‹ 101. Régiment Jules NoriacChapitre 41 sur 49 · LA FIANCÉE D’ÉRIC · texte numérisé non relu

LA FIANCÉE D’ÉRIC

Eric est un Saxon; tous les Saxons s’appellent Éric, comme tous les fumistes français se nomment Mozanino.

Que ne puis-je vous raconter l’histoire entière du jeune Éric, le héros décédé du roman-nouvelle, ou plutôt que ne puis-je vous dire tout le roman ! J’y avais bien pensé, mais il est survenu de telles difficultés, que j’ai dû, bien malgré moi, renoncer à ce bonheur.

La fiancée d’Éric se nomme Marguerite; jeune

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fille pure et fraîche comme l'eau qui coule de la source du rocher.

Ua soir, une bande de soudards veut s’offrir ce rafraîchissement.

Marguerite éperdue se réfugie dans le jardin d’Éric.

Éric se précipite pour la défendre, on tue Éric; donc il est mort, c’est entendu; aussi bien il fallait qu’un jour ou l’autre cela lui arrivât.

Éric mort, Marguerite, folle de désespoir, va s’engager sur-le-champ; oui, monsieur... Cela vous étonne? mais c’est ainsi. Marguerite se fait soldat, vous allez voir pourquoi; et quand vous connaîtrez son but, voas verrez qu’elle a bien fait, cette fille, et qu’à sa place vous eussiez fait de même.

La grande Catherine, l’étoile du Nord, en avait fait autant.

Les esprits inquiets objecteront qu’il est impossible à une femme de se faire passer pour un tourlourou, mais à cela il y a une chose très-simple à répliquer : à l’Opéra-Comique , naguère , madame

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Duprez avait l’air tellement guerrier que tout le monde s’y trompait. Et madame Ugalde donc, quel gentil petit soldat, cristii

Madame Cabel elle-même a trompé quelques spectateurs; cependant il faut avouer qu’elle ne fair sait pas complètement illusion, en trois quarts surtout. Elle avait trop... c’est-à-<ïire pas assez l’air martial.

Si le lecteur veut revenir sur ses pas, nous allons le conduire dans une taverne où nous retrouverons Marguerite.

Marguerite est en train de soûler un soldat qui a huit pieds. — Pauvre jeune fille l elle a bien du chagrin. '

Vous avez deviné sans doute que c’est le colosse, qui se nomme Hermann — pas Léon! — qui a tué Éric. Eh bien! vous allez voir.

Lorsque Marguerite a fini de griser Hermann, elle lui fait raconter comment U a exécuté le crime.

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Maintenant, je cite le texte ;

'i — Voyons! il est temps d’en finir! dis-i*)i comment tu l’as tué!

» — Rien do plus simple, répond le grenadier, je me suis rué sur lui, et, de la main gauche, je l’âi saisi par les cheveux.

» — Je comprends, dit Marguerite en posant sa main moite de sueur sur la tête d’Hermanii.

» — Et puis je l’ai renversé sur mon genou.

» — En le renversant en arrière, comme ceci, n’est-ce pas? ajouta la jeune fille, en joignant par un effort surhumain le geste à la parole.

» — Doucement, brigand! s’écria le grenadier en riant ; doucement, si tu ne veux pas rouvrir la plai* qu’un Cosaque du Don m’a faite au crâne.

x> — Et quand une fois tu l’as tenu ainsi ployé sur ton genou? continua Marguerite.

» — Alors, je lui ai posé sur la gorge la pointe de mon sabre.

» — Est-ce bien là la place... dis?

» Et la jeune fille piqua de la pointe du sabre le cou du meurtrier.

» — Plus haut, démon! reprit Hermann en écla-

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tant de rire si franchement que tout autre que la ^ncée d’Éric eût été désarmé par tant de confiance; mais elle voyait l’ombre du Saxon devant ses yeux, et l’ombre dirigeait son bras, roidissait sa main, exaltait son cœur.

» — Et alors? demanda-t-elle.

» — Alors je lui ai tout simplement enfoncé trois fois mon sabre dans la gorge. De profundis! mais c’était un beau garçon.^

» — C’est donc ainsi que tu portas le coup ! s’écria Marguerite en plongeant le sabre à trois reprises dans le cou d’Hermaim. »

Chère et douce enfant, comme ce pauvre Éric eût été heureux avec toi ! Comme il eût été fier de sentir palpiter tremblante ta poitrine de femme sur son cœur d’homme!

Malheureusement une patrouille vient à passer; le sergent, qui n’est pas à la hauteur des grandes choses et qui du reste, voyant Hermann décapité et roulant dans son sang, est plus persuadé que jamais }ue Marguerite est un soldat saxon, s’empresse de

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la flanquer au violon ; et, entre nous, je trouve que le sergent fait pai-faitement. ^

Autre péripétie; un soldat qui est de garde à la porte du poste dit à Marguerite : — Camarade, c’est pas ça , faudrait voir à filer plus vite que ça.

— Moi ! tu me mépriseraisl

— Des bêtises!

— Je t’obéis, mais tu me reverras!

Que l’attente est cruelle ! On va fusiller le brave Suédois qui a laissé évader son ami. Le roi Charles Xll, qui est le père de ses sujets, attend avec impatience.

On commande le feu.

Portez armes !

Présentez armes!

Apprêtez armes!

Joue...

Voici un cheval qui arrive.

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\ Ce cheval, c’est Marguerite ; cette fois elle est (habillée en femme, die s’approche du roi.

I Le soldat est stupéfait.

« — Sire, dit Marguerite, vous n’avez pas voulu me faire justice, je me suis vengée moi-méme; voilà comment je suis, moi.

> — Charles Xll aimait les actions bénûques» et il abhorrait l’indiscipline et le pillage; de plus, il n’estimait chez les femmes que le» qualités viriles.

II tendit la main à la jeune femme et lui dit i^esque gracieusement :

» — N’implorez pas votre grâce en suppliante, madame, relevez-vous. Si notre justice vous a fait défaut, notre clémence ne vous manquera pas, car je gracie en votre faveur c6 fou, qui allait mourir avec joie pour son ami.

» Marguerite baisa la main du roi, et, se relevant, elle s’avança vers Tiefenbach, qui la regardait avec une émotion que l’aspect de la mort n’avalt pu exciter en lui.

» — Ainsi, madame, lui dit-il d’une voix tremblante, après vous être jouée de naa crédulité, vous

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aflez me quitter en emportant avec vous mon ami le plus cher. J’ai aimé une vision, un rêve, une chimère, Cliristiem Zorn n’est plus et n’a jamais été. La fiancée d’Éric a été juste envers Hermann le Rouge; mais elle est cruelle envers moi.

» Marguerite baissa les yeux. »

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