‹ Œuvres de Voltaire Tome XX: Siècle de Louis XIV., Tome IIChapitre 26 sur 30 · XXI. B.

XXI. B.

[56] On lit ainsi dans l’édition originale et dans toutes les autres. Je pense que c’est par mégarde que Voltaire a laissé, en 1751, imprimer près de succomber; car, en 1764, il dit, dans son édition de Corneille (voyez tome XXXV, page 138): «Près de veut un substantif.» On a pu remarquer que devant un verbe il écrivait toujours prêt de. C’était l’usage de son temps. Il a changé: aujourd’hui l’on dit près de et prêt à. B.

[57] On appelle généralement du nom de Flandre les provinces des Pays-Bas qui appartiennent à la maison d’Autriche, comme on appelle les sept Provinces-Unies la Hollande.

[58] Dès 1748, Voltaire avait publié des Anecdotes sur Louis XIV, qui sont dans le tome XXXIX, page 3 et suiv. B.

[59] Voyez les deux Mémoires de Louis XIV rapportés dans ce volume (chapitre XXVIII).

[60] Anne d’Autriche s’était prononcée contre ce mariage. Voltaire a rapporté ses paroles tome XIX, page 338. B.

[61] Cette anecdote est accréditée par les Mémoires de La Porte, page 255 et suivantes. On y voit que le roi avait de l’aversion pour le cardinal; que ce ministre, son parrain et surintendant de son éducation, l’avait très mal élevé, et qu’il le laissa souvent manquer du nécessaire. Il ajoute même des accusations beaucoup plus graves, et qui rendraient la mémoire du cardinal bien infâme; mais elles ne paraissent pas prouvées, et toute accusation doit l’être.

[62] Cette galanterie et quelques imprudences dans sa conduite furent la cause et des malheurs qu’elle éprouva sous le gouvernement de Richelieu, et des bruits injurieux répandus contre elle par les frondeurs. Richelieu voulait la perdre, et il eût réussi, sans la fidélité et le courage de ses amis et de quelques uns de ses domestiques. On trouve, dans des Mémoires non imprimés du duc de La Rochefoucauld, qu’elle avait formé le projet de se retirer à Bruxelles: quoique très jeune, il était à la tête de ce complot, et s’était chargé de l’enlever et de la conduire. K.--Il s’agit, dans cette note, de la première partie des Mémoires de La Rochefoucauld, qui n’a vu le jour qu’en 1817. B.

[63] Ces paroles, fidèlement recueillies, sont dans tous les Mémoires authentiques de ce temps-là: il n’est permis ni de les omettre, ni d’y rien changer dans aucune histoire de France.

L’auteur des Mémoires de Maintenon s’avise de dire au hasard dans sa note: «Son discours ne fut pas tout-à-fait si beau, et ses yeux en dirent plus que sa bouche.» Où a-t-il pris que le discours de Louis XIV ne fut pas tout-à-fait si beau, puisque ce furent là ses propres paroles? Il ne fut ni plus ni moins beau: il fut tel qu’on le rapporte.--Voltaire l’a encore rapporté dans le chapitre LVII de son Histoire du parlement; voyez tome XXII, page 275. B.

[64] Le cardinal de Richelieu avait déjà donné des ballets, mais ils étaient sans goût, comme tout ce qu’on avait eu de spectacles avant lui. Les Français, qui ont aujourd’hui porté la danse à la perfection, n’avaient, dans la jeunesse de Louis XIV, que des danses espagnoles, comme la sarabande, la courante, la pavane, etc.

[65] Voltaire, qui approuve ici la danse de Louis XIV, cite, chapitre XXVI, les vers de Racine (dans Britannicus), et dit que «le poëte réforma le monarque.» B.

[66] Ce passage de Voltaire sur le masque de fer fournit au P. Griffet le sujet du quatorzième chapitre de son Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l’histoire. Le jésuite penche à croire que le masque de fer était le duc de Vermandois. Voyez, sur le masque de fer, tome XXVI, pages 311-18. B.

[67] Un fameux chirurgien, gendre du médecin dont je parle, et qui a appartenu au maréchal de Richelieu, est témoin de ce que j’avance; et M. de Bernaville, successeur de Saint-Mars, me l’a souvent confirmé.--Voyez le Dictionnaire philosophique, article ANA, ANECTODES. K.

[68] Voyez mes notes, tome XXVI, pages 311 et 318. B.

[69] Ceci a été écrit en 1750.--Cette note se trouve dans les éditions de 1768, in-8º, et de 1769, in-4º; c’est dans l’édition de 1752 du Siècle de Louis XIV qu’avait été ajoutée l’anecdote du pêcheur. Le personnage très digne de foi, dont parle Voltaire, est Riousse, ancien commissaire des guerres à Cannes: voyez, ci-après, le Supplément au Siècle de Louis XIV, première partie. B.

[70] Les comptes qui le prouvent étaient à Vaux, aujourd’hui Villars, en 1718, et doivent y être encore. M. le duc de Villars, fils du maréchal, confirme ce fait. Il est moins singulier qu’on ne pense. Vous voyez, dans les Mémoires de l’abbé de Choisi, que le marquis de Louvois lui disait, en lui parlant de Meudon: «Je suis sur le quatorzième million.»

[71] Dans l’édition de 1768 du Siècle de Louis XIV, Voltaire disait: «Le plus ardent et le plus implacable de ses persécuteurs était le chef de ses juges, le chancelier Michel Le Tellier.» Cette phrase fut reproduite en 1769, dans l’édition in-4º; mais Voltaire signala son erreur, en 1770, dans l’article ANA des Questions sur l’Encyclopédie (voyez tome XXVI, page 319), et la corrigea dans l’édition de 1775. B.

[72] Voyez ma note, tome XIX, page 79. B.

[73] J’ai retrouvé depuis cette même particularité dans Saint-Évremond.

[74] Voyez les Mémoires de Gourville.

[75] Racine assure, dans ses Fragments historiques, que le roi dit chez mademoiselle de La Vallière: «S’il avait été condamné à mort, je l’aurais laissé mourir.» S’il prononça ces paroles, on ne peut les excuser: elles paraissent trop dures et trop ridicules.

[76] M. Delort, dans son Histoire de la détention des philosophes, etc., 1829, in-8º, dit, tome Iᵉʳ, page 52, que Fouquet mourut à Pignerol le 23 mars 1680. Voyez aussi ma note, tome XXVI, page 319. B.

[77] Voyez Gui Patin et les Mémoires du temps.--Voici ce que Gui Patin écrivait le 7 février 1662: «La chambre de justice a donné un arrêt considérable contre un partisan nommé Boislève, ci-devant intendant des finances; on avait saisi ses beaux meubles, et on avait avis d’une bonne somme d’argent qui lui appartenait. Un sien frère, ci-devant conseiller de la cour, aujourd’hui évèque d’Avranches, et, de plus, grand fourbe, est intervenu prétendant revendiquer lesdits meubles, et l’argent aussi, comme s’ils lui appartenaient; il en a fait un serment, dont la fausseté fut aussitôt découverte par M. Talon; ensuite de quoi les meubles et l’argent furent trouvés, et déclarés bien saisis, et l’évêque condamné à une amende de douze mille livres parisis.» La livre parisis valait une livre cinq sous tournois. B.

[78] Le vrai nom est Du Plessis Bellière ou Belière. B.

[79] Voyez tome XXXVI, page 384. B.

[80] Non dans la Place Royale, comme le dit l’Histoire de La Hode, sous le nom de La Martinière.

[81] Mort en 1680. B.

[82] Voyez tome XXXVIII, page 435. B.

[83] Dans la Vie de Molière: voyez tome XXXVIII, page 431. B.

[84] Ces vers sont déjà cités dans les Anecdotes imprimées en 1748: voyez tome XXXIX, page 7. B.

[85] Voyez ma note, tome XVI, page 35. B.

[86] Voyez tome XXII, page 277. B.

[87] Ces profusions faites avec l’argent du peuple étaient une véritable injustice, et certes un beaucoup plus grand péché, excepté aux yeux des jésuites, que ceux qu’il pouvait commettre avec ses maîtresses. Cette foule de charges inutiles, d’abus de tout genre, a fait un mal plus durable. Une grande partie de ces abus a subsisté long-temps, et subsiste même encore, quoique aucun des princes qui lui ont succédé n’ait hérité de son goût pour le faste. K.

[88] Une Liste de quelques gens de lettres français vivants en 1662, composée, par ordre de M. Colbert, par M. Chapelain, a été imprimée, en 1726, dans le tome second des Mémoires de littérature, par le P. Desmolets; et la même année, dans les Mélanges de littérature de Chapelain. Un Mémoire des gens de lettres célèbres en France, par M. Costar, est aussi imprimé dans le tome second des Mémoires de Desmolets; c’est là que Chapelain est appelé: «Le premier poëte du monde pour l’héroïque.» M. Peignot a publié des Documents authentiques et détails curieux sur les dépenses de Louis XIV, en bâtiments et châteaux royaux, en gratifications et pensions accordées aux savants, gens de lettres et artistes, depuis 1663, etc., etc. Paris, 1827, in-8º. B.

[89] Boileau Despréaux n’est sur aucune liste de gratifications et pensions avant 1674; il reçut alors 2000 fr. Racine et Quinault touchaient alors chacun 800 fr. Racine n’avait eu que 600 fr. en 1663, en même temps que l’on donnait 3000 fr. à Chapelain. Les libéralités du roi s’étendaient aussi dans les pays étrangers. «A l’égard de celles qui se distribuaient à Paris, dit Charles Perrault, elles se portèrent, la première année, chez tous les gratifiés par le commis du trésorier des bâtiments, dans des bourses de soie d’or, les plus propres du monde; la seconde année, dans des bourses de cuir. Comme toutes choses ne peuvent pas demeurer au même état, et vont naturellement en dépérissant, les années suivantes il fallut aller recevoir soi-même les pensions chez le trésorier, en monnaie ordinaire. Les années bientôt eurent quinze et seize mois; et, quand on déclara la guerre à l’Espagne, une grande partie de ces gratifications s’amortirent.» B.

[90] Le 17 avril. Il venait d’être reçu à l’académie française. Bussi sortit de la Bastille le 16 mai 1666, pour aller rétablir sa santé chez un maître chirurgien, mais sous la promesse de revenir à la Bastille dès qu’il serait rétabli. Cependant, le 10 août, il obtint de se retirer en Bourgogne. B.

[91] Le bec amoureux était celui de mademoiselle de La Vallière. B.

[92] Voyez page 128. B.

[93] Voltaire lui a donné place dans le chapitre XIII de l’Ingénu: voyez tome XXXIII, page 440. B.

[94] Lauzun avait d’abord été connu sous le nom de marquis de Puyguilhem. On lit Pégulin et Péguilin dans la lettre de Gui Patin, du 21 décembre 1671. B.

[95] La lettre du roi, contresignée Le Tellier, et qui annonce au gouverneur de Pignerol qu’on lui envoie Lauzun, est du 25 novembre 1671. B.

[96] L’origine de cette imputation, qu’on trouve dans tant d’historiens, vient du Ségraisiana. C’est un recueil posthume de quelques conversations de Ségrais, presque toutes falsifiées. Il est plein de contradictions; et l’on sait qu’aucun de ces ana ne mérite de créance.

[97] On a imprimé, à la fin de ses Mémoires, une Histoire des amours de Mademoiselle et de M. de Lauzun. C’est l’ouvrage de quelque valet de chambre. On y a joint des vers dignes de l’histoire et de toutes les inepties qu’on était en possession d’imprimer en Hollande.

On doit mettre au même rang la plupart des contes qui se trouvent dans les Mémoires de madame de Maintenon, faits par le nommé La Beaumelle: il y est dit qu’en 1681 un des ministres du duc de Lorraine vint, déguisé en mendiant, se présenter dans une église à Mademoiselle, lui montra une paire d’heures sur lesquelles il était écrit: «De la part du duc de Lorraine;» et qu’ensuite il négocia avec elle pour l’engager à déclarer le duc son héritier (tome II, page 204). Cette fable est prise de l’aventure vraie ou fausse de la reine Clotilde. Mademoiselle n’en parle point dans ses Mémoires, où elle n’omet pas les petits faits. Le duc de Lorraine n’avait aucun droit à la succession de Mademoiselle; de plus elle avait fait, en 1679, le duc du Maine et le comte de Toulouse ses héritiers.

L’auteur de ces misérables Mémoires dit, page 207, que «le duc de Lauzun, à son retour, ne vit dans Mademoiselle qu’une fille brûlante d’un amour impur.» Elle était sa femme, et il l’avoue. Il est difficile d’écrire plus d’impostures dans un style plus indécent.

[98] Lauzun est mort le 19 novembre 1723, à quatre-vingt-dix ans. B.

[99] Voyez l’Histoire de Madame Henriette d’Angleterre, par madame la comtesse de La Fayette, page 171, édition de 1742.

[100] Des fragments de diamant et de verre pourraient, par leurs pointes, percer une tunique des entrailles, et la déchirer: mais aussi on ne pourrait les avaler, et on serait averti tout d’un coup du danger par l’excoriation du palais et du gosier. La poudre impalpable ne peut nuire. Les médecins qui ont rangé le diamant au nombre des poisons auraient dû distinguer le diamant réduit en poudre impalpable du diamant grossièrement pilé.--Voyez tome XXIX, page 93. B.

[101] Acte IV, scène 4. B.

[102] Dans un recueil de pièces extraites du porte-feuille de M. Duclos, et imprimées en 1781, on trouve qu’un maître d’hôtel de Monsieur, nommé Morel, avait commis ce crime; qu’il en fut soupçonné; que Louis XIV le fit amener devant lui; que l’ayant menacé de le livrer à la rigueur des lois s’il ne disait pas la vérité, et lui ayant promis la liberté et la vie s’il avouait tout, Morel avoua son crime; que le roi lui ayant demandé si Monsieur était instruit de cet horrible complot, Morel lui répondit: «Non, il n’y aurait point consenti.» M. de Voltaire était instruit de cette anecdote; mais il n’a jamais voulu paraître croire à aucun empoisonnement, à moins qu’il ne fût absolument impossible d’en nier la réalité. Dans le même ouvrage que nous venons de citer, on donne pour garant de cette anecdote mademoiselle de La Chausseraie, amie subalterne de madame de Maintenon. On a demandé comment, quarante ans après cet événement, Louis XIV aurait confié des détails si affligeants à se rappeler, à une personne qui n’avait et ne pouvait avoir avec lui aucune liaison intime. Mais mademoiselle de La Chausseraie expliquait elle-même cette difficulté. Elle racontait que se trouvant seule avec le roi chez madame de Maintenon, qui était sortie pour quelques moments, Louis XIV laissa échapper des plaintes sur les malheurs où il s’était vu condamné; elle attribuait ces plaintes aux revers de la guerre de la succession, et cherchait à le consoler. «Non, dit le roi, c’est dans ma jeunesse, c’est au milieu de mes succès que j’ai éprouvé les plus grands malheurs;» et il cita la mort de Madame. Mademoiselle de La Chausseraie répondit par un lieu commun de consolation. «Ah! mademoiselle, dit le roi, ce n’est point cette mort, ce sont ses affreuses circonstances que je pleure;» et il se tut. Peu de temps après madame de Maintenon rentra; au bout de quelques moments de silence, le roi s’approcha de mademoiselle de La Chausseraie, et lui dit: «J’ai commis une indiscrétion que je me reproche; ce qui m’est échappé a pu vous donner des soupçons contre mon frère, et ils seraient injustes; je ne puis les dissiper que par une confidence entière:» et alors il lui raconta ce qu’on vient de lire. Nous avons appris ces détails d’un homme très digne de foi, qui les tient immédiatement des personnes qui avaient avec mademoiselle de La Chausseraie les relations les plus intimes. K.--Le recueil dont il est parlé dans cette note est celui de La Place, qui a pour titre: Pièces intéressantes et peu connues, pour servir à l’histoire et à la littérature, par M. D. L. P., 1781, in-12, qui a été réimprimé, et suivi de sept autres volumes dans l’édition de 1785. C’est à la page 208 du tome Iᵉʳ, que se trouve ce qui concerne Madame Henriette. B.

[103] Ce Glaser est cité comme apothicaire empoisonneur, dans une lettre du 22 juillet 1676, de madame de Sévigné à sa fille...... Je ne sais si ce Glaser avait un autre rapport que celui du nom avec Christophe Glaser, qui, après avoir quitté la Suisse, sa patrie, vint à Paris, où il fut pharmacien ordinaire de Louis XIV. CL.

[104] L’Histoire de Louis XIV, sous le nom de La Martinière, le nomme l’abbé de La Croix. Cette histoire, fautive en tout, confond les noms, les dates, et les événements.

[105] François Gayet de Pitaval, mort en 1743: voyez, dans le présent volume, la seconde partie du Supplément au Siècle de Louis XIV. La Beaumelle prétend que l’expression avocat sans causes est un mot usé, et que Voltaire ne l’emploie que parceque Gayot de Pitaval «a donné lieu à l’ingénieux Fréron de découvrir le plagiat de: Souvent un air de vérité, etc.»: voyez la pièce de vers qui commence ainsi, tome XIV. et ma note. B.

[106] L’Histoire de Reboulet dit «que la duchesse de Bouillon fut décrétée de prise de corps, et qu’elle parut devant les juges avec tant d’amis, qu’elle n’avait rien à craindre, quand même elle eût été coupable.» Tout cela est très faux; il n’y eut point de décret de prise de corps contre elle, et alors nuls amis auraient pu la soustraire à la justice.

[107] Tome XIX, page 267. B.

[108] Selon une lettre du 27 janvier 1680, de Bussi Rabutin à La Rivière, rapportée par M. Dulaure, volume VII, page 227 de son Histoire de Paris (seconde édition), le prêtre Le Sage dit un jour la messe sur le ventre d’une fille toute nue; mais ce n’était pas pour la rendre impuissante. CL.

[109] Chapitre XVI, tome XIX, page 483 et suiv. B.

[110] On voit, dans les Mémoires de Saint-Philippe, qu’on croyait en Espagne qu’elle avait averti Louis XIV de l’impuissance de Charles II, seul secret d’état dont cette reine infortunée pût être instruite. K.

[111] Voyez ma note, tome XIX, page 518. B.

[112] Le sonnet irrégulier de J. Hesnault, dont Voltaire cite le second quatrain, fut fait pour l’accident arrivé à mademoiselle de Guerchy, fille d’honneur de la reine, et maîtresse du duc de Vitry. Sa grossesse, dont elle fesait mystère, la mettant hors d’état d’accompagner la reine dans un voyage, mademoiselle de Guerchy eut recours à une sage-femme, nommée Constantin, qui, dans ses opérations pour la faire avorter, la blessa mortellement. Vitry envoya chercher un confesseur; et dès que le prêtre eut donné l’absolution, l’amant, pour abréger les souffrances de sa maîtresse, lui cassa la tête, puis s’enfuit en Bavière. La Constantin fut pendue en août 1660 (voyez la lettre de Gui Patin, du 12 octobre de cette année). Dans sa lettre du 22 juin 1660, Gui Patin dit: «On fait ici grand bruit de la mort de mademoiselle de Guerchy... Le curé de Saint-Eustache a refusé sépulture au corps de cette dame: on dit qu’on l’a porté dans l’hôtel de Condé, et qu’il y a été mis dans la chaux, afin de le consumer plus tôt, et qu’on n’y puisse rien reconnaître si on venait à la visite.» Vitry obtint sa grâce lorsqu’il eut négocié le mariage de Monsieur avec la princesse de Bavière. B.

[113] Les Mémoires donnés sous le nom de madame de Maintenon rapportent qu’elle dit à madame de Montespan, en parlant de ses rêves: «J’ai rêvé que nous étions sur le grand escalier de Versailles: je montais, vous descendiez: je m’élevais jusqu’aux nues, vous allâtes à Fontevrault.» Ce conte est renouvelé d’après le fameux duc d’Épernon, qui rencontra le cardinal de Richelieu sur l’escalier du Louvre, l’année 1624. Le cardinal lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau. «Non, lui dit le duc, sinon que vous montez, et je descends.» Ce conte est gâté en ajoutant que d’un escalier on s’éleva jusqu’aux nues. Il faut remarquer que dans presque tous les livres d’anecdotes, dans les ana, on attribue presque toujours à ceux qu’on fait parler des choses dites un siècle et même plusieurs siècles auparavant.

[114] Il y a plus de vingt volumes dans lesquels vous verrez que la maison d’Orléans et la maison de Condé s’indignèrent de ces propositions; vous lirez que la princesse, mère du duc de Chartres, menaça son fils; vous lirez même qu’elle le frappa. Les Anecdotes de la constitution rapportent sérieusement que le roi s’étant servi de l’abbé Dubois, sous-précepteur du duc de Chartres, pour faire réussir la négociation, cet abbé n’en vint à bout qu’avec peine, et qu’il demanda pour récompense le chapeau de cardinal. Tout ce qui regarde la cour est écrit ainsi dans beaucoup d’histoires.

[115] Ces jardins n’existent plus. B.

[116] Environ vingt mille de nos livres.

[117] Le 11 décembre 1686, comme l’a dit Voltaire, tome XIX, page 8. B.

[118] C’est au commencement du septième livre de l’Histoire de la vie et actions de Louis de Bourbon, prince de Condé, qui a eu plusieurs éditions, dont l’auteur m’est inconnu, et que la seconde édition de la Bibliothèque historique de la France, du P. Lelong (voyez ma note, tome XXX, page 200), attribue, sous le nº 24226, à Pierre Coste. L’ouvrage de P. Coste n’a que cinq livres, et est intitulé: Histoire de Louis de Bourbon, second du nom, prince de Condé, premier prince du sang, par P***, un volume in-12, qui a eu aussi plusieurs éditions. B.

[119] C’est l’Histoire du règne de Louis XIV, par Reboulet, Avignon, 1744, trois volumes in-4º. B.

[120] Et non pas le chevalier de Forbin, comme le disent les Mémoires de Choisi. On ne prend pour confidents d’un tel secret que des domestiques affidés, et des hommes attachés par leur service à la personne du roi. Il n’y eut point d’acte de célébration: on n’en fait que pour constater un état; et il ne s’agissait ici que de ce qu’on appelle un mariage de conscience. Comment peut-on rapporter qu’après la mort de l’archevêque de Paris, Harlai, en 1695, près de dix ans après le mariage, «ses laquais trouvèrent dans ses vieilles culottes l’acte de célébration?» Ce conte, qui n’est pas même fait pour des laquais, ne se trouve que dans les Mémoires de Maintenon.

[121] Madame de Maintenon, née le 27 novembre 1635, n’était que dans sa cinquante et unième année. B.

[122] Il est dit, dans les prétendus Mémoires de Maintenon, tome I, page 216, «qu’elle n’eut long-temps qu’un même lit avec la célèbre Ninon Lenclos, sur les ouï-dire de l’abbé de Châteauneuf et de l’auteur du Siècle de Louis XIV.» Mais il ne se trouve pas un mot de cette anecdote chez l’auteur du Siècle de Louis XIV, ni dans tout ce qui nous reste de M. l’abbé de Châteauneuf. L’auteur des Mémoires de Maintenon ne cite jamais qu’au hasard. Ce fait n’est rapporté que dans les Mémoires du marquis de La Fare, page 190, édition de Roterdam. C’était encore la mode de partager son lit avec ses amis; et cette mode, qui ne subsiste plus, était très ancienne, même à la cour. On voit dans l’Histoire de France que Charles IX, pour sauver le comte de La Rochefoucauld des massacres de la Saint-Barthélemi, lui proposa de coucher au Louvre dans son lit; et que le duc de Guise et le prince de Condé avaient long-temps couché ensemble.--C’est dans un morceau Sur Ninon de Lenclos, publié en 1751 (voyez tome XXXIX, page 404), que Voltaire dit que Ninon et mademoiselle d’Aubigné couchèrent ensemble quelques mois de suite. Dans une note du chant II de la Henriade, il est question de la proposition de Charles IX au comte de La Rochefoucauld. Voltaire en reparle encore dans son Essai sur les guerres civiles, imprimé dans le tome X, à la suite de la Henriade. B.

[123] On peut, par vanité, ne point vouloir être gouvernante des enfants d’un particulier, et consentir à élever ceux d’un roi; mais le mot de scrupule est absurde; il ne peut rien y avoir de contraire aux principes de la morale à se charger de l’éducation d’un enfant quel qu’il soit. Le bâtard d’un roi et celui d’un particulier sont égaux devant la conscience. Cette lettre prouve que, même avant d’être à la cour, madame de Maintenon savait parler le langage de l’hypocrisie. K.

[124] Voltaire distingue, comme on voit, les Lettres des Mémoires de madame de Maintenon, fabriqués par La Beaumelle. B.

[125] L’auteur du roman des Mémoires de madame de Maintenon lui fait dire à la vue du château Trompette: «Voilà où j’ai été élevée, etc.» Cela est évidemment faux; elle avait été élevée à Niort.

[126] Voyez les Lettres à son frère: «Je vous conjure de vivre commodément, et de manger les dix-huit mille francs de l’affaire que nous avons faite: nous en ferons d’autres.»

[127] Philippe de Valois, marquis de Villette Murcay, mort le 25 décembre 1707, à soixante et quinze ans, était fils d’Artemise d’Aubigné, qui était fille de Théodore-Agrippa d’Aubigné, et conséquemment tante de madame de Maintenon. Le marquis de Villette, cousin de cette dernière, épousa en secondes noces, après 1691, Marie-Claire-Isabelle Deschamps de Marsilly, laquelle, devenue veuve, épousa Bolingbroke. B.

[128] Le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon dit, tome IV, page 200: «Rousseau, vipère acharnée contre ses bienfaiteurs, fit des couplets satiriques contre le maréchal de Noailles.» Cela n’est pas vrai: il ne faut calomnier personne. Rousseau, très jeune alors, ne connaissait pas le premier maréchal de Noailles. Les chansons satiriques dont il parle étaient d’un gentilhomme nommé de Cabanac, qui les avouait hautement.

[129] Voyez, dans ce volume, la troisième partie du Supplément au Siècle de Louis XIV. B.

[130] Ce fait a été rapporté par le fils de l’illustre Racine, dans la Vie de son père.

[131] Qui croirait que, dans les Mémoires de madame de Maintenon, tome III, page 273, il est dit que ce ministre craignait que le roi ne l’empoisonnât? Il est bien étrange qu’on débite à Paris des horreurs si insensées, à la suite de tant de contes ridicules.

Cette sottise atroce est fondée sur un bruit populaire qui courut à la mort du marquis de Louvois. Ce ministre prenait des eaux (de Balaruc) que Séron, son médecin, lui avait ordonnées, et que La Ligerie, son chirurgien, lui fesait boire. C’est ce même La Ligerie qui a donné au public le remède qu’on nomme aujourd’hui la poudre des Chartreux. Ce La Ligerie m’a souvent dit qu’il avait averti M. de Louvois qu’il risquait sa vie s’il travaillait en prenant des eaux. Le ministre continua son travail: il mourut presque subitement le 16 juillet 1691, et non pas en 1692, comme le dit l’auteur des faux Mémoires. La Ligerie l’ouvrit, et ne trouva d’autre cause de sa mort que celle qu’il avait prédite. On s’avisa de soupçonner le médecin Séron d’avoir empoisonné une bouteille de ces eaux. Nous avons vu combien ces funestes soupçons étaient alors communs. On prétendit qu’un prince voisin (Victor-Amédée, duc de Savoie), que Louvois avait extrêmement irrité et maltraité, avait gagné le médecin Séron. On trouve une partie de ces anecdotes dans les Mémoires du marquis de La Fare, chapitre x. La famille même de Louvois fit mettre en prison un Savoyard qui frottait dans la maison; mais ce pauvre homme très innocent fut bientôt relâché. Or, si l’on soupçonna, quoique très mal à propos, un prince ennemi de la France d’avoir voulu attenter à la vie d’un ministre de Louis XIV, ce n’était pas certainement une raison pour en soupçonner Louis XIV lui-même.

Le même auteur, qui, dans les Mémoires de Maintenon, a rassemblé tant de faussetés, prétend, au même endroit, que le roi dit «qu’il avait été défait la même année de trois hommes qu’il ne pouvait souffrir, le maréchal de La Feuillade, le marquis de Seiguelai, et le marquis de Louvois.» Premièrement, M. de Seignelai ne mourut point la même année 1691, mais en 1690. En second lieu, à qui Louis XIV, qui s’exprimait toujours avec circonspection et en honnête homme, a-t-il dit des paroles si imprudentes et si odieuses? à qui a-t-il développé une ame si ingrate et si dure? à qui a-t-il pu dire qu’il était bien aise d’être défait de trois hommes qui l’avaient servi avec le plus grand zèle? Est-il permis de calomnier ainsi, sans la plus légère preuve, sans la moindre vraisemblance, la mémoire d’un roi connu pour avoir toujours parlé sagement? Tout lecteur sensé ne voit qu’avec indignation ces recueils d’impostures, dont le public est surchargé; et l’auteur des Mémoires de Maintenon mériterait d’être châtié, si le mépris dont il abuse ne le sauvait de la punition.--On a prétendu que ce médecin Séron était mort empoisonné lui-même peu de temps après, et qu’on l’avait entendu répéter plus d’une fois pendant son agonie: «Je n’ai que ce que j’ai mérité.» Ces bruits sont dénués de preuves; et si le prince qui en était l’objet eut souvent une politique artificieuse, jamais il ne fut accusé d’aucun crime particulier. Mais la crainte d’être empoisonné par l’ordre du roi, que La Beaumelle attribue à Louvois, est une véritable absurdité. Louis XIV était fatigué du caractère dur et impérieux de Louvois; et l’ascendant qu’il avait laissé prendre à ce ministre lui était devenu insupportable. L’indignation que les violences ordonnées par Louvois, et surtout le deuxième incendie du Palatinat, avaient excitée en Europe contre Louis XIV, lui avaient rendu odieux un ministre dont les conseils le fesaient haïr. On a dit aussi que Louis XIV avait promis à Louvois, confident de son mariage, de ne jamais reconnaître madame de Maintenon pour reine; qu’il eut la faiblesse de vouloir oublier sa parole, et que Louvois la lui rappela avec une fermeté et une hauteur que ni le roi ni madame de Maintenon ne purent lui pardonner. Le chagrin et l’excès du travail accélérèrent sa mort. K.

[132] Cette lettre est authentique, et l’auteur l’avait déjà vue en manuscrit avant que le fils du grand Racine l’eût fait imprimer.

[133] Voyez, dans ce volume, le Supplément au Siècle de Louis XIV, troisième partie. B.

[134] Voyez, tome XXI, le chapitre XII du Précis du Siècle de Louis XV. B.

[135] Il est dit, dans les Mémoires de Maintenon, que Racine, voyant le mauvais succès d’Esther dans le public, s’écria: «Pourquoi m’y suis-je exposé? pourquoi m’a-t-on détourné de me faire chartreux? Mille louis le consolèrent.»

1º Il est faux qu’Esther fût alors mal reçue.

2º Il est faux et impossible que Racine ait dit qu’on l’avait empêché alors de se faire chartreux, puisque sa femme vivait. L’auteur, qui a tout écrit au hasard et tout confondu, devait consulter les Mémoires sur la vie de Jean Racine par Louis Racine, son fils; il y aurait vu que Jean Racine voulait se faire chartreux avant son mariage.

3º Il est faux que le roi lui eût donné alors mille louis. Cette fausseté est encore prouvée par les mêmes Mémoires. Le roi lui fit présent d’une charge de gentilhomme ordinaire de sa chambre, en 1690, après la représentation d’Athalie, à Versailles. Ces minuties acquièrent quelque importance quand il s’agit d’un aussi grand homme que Racine. Les fausses anecdotes sur ceux qui illustrèrent le beau siècle de Louis XIV sont répétées dans tant de livres ridicules, et ces livres sont en si grand nombre, tant de lecteurs oisifs et mal instruits prennent ces contes pour des vérités, qu’on ne peut trop les prémunir contre tous ces mensonges. Et si l’on dément souvent l’auteur des Mémoires de Maintenon, c’est que jamais auteur n’a plus menti que lui.

[136] Cette phrase est de 1751, et me paraît dirigée contre Crébillon. B.

[137] Comment le marquis de La Fare peut-il dire dans ses Mémoires que «depuis la mort de Madame ce ne fut que jeu, confusion, et impolitesse?» On jouait beaucoup dans les voyages de Marli et de Fontainebleau, mais jamais chez madame de Maintenon; et la cour fut en tout temps le modèle de la plus parfaite politesse. La duchesse d’Orléans, alors duchesse de Chartres, la princesse de Conti, madame la Duchesse, démentaient bien ce que le marquis de La Fare avance. Cet homme, qui dans le commerce était de la plus grande indulgence, n’a presque écrit qu’une satire. Il était mécontent du gouvernement: il passait sa vie dans une société qui se fesait un mérite de condamner la cour; et cette société fit d’un homme très aimable un historien quelquefois injuste.

[138] Louis XV. Cette phrase existe dès 1751. B.

[139] Louis XIV allait à la chasse le jour qu’il avait perdu quelqu’un de ses enfants, a dit Voltaire: voyez tome XXXVII, page 61. B.

[140] L’auteur des Mémoires de madame de Maintenon, tome IV, dans un chapitre intitulé: Mademoiselle Chouin, dit que «Monseigneur fut amoureux d’une de ses propres sœurs, et qu’il épousa ensuite mademoiselle Chouin.» Ces contes populaires sont reconnus pour faux chez tous les honnêtes gens. Il faudrait être non seulement contemporain, mais être muni de preuves, pour avancer de telles anecdotes. Il n’y a jamais eu le moindre indice que Monseigneur eût épousé mademoiselle Chouin. Renouveler ainsi, au bout de soixante ans, des bruits de ville si vagues, si peu vraisemblables, si décriés, ce n’est point écrire l’histoire, c’est compiler au hasard des scandales pour gagner de l’argent. Sur quel fondement cet écrivain a-t-il le front d’avancer, page 244, que madame la duchesse de Bourgogne dit au prince son époux: «Si j’étais morte, auriez-vous fait le troisième tome de votre famille?» Il fait parler Louis XIV, tous les princes, tous les ministres, comme s’il les avait écoutés. On trouve peu de pages dans ces Mémoires qui ne soient remplies de ces mensonges hardis qui soulèvent tous les honnêtes gens.

[141] Le récit du marquis de Canillac ne prouve ni de près, ni de loin, l’innocence du duc d’Orléans. L.--Ce fut pour cette note que La Beaumelle fut mis à la Bastille: voyez ci-après ma Préface du Supplément. B.

[142] Voltaire a écrit Humbert. Guillaume Homberg, né à Batavia, le 3 janvier 1652, mort le 24 septembre 1715, était de l’académie des sciences, où Fontanelle a fait son Éloge. C’est du même Homberg que Voltaire parle dans ses lettres à Moussinot de juin et juillet 1737. B.

[143] L’auteur de la Vie du duc d’Orléans est le premier qui ait parlé de ces soupçons atroces: c’était un jésuite nommé La Motte, le même qui prêcha à Rouen contre ce prince pendant sa régence, et qui se réfugia ensuite en Hollande sous le nom de La Hode. Il était instruit de quelques faits publics. Il dit, tome I, page 112, que «le prince, si injustement soupçonné, demanda à se constituer prisonnier;» et ce fait est très vrai. Ce jésuite n’était pas à portée de savoir comment M. de Canillac s’opposa à cette démarche trop injurieuse à l’innocence du prince. Toutes les autres anecdotes qu’il rapporte sont fausses. Reboulet, qui l’a copié, dit après lui, page 143, tome VIII, que «le dernier enfant du duc et de la duchesse de Bourgogne fut sauvé par du contre-poison de Venise.» Il n’y a point de contre-poison de Venise qu’on donne ainsi au hasard. La médecine ne connaît point d’antidotes généraux qui puissent guérir un mal dont on ne connaît point la source. Tous les contes qu’on a répandus dans le public en ces temps malheureux ne sont qu’un amas d’erreurs populaires.

C’est une fausseté de peu de conséquence dans le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon, de dire que «le duc du Maine fut alors à l’agonie;» c’est une calomnie puérile de dire que «l’auteur du Siècle de Louis XIV accrédite ces bruits plus qu’il ne les détruit.»

Jamais l’histoire n’a été déshonorée par de plus absurdes mensonges que dans ces prétendus Mémoires. L’auteur feint de les écrire en 1753. Il s’avise d’imaginer que le duc et la duchesse de Bourgogne, et leur fils aîné, moururent de la petite-vérole; il avance cette fausseté pour se donner un prétexte de parler de l’inoculation qu’on a faite au mois de mai 1756. Ainsi, dans la même page, il se trouve qu’il parle, en 1753, de ce qui est arrivé en 1756.

La littérature a été infectée de tant de sortes d’écrits calomnieux, on a débité en Hollande tant de faux Mémoires, tant d’impostures sur le gouvernement et sur les citoyens, que c’est un devoir de précautionner les lecteurs contre cette foule de libelles.

[144] La déclaration de Louis XIV est du 23 mai 1715. Elle accorde aux princes légitimés les titre et qualité de princes du sang. Un édit de 1714 leur donnait le droit de succéder à la couronne après les princes du sang. B.

[145] Voyez tome XXII, page 286. B.

[146] Les Mémoires de madame de Maintenon, tome V, page 194, disent que Louis XIV voulut faire le duc du Maine lieutenant-général du royaume. Il faut avoir des garants authentiques pour avancer une chose aussi extraordinaire et aussi importante. Le duc du Maine eût été au-dessus du duc d’Orléans: c’eût été tout bouleverser; aussi le fait est-il faux.

[147] Cette loi fondamentale n’exista jamais. M. de Voltaire voudrait absolument que le Français fût esclave. L.

[148] Le maréchal de Berwick dit, dans ses Mémoires, qu’il tient de la reine d’Angleterre que cette princesse ayant félicité Louis XIV sur la sagesse de son testament: «On a voulu absolument que je le fisse, répondit-il; mais dès que je serai mort, il n’en sera ni plus ni moins.» K.

[149] Dans les premières éditions, au lieu de cet alinéa et du suivant, on lisait:

«Il est à croire que ces paroles n’ont pas peu contribué, trente ans après, à cette paix que Louis XV a donnée à ses ennemis, dans laquelle on a vu un roi victorieux rendre toutes ses conquêtes pour tenir sa parole, rétablir tous ses alliés, et devenir l’arbitre de l’Europe par son désintéressement plus encore que par ses victoires.»

Il est mention de cet alinéa dans la seconde partie du Supplément au Siècle de Louis XIV. B.

[150] Voyez page 200. B.

[151] J’ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis. On y buvait, on y chantait, on riait. Les sentiments des citoyens de Paris avaient passé jusqu’à la populace. Le jésuite Le Tellier était la principale cause de cette joie universelle. J’entendis plusieurs spectateurs dire qu’il fallait mettre le feu aux maisons des jésuites avec les flambeaux qui éclairaient la pompe funèbre.

[152] Dans les Anecdotes imprimées en 1748: voyez tome XXXIX, page 13. B.

[153] Il est déposé à la bibliothèque du roi depuis plusieurs années.--Cette note de Voltaire est dans l’édition de 1756.

Ce fut le 10 octobre 1749 que le maréchal de Noailles (Adrien-Maurice) déposa à la bibliothèque du roi trois volumes in-folio, contenant les originaux et les copies qu’il avait fait faire de divers écrits que Louis XIV lui avait remis.

M. A.-A. Renouard y a pris la copie littérale que voici du commencement et de la fin du Mémoire dont parle ici Voltaire:

«Les roys sont souuent obligés a faire des choses contre leur inclination et qui blesse leur bon naturel ils doiuent aimer a faire plesir et il faut quils chatie souuent et perde des gens a qui naturellement ils ueulent du bien linterest de lestat doit marcher le premier on doit forser son inclination et ne ce pas mettre en estat de ce reprocher dans quelque chose dimportant quon pouuoit faire mieux mais que quelques interest particuliers en ont empesché et ont destourné les ueues quon deuoit auoir pour la grandeur le bien et la puissance de lestat souuent ou il y a des androits quils font peines il y en a de delicats quil est dificile a desmesler on a des idees confuses tant que cela est on peut demeurer sans ce desterminer mais desque lon cest fixé lesprit a quelquechose et quon croit uoir le meilleur party il le faut prendre, cest ce qui ma fait réussir souuent dans ce que jay fait...

· · ·

«... En 1671 un ministre mourut qui auoit une charge de secretaire destat aiant le despartement des estrangers il estoit homme capable mais non pas sen defauts il ne laissoit pas de bien remplir ce poste qui est tres important je fus quelque temps a penser a qui je ferois avoir la charge et apres avoir bien examiné je trouué quun homme qui auroit long-temps seruy dans des ambassades estoit celuy qui la rempliroit la mieux je lenuoyé querir mon choix fut aprouvé de tout le monde ce qui narrive pas toujours je le mis en possession de la charge a son retour je ne le connoissois que de reputation et par les commissions dont je l’auois chargé quil auoit bien exécutée mais lemploy que je luy ay donné sest trouué trop grand et trop estendu pour luy jay soufer plusieurs années de sa foiblesse de son opiniastreté et de son inaplication il men a cousté des choses considerables je nay pas profité de tous les auantages que je pouuois avoir et tout cela par complaisance et bonté enfin il a falu que je luy ordonnase de se retirer parceque tout ce qui passoit par luy perdoit de la grandeur et de la force quon doit auoir en executant les ordres dun roy de france qui naist pas malheureux si jauois pris le party de lesloigner plustost jaurois esuité les inconueniens qui me sont arriués et je ne me reprocherois pas que ma complaisance pour luy a pu nuire a lestat jay fait ce destail pour faire uoir une exemple de ce que jay dit cydeuant.»

Ces fragments prouvent que Louis XIV ne savait pas l’orthographe. Voltaire, son éditeur, en la mettant dans ce qu’il imprimait, a fait, pour Louis XIV, ce que les éditeurs de Voltaire ont fait depuis quelquefois pour lui-même. B.

[154] M. Renouard a remarqué le premier que le manuscrit et la copie portent délicieux au lieu de flatteur. B.

[155] L’abbé Castel de Saint-Pierre, connu par plusieurs ouvrages singuliers, dans lesquels on trouve beaucoup de vues philosophiques et très peu de praticables, a laissé des Annales politiques depuis 1658 jusqu’à 1739. Il condamne sévèrement en plusieurs endroits l’administration de Louis XIV. Il ne veut pas surtout qu’on l’appelle Louis-le-Grand. Si grand signifie parfait, il est sûr que ce titre ne lui convient pas; mais par ces Mémoires écrits de la main de ce monarque, il paraît qu’il avait d’aussi bons principes de gouvernement, pour le moins, que l’abbé de Saint-Pierre. Ces Mémoires de l’abbé de Saint-Pierre n’ont rien de curieux que la bonne foi grossière avec laquelle cet homme se croit fait pour gouverner.--Cette note est de 1756. Les Annales de l’abbé de Saint-Pierre n’ont été imprimées qu’en 1758. B.

[156] M. de Pomponne.

[157] Sur trente-trois articles que contenaient ces instructions, Voltaire en rapporte vingt-sept. Il avait omis les six premiers que voici:

1

Ne manqués a aucun de uos devoirs surtout enuers dieu

2

Conserués uous dans la pureté de uostre éducation

3

Faittes honorer dieu par tout ou uous aurés du pouuoir procurés sa gloire donnés en lexemple cest un des plus grands biens que les roys puissent faire

4

Desclarés uous eu toutte occation pour la uertu et contre le uice.

5

Naiés jamais dattachement pour personne

6

Aimés uotre femme uiués bien auec elle demandés en une a dieu qui uous conuienne Je ne croy pas que uous deuiés prendre une autrichienne.

C’est M. A.-A. Renouard qui, le premier, a, en 1819, ajouté ces six articles. B.

[158] On voit qu’il se trompa dans cette conjecture.

[159] Cela seul peut servir à confondre tant d’historiens qui, sur la foi des Mémoires infidèles écrits en Hollande, ont rapporté un prétendu traité (signé par Philippe V avant son départ), par lequel traité ce prince cédait à son grand-père la Flandre et le Milanais.

[160] Philippe V était trop jeune et trop peu instruit pour se passer de premier ministre; et en général l’unité de vues, de principes, si nécessaire dans un bon gouvernement, doit obliger tout prince qui ne gouverne point réellement par lui-même à mettre un seul homme à la tête de toutes les affaires. K.

[161] Le roi d’Espagne profita de ces conseils: c’était un prince vertueux.

L’auteur des Mémoires de Maintenon, tome V, page 200 et suiv., l’accuse d’avoir fait un «souper scandaleux avec la princesse des Ursins le lendemain de la mort de sa première femme, et d’avoir voulu épouser cette dame,» qu’il charge d’opprobres. Remarquez que Anne-Marie de La Trimouille, princesse des Ursins, dame d’honneur de la feue reine, avait alors plus de soixante-dix ans, et que c’était cinquante-cinq ans après son premier mariage, et quarante après le second. Ces contes populaires, qui ne méritent que l’oubli, deviennent des calomnies punissables, quand on les imprime, et qu’on veut flétrir les noms les plus respectés sans apporter la plus légère preuve.--Philippe V est un des princes les plus chastes dont l’histoire ait fait mention. Cette chasteté, portée à l’excès, a été regardée comme une des principales causes de la mélancolie qui s’empara de lui dès les premières années de son règne, et qui finit par le rendre incapable d’application pendant des intervalles de temps considérables. K.

[162] Dans les premières éditions du Siècle de Louis XIV, il y avait: «Le Comte de Marivault, lieutenant-général, homme un peu brutal, et qui n’avait pas, etc.» B.

[163] Cette parodie du prologue d’Atys est déjà rapportée dans les Anecdotes publiées en 1748: voyez tome XXXIX, page 9. B.

[164] Ces mots démentent bien l’infame calomnie de La Beaumelle, qui ose dire que «le marquis de Louvois avait craint que Louis XIV ne l’empoisonnât.»

Au reste, cette lettre doit être encore parmi les manuscrits laissés par M. le garde des sceaux, Chauvelin.--Ce n’était pas une lettre, mais un mémoire. Il n’est pas dans les six volumes des Œuvres de Louis XIV, publiées en 1806. A.-A. Barbier l’ayant trouvé manuscrit dans la bibliothèque du château de Fleury, l’a fait imprimer dans la Revue encyclopédique du mois de novembre 1825. Des exemplaires ont été tirés à part. B.

[165] Un jour Guillaume III, qui détestait Louis XIV, et qui n’aimait guère la littérature, apostropha ainsi un comédien qui récitait devant lui, en plein théâtre, des vers à sa louange: «Qu’on me chasse ce coquin-là! me prend-il pour le roi de France?» CL.

[166] Dans les Anecdotes imprimées en 1748: voyez tome XXXIX, page 11. B.

[167] Dans les premières éditions cet alinéa commençait ainsi: «On a accusé Louis XIV d’un orgueil insupportable; parceque les bases de ses statues à la place des Victoires et à celle de Vendôme sont entourées d’esclaves enchaînés; mais ce n’est point lui qui fit ériger ces statues. Celle de la place des Victoires, etc.» J’ai sous les yeux trois éditions qui contiennent ce passage, que l’auteur fit disparaître dans l’édition de Leipsic, 1752, deux volumes en quatre parties, et qui est intitulée: seconde édition, quoique ce fût au moins la quatrième, d’après ce que j’ai dit. Voyez, dans la Correspondance, les lettres à La Condamine des 29 avril et 12 octobre 1752. B.

[168] Les esclaves enchaînés furent enlevés quelques jours avant le 14 juillet 1790, et transportés à l’hôtel des Invalides, dont ils décorent la façade. B.

[169] Ces deux statues ont été détruites en 1792. A la place Vendôme on a, depuis, élevé la colonne en bronze ex œre capto, qu’on voit aujourd’hui. La statue de la place des Victoires était pédestre. La statue à cheval actuelle est de Bosio, et date de 1821. B.

[170] Frédéric-Guillaume, dit le Grand, électeur de Brandebourg, en 1640, né en 1620, mort le 29 avril 1688, père du premier roi de Prusse; on parle de lui tome XXIII, pages 28 et 615. B.

[171] Voyez page 156. B.

[172] La Beaumelle croit que ce passage, qui existe dès 1751, regarde le roi de Prusse. B.

[173] L’auteur l’a vue avec M. de Caumartin, l’intendant des finances, qui avait le droit d’entrer dans l’intérieur du couvent.--C’est le Caumartin dont Voltaire a parlé tome XIX, page 79 et ci-dessus page 139. B.

[174] Ces arrérages de tailles n’étaient dus que par des gens qu’il était impossible de faire payer. Si le retranchement de 500,000 écus de droits ne fut pas remplacé sur-le-champ par un autre impôt, ce qui est très douteux, il ne tarda point à l’être. K.

[175] La véritable beauté des grands chemins consiste, non dans leur largeur, qui nuit à l’agriculture, mais dans leur solidité, et surtout dans l’art de les diriger à travers les montagnes, en conciliant la commodité avec l’économie. Cet art s’est perfectionné de nos jours, surtout dans les pays où la corvée a été abolie. K.

[176] Voyez, tome XXI, le chapitre XXIX du Précis du Siècle de Louis XV; et dans les Mélanges, année 1773, l’article Iᵉʳ des Fragments historiques sur l’Inde. B.

[177] Il a été prouvé depuis que la compagnie des Indes n’avait jamais fait qu’un commerce désavantageux, qu’elle n’avait pu soutenir qu’aux dépens du trésor public. Toute compagnie, même lorsqu’elle est florissante, dépense plus en frais de commerce que les particuliers, et rend les denrées dont elle a le privilége plus chères que si le commerce était resté libre. K.

[178] Les sommes employées à payer les primes sont levées sur la nation, ce qu’il ne faut point perdre de vue. L’effet d’une prime est d’augmenter pour le commerçant l’intérêt des fonds qu’il met dans le commerce; il peut donc se contenter d’un moindre profit. Ainsi, l’effet de ces primes est d’augmenter le prix des denrées pour le vendeur, ou de les diminuer pour l’acheteur, ou plutôt de produire à-la-fois les deux effets. Lorsqu’elles ont lieu seulement pour le commerce d’un lieu à un autre, leur effet est donc d’augmenter le prix au lieu de l’achat, et de le diminuer au lieu de la vente. Ainsi, proposer une prime d’exportation, c’est forcer tous les citoyens à payer pour que les consommateurs d’une denrée l’achètent plus cher, et que ceux qui la récoltent la vendent aussi plus cher.

Proposer une prime d’importation, c’est forcer tous les citoyens à payer pour que ceux qui ont besoin de certaines denrées puissent les acheter à meilleur marché.

L’établissement de ces primes ne peut donc être ni juste ni utile que pour des temps très courts et dans des circonstances particulières. Si elles sont perpétuelles et générales, elles ne servent qu’à rompre l’équilibre qui, dans l’état de liberté, s’établit naturellement entre les productions et les besoins de chaque espèce. K.

[179] L’abbé Castel de Saint-Pierre s’exprime ainsi, page 105 de son manuscrit intitulé: Annales politiques: «Colbert, grand travailleur, en négligeant les compagnies de commerce maritime pour avoir plus de soin des sciences curieuses et des beaux-arts, prit l’ombre pour le corps.» Mais Colbert fut si loin de négliger le commerce maritime, que ce fut lui seul qui l’établit: jamais ministre ne prit moins l’ombre pour le corps. C’est contredire une vérité reconnue de toute la France et de l’Europe.

Cette note a été écrite au mois d’août 1756.--Toute cette note est en effet dans l’édition de 1756. Les Annales de l’abbé de Saint-Pierre n’ont été imprimées qu’en 1758. B.

[180] Nous ne pouvons dissimuler ici que ces plaintes étaient justes. Le retranchement des rentes était une banqueroute; et toute banqueroute est un véritable crime, lorsqu’une nécessité absolue n’y contraint point. La morale des états n’est pas différente de celle des particuliers; et jamais un homme qui fraude ses créanciers ne sera digne d’estime, quelque bienfesant qu’il paraisse dans le reste de sa conduite. K.

[181] Un autre négociant, consulté par lui sur ce qu’il devait faire pour encourager le commerce, lui répondit, «Laisser faire, et laisser passer;» et il avait raison. Colbert fit précisément le contraire; il multiplia les droits de toute espèce, prodigua les réglements en tout genre. Quelques artistes instruits lui ayant donné des mémoires sur la méthode de fabriquer différentes espèces de tissus, sur l’art de la teinture, etc., il s’imagina d’ériger en lois ce qui n’était que la description des procédés usités dans les meilleures manufactures: comme s’il n’était pas de la nature des arts de perfectionner sans cesse leurs procédés; comme si le génie d’invention pouvait attendre pour agir la permission du législateur; comme si les produits des manufactures ne devaient pas changer, suivant les différentes modes de se vêtir, de se meubler. On condamnait à des peines infamantes les ouvriers qui s’écarteraient des règlements établis pour fixer la largeur d’une étoffe, le nombre des fils de la chaîne, la nature de la soie, du fil qu’on devait employer: et on a long-temps appelé ces réglements ridicules et tyranniques une protection accordée aux arts. On doit pardonner à Colbert d’avoir ignoré des principes inconnus de son temps, et même long-temps après lui; mais ces condamnations rigoureuses, cette tyrannie qui érige en crimes des actions légitimes en elles-mêmes, ne peuvent être excusées. K.

[182] Voyez, sur Colbert, une note des éditeurs de Kehl, au chant VII de la Henriade, tome X. B.

[183] Le premier lieutenant-général de police fut Gabriel Nicolas de La Reinie, de 1667 à 1697; le second, de 1697 à 1718, fut le marquis d’Argenson, dont j’ai parlé dans une note, tome XXII, page 291. B.

[184] Cette assertion a besoin d’être expliquée. M. de Voltaire n’ignorait pas que dans les républiques aristocratiques, comme Venise, comme la Pologne, le droit d’exercer les magistratures supérieures est un de ceux de la noblesse; qu’en Angleterre les pairs sont de vrais magistrats, et y forment seuls la noblesse. Il ne veut parler que des monarchies qui se sont élevées sur les débris du gouvernement féodal; et son observation est vraie pour tous ces pays. K.

[185] L’abbé de Saint-Pierre, dans ses Annales politiques, page 104 de son manuscrit, dit que «ces choses prouvent le nombre des fainéants; leur goût pour la fainéantise, qui suffit à entretenir et à nourrir d’autres espèces de fainéants......; que c’est présentement ce qu’est la nation italienne, où ces arts sont portés à une haute perfection; ils sont gueux, fainéants, paresseux, vains, occupés de niaiseries, etc.»

Ces réflexions grossières et écrites grossièrement n’en sont pas plus justes. Lorsque les Italiens réussirent le plus dans ces arts, c’était sous les Médicis, pendant que Venise était la plus guerrière et la plus opulente des républiques. C’était le temps où l’Italie produisit de grands hommes de guerre, et des artistes illustres en tout genre; et c’est de même dans les années florissantes de Louis XIV que les arts ont été le plus perfectionnés. L’abbé de Saint-Pierre s’est trompé dans beaucoup de choses, et a fait regretter que la raison n’ait pas secondé en lui les bonnes intentions.--Cette différence d’opinion entre les deux hommes des temps modernes qui ont consacré leur vie entière à plaider la cause de l’humanité avec le plus de constance et le zèle le plus pur, mérite de nous arrêter.

La magnificence dans les monuments publics est une suite de l’industrie et de la richesse d’une nation. Si la nation n’a point de dettes, si tous les impôts onéreux sont supprimés, si le revenu public n’est en quelque sorte que le superflu de la richesse publique, alors cette magnificence n’a rien qui blesse la justice. Elle peut même devenir avantageuse, parcequ’elle peut servir soit à former des ouvriers utiles à la société, soit à occuper ceux qui ne peuvent vivre que d’une espèce de travail, dans les temps où, par des circonstances particulières, ce travail vient à leur manquer. Les beaux-arts adoucissent les mœurs, servent à donner des charmes à la raison, à inspirer le goût de l’instruction. Ils peuvent devenir, entre les mains d’un gouvernement éclairé, un des meilleurs moyens d’adoucir ou d’élever les ames, de rendre les mœurs moins féroces ou moins grossières, de répandre des principes utiles.

Mais surcharger le peuple d’impôts pour étonner les étrangers par une vaine magnificence, obérer le trésor public pour embellir des jardins, bâtir des théâtres lorsqu’on manque de fontaines, élever des palais lorsqu’on n’a point de fonds pour creuser des canaux nécessaires à l’abondance publique, ce n’est point protéger les arts, c’est sacrifier un peuple entier à la vanité d’un seul homme.

Offrir un asile à ceux qui ont versé leur sang pour la pairie, élever aux dépens du public les enfants de ceux qui ont servi leur pays, c’est remplir un devoir de reconnaissance, c’est acquitter une dette sacrée pour la nation même: qui pourrait blâmer de tels établissements? Mais si l’on y déploie une magnificence inutile, si l’on emploie à secourir cent familles ce qui en eut soulagé deux cents, si ce qu’on sacrifie pour la vanité excède ce qu’on a dépensé en bienfesance, alors ces mêmes établissements méritent une juste critique. C’est surtout en ce point que l’amour de la justice l’emporte sur l’amour de la gloire. L’un et l’autre inspirent également le bien: mais l’amour de la justice apprend seul à le bien faire. Ainsi M. de Voltaire et l’abbé de Saint-Pierre avaient tous deux raison; et on ne peut leur reprocher que d’avoir exagéré leurs opinions. K.

[186] Charles Perrault, page 111 de ses Mémoires, que j’ai déjà cités page 156, dit que ce ne fut qu’après le départ de Bernin que les dessins de la façade, par Claude Perrault, furent présentés à Louis

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