‹ ŒuvresChapitre 16 sur 35 · LES NOCES DU VILLAGE.

LES NOCES DU VILLAGE.

Par ces nœuds qu’on forme en tremblant
Et qu’on profane en plaisantant,
Par ces saints nœuds de l’hyménée
Je viens d’unir la destinée
De la tendre Lisette à celle de Lucas.
Bientôt j’ai terminé l’affaire ;
Point de soucis, nul embarras,
Quand il ne faut point de notaire.
Qu’avoient-ils besoin de contrats ?
Lisette pour tout bien avoit son innocence ;
Quant à Lucas, il n’a d’autre opulence
Que l’appétit et la gaîté,
Bras nerveux et forte santé.
Aussi, quand le soleil quittera l’hémisphère,
Il se délassera des fatigues du jour
Dans les bras de sa ménagère ;
Il dit que le repos n’est point fait pour l’amour,
Qu’amour de ses travaux sera le doux salaire.
Regards exprimant le désir,
Souris qui promet le plaisir,

Voilà de Lucas la parure.
La fleur des champs, présent de la nature,
Qu’il alla cueillir le matin,
De sa Lisette orne la chevelure ;
Lucas l’attacha de sa main :
Comptez encor blanc jupon, court et leste,
Mouchoir trop clair pour bien cacher son sein,
Et sous le fin linon œil perçant et modeste.
Avec plaisir et sans beaucoup d’apprêts,
Du banquet je fis tous les frais :
Il ne fallut ni Tokai, ni Champagne,
Aucun des mets nouveaux par le luxe inventé ;
C’étoit le vrai festin de ce Rat de campagne,
Qu’Ésope et La Fontaine ont tour à tour chanté.
Mes convives, Dieu sait ! rioient, faisoient tapage :
Puis leur refrain étoit de boire à ma santé :
Et fillette qui veut tâter du mariage,
Pour me bénir s’égosilloit,
En lorgnant celui qu’elle aimoit.
Je partageois la douce ivresse
De tous ces pauvres bonnes gens ;
Et du fond de mon cœur je répétois sans cesse :
Oh ! soyez heureux, mes enfans,
Et chérissez toujours votre tendre maîtresse !…
Nous croyons qu’en perdant et jeunesse et désirs,
Il n’est plus pour nous de plaisirs :
Mais quelles erreurs sont les nôtres !
Pourquoi redouter nos vieux ans ?
Ah ! faisons le bonheur des autres,
Nous jouirons dans tous les temps.

Page 1