‹ Œuvres philosophiques de Sophie GermainChapitre 16 sur 24 · Correspondance · _______ XXVI NAVIER À SOPHIE GERMAIN

Correspondance · _______ XXVI NAVIER À SOPHIE GERMAIN

Paris, 2 août 1821.

Mademoiselle, j’ai reçu avec reconnaissance l’ouvrage que vous avez bien voulu m’adresser. La lecture que j’en ai faite m’a inspiré beaucoup d’intérêt, et j’apprécie autant qu’il le mérite un écrit aussi remarquable, que bien peu d’hommes peuvent lire, et qu’une seule femme pouvait faire. J’ai l’honneur d’être avec respect, Mademoiselle, votre très humble et très obéissant serviteur.

Navier.

Vendredi matin, 1822.

Mademoiselle, je ne puis assez vous exprimer combien je suis reconnaissant de l’intérêt que vous m’accordez et de la grâce parfaite avec laquelle vous l’exprimez. Les personnes que vous aimez et que vous protégez ne doivent pas être malheureuses. Je me permettrai de vous recommander de ne point sortir ; car l’air est très froid et un grand nombre de personnes sont fort incommodées. J’étais revenu à pied mardi soir du faubourg Saint-Honoré, j’ai été saisi d’un rhume qui m’a causé des douleurs vives dans tout le corps. La médecine concevant le langage de la géométrie appelle cette indisposition une courbature. La mienne était certainement d’un degré très élevé. Enfin elle a cessé entièrement, et j’ai pu sortir.

Je ne puis douter maintenant que le vœu du plus grand nombre de mes collègues soit de me choisir, et celui de mes concurrents qui se flatte le plus est dans une grande erreur. Mais il a recours à tant d’artifices qu’il y aurait de l’imprudence à ne pas le redouter.

M. Desfontaines m’a dit que M. Legendre s’était entretenu avec lui de cette élection et que, sans disconvenir de l’intérêt qu’il prenait à M. D***, il l’avait assuré que dans tous les cas possibles il me donnerait son suffrage. M. Desfontaines en paraît convaincu. Je ne doute pas, Mademoiselle, que votre démarche et, pemettez-moi de le dire, votre éloquence ne l’aient touché. Un suffrage que je vous devrai a encore plus de prix à mes yeux. Celui de M. de Jussieu est très honorable par lui-même, et je ne doute pas que vous ne l’ayez déterminé.

L’élection n’aura lieu qu’au commencement de novembre. Je suis surpris qu’à cette époque M. de Jussieu soit encore à la campagne. J’apprends avec peine l’absence de M. de Montmorency, car son avis m’aurait été favorable. Enfin les dieux en décideront. Mais ce qui est indépendant des dieux ce sont mes sentiments de reconnaissance et de respect.

Je vous prie d’en agréer l’hommage,

Fourier.

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