‹ Victor, ou L'enfant de la forêtChapitre 15 sur 45 · CHAPITRE VI.

CHAPITRE VI.

ON CROIRAIT LIRE UN ROMAN.

«Seule et tranquille, madame du Sézil se hâte de défaire les nombreux cachets qui entourent le paquet mystérieux. Quelle surprise! une superbe boîte d'or enrichie de brillans! un portrait d'homme! Dieu! c'est celui du jeune étranger: ce sont ses traits, il est parlant! madame du Sézil ne peut s'y tromper... Mais quels sentimens éprouve-t-elle, madame du Sézil? Les traits d'un homme qui l'a si cruellement trahie, devraient lui faire horreur? c'est tout le contraire; ces traits charmans la fixent et l'attachent, elle se surprend à admirer ses beaux yeux pleins de douceur, cette bouche qui a osé.... Son coeur se serre, elle veut détourner ses regards.... impossible! L'amour est dans son coeur, l'amour est peint sur ce portrait touchant, il est par-tout; comment lui résister. Cependant madame du Sézil ouvre la boîte; qu'y voit-elle? une lettre et des rouleaux de louis!.... Eh quoi! ce perfide ose lui faire accepter des présens! prétend-il par-là dédommager sa victime de la perte de l'honneur? espère-t-il faire oublier sa faute par des bienfaits? ils sont insultans ses bienfaits, puisqu'ils sont le prix du crime!.... Mais voyons sa lettre?.... Ce sont des vers!.... Une romance!.... et sur un air que madame du Sézil sait; car elle lui en a fait entendre quelques phrases, en se promenant avec lui dans la ville d'Amiens.... Voyons:

ROMANCE DE L'INCONNU.

Avais un coeur indifférent; Avais jours purs et nuits tranquilles: En fuyant l'Amour étais franc; Mais, vains sermens! soins inutiles! Vois jeune veuve en son printemps, Vois graces et délicatesse, Coeur me bat, et, depuis ce temps, Ne vis plus que pour la tendresse.

Mon pauvre coeur, tout en émoi, Ne veut lui dévoiler sa flamme; Crains de lui demander sa foi, Et renferme mienne en mon ame. Eh quoi! me dis, perfide Amour, Promets toujours bonheur, liesse!.... Si dame ne m'aime à son tour, N'ai plus besoin de la tendresse!

Mais un jour, hélas! jour fatal! Ose approcher dame endormie.... Conseil mauvais et déloyal M'avait poussé vers mon amie. Baisers accroissent mon ardeur; Oublie honneur, vertu, sagesse!.... Pardonne, ô dame de mon coeur: Fut la faute de la tendresse.

Qu'il est tendre! qu'il est sensible et touchant! Voilà ce que madame du Sézil n'ose penser; mais ce que ses yeux expriment. Ses yeux! ils versent quelques larmes, sans doute de regret, de douleur du malheur qui lui est arrivé! Ou plutôt ses larmes sont-elles de sensibilité, d'intérêt? Pour qui? Pour l'étranger audacieux!..... Mais sa romance..... Comme elle est douce! il faut la relire; madame du Sézil ne peut résister à ce desir.... On la relit; on essaie même de l'adapter à l'air que l'on sait; mais comme la voix est tremblante! comme on respire difficilement! sur-tout à ce dernier couplet, qui rappelle.... Pourquoi, pourquoi aussi a-t-il ravi un bien qu'il aurait pu mériter avec le temps; un bien dont ils auraient mieux joui tous les deux!....

»Les émotions douces de la sensibilité ont succédé à l'indignation dans le coeur de madame du Sézil; elle ne hait plus, elle sent enfin qu'elle est disposée à aimer.... Mais, hélas! elle ne le reverra jamais, il l'a dit; il a sans doute de fortes raisons qu'il ne peut révéler; mais elle le retrouvera toujours auprès d'elle, ce sont ses expressions: oui, sans doute, car ce portrait charmant ne doit plus la quitter; il lui rappellera un aimable séducteur qui, dans le fond, mérite bien l'intérêt qu'on prend à lui, car ses desirs ayant été satisfaits, qui l'engage à suivre encore une liaison où il ne peut espérer rien de plus que ce qu'il a obtenu? l'amour sans doute; et s'il aime, il est digne d'être aimé.... Ses bienfaits, on les acceptera. Qu'en faire d'ailleurs? peut-on les lui rendre? on ignore son nom et sa demeure; mais on espère que ce seront les derniers. Des vers, des lettres, des romances, tout cela s'accepte quand on aime; mais l'argent porte avec lui quelque chose d'humiliant.... Eh bien! c'est encore une preuve de sa tendresse: il sait que celle qu'il aime n'a point d'autre ressource que l'espoir qu'elle met en un protecteur qu'elle n'a jamais vu; il songe à prévenir ses besoins, il prodigue même; est-ce un motif pour lui en faire un crime? Allons, cela est décidé, il n'y a rien que de charmant dans toute sa conduite.

»Madame du Sézil serait encore à réfléchir, si la mère Michel ne l'avertissait que son souper est servi. Notre aimable voyageuse serre précipitamment sa boîte et sa romance dans sa poche, puis elle vient joindre son hôtesse, qui l'étonne par une ordonnance de souper à laquelle elle est bien loin de s'attendre. Deux ou trois plats seulement, mais recherchés, mais très-proprement servis; il semble en vérité qu'on l'ait attendue dans cette maison. Allons, allons, madame, dit la mère Michel, mettez-vous là. Vous me permettez de manger avec vous, n'est-ce pas? Pour mon fils, il va vous servir.--Pourquoi donc, la mère, répond madame du Sézil? qu'il se mette à table, je le veux, je le veux.--Non, non, non, madame; il sait trop, et moi aussi le respect qui vous est dû.

»Notre aimable veuve ne peut obtenir que Michel prenne sa place; il est debout derrière elle, et la sert avec un respect qui la flatte intérieurement, et la fait soupirer de reconnaissance. Le repas fini, madame du Sézil se retira chez elle, et passa une excellente nuit. Le lendemain il fut question de vider la valise: la mère Michel y mit la main avec sa pensionnaire, et tous les effets furent rangés avec soin dans une armoire. Quand on fut au fond de la valise, madame du Sézil resta toute étonnée d'y trouver une forte bourse remplie d'or.... Elle savait bien qu'elle ne possédait pas tant d'argent. Est-ce encore une prévenance de l'inconnu? mais où, quand et comment aurait-il pu? Ah! je me rappelle, s'écrie-t-elle tout haut; puis, honteuse de cette exclamation, elle prend la bourse, la serre, et continue tout bas ses réflexions. En effet, à Breteuil, le surlendemain de cette nuit fatale, l'hôtesse de l'auberge ne l'aida-t-elle pas à refaire sa malle! Cette femme avait reçu de l'argent de l'inconnu, de son propre aveu: c'est elle qui, par l'ordre de l'étranger, a glissé cette bourse dans sa valise, et voilà l'explication de ces mots de l'hôtesse: Vous y trouverez tout, et même plus que vous ne pensez. Quel homme, quel homme délicat en procédés, que cet aimable inconnu!

»Madame du Sézil se reposa quelques jours avant de se rendre à l'hôtel du marquis de Rosange, à qui elle avait toujours l'intention de s'adresser. Cette démarche lui coûtait, parce qu'il est toujours désagréable d'aller demander des secours. Enfin, un matin, elle se fait accompagner par la mère Michel, qui lui indique les rues qu'elle doit traverser pour se rendre à l'hôtel de Rosange, situé à la place royale. Elle demande à parler au marquis; on lui répond qu'il est depuis deux mois dans une de ses terres avec son fils; on ne les attend tous deux que sous trois mois au plus tard. Quel contre-temps pour madame du Sézil! elle est dans une ville où elle ne connaît personne, seule, sans état, sans fortune, sans ressource; c'est alors qu'elle sent plus vivement encore la perte de son époux; un vide affreux paraît l'entourer; elle ne jette ses regards que sur des étrangers, qui ne peuvent prendre à elle d'autre intérêt que celui qu'on doit à ses semblables. Madame du Sézil revient tristement avec la mère Michel, s'enferme pour réfléchir, et se décide à attendre les trois mois que M. de Rosange doit encore passer à sa terre; elle est bien chez la mère Michel: elle attendra le retour du marquis, d'autant plus qu'elle ne manque pas d'argent, grace aux bienfaits de l'aimable inconnu....

»La mère Michel et son fils ne négligeaient rien pour prouver leur zèle et leur amitié à leur intéressante pensionnaire; la mère l'accompagnait par-tout dans Paris, et lui en faisait admirer les beautés; rentrés le soir, le bon Michel, qui savait jouer quelques airs sur la flûte, accompagnait la belle veuve qui chantait. Michel avait appris la romance favorite de madame du Sézil: Avais un coeur indifférent; et vous devinez bien que celle-là était chantée et jouée tous les jours; elle charmait notre tendre veuve, et lui rappelait un homme qui voulait, à force de délicatesse, faire oublier un moment, le seul peut-être de sa vie où il en avait manqué. Mais une funeste découverte, que fit bientôt madame du Sézil, vint lui rendre tous ses remords et toutes ses inquiétudes; elle s'apperçut qu'un être puisait la vie dans son sein, et comme elle avait beaucoup d'amitié pour la mère Michel, elle lui fit part de cette remarque, en lui disant toutefois qu'elle s'en était doutée, qu'elle en avait même parlé à son mari quelques jours avant qu'il expirât dans ses bras. La mère Michel parut enchantée de cette nouvelle; et, chose extraordinaire, qui prouvait sans doute l'intérêt que ces bonnes gens portaient à leur pensionnaire, le bon Michel en fit des sauts de joie. Sa mère, pour modérer cette ivresse indiscrète, lui fit en secret un signe que madame du Sézil remarqua très-bien, mais qu'elle n'attribua qu'à la peine que pouvait éprouver la mère en voyant sauter son fils comme un grand sot.

»Cependant le nouvel état de notre veuve change son plan de conduite: elle n'ose plus aller trouver M. de Rosange: elle rougirait de lui présenter la mère d'un enfant qui n'appartient pas à l'époux dont elle se réclame. Pourrait-elle en imposer, avancer de quelques mois la mort de cet époux? Il serait si aisé de la confondre alors à quels reproches, à quel mépris ne s'exposerait-elle pas?... Elle se sent coupable, l'infortunée; elle croit que tout le monde doit deviner son secret.

»Quelques jours après qu'elle eut fait à la mère Michel l'aveu de sa grossesse, madame du Sézil fut se promener au Luxembourg; ce fut Michel lui-même qui l'y engagea. Il fait beau, lui dit-il, l'air vous fera du bien.... La promenade de madame du Sézil dura près de deux heures: quand on est seul avec soi-même, et qu'on sait réfléchir, il est si doux de parcourir des sites solitaires!.... Madame du Sézil rentre à l'heure du dîner; la mère Michel lui dit d'un air ouvert: Il faut, madame, que vos parens de là-bas se soient souvenus de vous; ils vous envoient une caisse d'effets qui est d'une grandeur!--Comment?--Pendant que vous étiez sortie, il est venu ici un domestique avec un voiturier; ils ont monté dans votre chambre une caisse qui est bien à votre adresse, pardi, je ne me suis pas trompée.--Et de quelle part?--Ils n'ont jamais voulu me le dire: moi, j'ai pensé que cela venait de la Provence, de votre père, que sais-je?

»Madame du Sézil court dans sa chambre; Michel et sa mère la suivent; en une minute la caisse est ouverte, et un billet tout ouvert frappe d'abord les yeux de la veuve; elle y lit:

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«Ne rougissez pas femme estimable et chère, ne rougissez pas d'accepter ces légères marques de la tendresse d'un homme qui vous chérira jusqu'au tombeau. Ces faibles présens ne peuvent humilier que celle qui a mis un prix à sa vertu: la vôtre, que j'ai outragée, est encore intacte et pure, puisque vous l'avez défendue. Vous faites mon malheur, et vous ajoutez à mes remords, si vous supposez au don de ces bagatelles un autre motif que celui de la reconnaissance, et de l'amour dont je brûle toujours pour vous.... Je ne puis vous voir, hélas! un obstacle insurmontable me sépare de vous peut-être pour toujours!.... Mais, en vous écrivant quelquefois, j'aurai du moins le bonheur de m'entretenir avec vous, et mes regrets seront moins douloureux. Adieu: le hasard seul m'a fait découvrir votre retraite; n'en changez pas, et sur-tout ne dévoilez pas notre secret aux gens chez qui vous avez pris un asyle. J. R.»

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»Madame du Sézil qui, dès les premiers mots de la mère Michel, s'était doutée de la main qui lui faisait des présens, avait eu d'abord l'idée que cette femme la trahissait, et s'entendait peut-être avec l'inconnu; mais les derniers mots de cette lettre lui prouvèrent qu'elle se trompait: le hasard en effet sert toujours les amans; il se pouvait que l'inconnu eût découvert sa retraite: elle ne se cachait point dans le quartier, et elle y portait le même nom sous lequel elle était peut-être connue de l'étranger. Notre belle veuve était d'ailleurs confiante et bonne; elle prit donc le parti de dire à ses hôtes qu'en effet cette caisse lui venait de la Provence; puis elle les pria de la laisser seule, ce qu'ils firent sur-le-champ. Madame du Sézil, émue et confuse, fit soudain l'inventaire de sa caisse: des étoffes de tous genres, des bijoux, et sur-tout de l'or, voilà ce qu'elle y trouva. Il faut que cet homme soit bien riche, se dit-elle.... Elle éprouvait toujours une certaine répugnance à accepter; mais enfin elle ne pouvait restituer, il fallait donc garder: c'est ce qu'elle fit.

»J'abrège maintenant l'espace de temps qui s'écoula depuis ce moment, jusqu'à l'époque où madame du Sézil donna le jour à une fille charmante, qu'elle nomma Adèle. Elle avait répandu le bruit que cet enfant était de son époux: tout le monde le crut, et cette femme intéressante voulut remplir, envers sa fille, tous les devoirs de la maternité; elle la nourrit de son lait, et l'éleva avec le plus grand soin, comme avec la tendresse la plus touchante. L'ame finit par se faire aux grands chagrins; madame du Sézil s'habitua insensiblement à une position, qui lui avait paru si critique dans le commencement, qu'elle s'imaginait succomber bientôt sous le poids de la honte, du repentir et du chagrin. Toujours même zèle, mêmes soins, mêmes égards de la part de la mère Michel et de son fils; toujours des lettres et des présens de l'inconnu, qui ne se nommait jamais, et qui même avait l'air d'ignorer qu'il fût père. Madame du Sézil formait quelquefois le projet de quitter son asyle trop connu de l'étranger, et de se soustraire à ses bienfaits dans quelque endroit écarté qu'il ne pût découvrir; mais elle était sans fortune, sans ressources; eh puis elle était mère: les présens de l'inconnu n'avaient plus rien qui pût l'humilier: elle les rendait à sa fille, ces présens d'un père coupable; elle ne rougissait plus, en songeant que ce qu'il croyait donner à l'amour, devenait le juste tribut de la nature.

»Quinze ans s'étaient écoulés dans la pratique des devoirs maternels, et, pendant ce temps, il s'était passé quelques événemens chez madame du Sézil. La mère Michel était morte, et son fils, qui ne pouvait se séparer de sa chère maîtresse, ainsi qu'il appelait la belle veuve, avait pris un petit cabinet dans le haut de la maison, tandis que madame du Sézil avait loué pour son compte, et meublé à son goût, les quatre pièces qui formaient le logement de la mère Michel. Madame du Sézil était chez elle, et Michel la servait; il ne faisait plus de commissions, Michel; il était le domestique, le confident, et l'ami de la veuve et de sa fille. La jeune Adèle grandissait en beauté, en vertus et en talens; sa mère lui avait donné tous les maîtres propres à faire une brillante éducation; elle avait de l'esprit, du jugement et de la raison; c'était, en un mot, un chef-d'oeuvre de la nature. Je l'ai connue, mes amis, je l'ai aimée.... Ah! pardonnez les pleurs qui coulent de mes yeux, c'est le juste tribut des regrets que je dois à sa cendre. Me voici bientôt à ses propres aventures.... Mais je vous dois encore quelques détails sur la mère, l'intéressante madame du Sézil.

»Vous êtes sans doute étonnés, ainsi que je le fus moi-même lorsque ses malheurs me furent racontés par elle, de ce que l'inconnu trouva le moyen, pendant près de seize années, de pourvoir, même d'une manière magnifique, aux dépenses de la mère et de la fille, sans chercher une seule fois l'occasion de les voir. Vous êtes surpris aussi de ce que madame du Sézil ne fit aucune démarche pour connaître enfin l'homme mystérieux de qui dépendait son sort et celui de sa fille; je vous éclaircirai bientôt vos doutes sur le premier point. Quant à la résignation de la belle veuve, je vous dirai qu'elle était le fruit de l'habitude et de la délicatesse. Les lettres de l'inconnu étaient toujours si tendres, touchantes, que madame du Sézil ne pouvait attribuer son silence sur son nom et sa fortune, qu'à un obstacle bien puissant qui l'enchaînait, et qu'il ne dépendait pas de lui de surmonter. Quelle apparence en effet, s'il eût pu se faire connaître, qu'il ne l'eût pas fait, tandis qu'il accablait cette famille de bienfaits, toujours offerts avec délicatesse et d'une manière détournée! Dans ses dernières lettres, il hasardait de parler de sa fille, ce qui prouvait à la veuve qu'il était instruit; mais il ne le faisait jamais qu'avec les plus grands ménagemens, comme s'il craignait d'offenser la vertu de madame du Sézil, en lui rappelant une nuit d'erreur, qu'il n'appelait que le seul tort de sa jeunesse. Les personnes qui venaient de sa part remettre ses lettres ou ses présens à la veuve, ne se présentaient jamais que lorsqu'elle était absente, elle et sa fille. C'était toujours Michel qui les recevait, et qui attribuait, ou feignait d'attribuer ces dons aux parens que sa maîtresse disait avoir dans la Provence. Depuis quelque temps madame du Sézil n'était plus dupe de la prétendue crédulité de Michel; elle le soupçonnait fortement d'être dans la confidence du père d'Adèle, et de le connaître même particulièrement; mais, délicate et fière, elle eût cru offenser l'inconnu, elle eût cru se dégrader elle-même, en forçant un domestique à violer un secret qui lui avait été confié; elle en admirait davantage ce bon serviteur, et ne faisait aucune tentative pour obtenir un éclaircissement qui peut-être, en nuisant à l'homme généreux dont elle dépendait, aurait pu détourner la source des bienfaits qu'il répandait journellement sur elle et sur sa fille. Avec cela sa fille ignorait le secret de sa naissance: Adèle se croyait, comme tout le monde se l'imaginait, la fille de M. du Sézil, qui avait perdu la vie quelques mois avant qu'elle eût vu le jour. Des démarches, des explications arrachées, auraient forcé cette tendre mère à faire à sa fille d'autres explications dont elle aurait eu trop à rougir et que d'ailleurs l'âge et le sexe de l'enfant ne permettaient pas qu'elle lui fît.

»Toutes ces raisons sont sans doute assez fortes pour motiver la résignation de madame du Sézil, et pour m'engager à passer sur-le-champ au récit d'événemens plus sérieux, et dans lesquels la mère de mon Victor va jouer un rôle important, mais bien douloureux».

Ici madame Wolf se reposa quelque temps. Le baron la força, ainsi que Victor et Clémence, à prendre quelques rafraîchissemens, dont ils avaient tous besoin après tant de fatigues, et qu'il partagea avec eux. Ensuite madame Wolf reprit son récit ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant.

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