‹ Voyage aux PyrénéesChapitre 47 sur 116 · II.

II.

L’église est fraîche et solitaire; elle appartint jadis aux Templiers. Ces moines soldats avaient un pied jusque dans le moindre coin de l’Europe. Le clocher est carré comme un fort; le mur d’enceinte a des créneaux comme une ville de guerre. Le vieux porche sombre serait aisément défendu. Sur sa voûte très-basse on démêle un Christ demi-effacé et deux oiseaux fantastiques grossièrement coloriés. A l’entrée, un petit tombeau découvert sert de bénitier, et l’on montre une porte basse par laquelle passaient les cagots, race maudite. Ce premier aspect est singulier, mais n’a rien qui déplaise. Une bonne femme en capulet rouge, son tricot à la main, priait près d’un confessionnal en planches mal rabotées, sous une galerie brune de vieux bois tourné. La pauvreté et l’antiquité ne sont jamais laides, et cette expression d’attention religieuse me semblait d’accord avec les débris et les souvenirs du moyen âge épars autour de nous.

Mais les gens ont au fond du cœur je ne sais quel amour du ridicule et de l’absurde qui réussit à tout gâter: les arceaux dédorés de cette pauvre église traversaient une voûte d’azur lessivée et d’étoiles salies, de flammes, de roses, de petits chérubins rouges, cravatés d’ailes. Un ange rose brun, pendu par un pied, s’élançait, une couronne d’or à la main. Dans l’autre nef, on voyait la figure du Soleil, avec les joues rondes, les sourcils en demi-cercle et l’air bête qu’il a dans les almanachs. L’autel était chargé d’une profusion de dorures ternies, d’anges jaunâtres, de visages niais et piteux comme ceux des enfants qui ont trop dîné. Cela prouve que leurs cabanes sont fort tristes, fort nues et fort ternes. Au sortir de la boue, on aime la dorure. La plus fade confiture paraît délicieuse quand on a mangé longtemps des racines et du pain sec.

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