7.1 (Souvenir d’un bal)
En ce temps-là, quand vous avez dansé le quadrille et les lanciers, pour la vingtième fois ; quand vous avez sué sang et eau pour l’exécution des manœuvres de cette gymnastique compliquée qui consiste à mettre, alternativement, un pied en avant, et l’autre, en arrière, ayant les deux mains soigneusement emprisonnées dans une paire de gants blancs ; quand vous avez passé par toutes les tribulations du « Pantalon, de la Poule, et de la Chaîne des dames ; quand tout ce joli monde vous a appris, et que vous lui avez réappris qu’il fait beau temps, qu’il a fait beau temps, qu’il fera beau temps ; enfin, quand vous avez prié chacune des dames de vous faire le plaisir de danser...alors, minuit sonne, parfois une heure : et si vous voulez m’en croire, il n’y a rien mieux à faire que de faire comme les autres ; à savoir : descendre ou monter, tourner à droite ou à gauche, et comme une table est là, se dressant devant vous :
Recipe : Salade de homards, charlotte russe, galantine, perdrix, poulets, gelée. Vins de Xérès, d’Oporto, etc., etc. ; et ne vous effacez pas sitôt : voici l’arrivée des mottos : Ouvrez-en quelques-uns.
Lisez :
La fortune est une femelle
C’est-à-dire qu’elle est infidèle.
Des femmes on gagne le cœur
En les prenant par... la douceur.
Buvant à tes vertus, Délie,
Je serai gris... toute ma vie.
Faites l’amour en prose, après cela.
Il est des gens qui s’imaginent que les instruments de torture tels que la roue, les tenailles, le chevalet sont des institutions d’un autre âge, et dont le siècle des lumières a perdu le secret d’invention.
Erreur :
Si la roue a cessé de tourner et de disloquer les articulations ; si le chevalet ne fracture plus les os, en revanche, il nous reste la scie !
La scie ! la voici personnifiée dans ce speecher impitoyable, qui grisé par l’odeur des mottos, va vous exécuter de la manière suivante ; ce genre de supplice s’appelle… une improvisation.
Il se lève :
Messieurs, remplissez vos verres, j’ai une santé à proposer :
(Silence partout ; plusieurs suent à grosses gouttes ; l’orateur tousse, étend la main droite, et) dit :
« Messieurs… Messieurs… vous savez… je ne suis pas habitué à l’habitude de la parole… Mais, messieurs… mes sentiments… que vous connaissez bien… font que… réunis ici… ce soir… dans cette enceinte où jouissant… de l’hospitalité… hospitalière de notre hôte… vous savez… par l’honneur qu’il nous a fait… en vous invitant ici ce soir… Messieurs… dans cette honorable assemblée… vous savez… je propose la santé de notre hôte !… »
Çà, c’est un speech de salon ! avec la guillotine, au moins, c’est plus vite fait.
· · ·
— Mademoiselle, combien vous dois-je ?
— Twenty five cents, Sir !
C’est très bas prix ; j’aurai l’honneur de revenir avec votre bienveillante permission.
Un of course, Sir pour réponse, embelli d’un sourire qui valait bien 50 cents, d’une œillade qui en valait 200.
M. Alphonse de Lamartine, poète, qui, ès qualité, se suicidait impitoyablement dans la plupart de ses vers, se serait écrié à la vue de ces beaux yeux bleus : « Baisse-les, c’est assez, baisse-les, ou je meurs. »
Mais, moi simple prosateur, je tiens à la vie, je sors de la confiserie, j’oublie les confitures, je m’incline devant la confiseuse et je me sauve.
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