‹ Voyage aux PyrénéesChapitre 62 sur 116 · I

I

De Luz à Gavarnie il y a six lieues.

Il est enjoint à tout être vivant et pouvant monter un cheval, un mulet, un quadrupède quelconque, de visiter Gavarnie; à défaut d’autres bêtes, il devrait, toute honte cessant, enfourcher un âne. Les dames et les convalescents s’y font conduire en chaise à porteurs.

Sinon, pensez quelle figure vous ferez au retour.

«Vous venez des Pyrénées, vous avez vu Gavarnie?

--Non.

--Pourquoi donc êtes-vous allé aux Pyrénées?»

Vous baissez la tête, et votre ami triomphe, surtout s’il s’est ennuyé à Gavarnie. Vous subissez une description de Gavarnie, d’après la dernière édition du guide-manuel. Gavarnie est un spectacle sublime; les touristes se dérangent de vingt lieues pour le voir; la duchesse d’Angoulême se fit porter jusqu’aux dernières roches; lord Bute s’écria, lorsqu’il vint là pour la première fois: «Si j’étais encore au fond de l’Inde, et que je soupçonnasse l’existence de ce que je vois en ce moment, je partirais sur-le-champ pour en jouir et pour l’admirer!» Vous êtes accablé de citations et de superbes sourires; vous êtes convaincu de paresse, de lourdeur d’esprit, et, comme disent certains voyageurs anglais, d’insensibilité inesthétique.

Il n’y a que deux ressources: apprendre par cœur une description ou faire le voyage. J’ai fait le voyage, et je vais donner la description.

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