‹ ŒuvresChapitre 6 sur 35 · STANCES.

STANCES.

Souvenir de la tendresse,
Jamais ne viens me troubler,
L’amitié dans ma vieillesse
Ne peut plus me consoler.
Doux sentiment, je t’abjure ;
Pour moi tu n’es qu’une erreur ;
Tout aime dans la nature,
Et tout a trompé mon cœur.
Sitôt que de la fauvette
J’entends les tendres accens ;
Sitôt que la violette
Revient émailler nos champs,
Je dis, mais non sans murmure :
Spectacle trop enchanteur !
Tout renaît dans la nature,
Et tout s’éteint dans mon cœur.
Quand je vois dans les campagnes
Bondir les jeunes agneaux,
Les bergers et leurs compagnes
Danser au son des pipeaux,
Je dis : Charmante verdure,
Tu ranimes leur bonheur :
Tout est gai dans la nature,
Tout est triste dans mon cœur.
Si les vents et le tonnerre
Grondent à la fin du jour,
Les amans vers leur chaumière

Ne hâtent point leur retour ;
Plus la nuit devient obscure,
Plus ils vantent leur ardeur ;
Tout leur plaît dans la nature,
Tout épouvante mon cœur.
Lorsque Cérés et Pomone
Nous ont prodigué leurs dons,
L’hiver, remplaçant l’automne,
Nous ramène les glaçons ;
Quelque temps, noire froidure,
Tu flétris verdure et fleur :
Tout s’endort dans la nature,
Tout est glacé dans mon cœur.

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