‹ VercingétorixChapitre 13 sur 191 · III

III

Les démons des lacs et des forêts étaient redoutés, les déesses des sources étaient charmantes: les dieux qui présidaient aux cimes des montagnes avaient l’humeur moins égale; leur bonté n’était pas éternelle, ni leur méchanceté durable. Ils étaient tantôt calmes et brillants, comme le soleil qui dorait leurs sommets, et tantôt furieux et farouches, comme les nuages qui s’amassaient sur leurs croupes.

Les collines de moindre importance avaient leur dieu protecteur et éponyme, gardien du village qui habitait tout proche: ce «génie du lieu» était le refuge des âmes dans les moments de doute, tandis que le château-fort voisin devenait l’asile des misérables au temps des invasions. Il y eut un sanctuaire payen sur cette pieuse colline de Brioude que devait plus tard dominer l’église de Saint-Julien; un autre, à Lezoux, groupait à ses pieds la plus industrieuse des populations arvernes; et de la hauteur de Saint-Bonnet, un dieu commandait à la plaine où s’élèvera Riom l’intelligente.

Mais les divinités des hauts lieux de l’Auvergne furent vite reléguées dans l’ombre par celle du Puy de Dôme, Dumias, ainsi qu’on l’appelait: nom à la fois du dieu et de la montagne, nomen et numen.

Le Dôme était visible de partout: son dieu était présent partout, il fut roi et maître, ainsi que le sommet lui-même. À quoi bon s’adresser à de moindres génies, quand la puissance de la cime faisait à elle seule la richesse ou la ruine de la plaine entière? L’obéissance va au plus haut, la piété au plus utile. Chez d’autres peuples, par exemple chez les Éduens, les sanctuaires de montagnes se sont multipliés: le mont Saint-Jean, le mont de Sène et bien d’autres, avaient le leur; toutes ces hauteurs se ressemblaient plus ou moins, aucune de leurs divinités ne prit le pas sur les autres: la religion, dans les campagnes éduennes, tendit à se maintenir dispersée. En Auvergne, la suprématie du Dôme fut reconnue sans peine. Autant que l’unité religieuse pouvait exister dans ces populations à la pensée courte qui adoraient le dieu le moins éloigné, le Puy de Dôme assura chez elles une communion de culte; éloignés de leur patrie, c’était à leur grand dieu que les Arvernes envoyaient leurs souvenirs et adressaient leurs sacrifices.

Il arriva chez eux ce qu’il était advenu, cinq ou six siècles avant l’ère chrétienne, dans les bourgades latines. Les divinités abondaient sur les terres du Latium, et elles étaient toutes de même nature que celles de l’Auvergne: elles habitaient les collines, les forêts, les sources et lacs. Mais elles reconnurent comme dieu suprême celui du Mont Albain, qui dominait la plaine et les rochers de ses deux mille coudées, et qui ne tarda pas à devenir le Jupiter Latiar, le Jupiter souverain du peuple latin.

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