Ziman et Zenise
ZIMAN
ET
ZENISE.
PERSONNAGES
Bienfaisante, Fée.
Blaise, Pere de Mirflot.
Un ambassadeur, & ſa Suite.
La Scène eſt dans le Château de la Fée.
COMÉDIE.
LA FÉE, ZENISE.
ZENISE.
EH bien, ma bonne ! après ce qui eſt arrivé, differerez-vous encore à découvrir le ſecret de notre naiſſance ?
LA FÉE.
Vous le ſaurez avant la fin du jour. Mais faire connoître celui de mes deux élèves qui doit être Roi, il faut encore d'autres épreuves.
ZENISE, d’un air triſte.
Mais, Madame, ſi vous en faites faire ſouvent de pareilles, il n’y réſiſtera pas.
LA FÉE.
Qui ?
ZENISE, d’un ton compatiſſant.
Ziman, il eſt ſi délicat !
LA FÉE.
Il vous intereſſe beaucoup à ce que je vois.
ZENISE.
Non, Madame, mais l’expoſer à combattre un lion à ſon âge !
LA FÉE.
Mirflot n’a t-il pas combattu de même, & cependant vous ne le plaignez pas.
ZENISE, d’un ton naïf.
Oh ! Madame ! il eſt bien plus robuſte.
LA FÉE, d’un ton malin.
Et parce qu’il a de la force, je gage que vous en concluez qu’il eſt de baſſe naiſſance, avouez-le ?
ZENISE.
Non, Madame, je crois ſeulement que Ziman doit être Roi, parce qu’il a eu le courage de vaincre un lion.
LA FÉE.
Vous vous trompez, Zéniſe, ſi la valeur est néceſſaire à un Roi, c’eſt plutôt pour bannir de ſon ame le vice qui lui eſt oppoſé, que pour la mettre en pratique. Elle caractériſe le ſoldat, mais il faut bien d’autres vertus pour faire un grand Monarque.
ZENISE.
Eh bien, Madame, Ziman ne les poſſede t’il pas toutes ? Il eſt doux, complaiſant & je lui crois le meilleur cœur du monde.
LA FÉE, ſouriant
Vous en jugez favorablement, Zéniſe, mais n’êtes vous pas un peu trop prévenuë en ſa faveur ?
ZENISE, toujours ſur le ton naïf.
Moi, Madame ? hélas ! je n’ai garde, ſi nous allions être lui & moi d’une naiſſance différente, quel malheur !
LA FÉE.
Vous ſoupirez Zeniſe ?
ZENISE, triſtement.
Oui, Madame, n’ai-je pas raiſon ? n’eſt-il pas bien triste d’ignorer qui l’on eſt ? tenez, Madame, on vous nomme Bienfaiſante, vous avez beaucoup de bontés pour nous, mais vous nous rendez tous quatre bien malheureux.
LA FÉE.
En quoi donc ?
ZENISE.
En ce que depuis que vous nous avez dit la moitié de votre ſecret, nous ne ſavons plus comment nous parler, ni comment nous aimer ; car enfin ſi Philette eſt une Princeſſe, je ne lui porte pas aſſez de reſpect : ſi elle n’eſt qu’une Païſanne, elle n’en a pas aſſez pour moi. Si je ſuis deſtinée à être Reine, & que j’aille avoir de l’amitié pour un païſan, cela ſeroit fort mal : ſi je ne ſuis qu’une petite fermiere, & que je plaiſe au Prince, c’eſt encore pis, Ziman & Mirflot ne ſont pas plus à leur aiſe que moi. Madame, je vous en conjure finiſſez notre incertitude.
LA FÉE.
Je vous ai dit cent fois qu’il n’eſt pas en mon pouvoir.
ZENISE.
Dites-moi au moins, ma bonne, la raiſon de votre ſilence.
LA FÉE.
Je veux bien vous ſatisfaire la-deſſus. Le moment de la déciſion approche, je ne vois plus nul danger à vous instruire des motifs de ma conduite. À la mort d’un des plus grands Monarques de la terre, ce Prince me confia ſon fils encore au berceau & me fit jurer par le Styx que je lui cacherois ſa naiſſance juſqu’à ce que par ſes vertus il ſe fut rendu digne de la connoitre. Pour rendre le ſecret plus impénétrable, je jugeai à propos d’élever avec le jeune Prince le fils d’un fermier né le même jour, afin que confondant leur naiſſance, & leur éducation, ils ne puſſent se distinguer eux mêmes que par leur propre mérite.
ZENISE.
Voilà qui eſt bon pour eux, mais pourquoi faire la même choſe pour Philette & pour moi ?
LA FÉE.
Le voici. Je formai dès lors le deſſein de donner au Prince une épouse accomplie lorsqu’il ſeroit en âge de se marier. Pour aſſurer la réuſſite de mon projet, j’enlevai la fille d’une Reine qui mourut en lui donnant le jour, & je l’ai élevée de la même maniere que le Prince, afin de mieux connoître ſi ſes ſentimens étoient dignes de la place que je lui deſtinois.
ZENISE.
Cependant, Madame, il me ſemble que ſi l’on ſavoit qui l’on eſt, on prendroit encore plus de peine à ſe rendre parfaite. Par exemple, ſi j’étois ſure d’être Reine, j’aurois bien du plaiſir à être raiſonnable, mais à quoi me ſerviront mes ſentimens, s’il faut garder les moutons ?
LA FÉE.
Ne mépriſez aucun état Zéniſe, il faut des vertus à une Bergere auſſi bien qu’à une Reine.
ZENISE.
Je le crois, Madame, & c’eſt pour cela que je voudrois ſavoir celles que je dois acquérir par préférence.
LA FÉE.
Pratiquez-les toutes, ma fille, la douceur, la bonté, la modeſtie font autant d’honneur à une Reine qu’à une Païſanne.
ZENISE, gaiement & vivement.
Ah ! Je vous entends, ma chere bonne, vous ſerez contente de moi.
LA FÉE.
Ne vous flattez pas, Zénife, cette préſomption n’eſt pas d’une belle ame, en me promettant de la modeſtie, vous en manquez.
ZENISE, modeſtement.
Il est vrai, Madame, j’ai fait une faute : mais auſſi ſi vous vouliez me dire… tenez, je vous promets de bien garder le ſecret.
LA FÉE, ſouriant.
Vous êtes donc diſcrette ?
ZENISE.
Oui, Madame, ne ſuis-je pas en âge de l’être, j’aurai bientôt quatorze ans.
LA FÉE, riant.
Il eſt vrai, mais malgré cet âge mûr dont vous vous vantez, je fuis ſûre que Philette vous amuſe mieux que moi : & la voici juſtement : ainfi je vous laiſſe. Je vais ſavoir lequel de mes jeunes hommes à remporté le prix de la courſe.
❖
ZENISE, PHILETTE.
PHILETTE.
EH bien ! ſavez-vous quelque choſe ?
ZENISE.
Non, rien du tout,
PHILETTE.
Quoi, vous n’avez rien pû tirer de cette vieille grondeuſe ?
ZENISE, d’un air faché.
Je vous l’ai dit plus de cent fois, Philette, je n’aime point que vous donniez de vilains noms à Bienfaiſante. Nous lui avons obligation ; elle nous aime, elle nous inſtruit ; pourquoi mal parler d’elle ?
PHILETTE.
Bon, bon ! je ne fuis pas ſi ſcrupuleuſe, & quand je penſe à Mirflot, je hais la Fée de tout mon cœur.
ZENISE.
Pourquoi donc ?
PHILETTE.
Parce que je crains qu’elle n’en faſſe qu’un Païſan. Si cela arrivoit, je crois que je l’étranglerois.
ZENISE.
Mais vous ne ſavez pas ſi vous ſerez la Princeſſe, ainſi…
PHILETTE.
Oh ! que ſi je le fais. Premierement, j’ai un penchant à dominer qui ne m’en laiſſe pas douter & tenez, ſans aller plus loin, je vous maitriſe déjà tant que je veux.
ZENISE.
Il eſt vrai ; mais c’eſt que Bienfaiſante m’a recommandé la douceur, & que je n’aime point à diſputer.
PHILETTE.
Ne voyez vous pas auſſi comme j’ai l’ame élevée ; je mépriſe tout le monde, & je me moque toute la journée de mes compagnes. Ah ! comme je me réjouis de les humilier, quand une fois je ſerai Reine ! que j’aurai de plaiſir à les voir ramper devant moi, & vous toute la premiere au moins.
ZENISE.
Eh bien ! voyez, Philette, je penſe tout autrement, je crois que je renoncerois à être Reine, s’il falloit mépriſer quelqu’un.
PHILETTE.
Cependant vous ne mépriſez pas mal Mirflot.
ZENISE.
Moi ! non je ne l’aime point, voilà tout.
PHILETTE.
Pour ce qui eſt de ne point l’aimer, vous faites fort bien : je l’aime aſſez pour nous deux. Mais vous pourriez lui marquer moins de dédain quand il vous fait ſa cour. Car enfin le pauvre Prince ne ſe connoiſſant pas, il ne ſait quelquefois où porter ſes vœux, il vous les addreſſe, mais je n’en ſuis pas en peine, il me reviendra toujours.
ZENISE.
Je le crois : mais je doute que ce ſoit avec le manteau Royal.
PHILETTE.
Eh bien ! je vous y prend ! qu’est-ce que ce ton là, ſi ce n’eſt celui du mépris ?
ZENISE.
Il eſt vrai, ma chere Philette, j’ai tort, je vous en demande pardon. Mais auſſi pourquoi dites-vous que Ziman ne ſera pas Roi ?
PHILETTE.
Moi ! je ne le dis pas.
ZENISE.
Pardonnez-moi, vous le dites, puiſque vous ſoutenez que Mirflot eſt le Prince.
PHILETTE.
Qu’eſt-ce que cela vous fait ?
ZENISE.
Eh ! mais…
PHILETTE.
Ah ! oui, oui, vous l’aimez, je n’y ſongeois plus.
ZENISE.
Paix donc ; voici déjà la Fée. Ne lui dites pas au moins…
❖
LA FÉE ſuivie de ZIMAN, de MIRFLOT, d’une troupe de Danſeurs & de Danſeuſes, PHILETTE, ZENISE.
LA FÉE.
ALlons mes enfans, divertiſſez vous. Rendez hommage au vainqueur de la courſe. Que vos danſes légères ſoient les préludes de ſon couronnement.
ZENISE.
Quel eſt-il, Madame, le vainqueur ?
LA FÉE.
Vous le ſaurez, ne retardez pas le divertiſſement.
On Danse.
(Le Ballet fini, la Fée prend Zéniſe par la main & l’amène au bord du Théâtre.)
LA FÉE.
Approchez Mirflot, que Zéniſe vous couronne.
ZENISE, ſurpriſe en ſe reculant.
Moi ! Madame !
LA FÉE.
Sans doute. Philette a donné le prix au vainqueur du lion, c’eſt à vous à récompenſer le vainqueur de la courſe, prenez cette Couronne.
(La Fée lui donne une Couronne de fleurs.)
ZENISE, d’un air embarraſſé.
Quoi, Madame ! c’eft Mirflot…
MIRFLOT.
Eh pardi ! fans doute que c’eſt moi : voilà qui eſt bien étonnant ; allons, couronnez moi, Mademoiſelle Zeniſe.
ZENISE, à la Fée d’un ton plus triſte.
Madame…
LA FÉE, ſouriant malignement.
Eh bien ! Madame, que me voulez vous ?
MIRFLOT, la tirant par la manche.
Finiſſez donc, Mademoiſelle, vous vous faites bien prier.
ZENISE, impatiente.
Attendez.
MIRFLOT.
Quand vous attendriez mille ans, il faudra toujours y venir. C’eſt moi qui ſuis le vainqueur de Ziman, cela eſt certain.
PHILETTE.
Voilà bien des façons. Mais vous avez beau grimacer, puiſqu’il a gagné le prix, il faut bien le lui donner.
LA FÉE, d’un ton ſévère.
Vous devez vous taire Philette, ceci ne vous regarde pas. Eh bien Zeniſe, vos délais finiront-ils bien-tôt ?
ZIMAN, aux genoux de Zéniſe.
Rendez juſtice au mérite Zeniſe. Je donnerois ma vie pour recevoir cette Couronne de vos belles mains. Je ſubis avec douleur la peine de ma défaite, mais je reconnois Mirflot pour mon vainqueur. Je ne lui envie que le bonheur d’être couronné par vous.
ZENISE, d’un ton attendri pour Ziman.
Madame, vous entendez…
LA FÉE.
Oui, j’entends que Ziman eſt équitable, & je vois que vous ne l’êtes pas ; Zéniſe je lis trop dans votre cœur.
ZENISE, avec un empreſſement mêlé de crainte.
Venez, Mirflot, que je vous couronne :
MIRFLOT.
Je le ſavois bien qu'il faudroit y venir. Allons arrangez bien cette couronne, afin qu'elle me rende encore plus beau que je ne le ſuis. Eh bien Ziman, vous le voyez ; ſi vous ſavez tuer les lions, je ſais bien courir moi. Allez, allez, vous n'entendez rien à être Prince.
ZIMAN.
Mirflot, je prend part à votre gloire ; mon malheur ne me fait point oublier que vous êtes mon ami, mais je vais cacher ma honte & ma confuſion.
(Il ſort.)
❖
(Pendant cette Scene, Mirflot & Philette s’amuſent au fond du Théâtre à regarder ſortir Ziman & font des ſignes de raillerie.)
LA FÉE, ZENISE.
LA FÉE, ſouriant.
VOus voilà bien fachée Zéniſe ?
ZENISE, d’un ton chagrin.
Eſt ce mal faire que de compatir aux malheureux ?
LA FÉE.
Non, mais avouez que vous êtes un peu trop partiale.
ZENISE, d’un ton fâché.
En vérité, Madame, il me ſemble que vous l’êtes encore plus que moi.
LA FÉE, ſouriant.
Comment donc vous me querellez, je crois ?
ZENISE.
Non, Madame, mais vous nous avez dit cent fois que les vertus de l'ame étoient fort au-deſſus des avantages du corps. Vous voyez Ziman juſte, noble, généreux & vous me faites couronner Mirflot qui a mieux couru. Là, dites-moi, cela eſt-il juſte ?
LA FÉE.
Plus que vous ne penſez : vous en conviendrez dans peu. Allons venez prendre votre leçon de Muſique.
ZENISE, à part levant les yeux au ciel & en ſoupirant.
Moi chanter ! Ah Ziman que je vous plains.
(elles ſortent.)
❖
MIRFLOT, PHILETTE.
MIRFLOT.
LEs voilà parties. Ah ça, Mademoiſelle Philette, avouez que je ſuis bien beau. Allons admirez-moi un peu.
PHILETTE.
Vraiment je ne vous admire que trop, & je ne ſais ſi une fille de mon rang doit vous trouver ſi aimable ; nous ne diſpoſons pas de notre main, dit-on, c’eſt aux Rois nos peres à nous pourvoir.
MIRFLOT.
Eh ! là, là, ne faites pas tant la rencherie ; peut-être ce ſera moi qui ne voudrai point de vous.
PHILETTE.
Doucement, Monſieur Mirflot, ſavez vous bien que les Princes ne ſont pas ſi glorieux ? Écoutez ce que la Fée nous dit tous les jours.
MIRFLOT.
La Fée dira ce qu’elle voudra, mais encore faut-il ſoutenir ſa grandeur. Pour moi mon parti eſt pris ; s’il ſe trouve par hazard que vous ſoyez la fille de cette Reine qui eſt morte il y a ſi long-tems, je vous épouſerai de grand cœur, car auſſi bien je vous aime mieux que cette petite grimaciere. Mais ſi vous n’êtes qu’une Païſanne, ma foi ſerviteur : je n’irai pas quitter un Royaume pour vos beaux yeux.
PHILETTE.
Que vous parlez groſſierement, Monſieur
Mirflot ! j’ai bien peur…
MIRFLOT.
Ne craignez rien. Il y a des Rois de toutes façons, Mademoiſelle Philette : moi j’en ſerai un de ceux qui font peur aux gens ; on dit qu’ils ſont mieux ſervis que les autres, parce qu’on les craint.
PHILETTE.
Oui, mais on ne les aime gueres.
MIRFLOT.
Eh ! que m’importe ? pourvû que je me divertiſſe, que je faſſe bonne chere, & que j’aie bien de l’argent. Tenez Mademoiſelle, voici la vie que je ménerai. Je dormirai tant qu’il me plaira, je mangerai tant que je voudrai, je me promenerai comme çà, (il ſe promene ridiculement) mes Courtiſans me ſuivront, je commencerai par congédier tous ces Maîtres de danſe, de Muſique, & de toutes autres ſciences qui m’ennuient ; en un mot je prétends ne rien faire du tout, & ſi quelqu’un me raiſonne, je lui ferai couper la tête.
PHILETTE.
J’aimerois beaucoup cette vie là moi, & je promets bien que quand je ſerai Reine, je ne ſerai rien, mais rien du tout. Je voudrois qu’on me donnât à boire & à manger, qu’on me portât, & qu’on me promenât comme ſi je n’avois ni bras ni jambes. On n’a des gens que pour s’en ſervir ; enfin on n’eſt Maitreſſe que pour être obéie ; s’il falloit vivre comme les autres, autant vaudroit-il n’être pas Reine.
MIRFLOT.
Ma foi vous me plaiſez de cette humeur là, Mademoiſelle Philette, & je crois que nous ſerions bon ménage. J’y voudrois encore une petite condition, ce ſeroit de nous quereller un peu par-ci, par-là, cela fait paſſer le tems, & quand on eſt Maitre, il faut faire ſes volontés ou ne pas s’en mêler.
PHILETTE.
Comme vous parlez, Monſieur Mirflot ! eſt-ce que les Rois & les Reines ſe querellent ! ſi, cela ſent bien le Païſan.
MIRFLOT.
Cela ſentira ce que vous voudrez, chacun s’amuſe à ſon goût. Par exemple, pouſſer l’un, battre l’autre, n’eſt ce pas un plaiſir ? oh ! que j’en donnerai à ce beau Ziman ! j’en veux faire mon valet de chambre, afin de le bien battre quand la fantaiſie m’en prendra.
PHILETTE, en branlant la tête.
Monfieur Mirflot, Monfieur Mirflot ; vous pourrez bien être battu vous même, je n’ai jamais entendu parler d’un pareil Roi.
❖
ZENISE, MIRFLOT, PHILETTE.
ZENISE.
N’Avez-vous pas vû Ziman, je ne puis le trouver ?
MIRFLOT.
Si vous me cherchiez moi, Mademoiſelle Zéniſe, vous me trouveriez, comme vous voyez. Y a-t-il quelque choſe à faire pour votre ſervice ? Je ſuis poli & galant, vous n’avez qu’à dire ?
ZENISE.
Je vous ſuis obligée, je voudrois
parler à Ziman.
PHILETTE.
Tenez le voici qui ſe traîne plus qu’il ne marche ; allons Mirflot laiſſons les s’attriſter ensemble.
MIRFLOT.
Mais… ſi… cependant…
PHILETTE.
Allons, allons, ne voyez-vous pas que leur chagrin eſt de bon augure pour nous ? Je les plains, mais qu’y faire ? Allons nous en.
❖
ZIMAN, ZENISE.
ZENISE, d’un ton doux & tendre.
QUe vous êtes triſte Ziman ! Parlez moi donc ?
ZIMAN.
Hélas, Zéniſe, j’ai tant de honte d’avoir été vaincu, qu’à peine j’oſe vous regarder, je vous fuyois.
ZENISE.
Et moi je vous cherche par-tout.
ZIMAN.
Vous me cherchiez charmante Zéniſe ! un tel bonheur me fait oublier tous mes maux.
ZENISE.
Écoutez Ziman, ne tirez point trop d'avantage de ce que je vous dis, au moins. Je vous cherche parce que vous avez du chagrin. Si vous étiez heureux, peut-être je ne ſongerois pas à vous.
ZIMAN.
Ah ! Zeniſe que je ſois donc toujours malheureux puiſque je ne puis vivre ſans être aimé de vous.
ZENISE, (d'un air tendrement fàché.)
Eh bien allez vous encore vous chagriner ? Pourquoi craindre de perdre mon amitié ? Vous l'aurez ſurement toujours. Bienfaiſante ne nous a-t elle pas ordonné de bien vivre ensemble, & de nous aimer tous quatre ?
ZIMAN.
Quoi Zeniſe ! vous aimez Philette & Mirflot autant que moi ?
ZENISE, (d'un ton embarraſſe.)
Il le faut bien.
ZIMAN.
Zeniſe vous me déſeſpérez, que mon cœur eſt différent du vôtre, & qu’il obéït mal aux ordres de la Fée ! on dit que Philette eſt jolie, en vérité je ne pourrois pas l’aſſurer, je ne regarde pas ſon viſage. Pour Mirflot je n’ai point de plaiſir à l’aimer, & même quand il vous parle & que vous lui répondez, je ſens une ſi grande averſion pour lui, que je croirois le haïr, ſi la haine ne me faiſoit horreur.
ZENISE.
Et cependant vous m’avez obligée de le couronner. Ah Ziman ! je l’avois bien dit à la Fée, que votre généroſité méritoit le prix.
ZIMAN.
Vous ne me traiteriez pas avec tant d’indulgence, ma chere Zeniſe, ſi vous ſaviez ce qui ſe paſſoit alors dans mon cœur. Si j’en euſſe ſuivi les mouvemens, j’aurois arraché cette Couronne de vos mains, je l’aurois briſée en mille morceaux, & voyez mon injuſtice, Mirflot la méritoit.
ZENISE.
Le beau mérite que celui de courir plus vite vite qu’un autre ! il ne faut que de la force : n’eſt-il pas plus naturel qu’un Païſan en ait plus qu’un Prince ?
ZIMAN.
Vous me flattez envain Zeniſe. Je tremble que le moment qui décidera de notre ſort ne ſoit celui de ma perte. Vous êtes Princeſſe, je n’en puis douter : mais hélas ! que ſuis-je moi ?
ZENISE.
Ne craignez rien Ziman : ce n’eſt que la modeſtie qui vous fait douter de votre naiſſance. Bienfaiſante ne nous dit-elle pas ſans ceſſe que ce ſont les vertus qui la feront connoître ? Mirflot en a-t-il ?
ZIMAN.
Oui, je le crois, ſon ton eſt un peu groſſier, j’en conviens ; mais il a de la valeur.
ZENISE.
Bon ! La Fée m’a dit que tout le monde pouvoit en avoir.
ZIMAN.
Sans doute, mais Miflot a beaucoup d’autres bonnes qualités, il eſt gai, franc, ſincere, & ſon humeur eſt toujours égale.
ZENISE.
Voilà de belles vertus ! & moi je vous dis que cela ne vient que de la groſſiereté de ſon âme. Il n’a ni ſenſibilité, ni délicateſſe. Comment voudriez-vous qu’il eût de l’humeur ? Ziman, croyez-moi, où la Fée nous trompe ſur l’idée qu’elle nous donne de la vertu, où Mirflot n’en a que de bien communes.
ZIMAN.
Je le loue à regret, ma chere Zeniſe, je le confeſſe : mais je lui trouve peu de défauts.
ZENISE.
Pour moi je lui en trouve beaucoup. Ne voyez-vous pas comme il eſt glorieux ? Il ſe vante lui même & mépriſe les autres. Vous lui cédez tous les avantages, vous vous défiez de vous-même : quelle différence ! Tenez Ziman, je ſuis moins modeſte que vous, je connois les défauts de Philette, & pourvû que vous ſoyez le Prince, je…
ZIMAN.
Achevez, charmante Zeniſe ; ditesmoi que vous voudriez régner avec le trop heureux Ziman.
ZENISE.
Oh ! non, je ne le dirai pas. C’eſt pour vous tout ſeul que je déſire votre bonheur.
ZIMAN.
Ah ! Zeniſe ! je ne puis en avoir ſans vous, & l’eſpérance de vous poſſéder eſt le ſeul motif de mon ambition.
ZENISE.
Quoi vous n’aimez point à être Roi ? Cela m’étonne. Je croyois que les ames élevées…
ZIMAN.
Je vous entends Zeniſe ; raſſurez-vous. Je déſire ſoiblement la Royauté. Ce n’eſt pas que je manque des ſentimens qui doivent l’accompagner : mais la crainte de n’en pas remplir tous les devoirs me conſoleron de la perte du Trône, ſi je ne vous perdois avec lui.
ZENISE.
Eſt-il donc ſi difficile d’être un grand Roi ?
ZIMAN.
Oui Zeniſe, il eſt même preſque impoſſible dans cette place, de concilier toutes les vertus. La Fée ne me l’a que trop fait connoître. La clémence eſt ſouvent obligée de céder à la juſtice ; la noble ſincérité à l’artificieuſe diſſimulation, & quelquefois la généroſité ſe trouve forcée de céder à la vengeance. Mais quand un Roi n’auroit que la douleur de ne pouvoir rendre tout le monde heureux, ne ſuffiroit-elle pas pour lui dérober une partie des charmes de la puiſſance ſouveraine ?
❖
MIRFLOT, BLAISE, ZENISE, ZIMAN.
MIRFLOT, à Blaiſe qui court après lui.
TEnez, tenez, le voilà votre fils, je ſuis un Prince, moi.
ZIMAN.
Qu’avez vous, Mirflot ? vous voilà bien agité.
MIRFLOT.
C’eſt ce vieux radoteur qui me fait enrager : il me pourſuit en diſant que je ſuis ſon fils & qu’il vient me chercher pour m’emmener dans ſon village. Voyez un peu quelle extravagance !
ZIMAN, au vieillard.
Quelle raiſon avez-vous, mon bon homme pour vouloir emmener Mirflot ?
BLAISE.
Eh pardi ! la raiſon qu’il y aſſez long-tems qu’il fait le Monſieur, & que j’ai beſoin de ſon aide dans mon travail.
ZIMAN.
Mais êtes-vous bien ſûr qu’il eſt votre fils ?
BLAISE.
Tenez, mon petit Seigneur, je m’appelle Blaiſe, & lui Pierrot, v’la qui eſt net.
MIRFLOT.
Eh bien ! Mons Blaiſe, puiſque Blaiſe y a, vous ne ſavez ce que vous dites, je ne m’appelle point Pierrot. Mais voyez le beau nom pour un Prince.
BLAISE.
Va, va, tu n’es pas un Prince, je l’ai bien vû dès que je t’ai envisagé, encore que je ne te connoiſſe pas, mais un certain je ne ſais quoi me dit…
ZENISE
Vous ne le connoiſſez pas, Monſieur ?
BLAISE.
Monſieur, voyez qu’elle eſt honnête, cette petite Demoiſelle ; ? qu’elle eſt jolie ! ſera-ce ta femme, Pierrot ? réponds donc, tu fais la ſourde oreille.
MIRFLOT.
Encore un coup, je ne ſuis point Pier rot, entendez-vous ? je m’appelle le Prince Mirflot afin que vous le ſachiez.
BLAISE, riant.
Ah, ah, ah, le Prince Mirflot ! qu’eu drôle de nom ? y ſe moque de toi, mon enfant.
ZIMAN.
Si vous ne le croyez pas maître Blaiſe, vous avez tort de le traiter ainſi.
MIRFLOT.
Ziman a raiſon, vous êtes un mal appris.
ZENISE, inquiette.
Expliquez-nous mieux, je vous prie, comment il ſe peut faire qu’il ſoit votre fils, & que vous ne le connoſſiez pas.
BLAISE.
Eh pardi ! La choſe eſt bien facile. Tenez, Mademoiſelle, notre minagere n’eut pas plutôt mis au monde ce garnement, que ne v’la-t-il pas Madame la Fée qui s’apparoit à nous, & qui vous emporte le petit enfant ſans dire gare. Stapendant il faut dire la choſe, elle nous baillit une bonne ſomme, & nous fit promeſſe qu’elle nous le rendroit au bout de quinze ans bien conditionné, & que pardeſſus le marché elle lui bailleroit une belle femme. Or il y eût hier tout droit quinze ans que la choſe fut faite, & je m’en ſuis venu aujourd’hui tout bonnement pour r’avoir Pierrot.
ZENISE, encore plus inquiette.
Quoi, Monfieur Blaiſe ! vous ne ſavez pas mieux que cela qu’il eſt votre fils ?
BLAISE.
Voirement non, Mademoiſelle, mais en faut-il davantage ?
MIRFLOT.
Ne vous ai-je pas dit qu’il ne ſavoit ce qu’il diſoit ?
ZENISE, à part.
Je tremble.
MIRFLOT.
Allez, allez, Mons Blaiſe, retournez vous-en chez vous, & emmenez ce petit Seigneur, car c’eſt lui qui eſt votre fils.
BLAISE.
Qu’eu conte que tu me fais là ! il n’en a morgué pas la mine.
ZIMAN.
Ne vous prévenez pas maître Blaiſe ; nous avons été élevés enſemble, Mirflot, moi : nous ignorons tous deux notre naiſſance ; mais ſûrement l’un ou l’autre eſt votre fils.
BLAISE.
Eh bien, morgué, puiſque je n’ai qu’à choiſir venez ça vous, je vous prends, car palſangué vous valez mieux que l’y.
ZIMAN.
Je ſuis prêt à vous ſuivre, ſi la Fée me remet en vos mains.
ZENISE, vivement.
Que dites-vous, Ziman ? ce n’eſt point là votre pere.
ZIMAN.
Rien n’eſt encore décidé, Belle Zeniſe ; peut-être ſuis-je ſon fils.
BLAISE.
V’la un brave garçon, celui-là ! il ne renie pas ſa parenté. Tu veux donc bien être mon fils ?
ZIMAN.
Si le deſtin m’a fait naître de vous, remercierai le ciel de m’avoir donné pour pere un honnête homme.
BLAISE.
Tiens Pierrot… veux je dire Monſieur. Mirflot, tu entends bien ce qu’il dit ; j’aimerois mieux un fils comme l’y qu’un cent de vauriens comme toi. V’la qu’eſt fini, j’avois la barlue : ce n’eſt pas toi qui es l’enfant de notre femme, j’emmene celui-ci.
ZENISE.
Ah ciel ! courons vîte avertir la Fée.
❖
LA FÉE, ZENISE, ZIMAN, BLAISE, MIRFLOT.
LA FÉE.
OU courez-vous, Zeniſe ?
ZENISE, vivement.
Ah ! Madame, j’allois vous chercher ; empêchez ce vieillard…
BLAISE.
Votre ſerviteur, Madame la Fée. Je vous reconnois bien au moins. Je viens, ſauf votre reſpect, vous redemander le fils que vous m’avez dérobé de bon gré s’entend. Or maintenant en v’la deux. Tout d’abord j’avois donné mon amiquié à celui-là, mais il m’eſt avis que je me trompois ; à ſtheure je prens ce ti-ci avec votre permiſſion.
LA FÉE.
Il eſt vrai, maître Blaiſe, que l’un de ces deux enfans eſt à vous. Mais c’eſt à ſes ſentimens qu’il doit ſe faire connoître ; je ne puis le nommer qu’après qu’il aura parlé.
BLAISE, prenant Ziman par la main.
Morgué nous v’la bien, ce ti-ci nous reſtera.
ZENISE, fort inquiette.
Mais point du tout, Madame…
BLAISE.
Excuſez, Mademoiſelle, quoique je ne ſoyons qu’un payſan, je nous connoiſſons en bon cœur. Tenez Madame la Fée, celui-là m’a renié pour ſon pere ; ce tui-ci ne demande pas mieux que d’être notre fils. Pardi rien n’eſt plus clair.
LA FÉE.
Cela eſt il vrai ?
ZENISE, très-vivement.
Oui, Madame, mais ne voyez-vous pas…
LA FÉE
Ce n’eſt point vous que je conſulte, Zeniſe. Parlez Ziman.
ZIMAN.
Il eſt vrai, Madame, que j’eſtime ce vieillard, & que s’il et mon pere, je ſuis prêt à le ſuivre.
BLAISE.
Vous l’entendez, je ne lui fais pas dire.
ZENISE, déſolée.
Madame, au nom des Dieux ne décidez point encore.
LA FÉE, à part.
Elle me fait pitié. (à Blaiſe.) Vous ſerez content maître Blaiſe, je vous rendrai aujourd’hui votre fils : mais trouvez bon qu’il ſoit témoin du triomphe de ſon ami, & qu’il ſe réjouiſſe à la fête que je prépare pour les noces du Prince.
BLAISE.
Très-volontiers, j’y danſerons itou.
ZENISE.
Ôciel ! ſecourez-moi.
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PHILETTE, LA FÉE, ZENISE, ZIMAN, MIRFLOT, BLAISE.
PHILETTE.
MAdame, venez vîte : il y a là une grande troupe d’Ambaſſadeurs qui viennent nous chercher, Mirflot & moi, pour nous conduire dans notre Royaume où ils diſent que l’on nous demande.
LA FÉE, ſouriant.
Ils vous ont donc reconnue ?
PHILETTE.
Ah ! tout de fuite. Si vous faviez les honnêtetés qu’ils m’ont faite dès que je leur ai dit que j’étois la Princeſſe, vous en feriez charmée.
MIRFLOT.
Adieu, Madame, & toute la compagnie. Serviteur Mons Blaiſe, une autrefois mettez mieux vos lunettes.
BLAISE.
Voyez ce butord qui s’en va ſans dire ſeulement grand merci à cette bonne Dame. Excuſez Madame la Fée, ſi je parle de la maniere : mais morgué c’eſt que je hais les ingratitudes.
MIRFLOT.
Ah ! je l’avois oublié. Je vous remercie, Madame. Mais à propos il me faut une femme, laquelle des deux prendrai-je ?
LA FÉE.
Je vois qu’il eſt tems de déclarer leur fort. Zeniſe, c’eſt vous que j’enlevai au trône du Boriſtan. Je ſuis contente de vos ſentimens, ils ſont dignes de votre naiſſance.
ZENISE, pleurant & ſe jettant dans les bras de la Fée.
Ah ! Madame, je ne veux point vous quitter, ſouffrez que je paſſe ma vie auprès de vous, elle ne ſera pas aſſez longue pour vous marquer toute ma reconnoiſſance.
LA FÉE, malignement.
Ce ſentiment eſt louable, ma chere Zeniſe, mais je crains fort qu’il ne dure pas long-tems, vous me quitterez peut-être ſans regret.
ZENISE.
Oh non ! Madame, je ne veux vivre qu’avec vous, je vous le jure.
LA FÉE.
Quoi, vous ne voudriez un époux de ma main ?
ZENISE.
pas recevoir Non, Madame, je vous conjure à genoux de ne m’en propoſer aucun.
LA FÉE.
Encore un coup Zeniſe, je prévois que vous changerez de ſentimens. Que l’on faſſe entrer les Ambaſſadeurs.
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Tous les Acteurs, L’AMBASSADEUR & ſa ſuite.
L’AMBASSADEUR.
NOus venons à vos ordres, Madame ; recevoir à genoux le maître que vous nous deſtinés. Élevé par vos ſoins, que ne devons nous pas attendre de ſon regne !
LA FÉE.
Vous devez plus à ſon heureux naturel qu’aux ſoins de ſon éducation. Je vais vous donner un grand Roi, heureux les peuples qui vivront ſous ſon obéïſſance.
MIRFLOT.
Entendez-vous, Meſſieurs, je ſuis un Prince accompli.
LA FÉE, à Ziman qui veut ſortir.
Où allez-vous Ziman, auriez-vous la foibleſſe de ne pouvoir ſupporter la gloire d’un rival ?
ZIMAN.
Non Madame, je ne deſirerois un trone que pour y placer Zeniſe : le deſtin couronne ſon mérite. Je n’ai des vœux à faire que pour obtenir de vous un aſyle paiſible pour ce bon vieillard. Que vos bontés, Madame, le récompenſent des travaux d’une vie laborieuſe. Qu’il finiſſe ſes jours dans un doux repos ! pour moi j’irai chercher dans les hazards de la guerre ou la fin d’une vie infortunée, ou l’avantage que pourront me procurer les ſentimens nobles que vous m’avez inſpirés.
ZENISE, à la Fée en pleurant.
Voyez, Madame, s’il n’eſt pas toujours le même.
PHILETTE.
Fort bien, mais s’il s’en va je n’aurai donc pas de mari moi ?
LA FÉE.
Vous en aurez, Philette. Mes enfans vos ſentimens dévoilent enfin vos deſtinées. Vous, Mirflot, la préſomption vous aveugle, & vous Ziman, votre modeſtie & votre généroſité mériteroient une couronne ſi la nature vous l’avoit refuſée. (aux Ambaſſadeurs en préſentant Ziman & Zenife.) Meſſieurs, voilà votre Roi & votre Reine.
ZENISE, embraſſe la Fée.
Ô Ciel ! ah ma chere bonne !
ZIMAN.
Madame, cette couronne eſt à vous : daignez regner ſur mes peuples, ce ſera faire leur bonheur. Content de poſſéder la belle Zeniſe, nous mettrons notre gloire à vous obéir, & à payer vos bienfaits par nos reſpects & notre reconnoiſſance.
LA FÉE.
Non, mes enfans, vos peuples vous attendent, allez les rendre heureux, mes ſoins feront récompenſés.
ZIMAN.
Oſerois-je, Madame, implorer vos bontés pour Mirflot. La douceur de ſon éducation lui rendroit ſon état encore plus pénible. Faut-il qu’il ſoit puni pour m’avoir ſervi d’exemple ?
LA FÉE.
Je vous laiſſe le maître de ſon ſort.
ZIMAN.
Ah, Madame, ce bienfait ſurpaſſe tous les autres. Je pourrai faire un heureux, eſt-il un bonheur plus doux ? Mon cher Mirflot, je vous demande votre amitié, comptez ſur la mienne : ſuivez-nous Uni à Philette vous éprouverez l’un & l’autre la ſincérité de nos ſentimens. Je compte auſſi que maître Blaiſe voudra bien nous accompagner.
BLAISE.
Morgué de tout mon cœur. V’la un brave Roi, il ne ſe méconnoit pas.
MIRFLOT.
Pour moi je veux être Marquis tout au moins, puiſque je ne ſuis pas Prince.
ZIMAN.
Je ferai pour vous, mon chere Mirflot, tout ce qui ſera en mon pouvoir.
MIRFLOT.
Entends-tu Philette ? Tu ſeras une grande Dame. Me veux-tu pour mari ?
PHILETTE.
Il le faut bien. Cependant cette Zeniſe me ſera toujours un crêve-cœur.
ZENISE.
Non, ma chere Philette, je mettrai tant d’égalité dans notre amitié, qu’elle vous fera oublier ce qui nous diſtingue.
LA FÉE.
Allons mes enfans, divertiſſez-vous, je veux faire les noces ici ; commencez la fête par vos danſes, & vos chants.
FIN