‹ ŒuvresChapitre 18 sur 35 · À MA FILLE

À MA FILLE

Saule pleureur que je plante à mon âge
Semble me dire : ah ! ce n’est pas pour toi.
Non, mais ma fille aimera ton ombrage,
Après ma mort fais-la songer à moi.

Garantis-la des dangers de l’orage,
Sois son abri jusques en ses vieux jours.
Par le doux bruit de ton simple feuillage
Exprime lui que je l’aimai toujours.
Son cœur bientôt comprendra ce langage
Que ton murmure annonce un beau matin.
En récompense, ou pour te rendre hommage
Elle voudra t’arroser de sa main.
Si je reviens jamais du noir rivage
Ah ! garde-toi, ma fille, d’avoir peur :
Si tu frémis, voyant ma sombre image
Rappèle-toi ton amour et mon cœur.

Page 1