération de ses intérêts. Aussi l’expérience nous apprend que les riches sont moins sujets à concussion que les autres, et que la pauvreté contraint un officier à être fort soigneux du revenu du sac.» (Chap. IV, sect. I.)

Il est clair par ce passage, assez peu digne d’ailleurs d’un grand ministre, que l’auteur du Testament qu’on a cité craint qu’un magistrat sans bien et sans naissance n’ait pas assez de noblesse d’ame pour être incorruptible. On veut donc en vain s’autoriser du témoignage d’un ministre de France pour prouver qu’il ne faut point de vertu en France. Le cardinal de Richelieu, tyran quand on lui résistait, et méchant parcequ’il avait des méchants à combattre, pouvait bien, dans un ministère qui ne fut qu’une guerre intestine de la grandeur contre l’envie, détester la vertu qui aurait combattu ses violences; mais il était impossible qu’il l’écrivît: et celui qui a pris son nom, ne pouvait (tout malavisé qu’il est quelquefois) l’être assez pour lui faire dire que la vertu n’est bonne à rien.

Je n’ai assurément nulle envie, en réfutant cette erreur, de décrier le livre célèbre où elle se trouve. Je suis loin de rabaisser un ouvrage dont on n’a jusqu’à présent critiqué que ce qu’il y a de bon; un ouvrage où à côté de cent paradoxes, il y a cent vérités profondes, exprimées avec énergie; un ouvrage où les erreurs même sont respectables, parcequ’elles partent d’un esprit libre, et d’un cœur plein des droits du genre humain. Je prétends seulement faire voir que, dans une monarchie tempérée par les lois, et surtout par les mœurs, il y a plus de vertu que l’auteur ne croit, et plus d’hommes qui lui ressemblent.

Si feu milord Bolingbroke m’avait montré sa huitième lettre sur l’Histoire, où la passion lui fait dire que «le gouvernement de son pays est composé d’un roi sans éclat, de nobles sans indépendance, et de communes sans liberté», je l’aurais prié de retrancher cette phrase dont le fond n’est pas vrai, et dont l’antithèse n’est pas juste; et de ne pas donner aux lecteurs lieu de croire que, dans ses écrits, le mécontent entraînait trop loin le philosophe.

Le traducteur du lord Bolingbroke veut encore s’inscrire en faux contre ce que j’ai rapporté du célèbre archevêque de Cambrai, Fénélon. Il veut parler apparemment de ces vers que l’archevêque fit dans sa vieillesse:

Jeune, j’étais trop sage[414], Et voulais trop savoir, etc.

Je puis protester que le marquis de Fénélon son neveu, ambassadeur en Hollande, me les dit à La Haye en 1741. Il y avait dans la chambre un homme très connu qui pourrait s’en souvenir; c’est en présence du même homme que M. de Fénélon me montra le manuscrit original du Télémaque. J’écrivis les vers en question sur mes tablettes, et je les possède copiés dans un ancien manuscrit tout de la même main. M. de Fénélon me dit que ces vers étaient une parodie d’un air de Lulli: je ne sais pas encore sur quel air ils ont été faits; mais tout ce que je sais, c’est qu’il est très utile de nous dire tous les jours à nous-mêmes, à nous qui disputons avec tant de chaleur sur des bagatelles, sur des difficultés puériles, que le grand archevêque de Cambrai reconnut, vers la fin de sa vie, la vanité des disputes sur des objets plus sérieux.

Le traducteur de Bolingbroke me fait un reproche non moins injuste sur le cardinal Mazarin. «Ce n’est pas par les vaudevilles, dit-il, qu’il le faut juger.» Non, sans doute; et ce n’est ni sur les vaudevilles, ni sur les satires qu’il faut juger personne, c’est sur les faits avérés. Or, je voudrais bien savoir où ce traducteur a vu que le cardinal Mazarin trouva la France dans le plus grand embarras. Quand il fut premier ministre, il la trouva triomphante par la valeur du grand Condé et par celle des Suédois. La paix de Vestphalie lui fit un honneur qu’on ne peut lui ravir: mais les traités heureux sont le fruit des campagnes heureuses. Cette paix était retardée quand nos prospérités étaient interrompues; elle se fit quand Turenne fut maître de la Bavière, et quand Kœnigsmarck prenait Prague. Ce n’est que les armes à la main qu’on force une nation à céder une province: encore l’acquisition de l’Alsace nous coûta-t-elle environ six millions d’aujourd’hui.

Ce traducteur dit que les belles années de Louis XIV furent celles où l’esprit de Mazarin régnait encore. Est-ce donc l’esprit de Mazarin qui conquit la Franche-Comté, et les villes de Flandre qu’il avait rendues? Est-ce l’esprit de Mazarin qui fit construire cent vaisseaux de ligne, lui qui, dans huit ans d’une administration paisible, avait laissé la marine dépérir? Est-ce l’esprit de Mazarin qui réforma les lois qu’il ignorait, et les finances qu’il avait pillées? Croit-on, pour avoir traduit milord Bolingbroke, savoir mieux l’histoire de mon pays que moi? Je la sais mieux que milord Bolingbroke, parcequ’il était de mon devoir de l’étudier. Je n’ai eu nulle affection particulière, et la vérité a été mon seul objet; non cette vérité de détails qui ne caractérisent rien, qui n’apprennent rien, qui ne sont bons à rien, mais cette vérité qui développe le génie du maître, de la cour, et de la nation. L’ouvrage pouvait être beaucoup meilleur, mais il ne pouvait être fait dans une vue meilleure.

J’apprends qu’on se plaint que j’ai omis plusieurs écrivains dans la liste de ceux qui ont servi à faire fleurir les arts dans le beau siècle de Louis XIV. Je n’ai pu parler que de ceux dont les écrits sont parvenus à ma connaissance dans la retraite où j’étais[415].

J’apprends que plusieurs protestants me reprochent d’avoir trop peu respecté leur secte; j’apprends que quelques catholiques crient que j’ai beaucoup trop ménagé, trop plaint, trop loué les protestants. Cela ne prouve-t-il pas que j’ai gardé mon caractère, que je suis impartial?

«Est modus in rebus; sunt certi denique fines, Quos ultra citraque nequit consistere rectum.» HOR., lib. I, sat. I.

FIN DU SUPPLÉMENT AU SIÈCLE DE LOUIS XIV.

TABLE

DES MATIÈRES DU SECOND VOLUME

DU SIÈCLE DE LOUIS XIV.

CHAP. XVIII. Guerre mémorable pour la succession à la monarchie d’Espagne. Conduite des ministres et des généraux jusqu’en 1703, page 1.--Ligue contre la maison de France, 2.--Le ministère de France perd sa supériorité, 4.--Le prince Eugène, 7.--Premiers progrès du prince Eugène, 8.--Le maréchal de Villeroi commande, 10.--Échec de Chiari, 11.--Le maréchal de Villeroi pris dans Crémone, 12.--Crémone surpris et repris, 13.--Duc de Vendôme en Italie, 15.--Duc de Savoie contre la France, 16.--Portugal contre la France, 17.--Les alliés traitent avec le roi de Maroc, 18.--Marlborough, ibid.--Avantages des alliés contre la France, 19.--Bataille de Fridlingen, 24.--Le marquis de Villars proclamé maréchal de France par les soldats, ibid.--Villars gagne une bataille à Hochstedt, 25.--Bataille de Spire, 26.--L’électeur de Bavière demande pour son malheur un autre général que Villars, 28.

CHAP. XIX. Perte de la bataille de Bleinheim ou d’Hochstedt, et ses suites, 29.--Marlborough fait changer la fortune, ibid.--Combat de Donavert, 30.--Bataille d’Hochstedt, 31.--Fautes, ibid.--Tallard, 32.--Marsin, ibid.--Maréchal de Tallard pris, son fils tué, 33.--Suite de cette bataille, 36.--Récompenses données à Marlborough, 37.--L’archiduc Charles, depuis empereur, va à Londres, 39.--Puissants secours que l’Angleterre lui donne, ibid.

CHAP. XX. Pertes en Espagne: pertes des batailles de Ramillies et de Turin, et leurs suites, 40.--Prise de Gibraltar, ibid.--Les Anglais prennent le royaume de Valence et la Catalogne, 42.--Belle aventure du comte Péterborough, ibid.--Disgraces des Français devant Barcelone, 43.--Bataille de Cassano, 44.--Ramillies, 45.--Paroles de Louis XIV, 46.--Duc de La Feuillade, 47.--Préparatifs immenses et perdus, 48.--Bruits ridicules, 49.--Grandes fautes, 50.--Duc d’Orléans, ibid.--Causes de la défaite devant Turin, 53.

CHAP. XXI. Suite des disgraces de la France et de l’Espagne. Louis XIV envoie son principal ministre demander la paix. Bataille de Malplaquet perdue, etc., 54.--Les Français perdent toute l’Italie, ibid.--L’empereur fait sentir sa puissance, ibid.--Grandes pertes de Louis XIV, 55.--Il résiste de tous côtés, 56.--L’archiduc Charles proclamé roi d’Espagne, 57.--On propose d’envoyer Philippe V en Amérique, 58.--Philippe V rentré dans Madrid, 59.--Les frontières du côté du Dauphiné toujours négligées, 61.--La Provence sauvée, 62.--Louis XIV envoie le prétendant en Écosse avec une flotte, ibid.--Le prétendant aborde et revient, 64.--Le duc de Bourgogne commande les armées, 65.--Défaite à Oudenarde, 66.--Siège de Lille, 67.--L’armée de France sans succès et sans union, 68.--L’empereur Joseph Iᵉʳ force le pape à reconnaître Charles son frère roi d’Espagne, 69.--Grande détresse de la France, 71.--Funestes effets de l’hiver de 1709, 72.--Louis XIV demande la paix, 73.--Les Hollandais deviennent fiers, ibid.--Prétentions des Hollandais, 74.--Le roi leur envoie un négociateur, 75.--Humiliation de Louis XIV, 77.--Propositions insultantes faites à Louis XIV, ibid.--Résolution de Louis XIV, 78.--Action honorable du maréchal de Boufflers, ibid.

CHAP. XXII. Louis XIV continue à demander la paix et à se défendre. Le duc de Vendôme affermit le roi d’Espagne sur le trône, 84.--Victoire du maréchal Du Bourg, ibid.--Offres de Louis XIV, ibid.--Congrès de Gertruidenberg, 85.--Bataille de Saragosse, 86.--L’empereur Joseph Iᵉʳ, heureux et puissant, ibid.--Philippe V obligé de fuir encore, 87.--L’Espagne désolée, 88.--Philippe V presque abandonné, ibid.--Philippe V solidement rétabli, 90.--Intrigues à la cour de Londres, causes d’un grand changement, 91.--Une petite cause produit de très grands changements, 92.--Changements à la cour de Londres, mais non encore dans le royaume, 93.--Prise de Rio-Janeiro, 97.

CHAP. XXIII. Victoire du maréchal de Villars à Denain. Rétablissement des affaires. Paix générale, 97.--Les affaires changent en Angleterre, ibid.--Suspension d’armes entre la France et l’Angleterre, 99.--État désastreux de la France, ibid.--Mort du duc de Vendôme, 100.--Le maréchal de Villars sauve la France, 101.--Combat de Denain, et prospérités, ibid.--Le prince Eugène et le maréchal de Villars signent la paix, 107.--La France assure les droits des princes d’Allemagne, 108.--Terme de sujet employé mal à propos, ibid.--Réponse ridicule attribuée mal à propos à Louis XIV, 109.--Traités accomplis, 110.--Le roi d’Espagne soumet les Catalans, 111.

CHAP. XXIV. Tableau de l’Europe depuis la paix d’Utrecht jusqu’à la mort de Louis XIV, 115.--Dans la guerre de 1701, parents contre parents, ibid.--Changements en Europe opérés par la paix d’Utrecht, 116.--La reine Anne eût voulu que son frère lui succédât, 117.--Anecdote singulière, 118.

CHAP. XXV. Particularités et anecdotes du règne de Louis XIV, 121.--Il faut se défier des anecdotes, ibid.--Ses premières amours, sujet de plusieurs méchants livres, 123.--Comment il se formait l’esprit et le goût, 124.--Traductions imprimées sous son nom, 125.--Son discours au parlement, ibid.--Un curé a l’impertinence de vouloir abolir les spectacles, 126.--Louis XIV, ainsi que Louis XIII, danse en public, 128.--Opéra introduit en France, 129.--Quel était l’homme au masque de fer, 130.--Mort du masque de fer, 132.--Fête de Vaux, 133. Belle action de Fouquet inutile, 136.--Dissimulation de Louis XIV peu honorable, ibid.--Colbert, persécuteur de Fouquet, 137.--Le chancelier Séguier méchant, 138.--Mazarin beaucoup plus coupable que Fouquet, ibid.--Arrêt contre Fouquet, 139.--Saint-Évremond, 141.--Splendeur de la cour, 142.--Intrigues du roi avec sa belle-sœur, 143.--Galanteries, 144.--Fêtes magnifiques, ibid.--Devise du soleil assez ridicule, 145.--Fous de cour, divertissement honteux, 149.--Le légat vient demander pardon, 151.--Autre fête, ibid.--Querelles des pairs, 152.--Habits à brevet, ibid.--Magnificence et ordre dans sa maison, 153.--Présents et pensions aux gens de lettres de l’Europe, 154.--Maison bâtie à Florence de ses libéralités, 156.

CHAP. XXVI. Suite des particularités et anecdotes, 159.--Racine est cause que Louis XIV ne danse plus sur le théâtre, 160.--Mariage du comte de Lauzun avec la petite-fille de Henri IV, 162.--Mis en prison pour ce mariage, 164.--Mademoiselle de Kéroual va gouverner le roi d’Angleterre, 169.--On croit Madame, sœur de Charles II, empoisonnée, ibid.--Indiscrétion de Turenne, cause des malheurs de Madame, et de tous ces bruits odieux, 171.--Origine des fréquents empoisonnements dont on se plaignit alors, 173.--Prétendus sortiléges, 175.--Maréchal de Luxembourg à la Bastille, 177.--On croit la reine d’Espagne, nièce de Louis XIV, empoisonnée, 180.--Plus de filles d’honneur chez la reine, 182.--Trois femmes se disputent le cœur de Louis XIV, 183.

CHAP. XXVII. Suite des particularités et anecdotes, 185.--Mort de mademoiselle de Fontange, ibid.--Faveur de madame de Maintenon, ibid.--Faux bruits réfutés, 187.--Fêtes brillantes, ibid.--Dernières années de madame de Montespan, 188.--Mort du grand Condé, ibid.--Mariage de Louis XIV avec madame de Maintenon, 189.--Son histoire, 190.--L’illustre Racine assez faible pour mourir de douleur de ce qu’il a un peu déplu au roi, 197.--Vanité des grandeurs démontrée par l’exemple de madame de Maintenon, 200.--Le roi attaqué de la fistule, 201.--Mort de la dauphine de Bavière, 202.--Esther et Athalie, ibid.--La duchesse de Bourgogne joue la comédie, 204.--Louis XIV voit mourir presque toute sa famille, 206.--Soupçons de poison et calomnies, 207.

CHAP. XXVIII. Suite des anecdotes, 210.--Le jésuite Le Tellier flétrit la fin de ce règne, ibid.--Dernière maladie du roi, 211.--Il meurt avec courage, sans ostentation, 212.--Ses dernières paroles au dauphin, 213.--Moins regretté qu’il ne devait l’être, 214.--Sa réputation, 215.--Sa conduite et ses paroles, 216.--Son bon goût, ibid.--Paroles mémorables, 217.--Écrits de sa main où il rend compte de sa conduite, 218.--Conseils à son petit-fils, roi d’Espagne, 223.--Sa politesse, 227.--Amusements, 229.--Sagesse, circonspection et bonté, 230.--Amour des louanges, mais envie de les mériter, 231.--Indulgence, ibid.--Galanterie singulière, 232.--Le maréchal de La Feuillade lui érige une statue, 233.

CHAP. XXIX. Gouvernement intérieur. Justice. Commerce. Police. Lois. Discipline militaire. Marine, etc., 237.--Son assiduité au travail, 238.--Finances. Libéralités au peuple, ibid.--Hôpitaux, 239.--Chemins, ibid.--Commerce, ibid.--Ports, 240.--Compagnies, ibid.--Encouragements dans le commerce maritime, 241.--Injustice envers Colbert, 242.--Manufactures, 245.--Gobelins, Savonnerie, glaces, etc., ibid.--Sedan, Aubusson, etc., etc., 246.--Paris embelli, 247.--Police, ibid.--Bâtiments, 248.--Munificence envers Bernini, 250.--Perrault fait mieux que Bernini, 251.--Fondations, 252.--Lois, 253.--Beaux jugements rendus par Louis XIV, ibid.--Duels abolis, 254.--Réglements militaires, 255.--Artillerie, 256.--Ordre de Saint-Louis, 258.--Hauteur de Louis XIV avec l’Angleterre, 259.--Nouveaux ports, 260.--Marine, ibid.--Colonies, 261.--Mémoires de tous les intendants pour l’instruction du dauphin, duc de Bourgogne, 262.--Ce que fit Louis XIV, et ce qui restait à faire, 263.--Changements heureux dans la nation, 266.--Plus de politesse et d’agréments qu’auparavant, 268.--Aisance générale, 269.--Paris centre des arts, ibid.

CHAP. XXX. Finances et réglements, 271.--Colbert, ibid.--Peu d’intelligence alors dans la nation, 273.--Défense au parlement de faire des remontrances avant l’enregistrement, 274.--Édit de 1666 enregistré à la chambre des comptes et à la cour des aides, 276.--Abus, ibid.--Colbert ne peut faire tout le bien qu’il veut, 279.--Traitants, ibid.--Le Pelletier, contrôleur-général, 280.--Meubles d’argent proscrits, 281.--Réformes nuisibles, ibid.--La guerre appauvrit toujours, 282.--Capitation, 283.--Dixième, 284.--Chamillart, ministre, 285.--Desmarets, ministre, 286.--Combien d’argent dans le royaume, 290.--Industrie, vraie richesse, 291.--Culture, 292.

CHAP. XXXI. Des sciences, 295.--Sorciers, 301.--Superstitions, 302.--Philosophie nécessaire, ibid.

CHAP. XXXII. Des beaux-arts, 303.--Éloquence, 304.--Jean de Lingendes, ibid.--Balzac, 305.--Voiture, 306.--Vaugelas, ibid.--Patru, ibid.--Le duc de La Rochefoucauld, ibid.--Pascal, 307.--Bourdaloue, ibid.--Bossuet, 308.--Fénélon, 310.--La Bruyère, 313.--Bayle, 314.--Pellisson, ibid.--Saint-Réal, 315.--Le grand Corneille, ibid.--Racine, 317.--Molière, 319.--Boileau, 320.--La Fontaine, 321.--Quinault, ibid.--La Motte, 322.--Rousseau, ibid.

CHAP. XXXIII. Suite des arts, 328.--Musique, ibid.--Lulli, ibid.--Architecture, 329.--Peinture, 330.--Académie de peintres français à Rome, 331.--Sculpture, ibid.--Médailles, ibid.--Gravures, 332.--Chirurgie, ibid.

CHAP. XXXIV. Des beaux-arts en Europe du temps de Louis XIV, 334.--Pourquoi ce siècle est celui de Louis XIV, 335.--Milton, ibid.--Dryden, 336.--Pope, ibid.--Addison, 337.--Newton, 338.--Locke bien au-dessus de Platon, 340.--Hevelius, 341.--Munificence singulière de Louis XIV envers Hevelius, ibid.--Leibnitz, ibid.

CHAP. XXXV. Affaires ecclésiastiques. Disputes mémorables, 344.--Évêques non prêtres, ibid.--Don gratuit, 345.--Richesses du clergé, 346.--Usage du clergé dans ses subsides, 349.--Anciennes maximes du clergé, 350.--Conduite du roi avec le clergé, 352.--Des libertés de l’Église gallicane, ibid.--De la régale, 354.--Autrefois les rois donnaient tous les bénéfices, ibid.--Résistance de l’évêque de Pamiers, 355.--Grand-vicaire traîné sur la claie en effigie, 357.--Fameuse assemblée du clergé, 358.--La France prête à se séparer de Rome, 359.--Les quatre propositions, 360.--Innocent XI, ennemi de Louis XIV, 361.--Réforme du clergé, 363.--Superstitions supprimées en partie, ibid.

CHAP. XXXVI. Du calvinisme au temps de Louis XIV, 365.--Pourquoi y a-t-il toujours eu des querelles théologiques? ibid.--Origine des sectes du seizième siècle, 367.--Ces sectes bannies des états monarchiques, 368.--Pourquoi établies en France, 369.--Édit de Nantes, 370.--Séditions des réformés, 371.--Nouvelles guerres civiles des réformés, 372.--Édit de grace aux réformés, 374.--Richelieu veut enfin réunir les deux religions, ibid.--Réformés protégés par Colbert, 376.--Louis XIV excité contre eux, 377.--Petits enfants convertis, 379.--Mesures du gouvernement, ibid.--Pellisson convertit pour de l’argent, 380.--Prédicants roués, 381.--Les huguenots s’enfuient, 382.--Dragonnades, 383.--Lettre apostolique de Louvois, 384.--Édit de Nantes révoqué, 385.--Peuples, argent, manufactures, transportés, 386.--Prisons et galères, 388.--Rebelles et prophètes, 391.--Prophètes verriers, 393.--Ministre roué, 394.--Prophètes assassins, 395.--L’abbé de La Bourlie, ibid.--Guerres des fanatiques, 396.--Un garçon boulanger fait la guerre à Louis XIV, 397.--Le garçon boulanger traite avec le maréchal de Villars, 398.--Fureur singulière, 399.--Conspiration des prophètes, 400.--Prophètes réfugiés à Londres proposent de ressusciter un mort, 401.

CHAP. XXXVII. Du jansénisme, 402.--Jansénisme moins turbulent que le calvinisme, ibid.--Baïus inintelligible, 403.--Rome se moque de Baïus, 404.--Molina visionnaire, ibid.--Procès à Rome pour ses visions, 405.--Ni les plaideurs ni les juges ne s’entendent, 406.--Jansénius tout comme Baïus, ibid.--Arnauld digne de ne point entrer dans ces querelles, 407.--Les cinq propositions aussi ridicules que cinq cents autres, 408.--Tracasseries plus ridicules encore, 409.--Disputes insensées, 410.--Arnauld persécuté, 411.--Formulaire à des filles, 412.--Grand miracle d’un œil guéri, 413.--Jésuites font aussi leurs miracles, ibid.--Lettres provinciales, chef-d’œuvre, 414.--Ce chef-d’œuvre brûlé, 415.--Religieuses enlevées, ibid.--Paix de Clément IX, 416.--Port-Royal, 417.--Assemblées jansénistes, 418.--Cas de conscience aussi ridicule que tout ce que dessus, 419.--Port-Royal démoli, 420.--Quesnel, 421.--Quesnel prisonnier et délivré, 422.--Contrat des jansénistes avec la Bourignon, 423.--Projet fou des jansénistes, ibid.--Le Tellier, confesseur du roi, fourbe, insolent, et factieux, 425.--Le Tellier, fripon, 426.--Madame de Maintenon, faible et bigote autant qu’ambitieuse, 427.--Autorité royale employée par les jésuites, 428.--Bulle dressée par eux, 429.--Bulle qui met tout en désordre, ibid.--Le jésuite Le Tellier en horreur, 430.--Changement dans les affaires, 432.--Bulle méprisée, ibid.--Le système de Lass fait oublier la bulle, 433.--Pacification apparente, 435.--Singulier concile d’Embrun, 436.--Convulsionnaires, 437.--Décadence des jésuites, 439.

CHAP. XXXVIII. Du quiétisme, 441.--Madame Guyon extravagante, ibid.--Lacombe, directeur de la Guyon, ibid.--Madame Guyon enfermée à Vincennes, 446.--Marie d’Agréda, plus folle que la Guyon, regardée comme sainte, ibid.--Fénélon persécuté pour aimer Dieu, 447.--Très mauvais procédé de Bossuet, 443.--Pape Innocent XII juge cette inintelligible dispute, 449.--Fausses anecdotes, 450.--Louis XIV peu content des idées de Fénélon sur le gouvernement, 451.--Moines de Rome juges de Fénélon et de Bossuet, 452.--L’archevêque de Cambrai se soumet, ibid.--Fénélon détrompé enfin des sottes disputes, 453.

CHAP. XXXIX. Disputes sur les cérémonies chinoises. Comment ces querelles contribuèrent à faire proscrire le christianisme de la Chine, 460.--Christianisme en Chine, 461.--Dominicains contre jésuites en Chine, 462.--Procès de la Chine en cour de Rome, ibid.--Contradictions impertinentes au sujet de la Chine, 463.--Culte d’un seul Dieu plus ancien à la Chine qu’ailleurs, 464.--Disputes ridicules en Sorbonne sur la Chine, 465.--Chine déclarée hérétique par la Sorbonne, ibid.--Un Maigrot, nommé évêque d’une province chinoise, critique l’empereur, 466.--Tournon, légat à la Chine, renvoyé, 467.--L’empereur Young-tching, le meilleur des princes, 468.--Belles actions d’Young-tching, 469.--Il proscrit poliment la religion chrétienne, ibid.--Missionnaires chassés poliment, 470.--Belle mercuriale aux missionnaires, 471.--Grands maux occasionnés par ces missionnaires, ibid.--Sagesse des Asiatiques en un point, 472.--Miracle ridicule, ibid.

SUPPLÉMENT AU SIÈCLE DE LOUIS XIV, 475.

Préface du nouvel Éditeur, 477.

Lettre à M. Roques, 481.

Première partie, 493.

Seconde partie, 532.

Troisième partie, 550.

FIN DE LA TABLE.

NOTES:

[1] Plus connu comme homme d’état sous le nom de Clarendon: il a laissé une Histoire des guerres civiles d’Angleterre sous Charles Iᵉʳ, et plusieurs autres ouvrages de politique. K.

[2] On lui déclara, lorsqu’il se proposait d’aller voir à Milan son gendre Philippe V, qu’il ne serait reçu que comme un de ses courtisans, et que le roi d’Espagne ne pourrait, sans manquer à sa dignité, l’admettre à sa table. K.

[3] Voyez les Mémoires manuscrits de Dangeau; on les cite ici parceque ce fait rapporté par eux a été souvent confirmé par le maréchal de La Feuillade, gendre du secrétaire d’état Chamillart. Louis XIV n’avait que trois ans plus que Louvois; à la mort de Mazarin le roi avait vingt-trois ans; Louvois en avait vingt, et était, depuis plusieurs années, adjoint de son père dans la place de ministre de la guerre.

[4] Le maréchal de Berwick rapporte, dans ses Mémoires, que Louis XIV l’ayant consulté sur un plan imaginé par Chamillart, pour la campagne de 1708, et dont l’exécution devait être confiée au maréchal, il n’eut pas de peine à en faire voir le ridicule au roi, qui ne put s’empêcher de lui dire en riant: «Chamillart croit en savoir beaucoup plus qu’aucun général, mais il n’y entend rien du tout.» Cependant Chamillart resta encore ministre; et, dans la même campagne, Louis XIV l’envoya en Flandre pour prononcer entre le duc de Vendôme et le maréchal de Berwick, sur les moyens d’empêcher la prise de Lille. K.

[5] Le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon dit que, vers la fin de la guerre précédente, le marquis de Nangis, colonel du régiment du roi, lui disait qu’on ne pourrait empêcher la désertion de ses soldats qu’en fesant casser la tête aux déserteurs. Remarquez que le marquis, depuis le maréchal de Nangis, ne fut colonel de ce régiment qu’en 1711.

[6] Par les instructions à moi envoyées, et puisées dans le dépôt des affaires étrangères, il est évident que le prince Eugène était déjà parti en 1683, et que le marquis de La Fare s’est mépris dans ses Mémoires, quand il fait partir les deux princes de Conti avec le prince Eugène; ce qui a induit les historiens en erreur.

Il y eut alors plusieurs jeunes seigneurs de la cour qui écrivirent aux princes de Conti des lettres indécentes, dans lesquelles ils manquaient de respect au roi, et d’égards pour madame de Maintenon, qui n’était encore que favorite. Les lettres furent interceptées, et ces jeunes gens disgraciés pour quelque temps.

Le compilateur des Mémoires de Maintenon est le seul qui avance que le duc de La Rocheguion dit à son frère, le marquis de Liancourt: «Mon frère, si on intercepte votre lettre, vous méritez la mort.» Premièrement, on ne mérite point la mort parcequ’une lettre coupable est interceptée, mais parcequ’on l’a écrite: secondement, on ne mérite point la mort pour avoir écrit des plaisanteries. Il parut bien que ces seigneurs, qui tous rentrèrent en grace, ne méritaient point la mort. Tous ces prétendus discours qu’on débite avec légèreté dans le monde, et qui sont ensuite recueillis par des écrivains obscurs et mercenaires, sont indignes de croyance.

[7] L’auteur, qui dans sa jeunesse eut l’honneur de le voir souvent, a droit d’assurer que c’était là son caractère. La Beaumelle, qui insulte les maréchaux de Villeroi et de Villars, et tant d’autres, dans ses notes du Siècle de Louis XIV, parle ainsi de feu M. le maréchal de Villeroi, page 102, tome III des Mémoires de madame de Maintenon: «Villeroi le fastueux, qui amusait les femmes avec tant de légèreté, et qui disait à ses gens avec tant d’arrogance: A-t-on mis de l’or dans mes poches?» Comment peut-il attribuer, je ne dis pas à un grand seigneur, mais à un homme bien élevé, ces paroles qu’on attribuait autrefois à un financier ridicule? Comment peut-il parler de tant d’hommes du siècle passé, du ton d’un homme qui les aurait vus? et comment peut-on écrire si insolemment de telles indécences, de telles faussetés, et de telles sottises?

[8] Voyez les Mémoires de Dangeau.

On chantait à la cour, à Paris, et dans l’armée:

Français, rendez grace à Bellone. Votre bonheur est sans égal; Vous avez conservé Crémone, Et perdu votre général.

[9] Voyez tome XVI, pages 372, 362, 397. B.

[10] Voltaire a mis en vers ces paroles: voyez, tome XII, le troisième de ses Discours sur l’homme. B.

[11] Tout ceci doit se trouver dans les Mémoires du maréchal de Villars, manuscrits; j’y ai lu ces détails. Le premier tome imprimé de ces Mémoires est absolument de lui; les deux autres sont d’une main étrangère et un peu différente.

On voit, par les dépêches du maréchal, combien il avait à souffrir de la cour de Bavière: «Peut-être valait-il mieux lui plaire que de le bien servir. Ses gens en usent ainsi. Les Bavarois, les étrangers, tous ceux qui l’ont volé, friponné au jeu, livré à l’empereur, ont fait avec lui leur fortune, etc.»

Il entend par ces mots, livré à l’empereur, une intrigue que les ministres de l’électeur de Bavière formaient alors pour faire sa paix avec l’Autriche dans le temps que la France combattait pour lui.--Voyez ma note sur les Mémoires de Villars, tome XIX, page 219. B.

[12] Voyez chap. XXXVI. B.

[13] Reboulet assure que l’empereur Léopold fit ériger cette pyramide: on le crut en effet en France; le maréchal de Villars, en 1707, envoya cinquante maîtres pour la détruire; on ne trouva rien. Le continuateur de Thoyras, qui n’a écrit que d’après les journaux de La Haye, suppose cette inscription, et propose même de la changer en faveur des Anglais. Elle fut imaginée en effet par des Français réfugiés oisifs. Il était très commun alors, et il l’est encore aujourd’hui, de donner ses imaginations ou des contes populaires pour des vérités certaines. Autrefois les mémoires manquaient à l’histoire, aujourd’hui la multiplicité des mémoires lui nuit. Le vrai est noyé dans un océan de brochures.--Le continuateur de Thoyras dont parle Voltaire est David Durand, auteur des onzième et douzième volumes de l’Histoire d’Angleterre, in-4º. Les dix premiers sont de Rapin Thoyras. B.

[14] Reboulet dit que la chancellerie allemande donnait aux rois le titre de Dilection; mais c’est celui des électeurs.

[15] En 1740.--Cette place est restée aux Anglais à la paix de 1748, à celle de 1763, et enfin à celle de 1783, après avoir essuyé un long blocus. Une armée combinée d’Espagnols et de Français, commandée par M. le duc de Crillon, qui venait de prendre Minorque, se préparait, en 1782, à tenter une attaque contre Gibraltar du côté de la mer; mais les batteries flottantes destinées à en détruire les défenses furent brûlées par les boulets rouges de la place. K.

[16] L’histoire de Reboulet appelle ce prince chef des factieux, comme s’il eût été un Espagnol révolté contre Philippe V.

[17] C’était, à la vérité, un comte de Revontlau, né en Danemark, qui commandait au combat de Calcinato; mais il n’y avait que des troupes impériales.

La Beaumelle dit à ce sujet, dans ses Notes sur l’Histoire du Siècle de Louis XIV, que «les Danois ne valent pas mieux ailleurs que chez eux.» Il faut avouer que c’est une chose rare de voir un tel homme outrager ainsi toutes les nations.

[18] Voyez les Mémoires de Feuquières.

[19] Sous le nom de Frédéric: voyez ma note, tome XXIV, page 358. B.

[20] Le duc de Bavière était père de ce jeune prince, appelé par Charles II au trône d’Espagne, et mort à Bruxelles. L’électeur, dans son manifeste contre l’empereur, dit, en parlant de la mort de son fils, «qu’il avait succombé à un mal qui avait souvent sans péril attaqué son enfance, avant qu’il eût été déclaré l’héritier de Charles II.» Il ajoutait que «l’étoile de la maison d’Autriche avait toujours été funeste à ceux qui s’étaient opposés à sa grandeur.» Une accusation directe eût peut-être été moins insultante que cette terrible ironie. Le duc de Bavière, en se séparant de l’empire pour s’unir à un prince en guerre avec l’empire, donnait un prétexte à l’empereur. Louis XIV avait traité avec autant de dureté le duc de Lorraine et l’électeur palatin, et il avait moins d’excuses. K.

[21] Dans l’histoire de Reboulet, il est dit qu’il eut cette souveraineté dès l’an 1700; mais alors il n’avait que la vice-royauté.

[22] On tint à Madrid, au nom de l’archiduc, plusieurs conseils où furent appelés les hommes les plus distingués de son parti. Le marquis de Ribas, secrétaire d’état sous Charles II, y assista. C’était lui qui avait dressé le testament de ce prince en faveur de Philippe V. Des cabales de cour l’avaient fait disgracier. On lui proposa de déclarer que le testament avait été supposé; mais il ne voulut consentir à aucune déclaration qui pût affaiblir l’autorité de cet acte: ni les menaces ni les promesses ne purent l’ébranler. K.

[23] Berwick avait commandé avec succès en Espagne pendant l’année 1704. Des intrigues de cour le firent rappeler. Le maréchal de Tessé demandait un jour à la jeune reine pourquoi elle n’avait pas conservé un général dont les talents et la probité lui auraient été si utiles. «Que voulez-vous que je vous dise? répondit-elle; c’est un grand diable d’Anglais, sec, qui va toujours tout droit devant lui.» Dans la campagne que termina la bataille d’Almanza, Berwick était instruit de l’état de l’armée alliée, et de ses projets, par un officier général portugais qui, persuadé que l’alliance du roi de Portugal avec l’empereur était contraire à ses vrais intérêts, le trahissait par esprit de patriotisme. (Mémoires de Berwick.) K.

[24] Voltaire a rapporté ailleurs (voyez tome XXXIX, page 247) une lettre écrite à Berwick, sur la victoire d’Almanza. B.

[25] L’armée du duc d’Orléans prit aussi Saragosse; lorsque les troupes françaises parurent à la vue de la ville, on fit accroire au peuple que ce camp qu’il voyait n’était pas un objet réel, mais une apparence causée par un sortilége: le clergé se rendit processionnellement sur les murailles pour exorciser ces fantômes; et le peuple ne commença à croire qu’il était assiégé par une armée réelle, que lorsqu’il vit les houssards abattre quelques têtes. (Mémoires de Berwick.) K.

[26] Le respect pour la vérité dans les plus petites choses oblige encore de relever le discours que le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon fait tenir par le roi de Suède, Charles XII, au duc de Marlborough: «Si Toulon est pris, je l’irai reprendre.» Ce général anglais n’était point auprès du roi de Suède dans le temps du siége. Il le vit dans Alt-Ranstadt en avril 1707, et le siége de Toulon fut levé au mois d’août. Charles XII, d’ailleurs, ne se mêla jamais de cette guerre; il refusa constamment de voir tous les Français qu’on lui députa. On ne trouve, dans les Mémoires de Maintenon, que des discours qu’on n’a ni tenus ni pu tenir; et on ne peut regarder ce livre que comme un roman mal digéré.

[27] Entre autres Reboulet, page 233 du tome VIII. Il fonde ses soupçons sur ceux du chevalier de Forbin. Celui qui a donné au public tant de mensonges, sous le titre de Mémoires de madame de Maintenon, et qui fit imprimer, en 1752, à Francfort, une édition frauduleuse du Siècle de Louis XIV, demande, dans une des notes, qui sont ces historiens qui ont prétendu que la reine Anne était d’intelligence avec son frère. C’est un fantôme, dit-il. Mais on voit ici clairement que ce n’est point un fantôme, et que l’auteur du Siècle de Louis XIV n’avait rien avancé que la preuve en main: il n’est pas permis d’écrire l’histoire autrement.

[28] Telle est l’histoire qu’un libraire, nommé Van-Duren, fit écrire par le jésuite La Motte, réfugié en Hollande sous le nom de La Hode, continuée par La Martinière; le tout sur les prétendus Mémoires d’un comte de...., secrétaire d’état. Les Mémoires de madame de Maintenon, encore plus remplis de mensonges, disent, tome IV, page 119, que les assiégeants jetaient dans la ville des billets conçus en ces termes: «Rassurez-vous, Français, la Maintenon ne sera pas votre reine; nous ne lèverons pas le siége. On croira, ajoute-t-il, que Louis, dans la ferveur du plaisir que lui donnait la certitude d’une victoire inattendue, offrit ou promit le trône à madame de Maintenon.» Comment, dans la ferveur de l’impertinence, peut-on mettre sur le papier ces nouvelles et ces discours des halles? comment cet insensé a-t-il pu pousser l’effronterie jusqu’à dire que le duc de Bourgogne trahit le roi son grand-père, et fit prendre Lille par le prince Eugène, de peur que madame de Maintenon ne fût déclarée reine?

[29] On peut voir les détails de cette campagne dans les Mémoires de Berwick; mais il faut les lire avec précaution. Berwick était dans l’armée, mais humilié de servir sous Vendôme, et presque toujours d’un avis contraire au sien. Vendôme, fatigué des contradictions qu’il éprouvait, semblait avoir perdu, pendant cette campagne, son activité et ses talents. Louis XIV envoya deux fois Chamillart à l’armée comme un arbitre entre les généraux.

Durant le siége de Lille, Marlborough écrivit au maréchal de Berwick, son neveu, pour qu’il proposât à Louis XIV d’entamer une négociation pour la paix avec les députés de Hollande, le prince Eugène, et lui. On crut à la cour que cette proposition était la suite des inquiétudes de Marlborough sur le succès du siége de Lille, et on obligea le duc de Berwick à faire une réponse négative. Marlborough aimait beaucoup la gloire et l’argent, et il pouvait alors desirer la paix comme le meilleur moyen de mettre sa fortune en sûreté, et d’ajouter une autre espèce de gloire à sa réputation militaire, qui ne pouvait plus croître. Bientôt après il s’opposa de toutes ses forces à cette paix qu’il avait desirée, parceque la guerre lui était devenue nécessaire pour soutenir son crédit dans sa patrie. K.

[30] Le marquis d’O.

[31] Ce furent des officiers au service de Hollande qui firent ce coup hardi. Presque tous étaient des Français que la révocation fatale de l’édit de Nantes avait forcés de choisir une nouvelle patrie; ils prirent la chaise du marquis de Beringhen pour celle du dauphin, parcequ’elle avait l’écusson de France. L’ayant enlevé, ils le firent monter à cheval; mais comme il était âgé et infirme, ils eurent la politesse en chemin de lui chercher eux-mêmes une chaise de poste. Cela consuma du temps. Les pages du roi coururent après eux, le premier écuyer fut délivré; et ceux qui l’avaient enlevé furent prisonniers eux-mêmes; quelques minutes plus tard ils auraient pris le dauphin, qui arrivait après Beringhen avec un seul garde.

[32] L’histoire de l’ex-jésuite La Motte, rédigée par La Martinière, dit que Chamillart fut destitué du ministère des finances en 1703, et que la voix publique y appela le maréchal d’Harcourt. Les fautes de cet historien sont sans nombre.

[33] Pour bien juger Desmarets, il faut lire le Mémoire qu’il présenta au régent pour lui rendre compte de son administration: ce Mémoire fait regretter que ce prince ne l’ait pas laissé à la tête des finances. K.

[34] C’est ce que l’auteur tient de la bouche de vingt personnes qui les entendirent parler ainsi à Lille, après la prise de cette ville. Cependant il se peut que ces expressions fussent moins l’effet d’une fierté grossière que d’un style laconique assez en usage dans les armées.

[35] Voyez les Mémoires de Torci, tome III, page 2; ils ont confirmé tout ce qui est avancé ici.

[36] L’auteur des Mémoires de madame de Maintenon dit, pages 92 et 93 du tome V, que «le duc de Marlborough et le prince Eugène gagnèrent Heinsius», comme si Heinsius avait eu besoin d’être gagné. Il met dans la bouche de Louis XIV, au lieu des belles paroles qu’il prononça en plein conseil, ces mots bas et plats: Alors comme alors. Il cite l’auteur du Siècle de Louis XIV, et le reprend d’avoir dit que «Louis XIV fit afficher sa lettre circulaire dans les rues de Paris.» Nous avons confronté toutes les éditions du Siècle de Louis XIV; il n’y a pas un seul mot de ce que cite cet homme, pas même dans l’édition subreptice qu’il fit à Francfort en 1752.--Cette note de Voltaire est de 1756. B.

[37] Cet endroit mérite d’être éclairci. L’auteur célèbre de l’Esprit des lois dit que l’honneur est le principe des gouvernements monarchiques, et la vertu le principe des gouvernements républicains.

Ce sont là des idées vagues et confuses qu’on a attaquées d’une manière aussi vague, parceque rarement on convient de la valeur des termes, rarement on s’entend. L’honneur est le désir d’être honoré, d’être estimé: de là vient l’habitude de ne rien faire dont on puisse rougir. La vertu est l’accomplissement des devoirs, indépendamment du désir de l’estime; de là vient que l’honneur est commun, la vertu rare.

Le principe d’une monarchie ou d’une république n’est ni l’honneur ni la vertu. Une monarchie est fondée sur le pouvoir d’un seul; une république est fondée sur le pouvoir que plusieurs ont d’empêcher le pouvoir d’un seul. La plupart des monarchies ont été établies par des chefs d’armées, les républiques par des citoyens assemblés. L’honneur est commun à tous les hommes, et la vertu rare dans tout gouvernement. L’amour-propre de chaque membre d’une république veille sur l’amour-propre des autres; chacun voulant être maître, personne ne l’est; l’ambition de chaque particulier est un frein public, et l’égalité règne.

Dans une monarchie affermie, l’ambition ne peut s’élever qu’en plaisant au maître, ou à ceux qui gouvernent sous le maître. Il n’y a dans ces premiers ressorts ni honneur ni vertu, de part ni d’autre; il n’y a que de l’intérêt. La vertu est en tout pays le fruit de l’éducation et du caractère. Il est dit dans l’Esprit des lois qu’il faut plus de vertu dans une république: c’est, en un sens, tout le contraire: il faut beaucoup plus de vertu dans une cour pour résister à tant de séductions. Le duc de Montausier, le duc de Beauvilliers, étaient des hommes d’une vertu très austère. Le maréchal de Villeroi joignit des mœurs plus douces à une probité non moins incorruptible. Le marquis de Torci a été un des plus honnêtes hommes de l’Europe, dans une place où la politique permet le relâchement dans la morale. Les contrôleurs-généraux Le Pelletier et Chamillart passèrent pour être moins habiles que vertueux.

Il faut avouer que Louis XIV, dans cette guerre malheureuse, ne fut guère entouré que d’hommes irréprochables; c’est une observation très vraie et très importante dans une histoire où les mœurs ont tant de part.--Voyez, dans ce volume, le Supplément au Siècle de Louis XIV, troisième partie. B.

[38] Dans le livre intitulé Mémoires du maréchal de Berwick, il est dit que le maréchal de Berwick fit cette retraite. C’est ainsi que tant de mémoires sont écrits. On trouve dans ceux de madame de Maintenon, par La Beaumelle, tome V, page 99, que les alliés accusèrent le maréchal de Villars de «s’être blessé lui-même, et que les Français lui reprochèrent de s’être retiré trop tôt.» Ce sont deux impostures ridicules. Ce général avait reçu un coup de carabine au-dessous du genou, qui lui fracassa l’os, et qui le fit boiter toute sa vie. Le roi lui envoya le sieur Maréchal, son premier chirurgien, qui seul empêcha qu’on lui coupât la cuisse. C’est ce que je tiens de la bouche de M. le maréchal de Villars et de ce chirurgien célèbre: c’est ce que tous les officiers ont su; c’est ce que M. le duc de Villars daigne me confirmer par ses lettres. Il n’oppose que le mépris aux sottises insolentes et calomnieuses de La Beaumelle.--Les Mémoires de Berwick, dont parle M. de Voltaire, ne sont pas le même ouvrage que nous avons cité dans nos notes. Le maréchal de Berwick défendit le Dauphiné et la Provence contre le duc de Savoie pendant les campagnes de 1709, 1710, 1711, et 1712, avec beaucoup de succès, et malgré une grande infériorité de forces. Ces campagnes, pendant lesquelles il n’y eut aucune action d’éclat, lui ont fait plus d’honneur auprès des militaires que la victoire d’Almanza et la prise de Barcelone, et l’ont placé, dans l’opinion des hommes éclairés, fort au-dessus de plusieurs généraux qui ont eu des succès plus brillants. Il fut envoyé en Flandre, après la bataille de Malplaquet, pour faire lever le siége de Mons: entreprise qu’il ne trouva point impraticable: c’est ce qui a trompé l’auteur des faux Mémoires de Berwick. M. de Voltaire ne parle point de ces campagnes de Dauphiné; mais il avait passé sa jeunesse chez les princes de Vendôme et chez le maréchal de Villars, qui n’aimaient pas le maréchal de Berwick. K.--Les Mémoires de Berwick, 1737, deux volumes in-12, sont de l’abbé Margon. Les véritables Mémoires de Berwick ont été publiés en 1778: voyez tome XIX, page 20. B.

[39] Voyez la note précédente. K.

[40] On assure qu’après la bataille, Philippe V n’ayant point de lit, le duc de Vendôme lui dit: «Je vais vous faire donner le plus beau lit sur lequel jamais roi ait couché»; et il fit faire un matelas des étendards et des drapeaux pris sur les ennemis.

[41] Voyez, sur ce passage, une petite dissertation de La Harpe, dans son Lycée, ou Cours de littérature (Philosophie du dix-huitième siècle, livre II, chap. II). B.

[42] Le marquis de Torci l’appelle, dans ses Mémoires, ministre prédicant: il se trompe; c’est un titre qu’on ne donne qu’aux presbytériens. Henri Sacheverel, dont il est question, était docteur d’Oxford, et du parti épiscopal. Il avait prêché dans la cathédrale de Saint-Paul l’obéissance absolue aux rois et l’intolérance. Ces maximes furent condamnées par le parlement; mais ses invectives contre le parti de Marlborough le furent bien davantage.

[43] Mémoires de Torci, tome III, page 33.

[44] Le lord Bolingbroke rapporte dans ses lettres qu’alors il y avait de grandes cabales à la cour de Louis XIV; il ne doute pas, tome II, page 244, «qu’il ne se formât dans sa cour d’étranges projets d’ambition particulière:» il en juge par un discours que lui tinrent depuis à souper les ducs de La Feuillade et de Mortemar: «Vous auriez pu nous écraser, pourquoi ne l’avez-vous pas fait?» Bolingbroke, malgré ses lumières et sa philosophie, tombe ici dans le défaut de quelques ministres, qui croient que tous les mots qu’on leur dit signifient quelque chose. On connaît assez l’état de la cour de France, et celui de ces deux ducs, pour savoir qu’il n’y avait, du temps de la paix d’Utrecht, ni desseins, ni factions, ni aucun homme en situation de rien entreprendre.

[45] Le congrès d’Utrecht s’ouvrit le 29 janvier 1712. B.

[46] Le maréchal de Villars eut à Versailles une partie de l’appartement qu’avait occupé Monseigneur, et le roi vint l’y voir. L’auteur des Mémoires de Maintenon, qui confond tous les temps, dit, tome V, page 119 de ces Mémoires, que le maréchal de Villars arriva dans les jardins de Marli, et que le, roi lui ayant dit «qu’il était très content de lui», le maréchal, se tournant vers les courtisans, leur dit: «Messieurs, au moins vous l’entendez.» Ce conte, rapporté dans cette occasion, ferait tort à un homme qui venait de rendre de si grands services. Ce n’est pas dans ces moments de gloire qu’on fait ainsi remarquer aux courtisans que le roi est content. Cette anecdote défigurée est de l’année 1711. Le roi lui avait ordonné de ne point attaquer le duc de Marlborough. Les Anglais prirent Bouchain. On murmurait contre le maréchal de Villars. Ce fut après cette campagne de 1711 que le roi lui dit qu’il était content; et c’est alors qu’il pouvait convenir à un général d’imposer silence aux reproches des courtisans, en leur disant que son souverain était satisfait de sa conduite, quoique malheureuse.

Ce fait est très peu important; mais il faut de la vérité dans les plus petites choses.--On voit, par des lettres écrites dans ce temps-là, qu’à la première nouvelle du combat de Denain, on regardait généralement à la cour cette affaire comme un léger avantage auquel la vanité du maréchal de Villars voulait donner de l’importance. K.

[47] Ces renonciations ne peuvent devenir obligatoires que par la sanction des seuls vrais intéressés, les peuples. K.

[48] La reine Anne envoya au mois d’août son secrétaire d’état, le vicomte de Bolingbroke, consommer la négociation. Le marquis de Torci fait un très grand éloge de ce ministre, et dit que Louis XIV lui fit l’accueil qu’il lui devait. En effet il fut reçu à la cour comme un homme qui venait donner la paix; et lorsqu’il vint à l’Opéra, tout le monde se leva pour lui faire honneur: c’est donc une grande calomnie, dans les Mémoires de Maintenon, de dire, page 115 du tome V: «Le mépris que Louis XIV témoigna pour milord Bolingbroke ne prouve point qu’il l’ait eu au nombre de ses pensionnaires.» Il est plaisant de voir un tel homme parler ainsi des plus grands hommes.

[49] L’empereur Joseph II vient de s’affranchir de ce ridicule tribut, et de faire démolir les fortifications de presque toutes les places de la barrière. K.

[50] L’Abrégé chronologique de Hénault. K.--Voyez tome XXVI, page 326. B.

[51] Jamais le lord Stair ne parla au roi qu’en présence du secrétaire d’état Torci, qui a dit n’avoir jamais entendu un discours si déplacé. Ce discours aurait été bien humiliant pour Louis XIV, quand il fit cesser les ouvrages de Mardick.

[52] Dans l’Essai sur les mœurs, etc., chap. CLXXVII (tome XVIII, page 253).

[53] Cette ville de Xativa fut rasée en 1707, après la bataille d’Almanza. Philippe V fit bâtir sur ses ruines une autre ville qu’on nomme à présent San Felipe.

[54] Les alliés ne firent de progrès en Espagne qu’à l’aide du parti qui y subsistait en faveur de la maison d’Autriche. Ce parti s’était formé pendant la vie de Charles II, et les fautes du ministère de Philippe V lui donnèrent des forces. Il était impossible qu’il n’y eût des cabales dans la cour d’un roi étranger à l’Espagne, jeune, incapable de gouverner par lui-même: et il était impossible d’empêcher ces cabales de dégénérer en conspirations et en partis. Peut-être cependant eût-on prévenu les suites funestes de ces cabales, si, au lieu d’abandonner son petit-fils aux intrigues de la princesse des Ursins, des ambassadeurs de France, des Français employés à Madrid, des ministres espagnols, Louis XIV lui eût donné pour guide un homme capable à-la-fois d’être ambassadeur, ministre, et général; assez supérieur à tous les préjugés pour n’en blesser aucun inutilement; assez au-dessus de la vanité pour ne faire aucune parade de son pouvoir, et se borner à être utile en secret; assez modeste pour cacher à la haine des Espagnols pour les étrangers le bien qu’il ferait à leur pays; un homme enfin dont le nom, respecté dans l’Europe, en imposât à la jalousie nationale. Cet homme existait en France; mais madame de Maintenon trouvait qu’il n’avait pas une véritable piété.

La nation castillane montra un attachement inébranlable pour Philippe V. Lorsque les troupes de l’archiduc traversèrent la Castille, elles la trouvèrent presque déserte; le peuple fuyait devant elles, cachait ses vivres pour n’être pas obligé de leur en vendre; les soldats qui s’écartaient étaient tués par les paysans. Les courtisanes de Madrid se rendirent en foule au camp des Anglais et des Allemands, dans l’intention d’y répandre le poison que les compagnons de Colomb avaient porté en Espagne. (Mémoires de Saint-Philippe.) A peine sortis d’une ville, les partisans de l’archiduc entendaient le bruit des réjouissances que le peuple fesait en l’honneur de Philippe. Mais la nation aragonaise penchait pour l’archiduc. La haine entre les deux nations semblait s’être réveillée. Les Espagnols des deux partis montrèrent dans cette guerre le même caractère qu’ils avaient déployé dans leurs guerres contre les Carthaginois et les Romains. La domination de Rome, des Goths, et des Maures, la révolution dans la religion et dans le gouvernement, ne l’avaient point changé. Plusieurs villes se défendirent comme Sagonte et comme Numance; mais, comme dans ces anciennes époques, nulle réunion entre les différents cantons, nul effort suivi et combiné: cette force de caractère ne se montrait que quand ils étaient attaqués, et alors elle devenait indomptable.

Les Catalans furent dépouillés de leurs priviléges; heureusement ces prétendus priviléges n’étaient que des droits accordés aux villes et aux riches aux dépens des campagnes et du peuple. Depuis leur destruction, l’industrie de cette nation s’est ranimée; l’agriculture, les manufactures, le commerce, ont fleuri; et l’orgueil de la victoire a ordonné ce que, dans un temps plus éclairé, un gouvernement paternel eût voulu faire. K.

[55] En 1751, 1752, 1753, ce chapitre n’était que le vingt-troisième. Cette différence vient de ce qu’alors le chapitre Iᵉʳ comprenait l’Introduction, et Des états de l’Europe avant Louis XIV, dont, en 1756, Voltaire forma deux chapitres, les CLXV et CLXVI de son Essai sur l’histoire générale (aujourd’hui, sauf les changements, chapitres I et II du Siècle de Louis XIV). Le chapitre XXIII des éditions de 1751, 1752 et 1753, devenu, en 1756, le chapitre CLXXXVII de l’Essai, subit alors de grands changements. Une partie de ce qui le composait servit pour le chapitre CLXXIX, qui, en 1768, forma une partie du chapitre III du Précis du Siècle de Louis XV: voyez ce chapitre, tome

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