‹ VercingétorixChapitre 14 sur 191 · IV

IV

En Gaule ainsi qu’en Italie, dans l’Auvergne ainsi que dans le Latium, les dieux locaux, c’est-à-dire fixés à une parcelle du sol, à un lambeau de territoire, au domaine d’une tribu, furent, les uns après les autres, rattachés à des divinités puissantes et universelles, de qui ressortirent, sinon tous les hommes et tous les lieux, du moins tous les hommes de la race et tous les lieux qu’elle avait en partage. Quelques êtres célestes surgirent, dont les noms évoquèrent l’idée de personnes vivantes et définies, Jupiter ou Mars en Italie, et, en Gaule, Teutatès, Taranis, Ésus, Bélénus.

Il arriva souvent que ces croyances à de plus grands dieux furent encouragées par les prêtres, supérieurs au reste du peuple par l’intelligence et par l’ambition, mais sans doute aussi par la bonté et par le désir du calme et de l’union. Car l’humanité s’élève en même temps que ses dieux grandissent, et le plus honorable est parfois le plus lointain; si les sanctuaires locaux engendraient les luttes civiles, les tribus d’une même nation avaient un nouveau motif de s’unir quand elles voyaient un dieu souverain au-dessus de leurs génies particuliers.

En Gaule, les druides paraissent avoir été, je ne dis pas les initiateurs, mais les propagateurs de ces dieux à nom propre et personnel, de ces cultes à portée lointaine et à vaste horizon, et gros d’ambitions celtiques. Ils étaient les arbitres des sacrifices voués à ces puissances célestes, et pendant longtemps ils ne doivent pas avoir séparé leurs intérêts sacerdotaux de la cause des grands dieux gaulois.

Ceux-ci ne détruisirent pas cependant les génies des montagnes et des fleuves, pas plus que le règne de Mars ou de Jupiter ne mit fin à la sainteté populaire des collines et des bois de la campagne romaine. Seulement, presque toujours, ces génies se transformèrent, élargirent leur nature, et devinrent les avatars locaux d’une divinité plus importante; ils furent, si l’on peut dire, la présence réelle d’un grand dieu sur un petit territoire. Les sources de Vouroux et de Taragnat, les montagnes de Brioude et de Saint-Bonnet servirent de lieux de séjour à un Apollon ou à un Mars gaulois, et leurs anciens génies ne furent plus que les Apollons ou les Mars «de l’endroit». Ces dieux souverains, dont le domaine était infini, se ménageaient ainsi de petites et fort nombreuses résidences.

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