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De Vries. Espèces et variétés, 24e conférence

ÉVOLUTION DES CÉRITHIDÉS 85

On pourrait citer à l'appui de cette loi autant d’exemples que j'ai constaté de faits d'évolution.

Il convient de réduire la mobilité de l'espèce à des périodes définies et probablement très courtes, et ces périodes semblent toujours coïncider avec la limite de deux étages.

Transmission du pouvoir évolulif de l'espèce initiale aux espèces dérivées. — Il ne semble pas qu'une même espèce élémentaire soit capable d'entrer un grand nombre de fois en période de mutation ; le pouvoir évolutif de chacune d'elles s'épuise rapidement avec le temps. Sans parler des espèces qui s'éteignent sans avoir donné naissance à aucune forme nouvelle, je ne connais aucune espèce élémentaire qui ait subi plus de deux périodes de mutation, et encore le chiffre deux est-il tout à fait exceptionnel et ne se rencontre que chez C. pleurotomoides. Quand un rameau phylétique persiste pendant longtemps et embrasse de nombreuses formes successives, on constate que ce n’est pas l’espèce initiale qui elle même donne naissance à toutes les autres, bien qu'elle puisse persister à côté d’elles ; elle n’entre généralement en mutation qu’une fois, puis continue à vivre pendant un temps plus ou moins long et ne donne plus de nouvelles formes. Mais sa mutabilité s’est transmise aux espèces dérivées, qui, ayant donné à leur tour des espèces nouvelles et douées de mutabilité. meurent après une période stérile plus ou moins longue, et ainsi de suite.

On peut citer de nombreux exemples. Je me borneraïi aux plus typiques. C. lapidum, après avoir produit C. perditum au début de l’Auversien, meurt à la fin du Bartonien, sans avoir donné naissance à aucune autre forme. C. echinoides meurt aussi à la fin du Bartonien, après avoir donné C. pleurotomoides au début de lAuversien; celui-ci hérite à un haut degré de la mutabilité de son ascendant et donne C. Godini dans le Bartonien et C. rusticum dans le Ludien ; ce dernier à son tour entre en mutation et donne C. concavum dans le Lattorfien. C. cinctum s'éteint dans l'Auversien, après avoir donné C. crassituberosum ; c'est cette forme dérivée qui donne C. eilcassinum dans le Bartonien. Il suffit du reste de considérer les tableaux schématiques, qui accompagnent l'étude détaillée de chaque rameau, pour se rendre compte de la généralité du phénomène.

On peut conclure de tout cela que le pouvoir évolutif, dans chaque rameau, n'est pas localisé dans une espèce élémentaire déterminée, mais qu'au contraire dans chaque espèce élémentaire il s'épuise assez rapidement et qu'il ne persiste dans le rameau qu'en se transmettant de mutation en mutation.

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