TROISIÈME SOIRÉE,
Du roman somnifère
Je veux user souvent :
Franchir toute barrière
Sans peur du revenant.
J’allois voir la princesse
À la tour d’Orient,
Mais le sommeil me presse
Dans celle d’Occident.
QUATRIÈME SOIRÉE.
Voyons enfin l’hermite
Victime des amours.
Le réduit qu’il habite
Console ses vieux jours.
Il a bonne mémoire,
Son malheur attendrit,
Mais sa très-longue histoire
À la fin m’assoupit.
CINQUIÈME SOIRÉE.
À minuit d’une chaîne
On entend le fracas,
Spectre hideux la traîne
Du haut jusques en bas.
Chacun craint son passage,
Tout le château frémit ;
Lasse de ce tapage
Je dors toute la nuit.
SIXIÈME SOIRÉE.
Quelle grande nouvelle !
Un chevalier sans peur
Veut enlever sa belle,
Ah ! c’est nouveau malheur.
Brigand et compagnie
Viennent crier, hola !
Qui craint la léthargie
Fait bien d’en rester là.
RÉFLEXION.
On déprime sans cesse
Tous ces romans du jour,
Remplis de tours d’adresse
Et d’horreur et d’amour.
Qui les voudroit proscrire
Dit qu’ils manquent de goût :
Oh ! qui les pourra lire
Y trouvera de tout.