‹ 101. Régiment Jules NoriacChapitre 42 sur 49 · LES TICS · texte numérisé non relu

LES TICS

le tic est une manie du corps comme la manie est un tic de l’esprit.

11 y a quelque chose de si singulier dans le tic physique, qu’on a employé le mot au moral pour dé> signer une manie originale.

FOLIOLES

Le tic moral est blâmable ; le tic physique est respectable, parce qu’il est involontaire, mais il est agaçant.

Les gens peu lettrés se figurent que le tic a été inventé par Caton, c’est un tort.

Par exemple, il a été fort perfectionné par Nestor Roqueplan, l’un des grands maîtres de l’esprit en notre temps.

La semaine dernière. Bocage, pas Paul, l’autre, va à rOpéra-Comique demander une loge à Achille Denis, le plus attique de tous les secrétaires de Paris et l’un des écrivains les plus consciencieux des journaux de théâtre.

c — J’ai deux places à votre disposition, répond M. Denis ; mais à cette heure, je ne puis disposer d’une loge sans l’assentiment du directeur. »

Au même instant, le directeur apparaît clignant

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de l’œil et secouant la tète ; c’était son jour de tic. On lui explique le cas de Bocage.

€ — Comment donc ! mais avec plaisir, mon cher, répond M. Roqueplan, enchanté de vous être agréable. »

On cause de tout et d’autres choses encore; mais Nestor Roqueplan ne cesse pas de secouer la tête et de cligner de l’œil avec rage.

Bocage, qui interprète mal ces mouvements nerveux, lui dit d’un air fâché :

« — Écoutez, cher monsieur, j’ai été directeur aussi, moi, je connais toutes les exigences du métier; vous eussiez dû me refuser net, cela eût mieux valu que de m’offrir une loge et de faire signe à Denis de ne point me la donner.

M. de Rochefort avait un tic qui manqua lui coûter fort cher : il fermait l’œil gauche et baissait la tète à chaque instant.

Un jour, à la salle des commissaires-priseurs, il suivait la vente d’un tableau, qui s’éleva à trente mille francs.

t — Votre nom, monsieur, lui demanda le commissaire-priseur après avoir adjugé.

POUOLES

» — Mon nom, pour quoi faire ?

» — Mais pour vous envoyer voire tableau, à moins que vous n’ayez les trente mille francs sur vous...

» — Quel tableau? quels trente mille francs ?

» — Mais ce tableau que vous venez d’acheter.

» — Moi?

» — Oui, vous; voici deux heures que vous me faites signe de pousser.

» — Je n’ai fait aucun signe.

» — Je le demande à ces messieurs?

» — C’est vrai. — C’est vrai. — Oui. — Oui,

» — Du tout, du tout, » criait M. de Rochefort en fermant l’œil et en baissant la tète avec frénésie.

On s’aperçut de la méprise ; le tableau fut remis à l’enchère et adjugé à quatorze francs.

Lo plus célèbre arrive le dernier.

Le père Mennessier faisait des pièces pour le théâtre Comte ; son tic consistait à remuer la tête de gauclie à droite et de droite à gauche ; le brave homme avait toujours l’air de dire non, même en disant oui.

FOUOLES

Ce tic lui coûta fort cher.

Dans ses conventions avec le directeur du passage Choiseul, il lui était accordé deux représentations à bénéfice tous les ans.

Mennessief savait bien que la confiance est une vertu, mais il ne la pratiquait pas.

Pendant vingt-quatre ans, il vint s’installer au contrôle pour voir par ses yeux si la recette était fidèlement perçue et rendue.

Or les spectateurs arrivaient en foule, demandant s’il y avait encore de la place.

» — Otd, « répondait le bénéficiaire.

Mais comme on l’entendait peu et qu’D secouait la tête, personne n’entrait, les banquetteè restaient vides.

La vingt-cinquième année, M. Comte comprit le secret de la comédie. — Il était trop tard.

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