‹ VercingétorixChapitre 116 sur 191 · V

V

Une fois proclamé, Vercingétorix imposa sa volonté avec sa précision et sa fermeté habituelles. Il refit après l’assemblée de Bibracte ce qu’il avait fait après celle de Gergovie: sauf, par malheur, l’exécution de quelques chefs.

Il commanda des otages et fixa les contingents. Tout ce qui restait de cavaliers disponibles en Gaule, quinze mille, devaient se concentrer au plus tôt dans le pays éduen: la tactique qu’il comptait suivre ne pouvait réussir qu’avec une cavalerie fort nombreuse. Il ne voulut pas, auprès de lui, un supplément d’infanterie: il avait environ 80000 fantassins, fournis par les Arvernes ses sujets ou par ses alliés de la première heure, suffisamment dégrossis par cinq mois de marches, de combats, de terrassements et d’obéissance; il n’avait pas le temps d’en former d’autres, et des recrues l’embarrasseraient. Des ordres furent sans doute donnés pour mettre en état de défense quelques grandes villes-fortes, que l’on devait conserver comme refuges.

Le plan de campagne de Vercingétorix ne fut autre que celui de février, mais élargi avec audace et intelligence. En hiver, il fallait retenir César dans la Province: maintenant il faut l’y renvoyer, le plus maltraité possible, et, si faire se peut, le renvoyer en Italie même.

Les Gaulois envahiront la Narbonnaise sur tous les points à la fois, de manière à ce que César soit obligé, ou de la défendre en personne, ou de l’abandonner toute entière. Il ne s’agit plus seulement de la menacer de biais par l’Ouest, comme l’avait déjà fait Lucter, mais de se déverser en masse sur elle par-dessus les Cévennes. Les Rutènes et les Cadurques prendront leur route, plus à l’est de celle qu’ils ont déjà suivie, le long des Causses et de l’Aigoual, et inquiéteront directement Narbonne, Béziers, Nîmes et les rivages de la Méditerranée elle-même. Les tribus du Gévaudan et du Velay n’auront qu’à suivre le chemin de César pour descendre chez les Helviens, gagner l’Ardèche et le Rhône. Enfin, les Éduens du Sud et leurs clients les Ségusiaves du Forez, au nombre de dix mille fantassins, flanqués de 800 cavaliers que leur adjoint Vercingétorix, déboucheront par la vallée du Gier ou la plaine des Dombes en face de Vienne, la grande cité gallo-romaine des Allobroges.

C’est à cette dernière expédition que Vercingétorix tenait le plus, et avec infiniment de raison. Que César retournât vers la Province ou qu’il s’enfuît en Italie, il lui fallait passer par Vienne ou par Genève, villes allobroges. Si les insurgés parvenaient à occuper ou à soulever le pays, le proconsul aurait devant lui une double ligne de dangers, celle de la Saône, rivière éduenne, celle du Rhône, fleuve des Allobroges. Aussi le roi arverne mit-il tout en œuvre pour s’assurer l’appui de ce grand peuple. Il envoya à ses chefs messages sur messages, il les accabla d’offres et de tentations. Il leur rappela sans doute ces liens d’amitié et de fraternité de guerre qui les avaient unis à Bituit et aux Arvernes; il exploita les rancunes que les Allobroges conservaient contre Rome et ses magistrats: il y avait dix ans à peine, n’avaient-ils pas soutenu (en 61) une guerre ardente contre l’un d’eux, la troisième depuis trois quarts de siècle? Il leur montra que le temps de la revanche, pour eux comme pour les autres, était venu, et qu’une fois les Celtes victorieux, les Allobroges recouvreraient, avec l’appui des Arvernes, l’hégémonie de la Gaule au sud des Cévennes.

Sur toute cette ligne d’invasion, dans toutes ces combinaisons militaires et politiques, Vercingétorix préparait les solutions les meilleures. Il montra la même prévoyance dans son plan d’attaque de l’armée proconsulaire.

Quel que fût le dessein de Jules César, disait Vercingétorix aux chefs de son entourage, celui des Gaulois devait être fixé d’avance. Peu importait la route qu’il prendrait. Il fallait s’en tenir, contre lui, à la tactique de la campagne d’Avaricum. Aucune autre ne valait celle-là; incendier les fermes, détruire les greniers, enlever les convois, harceler les soldats en marche, massacrer les fourrageurs: que les quinze mille cavaliers se résignent à cette tâche, et les dix légions seront réduites sans coup férir. Vercingétorix continuait à réclamer de ses Gaulois le courage d’un double sacrifice: voir brûler leurs biens sans une plainte, voir passer l’ennemi sans le combattre. Car avant tout, disait et répétait le chef arverne, il faut éviter une bataille: la victoire est à ce prix (fin juin?).

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