‹ Victor, ou L'enfant de la forêtChapitre 25 sur 45 · CHAPITRE IV.

CHAPITRE IV.

FÊTE NOCTURNE, ABUS DE TOUT.

Victor, après la réponse de Roger, se lève, et ne peut que lui dire: Adieu, Roger! j'espérais que ton coeur serait plus sensible au désespoir d'un fils; adieu!....

Roger l'arrête: Où vas-tu, Victor? Tu veux déjà te séparer de moi! Ah! tu ne me connais pas; tu ne sais pas pourquoi je fais briller tant de fierté, qui, à tes yeux, passe pour de l'orgueil! Victor, tu dois prendre le temps, avant de nous juger, d'étudier nos moeurs, de connaître nos loix, et d'apprécier notre conduite. Non, mon fils, non, je ne te laisserai point partir si-tôt; j'avoue même que si tu veux te soustraire à mes embrassemens, j'y mettrai de la rigueur, et que tout accès sera fermé pour toi.--Quoi! vous voulez me retenir par la force?....--Non, toujours; je ne veux point disposer de ta liberté, ni contraindre tes faux principes; tu partiras, tu iras.... où tu voudras; mais dans quelques jours, mais lorsque j'aurai eu le temps de te faire bien connaître les gens que tu méprises, ton père lui-même, que tu crains de nommer de ce doux nom. Victor, tu es encore un enfant; tout imbu des préjugés avec lesquels on a égaré ta jeunesse, tu ne vois pas par tes propres yeux, tu vois comme le monde que tu as connu, comme cet orgueilleux baron qui t'a élevé; tu as pris sa fausse philosophie, tu te crois un sage, et tu n'es qu'un insensé comme lui; tu juges sans savoir; tu blâmes, tu loues, tu condamnes, tu applaudis, tu méprises, tu estimes, sans cause comme sans raison. Tu me parais instruit, tu as même de l'esprit, du goût du jugement. Sais-tu, Victor, ce qui a fondé les sociétés? l'espoir du bonheur, et l'assurance de la propriété dans les gouvernés; sais-tu ce qui a détruit ces sociétés? la tyrannie des gouvernans. Dans ces contrées, par exemple, où le despotisme d'un seul pèse sur des millions d'individus, où des petits tyrans subalternes abusent du droit féodal, oppriment en cent manières les vassaux qui leur sont soumis, une poignée d'hommes, fiers, nés pour être libres, pour devenir les égaux des potentats, qu'ils brûlent de renverser de leur trône, des hommes enfin assez pénétrés du sentiment de leur dignité, pour ne pas vouloir ramper, assez courageux pour entreprendre, ont secoué le joug de fer qui écrasait leur tête, et se sont réunis en société sous le titre naturel et sublime d'indépendans. Je ne te cacherai pas que plusieurs d'entre eux avaient eu une jeunesse fougueuse et peu vertueuse; que moi-même, poussé avec ardeur vers le vice qui me paraissait plus attrayant que la vertu, j'avais bien des torts à me reprocher: quoi qu'il en soit, mon ami, ces hommes ardens, audacieux, m'ont choisi pour leur chef et pour leur premier ami. Dès ce moment j'ai formé le projet de les rendre meilleurs, de les soumettre à des loix, à des statuts, à des convenances sociales, et j'y suis parvenu. Rien de beau, mon fils, comme les loix qui régissent les indépendans! Leur premier principe est d'écraser les forts, et de ménager les faibles: les châteaux, nous les démolissons; les chaumières, nous les respectons; le vertueux agriculteur peut même compter sur nos secours, sur notre bourse; mais le riche égoïste, le grand, superbe et insolent, doivent tomber sous nos coups; ils rompent l'équilibre de la nature; ils pompent, ils épuisent tous les sucs nourriciers qui doivent alimenter les membres les plus obscurs de la grande société. Ils ressemblent à ces branches parasites qui nuisent à l'arbre, et qu'il faut couper et jeter au feu. Les grands seuls écrasent la terre, et nous avons secoué le joug des grands, est-ce un crime?.... Les riches ont plus que le pauvre, et nous prenons aux riches pour secourir le pauvre, est-ce un mal? Les puissans abusent de leur pouvoir, nous leur retirons ce pouvoir fatal de nuire, est-ce-là nuire à l'humanité? Quand nous avons attaqué ton Fritzierne, ce n'était pas à toi que nous en voulions, ce n'était pas ses gens, ses serviteurs, ses malheureux vassaux que nous brûlions d'exterminer; c'était sur lui seul que nous dirigions nos coups. Ses grandes richesses, nous voulions en prendre une partie, et donner l'autre, suivant notre coutume, aux infortunés qu'il a faits. Son château, nos voulions l'abattre: ne vois-tu pas que ses tours orgueilleuses rompent la belle uniformité des plaines et des prairies; il fallait les réduire à la hauteur des chaumières sur lesquelles elles dominent, et qu'elles privent de la bénigne influence des vents et du soleil... Voilà nos principes et notre philosophie. Ici, nous ne connaissons point de maîtres ni de titres fastueux, nous sommes tous nos égaux dans le repos des armes; nous ne connaissons de rang que lorsque nos travaux bienfaisans nous forcent à suivre les statuts que nous avons faits nous-mêmes. Chacun de nous est chéri comme un camarade; chacun de nous, s'il meurt, est regretté comme un frère. Tu vas en avoir un exemple touchant. Le brave Sermonek, notre ami à tous, a perdu la vie, à mes côtés, dans les murs de ton insolent palais, nous avons eu le bonheur de remporter les corps de plusieurs de nos malheureux compagnons tués à cette affaire. Eh bien! un cénotaphe simple, mais digne de ces dépouilles respectables, vient de leur être érigé; c'est ce soir même que nous jetons des fleurs sur leur tombe; suis-moi, Victor, sois témoin de cette auguste cérémonie! Viens voir couler des larmes vraies, viens entendre des sanglots touchans, et dis-moi, après avoir assisté à ce triste spectacle, s'ils sont des brigands ceux chez qui l'on trouve tant d'amitié, tant de reconnaissance. La nuit commence à répandre ses voiles sur toute la nature; viens, Victor, nous nous retrouverons seuls ensuite, et nous parlerons encore sur la demande indiscrète que tu es venu me faire. Suis-moi donc, mon fils, et laisse-toi entraîner, sans systêmes, sans préjugés, à tout l'excès de ta sensibilité; je te préviens que nous allons la mettre à l'épreuve.

Victor étourdi d'une doctrine si singulière, si neuve pour lui, n'a pas la force de répondre; il est d'ailleurs curieux de se convaincre entièrement de la scélératesse de Roger et de ses compagnons; il se laisse guider par la main jusqu'au lieu où le spectacle le plus bizarre va frapper ses regards étonnés. Essayons de tracer à nos lecteurs le tableau singulier qui s'offre à sa vue.

La nuit était déjà épaisse quand Roger, Victor et Fritz arrivèrent à l'endroit indiqué: il tombait même une pluie assez forte, qui ajoutait au pittoresque de la scène.

Roger, pour asseoir son camp dans les vastes forêts de la Bohême, avait choisi une espèce de vallée couverte d'arbres, de collines, et sur-tout percée par des grottes qui communiquaient à de vastes souterrains: ce lieu avait jadis vu s'élever dans son sein une superbe forteresse qui défendait ces vastes contrées, et dont les souterrains allaient se perdre jusqu'au pied du mont des Géants. Les suites de la guerre et les ravages du temps avaient détruit cette forteresse, dont il ne restait plus que quelques fortifications. Le Val-Noir, c'est ainsi qu'on nommait ce site ténébreux, était circonscrit dans une chaîne de montagnes presqu'à pic, et d'où s'échappaient des torrens, qui, roulant avec fracas dans les routes tortueuses du Val-Noir, allaient grossir les eaux des fleuves voisins. Les arbres qui couvraient en grande quantité la vallée, étaient l'asyle nocturne des chouettes, des hiboux, de tous les oiseaux sinistres; les bêtes fauves se réfugiaient aussi dans les énormes cavités des rochers; tout en un mot, dans ce lieu sinistre, inspirait l'horreur, l'effroi et l'admiration pour les sublimes ouvrages de la nature.

Au milieu d'une allée d'arbres touffus, on avait élevé des gradins, sur le sommet desquels s'élevait une espèce de tombeau surchargé d'urnes cinéraires et de lauriers. Le tout recouvert d'étoffes cramoisies surhaussées de larmes noires était couvert par une espèce de dais, de la même étoffe, attaché au haut des arbres, et dont les quatre pentes venaient tomber légèrement en draperie sur les quatre coins du monument. Le myrte, symbole de l'amitié, s'élevait par-tout autour du cénotaphe, et le cyprès, signe du deuil et du regret, semblait croître naturellement auprès des urnes funèbres: des torches et des flambeaux de résine, fixés en grande quantité sur le monument, éclairaient des légendes qu'on y avait fixées de tous côtés. Ici on lisait: ils firent pâlir les despotes! Là on voyait: Leur vertu ne meurt pas toute entière, puisqu'elle reste dans le coeur de leurs compagnons d'armes. De ce côté: Pleurez-les, ils furent les amis de l'humanité. Plus loin: Ils ont humilié les superbes, le pauvre doit les bénir.

Enfin par-tout mille inscriptions placées, semblaient faites pour d'autres gens, pour de véritables bienfaiteurs de l'humanité. Victor avait peine à contenir son indignation; mais elle redoubla quand il vit commencer la cérémonie.

Tous les indépendans marchant deux à deux, leurs armes renversées et couvertes d'étoffes noires, arrivèrent lentement, portant chacun un flambeau et une branche de myrte. Quelques femmes parurent ensuite avec des enfans (sans doute les femmes et les enfans de ces brigands); leur voix rauque et discordante psalmodiait une espèce de chant funèbre dont le refrain était:

Nous, les héritiers de leur gloire, Vivons pour venger leur mémoire.

Ces horribles femmes, presque toutes ivres de liqueurs fortes, avaient les cheveux épars et le regard féroce; elles portaient des cassolettes d'où s'échappaient des fumées d'aromates qui embaumaient l'air. Une musique guerrière, mais sourde et lugubre, terminait le cortége, derrière lequel on remarquait le terrible Dragowik donnant le bras à Roger, que suivaient ses principaux chefs. L'obscurité de la nuit combattue par des milliers de flambeaux, l'horreur d'un site sauvage, la contrariété d'une pluie assez abondante, les chants aigres et sourds des indépendans, tout ajoutait à l'espèce de terreur que devait inspirer à Victor la nouveauté de ce spectacle.

La troupe s'étant rangée autour du cénotaphe, Roger, Dragowik, Alenditz, et Morneck montèrent au tombeau. Là, Roger, debout, prononça d'une voix forte, et souvent avec l'émotion de la douleur, l'oraison funèbre qu'on va lire.

«CAMARADES ET AMIS,

»Qu'elle est triste, qu'elle est lugubre cette soirée qui nous rassemble! qu'ils sont amers les pleurs que nous avons à verser! qu'il est douloureux l'aspect de ce tombeau qui renferme les reliques sanglantes d'une foule de héros que naguère nous serrions dans nos bras, qui partageaient notre gloire comme nos dangers! Eh quoi! ils ne sont donc plus, ces hommes généreux qui ont péri pour nous, pour la cause de l'humanité! C'est dans la tombe que se sont évanouis leurs hauts faits, leurs vertus, tout ce qui caractérise l'homme fait pour être distingué de l'homme par un grand courage, par un grand caractère! C'est en voulant humilier l'orgueil des grands de la terre, qu'ils sont tombés sous les coups de ces grands, vils et méprisables; c'est en vous faisant un rempart de leurs corps, qu'ils ont saisi la mort prête à vous frapper tous. Indépendans! connaissez-vous les héros que vous pleurez? connaissez-vous les pertes que vous avez faites? Là, reposent Droik, l'invincible; Golos, l'incorruptible; Wetler, le généreux; Sptizlan, le magnanime; les vertueux Fallax, Grandhon, Birtis, Feller, et tant d'autres, dont vous admiriez la valeur, dont le titre d'amis vous honorait tous; les uns, appelés au noble état que nous professons, par la lecture des plus grands philosophes, avaient quitté patrie, honneurs, richesses, famille, pour suivre la bannière des indépendans; les autres élevée dès leur tendre jeunesse, dans notre sein, avaient pris nos principes, et suivi notre exemple, comme l'enfant à qui le lait maternel donne la force, la vigueur et la santé qui conduisent l'homme à l'âge le plus avancé. Tous avaient senti que le véritable honneur sur la terre, que la seule gloire digne de l'ami des moeurs et des hommes, consiste à combattre les puissans, à dépouiller le riche insolent, à punir l'exacteur, le tyran, le despote, depuis la tête couronnée jusqu'au chef dur et barbare d'une simple famille; le tout pour consoler l'opprimé, soutenir le faible, encourager le timide, et venger les droits de la nature, outragée par les droits injustes et tyranniques que l'homme s'arroge sur l'homme, tout fier de ses grands titres ou de son immense fortune. Tel est le but louable de notre sainte institution; telles sont les vertus que nos malheureux camarades ont professées; tels sont en un mot, l'exemple et la leçon qu'ils nous laissent.

»Parmi tant de noms glorieux que je vous ai cités, estimables indépendans, aurais-je oublié de vous rappeler celui du grand Sermonek, de cet intrépide vainqueur des plus grands seigneurs châtelains! Ah! cet oubli ne vient point de mon coeur; il ne naît que de l'embarras où je suis de vous parler séparément de tous les grands hommes dont nous pleurons aujourd'hui le trépas. Moi, je ne planterais pas quelques cyprès sur la tombe de Sermonek qui fut mon ami, mon vengeur, à qui j'ai dû trois fois la vie! Ah! ne m'accuse point d'ingratitude, ombre chère et plaintive; ton nom, ta vie, et tes exploits seront sans cesse présens à ma mémoire, comme le souvenir de ta tendre amitié restera à jamais gravé dans mon coeur. Oui, je te vois encore attaquer le château-fort de cet odieux comte de Mirleski; je te vois lui plonger un poignard dans le sein, et nous apporter sa tête sanglante. Tu fis un acte de justice: cet homme opprimait sa province, et ses grands biens ne pouvaient satisfaire encore sa vile cupidité et sa basse avarice. C'est toi qui sus attaquer à propos, dans un défilé, ce favori de l'empereur, ce ministre oppresseur, ce maréchal de Wirtemberg: tu vengeas ton pays; ce scélérat en était l'horreur et l'effroi. Rappellerai-je ce courage intrépide qui te fit massacrer, à toi seul, toute la famille du baron d'Erlach dans ses possessions d'Hongrie? Pas un enfant, à la mamelle même, n'échappa à ta juste fureur; les innocentes créatures auraient sucé avec le lait, les vices de leur parent; ils eussent été, comme lui, les persécuteurs du pauvre, les oppresseurs des timides vassaux. On ne peut rien ajouter à ces exploits brillans, quand on t'a vu brûler, en un jour, trois villages qui avaient eu la bassesse de nous combattre, pour arrêter notre glaive prêt à frapper leur criminel seigneur. Ô Sermoneck! que de services tu as rendus à l'humanité plaintive et gémissante sous le joug des puissans! Si la mort t'a frappé, elle n'a pu te rencontrer que sur la brêche; c'est toujours là qu'elle attend les hommes comme toi. Que ton ombre se promène aujourd'hui au milieu de tes amis; qu'elle entende leurs regrets; qu'elle soit témoin de leurs larmes amères, et elle se dira: J'ai fait le bien; j'en suis assez récompensée par le souvenir de mes généreux compagnons, de tous ceux qui me furent chers; et la tombe n'est pour le héros, que le passage rapide de la mort à l'immortalité.

»Indépendans! que ne peuvent-ils être tous ici, ces gens du monde qui vous jugent, non par ce que vous êtes, mais par ce qu'ils vous font être! Que ne sont-ils témoins de la pureté de vos moeurs, ces grands de la terre qui vous insultent et vous poursuivent, parce qu'ils sont heureux! Ils pâlissent déjà à votre nom seul, ils rougiraient de honte en voyant vos vertus surpasser les leurs; ils se diraient: Voilà vraiment les amis des infortunés, voilà les vrais vengeurs des droits de la nature! ils ont pour tout bien le sentiment de leur indépendance, et la tranquillité de leur conscience; nous avons contre nous nos titres fastueux, notre luxe insultant, nos oppressions envers nos inférieurs; ils doivent nous combattre, nous sommes leurs ennemis, nous sommes les ennemis de tous ceux qui pensent, et qui nous détestent.

»Telle est, indépendans, la supériorité que vos vertus doivent vous donner sur ces monstres; tel est le noble orgueil qui doit vous embraser à la vue de ce tombeau qui renferme ces victimes de leur rage, vos amis, vos compagnons d'armes. Jurez de les venger, indépendans! jurez de poursuivre par-tout les tyrans de la société, quelque éclatante que soit la pourpre qui les couvre, et prononcez, après moi, le serment terrible que vous impose l'amour de l'ordre, des moeurs et de l'humanité.

»Celui qui possède plus de biens qu'il ne lui en faut pour son existence, et qui laisse mourir de faim à sa porte l'indigent timide qu'il a dépouillé, doit mourir.

TOUS LES INDÉPENDANS ensemble.

»Il doit mourir!

ROGER.

»Qu'il périsse, celui qui se fait un jeu des larmes du malheur, et tourmente par ses passions une tendre épouse, des enfans sans défense, ou des serviteurs à qui il doit l'exemple des vertus!

LES INDÉPENDANS.

»Qu'il périsse!

ROGER.

»Mort aux potentats qui oppriment leurs peuples par des actes tyranniques, par des exactions, ou qui les corrompent par le tableau de leurs vices et de leur luxe spoliateur: mort aux tyrans!

LES INDÉPENDANS.

»Mort aux tyrans!

ROGER.

»Enfin, proscrivons l'ambitieux, l'égoïste, l'avare, le dissipateur, le suborneur, l'envieux, le méchant, le calomniateur, l'incestueux; immolons tous les pervers!

LES INDÉPENDANS.

»Immolons tous les pervers!

ROGER.

»Vous le jurez?

LES INDÉPENDANS.

»Oui, oui, nous le jurons!

ROGER.

»Que l'humanité bienfaisante, que la nature en deuil reçoivent vos sermens! Jamais on n'en a prononcé de plus sacrés; jamais on n'a vu d'hommes plus courageux, plus disposés à les sceller de leur sang»!

Quand Roger eut fini de parler, il brûla des aromates au pied du cénotaphe, les chants lugubres recommencèrent, et la musique guerrière exécuta différens morceaux. Une coupe fut ensuite promenée à la ronde, chacun y but; puis on la renversa sur le tombeau, en signe de libations. Les flambeaux s'éteignirent, l'obscurité la plus profonde succéda à la pâleur sinistre des torches funéraires, et chacun se retira.

Roger ne manqua pas de reconduire Victor dans sa grotte, et de lui demander comment il avait trouvé cette fête nocturne. Notre jeune ami, trop agité par les diverses émotions qu'il avait éprouvées, ne put lui répondre que par un regard expressif, où se peignirent à-la-fois l'horreur, l'effroi, le mépris et l'indignation. Roger lui dit en souriant:

À demain, mon fils; je te ménage d'autres surprises, et pour me faire connaître à toi tout entier; je te réciterai l'histoire de ma vie.

Roger se retira, et Victor resta seul avec Fritz.

Page 1