‹ ŒuvresChapitre 33 sur 35 · MES DERNIERS ADIEUX À LA CAMPAGNE.

MES DERNIERS ADIEUX À LA CAMPAGNE.

Non, non, la vieillesse
N’aime plus les champs.
C’est à la jeunesse,
Ce n’est qu’aux amans,
Qui chantent sans cesse
Plaisirs et tendresse,
À chérir les bois,
Les prés, la fougère ;
Alors tout sait plaire,
Pan de son hautbois
Soutenant la voix
De sa belle amie,

Ou, dans ses discours,
Vantant les amours,
L’un de ces beaux jours
M’avoit endormie.
Le plaisir me fuit,
La douleur me suit,
La fraîche dryade
Je dois éviter.
Il faut redouter
L’humide nayade,
Et jamais n’oser
Venir reposer
Auprès du rivage,
Ni plus m’exposer,
Au déclin de l’âge,
À ces traits brillans,
Mais toujours brûlans
D’un ciel sans nuage.
Lorsque le feuillage
Et toutes les fleurs
Se couvrent des pleurs
De l’aimable Aurore,
Je voudrois encore,
Au riant matin,
Cueillir de ma main
La plus belle rose
À l’instant éclose.
Je l’essaie en vain ;
Sa tige présente
À ma main tremblante,
Au lieu de la fleur,
Épine et douleur.
La franche caresse

Dont Io souvent
Flattoit sa maîtresse,
M’effraye à présent.
Ma mélancolie,
Dans sa rêverie,
Cherchoit la clarté
De l’astre argenté ;
Mais il luit à peine,
Que l’ombre incertaine
Et source d’erreur,
Me rend toute émue,
Offrant à ma vue
Fantôme et malheur :
La foible vieillesse
N’est jamais sans peur.
L’heureuse jeunesse
Ne redoute rien,
Ne sent qu’allégresse,
Et dit : Tout est bien.
Du même avantage
Ne pouvant jouir,
Adieu, plaine, ombrage.
Adieu, bon village
Que j’ai su chérir :
Je fixe à la ville
Mon dernier asile.
Ah ! s’il faut mourir,
Et bientôt peut-être,
Innocens moutons,
Sur ces verts gazons
Vous, que je fis paître ;
Oiseaux, bois et prés,
De moi vous aurez,

Ô séjour champêtre !
Un profond soupir ;
Et pendant ma vie,
Le doux souvenir
D’une tendre amie.

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