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CHAPITRE II

Mes impressions sur Londres à vol d’oiseau.

Londres au premier aspect me paraît cent fois moins joli que Paris: il n’y a ni quais ni boulevards, le fourmillement des grandes rues et le grouillement des petites n’arrivent pas à lui donner l’air gai. Les magasins sont moins beaux, presque tous restent fermés le soir, été comme hiver; la boue et la poussière sont noires, la brume aussi tant elle est imprégnée de toutes les fumées vomies par des milliers de cheminées; l’hiver la boue est encore plus noire et le brouillard plus épais. On vit alors à la lumière des lampes et de bec de gaz, jour et nuit. Nous sommes en été, mais je comprends que l’hiver Londres soit la ville des ténèbres et du spleen. Beaucoup de rues sont pavées en bois; les trottoirs sont larges, les principales artères le sont également, mais de ces belles rues on aperçoit de droite et de gauche d’horribles ruelles où glapissent des enfants en haillons, où des hommes et des femmes de mauvaise mine étalent une pauvreté indescriptible et que je n’ai jamais rencontrée à Paris. Ah! c’est ici que les extrêmes se touchent! Quel contraste effrayant! L’excessive richesse et l’excessive misère se coudoient dans cette ville immense, la plus grande de l’Europe, la plus importante cité commerciale du monde et qui renferme quatre millions d’habitants.

La ville n’étant pas entourée de murs on y comprend d’énormes faubourgs et des villages contigus.

Londres renferme quantité de sociétés savantes: universités, écoles de droit, académies pour les arts et pour les sciences, les hautes cours judiciaires, les ambassades, des bibliothèques, des musées, des galeries, des collections en tout genre. Je n’ai point la prétention de visiter tout cela, il faudrait des mois. Je compte me promener à mon gré et ne suivre que les caprices de ma fantaisie sans itinéraire tracé.

JOURNAL DE SUZETTE

On dit que les pickpockets sont légion à Londres. C’est inquiétant, mais on nous assure qu’il n’y a que les Anglais a être volés: tant mieux, je préfère cela. Notre hôtel est superbe, avec des glaces partout jusqu’en un certain endroit, où, à mon avis, le conseiller des grâces est fort inutile. La note sera chère au départ. Je suis sûre que la bourse de Madame en gardera un profond souvenir!

J’ai trouvé ce matin dans ma chambre une bible imprimée en français, attention délicate d’une longue miss anglaise, femme de chambre de l’hôtel qui s’est prise de sympathie pour moi. Elle m’appelle Suky, me disant que mon nom en anglais est bien plus joli que Suzette en français. Je vois ce qu’elle veut: me jeter de l’amitié au cœur et du protestantisme à l'âme, elle ne réussira pas; d’ailleurs nous ne nous comprenons guère, ce n’est qu’à l’aide de grands renforts de signaux que nous pouvons échanger nos idées, ce n’est pas facile. Je n’aime pas les gens toujours prêts à vous évangéliser, surtout quand il s’agit d’une mauvaise cause; les Anglais ne font que ça. On voit des sentences tirées de la Bible, partout, dans les gares, dans les monuments publics, ce sont des exhortations à n’en plus finir.

On étouffe ces jours-ci, mais la chaleur n’est jamais de longue durée à Londres. Dès le mois d’octobre, le froid et le brouillard reprennent leur empire. Il paraît qu’à midi quelquefois il ne fait pas plus clair qu’à minuit: alors, on allume les réverbères toute la journée, les policemen se promènent avec des lanternes, les voitures refusent de marcher et les voyageurs restent en panne.

JOURNAL DE MADAME

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