VERS À LA VIOLETTE.
Joli bouquet de violette
Fut un de mes plus doux plaisirs ;
Te cueillir encor sur l’herbette
Seroit l’objet de mes désirs.
Cette fleur dans mon premier âge
Étoit le seul prix du devoir ;
On disoit : soyez bonne et sage,
Vous irez la cueillir ce soir.
En folâtrant dans les campagnes
Te joignant parfois au muguet,
Je disputois à mes compagnes
La gloire du plus beau bouquet.
Nous en faisions une couronne,
Grand plaisir pour cœurs innocens.
Celle que la victoire donne
En doit moins faire aux conquérans.
Maintenant, chère violette,
Tu n’es qu’à ton premier matin,
Je ne puis chercher ta retraite
Étant hélas ! à mon déclin.
Pour te trouver sous le feuillage
Tristement j’implore un secours,
Mais quand tu quittes cet ombrage
Je ris, et pense à mes beaux jours.
Vrai modèle de modestie
Ainsi que de simplicité,
Garantis des traits de l’envie
Tous ceux qui t’auront imité.