‹ 101. Régiment Jules NoriacChapitre 34 sur 49 · LES FICELLES DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

LES FICELLES DRAMATIQUES

FiCBXLE ÉMOUVANTE. — Le théâtre représente ce que vous voudrez.

n est minuit moins dix.

Le traître est sur le point de s’emparer de l’immense fortune qu’il convoite depuis sept. heures un quart ; il ne lui reste plus qu’un tout petit meurtre à accomplir et ce sera fini.

Embusqué, le poignard h la main, il attend sa victime.

Dans l’ombre de la nuit il doit la reconnaître à sa crinoline exagérée. .

L’ne jeune femme arrive, c’est une pauvre ouvrière qui, pour rendre service à une gi'ande dame poursuivie, a bien voulu lui céder son jupon de flanelle en échange d’une cage.

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Ce désir d’être utile et d’avoir une tournure va lui coûter la vie.

» Le traîire s’avance et lève son poignard.

Les femmes sanglotent ;

Les hommes l’appellent tout bas € canaille »;

Les voyous apprêtent des pommes cuites et des trognons de choux.

La jeune femme profite des divers sentiments cpii agitent l’assemblée ; elle se met à genoux au milieu de la rue et fait sa prière.

— Malédiction! s’écrie le traître, me faudra-t-il lutter contre Dieu lui-même?

Il s’avance, il lève l’arme homicide ; mais tout à coup il pâlit, il chancelle, son poignard va s’échapper de sa main tremblante ; il vient d’apercevoir une croix d’argent dans les mains de sa victime.

— Quelle est cette croix? quelle est cette croix? est-ce un rêve ? une illusion? Cette croix ! qui vous a donné cette croix?... Parleras-Ui à la fin; qui t’a donné cette croix?...

— Cette croix, s’écrie la jeune fille, c’est la croix de ma mère, qui est là-haut dans le del !

— Ma fille ! ma fille ! c’est ma fille !

Cest sa fille, à ce brigand; son poignard tombe, ia toile tombe, la pièce tombe... — Tableau.

FICELLE GÉNÉRALE. — Toutcs les fois quc VOUS assisterez à un drame où, au premier acte, il y a un enfant perdu ou un enfant trouvé, ce qui est la même chose, examinez bien le gaillard. S’il a une marque au bras comme Gauthier d’Aulnay ; la mèche des Scylla ; une médaille, comme Espérance ou Tamise; un chapelet, comme Angélus, retournez tranquillement chez vous, et soyez convaincu que le brave garçon retrouvera ses parents à la fin du spectacle. Quelquefois on l’assassine quand il les a retrouvés et qu’il touche au bonheur, mais c’est bien rare.

ncELLE naïve. — Dans une pièce de M. M.rc L.pr.v.s.t,une petite fille trouvée dansses langes était reconnue dix-huit ans après, à la marque de son linge. (Historique.)

Dans la vie réelle, le duel est une absurdité. Au

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théâtre, c’est une simple ficelle, parce que le résultat en est toujours arrêté d’avance dans l’esprit du spec* tateur.

ncELLE DE CHIC. — Une comédie de Scribe, la Demoiselle à marier, je crois, est remarquable entre toutes par la ficelle qui en fait le principal ornement.

A chaque scène, le même domestique prononce une même phrase.

— Je me griserai le jour du mariage de mademoiselle.

La première fois que le spectateur entend cette

déclaration bachique, il se dit :

— Certes, voici un brave garçon qui aime bien sa maîtresse.

Ce serviteui’ devient sympaüiique, parce que les bons maîtres faisant les bons serviteurs, les bons

domestiques sont rares.

A la seconde fois, le spectateur trouve que le serviteur se répète.

A la troisième, il trouve que le brave garçon ^ « pourrait bien être un ivrogne.

A la quatrième, il trouve qu’il est ivrogne et cynique.

A la cinquième, il se prend à réfléchir qu’il pourrait bien y avoir quelque chose là-dessous.

C’est vrai, une lettre va tout déranger, tout perdre, tout faire manquer, si elle arrive à sou adresse ; heureusement, le valet chargé de la porter, fidèle à sa promesse, s’est grisé comme un portefaix et l’a gardée dans sa poche : et voici comment et pourquoi se marie la demoiselle à marier.

FICELLE TANNANTE. La ficello tannante se prélasse dans les œuvres de M. E. Scribe en général et dans les Trois Maupin en particulier. Elle consiste à prolonger indéfiniment une action nouée sur un quiproquo puéril. Un mot suffirait pour en finir tout de

suite; ce mot, tout le monde l’a deviné, et l’auteur,

qui l’a couvé pendant quatre actes, ne le fait éclore qu’au cinquième. Pour être juste, il faut reconnaître que M. Scribe y met une certaine discrétion, car

de trois cents jeunes filles ; c’est par une modestie qui l’honore qu’il ne porte pas ses médailles.

ncELLES DE DÉPART. — Pardon, quelques ordres à donner.

— Excusez-moi, quelques lettres à écrire.

— John! John!... Voyez s’il viendra... Je suis le gentilhomme le plus mal servi de France... Pardonnez, belle dame... je vais moi-même...

ncEUK DE RETOUR. — Le marquis. — Comment, marquise, vous ici ! je vous croyais au bal de la comtesse?

La marquise (avec humeur). — La comtesse a contremandé son bal.

Le marquis. — C’est fâcheux.

La marquise . — Je ne le regrette pas... mais vous avouerez que cette madame de Sineuse est d’un sans gêne ! {A part.) 11 a l’air contrarié, je ne m’étais pas trompée.

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FiCEiLES A EFFET. Tant pis, nous sommes dans un cachot ou dans un cabanon de la tour du Nord, La comtesse Berthe, enchaînée, vêtue d’une robe grise, est assise sur la paille humide.

La comtesse Bertiie. — Seigneur, vos décrets sont terribles ; vous m’avez prise, moi, votre créature, et vous m’avez brisée... J’ai, sans me plaindre, supporté vos volontés suprêmes; mais mes forces sont à bout... Vous m’avez enlevé celui que mon coeur aimaft, et je vous ai prié, vous m’avez ravi mon enfant bien-aimé, et je n’ai pas blasphémé ! Seigneur, votre colère est-elle apaisée? Seigneur ! Seigneur ! quel malheur me réservej^-vous encore ?...

Le geôlier. — Le chevalier de Maurevert.

La comtesse Berthe. — Aaaahü !!

Maurevert. — Cessez de vaines plaintes, elles ne serviraient à rien. Ah ! fière comtesse, vous m’avez dédaigné ! Ah ! en échange de mon amour, vous m’avez jeté le mépris! Mais vous étiez donc folle? A mon tour maintenant. Je me relève, nulle puissance ne peut t’arracher de mes mains, tu m’appartiens, tu es à moi.

Raoul (pénétrant par une porte secrète, l’épée à la main)'. — Pas encore, chevalier de Maurevert!

AUTRE. — Catherine. — ... Je te suivrai.

Henry. — Et vous me laisserez seul... avec cette fortune que je vous dois, et qui fera mon malheur!.. Qu’elle soit maudite !...reprenez4a... et rendez-moi notre repos, notre amitié et notre misère.

Béatrix. — Tu n’es pas raisennable.

Henry (avec désespoir). Et que veux-tu faire? Catherine. — Quel parti prendre?

Henry . — Qui nous viendra en aide?

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