RAMEAU DU CAMPANILE CORNUCOPIÆ SOWERBY
Ce rameau est des plus intéressants et donne des résultats extrêmement importants au point de vue stratigraphique. J’étudierai successivement la forme typique d'Angleterre, les échantillons du Lutétien du bassin de Paris, puis ceux de l’Auversien du Cotentin et enfin ceux des Sables moyens du bassin de Paris.
Forme typique du bassin du Hampshire. — Le groupe du C. cornucopiæ Sow. avait fait l’objet de toutes sortes de confusions de la part des paléontologistes qui se sont occupé des faunes éocéniques du bassin de Paris et du Cotentin; dans une publication récente, M. Cossmann' vient de corriger les erreurs les plus graves et de remettre de l’ordre dans la question, ce qui nous dispensera de longues discussions et abrégera d'autant mon exposé.
Le type du groupe, C. cornucopiæ, est une espèce de J. Sowerg x? reprise et figurée par J. DE C. Sowergy dans Dixon (Sussex, p. 101, pl. VE, fig. 5 ; 1850) ; les échantillons types proviennent de Stubbington, et ceux qui sont figurés dans Dixon, de la baie de Bracklesham ; mais on ignore si la couche qui les fournit appartient au Lutétien ou à l’Auversien. Le fait qu'ils paraissent associés à C. giganteum tendrait à prouver quils sont lutétiens (voir la discussion plus haut, à propos de C. giganteum, p. 24-25).
Cette espèce est rare dans les collections, et je ne puis en indiquer les caractères que d'après les figures. Les tours les plus jeunes qui soient représentés sont ornés d'une rangée postérieure de granules et de trois cordons granuleux antérieurs, parmi lesquels le médian ressort en forme de carène ; ce dernier s'abaisse peu à peu, eten même temps deux nouveaux cordons naissent à côté de lui, l’un en avant, l’autre en arrière, ce qui porte à 5 le nombre total et maximum des cordons longitudinaux ; mais celui du milieu, qui résulte de l'abaissement de la carène, reste toujours plus gros que ses voisins.
Les tubercules quadrangulaires de la rangée postérieure grossissent peu à peu et finissent par affecter toute la largeur des tours,
XAMe CossMANn. À propos de Cerithium cornucopiæ Sow. Mém. de la Soc. linn. de Normandie, 1908; XXIII, p. 19-27, pl. IL — Caen. 2. Mineral Conchology, IL, p. 197, pl. CLXXX VIIL, fig. 1, 3, 4; 1818.
sur lesquels ils forment, dans l'adulte, de grosses côtes noueuses s'étendant d'une suture à l'autre. La base du dernier tour est ornée de gros cordons spiraux irréguliers. Il y a deux plis à la columelle, plus un pli pariétal, bien visible sur la fig. 13 de la pl. VII.
Formes lutétiennes du bassin de Paris. — Le représentant de C. cornucopiæ Sow. dans le Lutétien du bassin de Paris est C. Benechi BaAyaAw, sur lequel a régné pendant longtemps tant de confusion. Comme il n'a jamais été bien figuré, j'ai cru nécessaire d’en donner de bonnes photographies, qui montrent ses caractères à tous les âges (pl. L fig. 1, 2, a, 5, 6, 9; pl. IL fig. 7 et 8; pl. IV, fig. 3; pl. V, fig. 5).
Les plus jeunes tours sont pourvus d'une carène médiane, lisse et de deux fins cordonnets suturaux, l’un antérieur, l’autre postérieur. Le cordonnet postérieur se transforme peu à peu et donnela rangée de tubercules quadrangulaires des tours moyens. La carène se transforme en un cordon granuleux ; entre celui-ci et la rangée postérieure se forment deux nouveaux filets spiraux, et encore un autre entre l’ancienne carène et le filet antérieur, ce qui porte à 5 le nombre des cordons comme dans C. cornucopiæ : et de même que dans ce dernier, le cordonnet médian, dérivant de la carène primitive, est plus fort que les autres, et toujours bien reconnaissable.
Les tubercules de la rangée postérieure des tours moyens envahissent peu à peu la surface, et finissent par former de grosses côtes noueuses, s'étendant d’une suture à l’autre sur les tours presque adultes, comme dans C. cornucopiæ, mais s’écartant légèrement de la suture postérieure sur le dernier tour des échantillons très âgés (pl. IV, fig. 5).
Cette ornementation des tours adultes est assez variable ; sur certains échantillons, comme celui qu'a figuré M. Cossmann (A propos de Cerithium cornucopiæ, pl. IL fig. 4), ou comme celui qui est représenté ici pl. I, fig. 2, a, les côtes sont moins fortes, plus courbes, plus déclives, assez différentes de celles de GC. cornucopiæ. ;
Les caractères de l'ouverture et de la columelle sont identiques à ceux de C. cornucopiæ: deux plis columellaires et un pli pariétal bien visible.
En résumé, les caractères de C. Benechi sont extrêmement voisins de ceux de C. cornucopiæ : il n’y a que de légères différences dans la forme des côtes, et ces différences ne sont pas constantes, comme on peut le voir sur la figure 3 de la pl. IV, qui
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montre un échantillon avec des côtes presqueidentiques à celles de C. cornucopiæ ; si ces deux formes, au lieu de se trouver dans deux bassins différents, avaient été découvertes dans le même gisement, on n'aurait pas songé à en faire deux espèces différentes. Nous conclurons donc que Campanile Benechi BAYAN sp. n'est qu'une race de Campanile cornucopiæ Sow. sp.
Formes de l'Auversier. au Cotentin. — Les représentants du C.cornucopiæ dans l'Auversien du Cotentin, confondus autrefois soit avec ce dernier, soit avec C. Benechi, viennent d'être constitués en espèce distincte par M. Cossmann' sous le nom de C. Bigoti. Les fig. 2, 3, 4 et 6 de la pl. VIL permettent de se rendre exactement compte de l’évolution de l’ornementation dans cette forme. Dans son ensemble, cette évolution est très semblable à ce qu’elle est dans C. cornucopiæ et dans C. Benechi; je n’insisterai que sur les différences.
Tout d’abord, on voit que l'accroissement en largeur est plus lent, de sorte que la pointe est plus allongée. En outre, on cone state que la carène du jeune âge — et le cordon spiral qui en dérive — est située plus près de la partie antérieure des tours, comme cela est bien visible sur les figures 4 et 6 de la pl. VIL et aussi sur la fig. 5 de la pl. II de l'ouvrage de M. Cossmann ; il en résulte que, souvent, il n’apparaît qu'un seul cordon longitudinal en avant de la carène, et quand il en apparaît deux, le second ne se montre que très tard.
Dans l’âge adulte, les échantillons du Cotentin montrent deux différences importantes avec ceux d'Angleterre. C’est tout d’abord que les côtes n’atteignent plus le bord postérieur des tours, mais en sont séparées par une partie déclive et excavée atteignant presque le tiers de la largeur ; en outre le pli pariétal est très effacé (pl. VII, fig. 2) et je n'ai Jamais vu de varices internes.
Mais il ne faudrait pas attribuer à ces différences une valeur absolue ; la forme des nodosités costales est variable suivant les individus ; elles s'étendent toujours d’une suture à l’autre sur les tours moyens, comme cela est bien visible sur la fig.2 (pl. VID), et aussi sur les fig. r et2 de la pl. II de M. Cossmann ; en outre il y a des échantillons où, dans l'adulte, les côtes sont aussi fortes que dans les échantillons d'Angleterre, et s’étendent comme dans ceux-ci d’une suture à l’autre (pl. I, fig. 6). Enfin, en ce qui concerne le pli pariétal, s’il est beaucoup moins saillant que dans C. cornucopiæ, il existe cependant et est trés reconnaissable.
1. M. Cossmann. A propos de Cerithium cornucopiæ, etc., déja cité.
En résumé, les affinités me paraissent suflisamment étroites entre C. cornucopiæ et C. Bigoti pour qu’on puisse supposer un lien de parenté entre eux et considérer C. Bigoti Cossm. comme une mutation auversienne de C. cornucopiæ Sow.
Formes de l'Auversien du bassin de Paris.— On constate dans l’Auversien du bassin de Paris un véritable épanouissement du rameau du C. cornucopiæ Sow., qui est représenté par trois formes différentes : C. paratum DresunAyes; C. elongatum Boussac, semblant descendre en droite ligne de C. Benechi, et C. Bigoti CossMaANN.
Campanile paratum DEsxAYEs sp. est une espèce du second ouvrage de cet auteur’, faite sur un jeune échantillon brisé. J'ai eu la bonne fortune de trouver deux individus adultes, l'un, provenant de Coulombs, dans la collection du laboratoire de Géologie de la Sorbonne (pl. X, fig. 7), l’autre, provenant d’Antilly, dans la collection de M. Dautzenberg,qui me l'a aimablement communiqué (pl. IL, fig. 2). Cette espèce est très distincte de toutes les autres du même groupe et facile à reconnaître. La forme est très régulièerement conique. Les jeunes tours sont ornés d’une rangée postérieure de tubercules quadrangulaires et de trois cordonnets longidinaux larges et plats. Celui qui dérive de la carène initiale est le plus large, il est placé très en avant et n’est précédé que par le cordonnet sutural, très étroit. Cette ornementation longitudinale persiste en partie sur les tours adultes, où les sillons sont encore visibles.
Les tubercules quadrangulaires des tours moyens se transforment en nodosités qui viennent se placer sur le milieu des tours. La base du dernier tour est sillonnée comme dans tout le groupe du C. cornucopiæ. Il y a deux plis à la columelle et un pli pariétal peu saillant, mais bien reconnaissable.
Campanile paratum Desx. sp. appartient incontestablement, par l’ensemble de ses caractères, au groupe du C. cornucopiæ Sow., mais on ne peut guère préciser davantage ses relations phylogénétiques.
On trouve en outre, dans les Sables moyens du bassin de Paris, de véritables descendants du C. Benechi BAyAN, dont le laboratoire de Géologie de la Sorbonne possède une belle série et pour lesquels je propose le nom de Campanile elongatum (pl. VL, fig. 3 et pl. XIV, fig. 8).
Ils sont caractérisés, en effet, par leur forme très allongée ettrès régulièrement conique; les nodosités de l’adulte forment des côtes
1. Description des animaux sans vertèbres découverts dans le bassin de Paris, [, p. 118-119, pl. LXXXI, fig. 1; 1864.
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peu saillantes, courbes, n'atteignant pas les sutures. Par contre, les plis columellaires et le pli pariétal sont fortement accentués, et il existe des varices internes, auxquelles correspond, sur le plancher des tours, un tubercule situé entre le pli pariétal et la paroi externe, et qu'il ne faut pas confondre sur la photographie (pl. XIV, fig. 8) avec un second pli pariétal.
Enfin, on trouve encore dans l’Auversien du bassin de Paris des représentants de la mutation Bigoti Cossm. du Cotentin : j'en connais trois spécimens. L'un d'eux fait partie de la collection de Malacologie du Muséum national d'Histoire naturelle et il m'a été obligeamment communiqué par M. Germain, avec l'autorisation de M. le Professeur Joubin (pl. II, fig. 3). C’est un individu jeune provenant de Caumont, et on peut voir l'extraordinaire similitude qui existe entre son ornementation et celle des jeunes C. Bigoti du Cotentin (pl. VIE, fig. 4 et 6). On voit là aussi la carène initiale située sur la partie tout à fait antérieure des tours, et qui n’est précédée que d'un seul cordonnet antérieur, sutural ; un second cordonnet apparaît cependant sur le dernier tour.
Un autre échantillon provient de Coulombs et fait partie des collections du laboratoire de Géologie de la Sorbonne (pl. X, fig. 2); on y voit les tours moyens et Les tours adultes ; l'ornementation des uns comme des autres est identique à ce qu’elle est dans C. Bigoti; comme dans ce dernier, les côtes noueuses des tours adultes n’atteignent pas la suture postérieure ; la base du dernier tour et les caractères de la columelle sont typiques.
Enfin, un troisième échantillon provient de Lisy-sur-Ourcq et fait partie de ma collection’ ; il offre ceci d'intéressant qu'il reproduit la variété que nous avons déjà vue dans le Cotentin et dans laquelle les côtes s'étendent d’une suture à l’autre, comme dans C. cornucopiæ typique (pl. IE, fig. 1, a); l'identité de l’échantillon du Cotentin (pl. IL, fig. 6) et de l'échantillon de Lisy est tout à fait frappante. Tous les autres caractères, ceux de l’ornementation des tours moyens et ceux de la columelle (pli pariétal très obsolète) sont ceux du GC. Bigott typique.
Il est intéressant, au point de vue stratigraphique, de constater que C. Bigoti se retrouve dans l’Auversien du bassin de Paris, et non seulement sous sa forme typique, mais avec les mêmes variétés que dans le Cotentin.
Le tableau suivant résume l’histoire des Campaniles dans le bassin Anglo-Parisien.