‹ 1.These: Etudes stratigraphiques sur le Nummulitique alpin. 2.These: Essai sur l'Évolution des Cérithidés dans le Mésonummulitique du Bassin de ParisChapitre 25 sur 51 · RAMEAU DU CERITHIUM ECHINOIDES LAMARCK · texte numérisé non relu

RAMEAU DU CERITHIUM ECHINOIDES LAMARCK

Ce groupe joue un rôle particulièrement important dans l'Éocène moyen et supérieur du bassin de Paris, aussi bien par l’abondance des individus que par la valeur stratigraphique des mutations ; mais il est très complexe, et ce n’est qu'après une étude détaillée que nous pourrons dégager le sens et les caractères essentiels de son évolution.

Dans toute la série, l’évolution ontogénique de l’ornementation et du labre présente des caractères très constants et essentiellement caractéristiques. Les quatre ou cinq premiers tours, après le stade embryonnaire, sont toujours carénés en avant et portent deux filets lisses sur la déclivité postérieure (voir pl. XIIT, fig. 25 [C. echinoides]|, fig. 22 |C. pleurotomoides], fig. 3 et 4 [C. Godini]); puis, la carène disparaît peu à peu, en même temps que les tours s’arrondissent, et qu'on voit apparaître des costules transverses, plus ou moins accentuées, et en général plus saillantes dans leur partie postérieure ; on a ainsi une stade que traversent toutes les formes du rameau, qui montrent alors (p1. L fig. 10; pl. IL fig. 4o) des tours convexes, ornés de trois filets lisses et de costules transversales ; c’est à partir de là qu’on observe des différences dans l'ornementation des diverses mutations, suivant l'importance relative que prennent les filets longitudinaux — dont les deux postérieurs se transforment en carènes — et les côtes transversales, et suivant les combinaisons que forment ces éléments.

Le labre aussi subit une évolution intéressante ; il est, dans le jeune âge, proéminent en avant et simplement fluxueux en arrière (pl. XIII, fig. 3, 4, 25), et n’acquiert que peu à peu, dans l'adulte, le sinus caractéristique du groupe (fig. 14, 20, 23, 24, etc.).

Dans le Lutétien, la série est représentée par le C. echinoides Lamk., dont la forme typique est fournie par la fig. 24 ; on y voit que les deux filets postérieurs se transforment en deux fortes carènes qui occupent le milieu des tours ; elles forment des denticules aigus à leurs intersections avec les côtes transversales ; dans cette forme, l’ornementation longitudinale prédomine visiblement sur l’ornementation transversale.

Une variation qu'on retrouvera constamment dans cette série, à tous les niveaux, consiste dans l'effacement de l’ornementation et la tendance à devenir lisse; elle produit dans le Lutétien la variété représentée par la fig. 26. Toutes les carènes étant moins développées, la forme est proportionnellement plus étroite; la carène postérieure seule persiste sur le dernier tour ; mais, sur les

tours précédents, un filet longitudinal marque l'emplacement de la carène antérieure.

Si l’ornementation spirale s’efface seule, les côtes alors deviennent très prédominantes, comme dans les figures 27, 29, 30; d’autres fois enfin tous les éléments de l’ornementation s’atténuent, comme sur la figure 98.

Une autre variété, qu'on trouve surtout à Chambors, est intéressante à étudier, parce qu’elle est intermédiaire entre le C. echinoides Lamx. etle C. pleurotomoides LAmx., et qu’elle nous montre le processus par lequel s’est fait le passage d’une espèce à l’autre.

Dans cette variété (pl. XIIL fig. 19), les costules sont plus saillantes dans le jeune et dans l'adulte aussi; autrement dit, l’ornementation transversale prend une importance plus grande; en même temps les carènes deviennent moins saillantes et s’effacent presque complètement entre les côtes. Cette variété ne diffère plus de C. pleurotomoides LaAmx. que par les denticules aigus et tranchants produits à l’intersection des carènes avec les côtes, et qui contrastent avec les tubercules arrondis et obtus de la forme auversienne.

C. echinoides LaAMx. persiste dans l’Auversien et le Bartonien, mais assez rare; on trouve le plus souvent à sa place, dès la base de l’Auversien, le C. pleurotomoides LAmx., qui en dérive par l’intermédiaire de la variété lutétienne que nous venons d'étudier. Dans cette mutation, les cordons des jeunes tours, au lieu de devenir des carènes saillantes et aiguës comme dans l’echinoides, se transforment en rubans larges et aplatis (pl. XIIL, fig. 21 et 22), qui produisent, à leurs intersections avec les costules transversales, des tubercules aux formes obtuses et arrondies; ceux de ces tubercules qui sont situés deux à deux sur les mêmes costules ont une tendance à se fondre l’un dans l’autre. Chez les individus typiques! (fig. 20, 21) toutes les rangées tuberculeuses persistent dans l’adulte et même sur le dernier tour ; chez d’autres, les rangées antérieures disparaissent plus où moins tôt, et la postérieure seule persiste sur le dernier tour (fig. 1 et 23). Cette mutation auversienne du C. echinoides Lamx. se retrouve dans le Cotentin, à Fresville (pl. XIII, fig. 9, 10), où elle n’a pas été signalée par MM. Cossmann et Pissaro. Elle persiste dans le Bartonien du bassin de Paris (Cresne, le Ruel, Marines).

La figure 1 de la pl. XIII représente un individu de Crépy-en- Valois où la rangée postérieure des tubercules est seule dévelop-

1. Voir J. Boussac. Fiche de Cerithium pleurotomoides LAmMArRGK. Palæontologia universalis, IX, 136, a; 1909.

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pée, un léger renflement marquant encore la place de la rangée antérieure: c’est une transition vers la mutation Godini Bouss., caractéristique du Bartonien (zone de Montagny et sables de Cresne). Dans cette forme (pl. XIIL, fig. 2-8), la rangée antérieure de tubercules a complètement disparu ; autrement dit, le filet du jeune, qui, dans les espèces précédentes, donnait en se développan cette rangée antérieure, ici, s’efface purement et simplement dans l'adulte (fig. 3, 4, 5). L’unique rangée de tubercules s'éloigne peu à peu du bord postérieur et vient occuper presque le milieu des tours; les tubercules sont coniques et assez peu saillants. Par ces caractères, cette mutation se distingue aisément des échantillons de C. pleurotomoides, où seule, la rangée postérieure est développée ; car, dans cette dernière forme, la ligne de tubercules est toujours plus rapprochée de la suture postérieure, et un bombement plus ou moins net marque toujours la place de la rangée antérieure.

La mutation Godini Bouss. ne m'est connue que dans le Bartonien, à Montagny, Cresne. Marines, le Ruel.

Revenons maintenant à nos formes de l’Auversien. A côté de la variété du C. pleurotomoides LaAmx., qui doit donner la mutation Godini Bouss., on trouve une autre forme où les deux tubercules situés sur chaque côte tendent à se fondre l’un dans l’autre; mais il n’y a jamais fusion complète en une seule côte indivise, la dualité reste toujours visible, au moins sur les tours moyens; sur les derniers tours, et cela a lieu du reste dans presque toutes les formes de ce rameau, seule la partie postérieure des côtes subsiste. Les individus de cette variété sont de deux sortes; il y en a de grands (fig. 11); d’autres, plus courts, avec une ouverture proportionnellement plus grande (fig. 12), correspondent au Cerithium lineolatum Desnayxs'; je retiens les lignes suivantes de l'excellente description de Deshayes : «Ces côtes longitudinales * sont placées à des distances égales ; sur leur surface, une strie transverse, presque médiane, quelquefois peu ou point apparente, divise les côtes longitudinales en deux rangées de tubercules. Cette disposition se remarque surtout sur les jeunes individus. » On ne peut que regretter que Deshayes ait ensuite confondu” cette

1. Description des coquilles fossiles des environs de Paris, II, p. 343-344, pl. LIL fig. 4-5; 1835.

2. Deshayes employait le terme de longitudinal par rapport à l'ensemble de la coquille; ici je l'emploie par rapport au sens de l’enroulement.

3. Description des animaux sans vertèbres du bassin de Paris, III, p. 192- 193 ; 1864.

forme avec le C. echinoides Lamx., alors que toutes ses affinités sont avec le C. pleurotomoides LAmx.

Nous avons, dans la var. lincolata Desn. du C. pleurotomoides Lamx., le point de départ de deux rameaux chez lesquels l’ornementation ne consiste plus qu’en costules transversales aux tours et longitudinales par rapport au reste de la coquille. On trouve à Brumier, près Crouy-sur-Oureq, et à Mary, des échantillons ventrus, à côtes nombreuses (pl. XII, fig. 16), et chez lesquels toute ornementation longitudinale a presque complètement disparu ; je propose pour cette forme le nom de Cerithium Pervinquieret ; on la trouve relativement abondante dans le Cotentin, à Fresville (pl. XIIL, fig. 13 et 15); on en voit encore quelques représentants dans le Bartonien, au Ruel (fig. 14).

La variété lineolata Desu. persiste aussi dans le Bartonien, et donne dans le Ludien le Cerithiun rusticum DEsHAYES, qu'on trouve si abondant dans tous les gisements de cet étage : le Vouast, Quoniam, Le Ruel, Tomberel, Serrans, Monneville, Champigny, Ludes, etc. J'ai déjà montré ‘ que C. rusticum Desu. était caractérisé par ses costules saillantes et comprimées, distantes, et plus ou moins arquées, et s'étendant sur toute la largeur des tours, sauf du dernier (pl. XIV, fig. 22). Ces côtes sont tout-àfait indivises, et leur plus grande hauteur est presque en leur milieu, un peu postérieurement cependant.

Comme dans toutes les mutations de cette série, de nombreux individus tendent à perdre leurs ornements et à devenir lisses ; parfois ils ont leurs premiers tours bien ornés et ne deviennent lisses que sur l’adulte (pl. XIV, fig. 23) ; d’autres fois les premiers tours eux-mêmes sont presque lisses (fig. 24).

Les figures 25, 26, 27 de la même planche représentent de jeunes individus, sur lesquels on peut constater que l’évolution de l’ornementation et du labre est la même que partout ailleurs dans la série ; mais on y peut voir aussi que la vigueur de l’ornementation est très variable suivant les exemplaires.

Quittons maintenant le bassin de Paris et transportons-nous de l’autre côté de la Manche, dans le bassin du Hampshire. Nous trouvons là, sur la côte de Barton et de Hordwell, un Ludien représenté par les sables de Long Mead End et qui fournit en abondance un Cérithe, déterminé en général C. concaoum par les auteurs an-

1. J. Boussac. Fiche de Cerithium rusticum DresnAyes. Palaeontologia universalis, II, f. 223, et 293 a ; 1907.

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glais, et C. pleurotomoides par Tawney ‘; c’est en réalité notre Cerithium rusticum Desxayes. Comme pour tous les autres fossiles de ces gisements, le test est très corrodé, et l’ornementation le plus souvent méconnaissable. J'ai fait photographier les meilleurs échantillons que j'ai pu réunir, tant parmi ceux que j'ai récoltés moi-même en place, que parmi ceux donnés par Tawney, en 1881, au laboratoire de Géologie de la Sorbonne. Les fig. 17, 18, 28, de la pl. XIV, représentent des spécimens bien ornés et tout à fait typiques, tandis que les phot. 15 et 19 reproduisent des exemplaires presque lisses. Les fig. 14 et 16 représentent de jeunes individus, d'ornements plus ou moins vigoureux, sur lesquels on reconnaît facilement l’évolution de l’ornementation et du labre caractéristique du rameau. Enfin, en 20 et 21, j'ai fait représenter deux individus, l’un de Serrans (aux environs de Montjavoult), et l'autre de Long Mead End, qui m'ont frappé par leur identité.

Plus haut encore dans la série stratigraphique, nous trouvons une nouvelle forme dans les couches moyennes de Headon (ile de Wight), qui représentent l’Oligocène inférieur : c’est le Cerithium concavum SOWERBY, qu'on ne trouve du reste que là ; il n'existe pas dans le bassin de Paris. Il y a encore dans le même niveau, des individus bien voisins du C. rusticum Desn., avec des tours assez convexes, des côtes espacées et saillantes (pl. XIV, fig. 12 et 13), et qui sont reliés par une infinité d’intermédiaires à des échantillons à tours plans et subulés, à côtes serrées, pincées et obliques, qui sont essentiellement caractéristiques du niveau (fig. 9, a). Enfin, j'ai fait figurer en 10 une variété où les costules sont particulièrement saillantes en leur milieu.

Jetons maintenant un coup d'œil d'ensemble sur l’évolution de l’ornementation dans le rameau. Cette ornementation se compose primitivement (dans toutes les formes jeunes) d'éléments de deux sortes, des carènes longitudinales et des costules transversales ; dans les formes lutétiennes (C. echinoides), les éléments longitudinaux prédominent visiblement sur les éléments transversaux ; dans l'Auversien, il y a à peu près équivalence de développement (C. pleurotomoides), mais déjà se montre, chez certains individus (var. lineolata), une tendance des costules transversales à prédominer sur les carènes longitudinales ; ces dernières ont à peu près disparu dans le Ludien (C. rusticum), et dans le Lattorfien (C. concavum), c'est la convexité même des tours qui tend à disparaître.

1. E. B. Tawney. On the Upper Bagshot Sands of Hordwell Cliffs, Hampshire. Proc. of the Cambridge Philos. Soc., nov. 1881; IV, p. 141-155. — Cambridge.

La généalogie du groupe est résumée dans le tableau suivant :

BASssIN DE PARIS COTENTIN HAMPSHIRE

LATTORFIEN C. concavum

LuDIEN C. rusticum 5e À

BARTONIEN re RC OT 2e

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