‹ Voyage aux PyrénéesChapitre 26 sur 116 · V.

V.

Vers quatre heures reviennent les cavalcades; les petits chevaux du pays sont doux, et galopent sans trop d’effort; de loin, au soleil, brillent les voiles blancs et lumineux des dames; rien de plus gracieux qu’une jolie femme à cheval, quand elle n’est pas emprisonnée dans l’amazone noire, ni surmontée du chapeau en tuyau de poêle. Personne ne porte ici ce costume anglais, funèbre, étriqué: en pays gai, on prend des couleurs gaies: le soleil est un bon conseiller. Il est défendu de rentrer au galop, c’est pourquoi tout le monde rentre au galop. Le moyen d’arriver à la façon des bœufs! On se cambre sur la selle, la chaussée résonne, les vitres tremblent, on passe superbement devant les badauds qui s’arrêtent; c’est un triomphe: l’administration des Eaux-Bonnes ne connaît pas le cœur humain, ni surtout le cœur féminin.

Le soir, tout le monde vient à la promenade horizontale; c’est un chemin plat d’une demi-lieue, taillé dans la montagne de Gourzy. Le reste du pays n’est qu’escarpements et descentes; quand, pendant huit jours on a connu la fatigue de grimper courbé, de descendre en trébuchant, de réfléchir par terre aux lois de l’équilibre, on trouve agréable de marcher sur un terrain uni et de laisser aller ses pieds sans songer à sa tête; c’est une sensation toute nouvelle de sécurité et de bien-être. La route serpente sur un versant boisé que les eaux d’hiver sillonnent de ravins blanchâtres; des sources épuisées se glissent sous les traînées de pierres et les couvrent de plantes grimpantes; on passe sous les gros hêtres, puis le long d’une plaine inclinée, peuplée de fougères, où les vaches paissent, agitant leurs clochettes; la chaleur est tombée, l’air est doux, un parfum de verdure saine et sauvage arrive avec la moindre brise: dans le demi-jour passent de belles promeneuses en blanche toilette, dont les ruches de dentelles et les mousselines flottantes se soulèvent et frémissent comme des ailes d’oiseau. Nous allions tous les jours nous asseoir sur une pierre au bout de ce chemin; de là, à travers toute la vallée d’Ossau, on suit le torrent devenu rivière; la riche vallée, coupée de moissons jaunes et de prés verts, s’ouvre largement au bout du paysage, et laisse le regard se perdre dans le lointain indistinct du Béarn. De chaque côté trois montagnes avancent leur pied vers la rivière et font onduler le contour de la plaine; les dernières descendent comme des pans de pyramides, et leurs pentes d’un bleu pâle se détachent sur les bandes rougeâtres du ciel terni. Le fond des gorges est déjà sombre; mais en se retournant on voit la cime du Ger resplendir d’un rose tendre et garder le dernier sourire du soleil.

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