LE SYNODICON DE QUICK
mais, comme l'une étoit censée annexe de l'autre, il n'y avoit qu'un pasteur et un consistoire pour toutes les deux. A la page 89, on dit « le colloque de Constantine^ » au lieu de le « colloque du Cofentin. » Voilà dos fautes qui peuvent jeter les lecteurs dans l'égarement et leur faire croire qu'il y a eu des Eglises en Normandie qui avoient nom Sq'mte-3Ière, Charenion, Quarentin. Un homme payé par des libraires pour faire des Additions à un Dictionnaire géographique, se pourroit imaginer qu'il auroit fait une découverte considérable, en trouvant ces trois paroisses dans un pays où les géographes ne les avoient pas encore aperçues. Les fautes sont comme les étincelles : ce qui n'est d'abord que le changement d'une lettre, devient quelquefois une complication ou un amas de faussetés monstrueuses. 11 faut y remédier de bonne heure , princîpiis obsta. Voici des méprises d'un autre genre. L'auteur ùnSynodlcon fait mention (page 383) d'un Pierre Basnage, fils d'Antoine, et petit-fils de Benjamin ; et il dit que Pierre Basnage n'avoit point eu d'Eglise l'an 1637. C'est un abus. Antoine Basnage n'a eu que deux fils. L'aîné est celui qu'on nomme M. de Flottemanville, qui naquit l'an 1638; le cadet s'appeloit François, et suivit la profession des armes, et mourut l'an 1685. Le même auteur croit (page 497) que M. Basnage, ministre de Rotterdam, est fils de Benjamin Basnage; mais il n'est que son petit-fils. Ces petites fautes, que je me sens obligé de relever pour l'instruction des lecteurs n'empêchent pas que je ne croie que le travail de M. Quick (c'est le nom du ministre anglais qui a publié le Synodicon) est très beau et très utile, et que tous les Réformés de France lui ont une extrême obligation de la peine qu'il s'est donnée de faire un recueil si ample et si exact de leurs Synodes et d'y joindre les Prolégomènes qu'il y a mis. » Nous ne connaissions pas encore ces observations de Bayle, lorsque nous en avons fait nous-même d'analogues au sujet des erreurs et confusions quj fourmillent, non-seulement dans le Sijnodicon de Quick, mais aussi dans le Recueil des Synodes nationaux (2 vol. in-i" publiés à la Haye, en 1710, par Aymon). Nous avons eu occasion d'en signaler un curieux exemple {F. Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme français, t. II, p. "252). Ces incorrections n'avaient pas non plus échappé au critique Bernard, qui dans les Nouvelles de la République des Lettres (n° de juillet 1710) recommanda de réviser attentivement les noms propres, si l'on venait à faire une seconde édition du Recueil d' Aymon. Il en existe en effet une de 1736, M. Haag dit qu'il n'a pu se la procurer ni vérifier par conséquent si l'on y a tenu compte de la recommandation si motivée de Bernard. Nous avons sous les yeux les deux éditions, et une exacte comparaison nous a permis de constater que ce ne sont pas deux éditions différentes. Les deux sont d'une impression parfaitement identique. Il n'y a eu que le titre de refait; en même temps on l'a modifié. Le premier est ainsi conçu : Tous les Synodes
nationaux des Eglises réformées de IrancCy auxquels on a joint des mandements ro/jaux et plusieurs lettres synodales, etc., par M. Aymon, théologien et jurisconsulte réformé. La prétendue nouvelle édition a pour titre : Jetés ecclésiastiques et cirils de tous les Synodes nationaux, etc., par M. **", théologien et jurisconsulte réformé. Pourquoi cette addition d'une part, et de l'autre, cette suppression du nom d'un auteur qui s'est déjà fait connaître ? L'éditeur est du reste le même Charles Pelo, à La Haye. On voit que les libraires savaient déjà rhabiller leurs publications, et sans y mettre beaucoup d'art ou de mystère.
Il est à noter qu' Aymon avait, dans sa " Préface parabolique et apologétique, » écrit ces lignes : « M. Quick, ministre à Londres, a fait une '< traduction angloise des Synodes qui peut servir à connoitre le véritable '( sens de toutes les expressions surannées et ambiguës de ces vieilles co- « pies. »
Adrien Chaïuier» père de Daniel. — Pages 77 à 87.
Quick dit dans son Synodicon (t. H, p. I.'i.l), qu'Adrien Charnier prêcha encore à l'âge de plus de cent ans. mais nous ferons voir ci-après que c'est là une méprise qui a induit en erreur Aymon €t les autres biographes qui ont suivi celte assertion sans la vérifier à sa source.
Sur Adrien Chamier, nous avons trouvé quelques lignes de son fils Daniel, témoignage préférable sans contredit à celui des biographes et qui semble leur avoir échappé : il est vrai que nous les avons rencontrées en un endroit inattendu, dans le récit de la conférence que Daniel Chamier eut à Nîmes en 1600 avec le père Coton.
« Ce jésuite avança, raconte-t-il, que mon père estoit carme en Avignon... A l'occasion du canon de la messe, il me souvient d'avoir dit que je sçavois assez que c'estoit, encore que je ne l'eusse one chantée. Me souvient que Coton repartit, que si je ne l'avois chantée^ si avoit bien mon père. Me souvient d'avoir répliqué que non, et que mon père estoit docteur es droits. Sur cela nostre bon menteur vient me dire à ceste heure, que « plusieurs qui estoient là, assurèrent que mon père avoit esté prestre et carme, natif d'Avignon, nommé M. Adrien. » Impudence ! voire des plus grandes, .lamais aucun n'en ouvrit la bouche, depuis que je l'eus fermée au jésuite. Et tout le reste n'est que menterie. Il y en a encore dans Avignon, qui ont cognu mon père, voire lui ont esté très bons amis, tant que Dieu lui a donné la vie; entre lesquels je puis nommer, et avec honneur, M. de Fargues, de qui la maison. est cognue et honnorable dedans Avignon. Si la mémoire ne me trompe, il a esté, en sa jeunesse, des disciples de mon père.
ADRIEN CHAMIEIl, PEUE DE DANIEL. 207
Le sire François Beau, s'il est encore en vie, le cognoissoit aussi fort, familièrement. Qu'on s'en enquière : je le souffrirai très volontiers. Ils trouveront que mon père estoit fils d'un peintre, qui avoit sa maison tout en devant du puits de la Gadène, ainsi le nomme-t-on en Avignon ; que ses premières estudes, après l'humanité, furent pour les lois; que n'ayant toutesfois des moyens assez, il print pour quelque temps une classe au collège d'Avignon, en laquelle il s'exerça quelque temps. Enfin ayant fait un voyage à Rome, avec feu Monseigneur Jean de Saint-Cliaumont, pour lors archevêque d'Aix, depuis père de Saint-Romain (1), et y ayant eu les commencements de la cognoissance des abus, il y profita en sorte, qu'enfin il reçut lettres d'un Synode des Eglises de Provence pour entretenir un petit troupeau, qui se ramassoit tantôt de nuit, tantôt de jour, en des greniers, en des caves, comme on pouvoit. Mais enfin estant trahis par un faux frère, les assemblées estant descouvertes, il falloit quitter la ville, de laquelle il sortit en habit de vendangeur, s'en bannissant tellement, que depuis il n'y a habité, bien qu'il y eût l'accès libre pour aller et venir du vivant du cardinal d'Armagnac et de feu Monsieur Patris, qui l'affectionnoient tous deux. Les choses en vont ainsi à la vérité, quoique Coton clabaude le contraire : de fait, il a esté reçu à la succession des biens de feu son père, ce qui n'eust pas esté s'il eust esté moine, mesme (surtout) dans une ville telle qu'est Avignon. En cecy Coton a procédé d'aussi bonne conscience, comme en ses discours de la .Messe, contre Monsieur Caille, qu'il accuse de la mesme façon d'avoir esté carme, lui qui n'eust de sa vie veine qui y tendist. Ainsi faut-il que ces vains babillards, ces maquignons de mensonge, soient enfin surprins en leurs impostures. 3Iais pourquoi m'en esfonneroi-je, puisqu'il a osé, en son Apologétique, pourmener Bucer par toutes les sectes du monde, le faisant Turc et Juif? 11 n'y a que Dieu qui puisse clore cette bouche infâme, nourrie à blasphèmes contre Dieu, nourrie à blasmes contre les hommes. Je lui désire toutesfois plus de grâces qu'il n'en mérite, afin que quelque jour nous puissions dire : En voicy un qui a esté et jésuite, et mauvais jésuite, mais maintenant il est chrestien et bon chrestien. »
158 ff. — Reprise de llontélîmar. — Page 87.
On ne sait guère d'Adrien Charnier que ce qui vient d'être rapporté. Est-ce à lui ou à son fils Daniel, alors âgé de vingt-deux ans, qu'il faut rapporter ce
(1) On a vu ci-dessus (p. 83 ligne 29, et p. 87 ligne 19) que Henri IV dit avoir connu Adrien Charnier à la suite de M. de Saint-Romain, et que ce dernier était le parrain de Daniel.
passage de V Histoire nniverselle de d'Aubigné (Ed. de 1620, t. III p. 34) : « Le l" jour d'aoust 1387, Montélimar ayant esté surprise parles catholiques, Le Poet, Blacon et autres accoururent pour secourirle chasteau, où desjà Vachère avait jeté ceux de Vivans ; et puis s'estant trouvé le dix-neuvième jusques à deux cents hommes de main et neuf cents harquebusiers, encore qu'ils eussent à faire à deux cent cinquante gentilshommes qui travailloient par barricades à mettre la citadelle dehors; les secourants s'estant touchés à la main, api'ès la prière du ministre Charnier, qui servit de harangue, Chambaut donnant à la main droite, et le Poet à la gauche, franchiront les barricades, et, après une grande résistance, vinrent à bout de tout contre toute apparence. »
Si c'est du jeune Daniel Charnier qu'il s'agit en cette circonstance, on voit qu"il aurait préludé de bonne heure au rôle qu'il devait être appelé à jouer trente-trois ans plus tard au siège de Montauban.
] 594-1596. — ILcs Tîugt pasteurs flésignés par le Synode de lloutanbau. — Page 191.
Quick a l'ait une double confusion. Ce n'est pas le Synode de .Montpellier, tenu en 1598 (1}, mais bien celui de Saumur, en 1396, qui dans son article 1 1 des Actes généraux porte que 1° le nom de M. Baron est rayé de la liste dressée par le précédent Synode (de Montauban) ; et 2° que M. De Serres est mis au lieu de M. Charnier. Ici et dans son Synodicon (t. I, p. 180) Quick a traduit ce dernier paragraphe à contre-sens, faisant remplacer De Serres par Charnier, tandis que c'est l'inverse. Il n'est point rendu raison de cette substitution : elle fut peut-être motivée par l'absence prolongée de Charnier, alors membre actif de l'assemblée politique de Loudun et prenant une part active aux premières négociations de l'Edit de Nantes.
L'article 30 des Actes généraux du XIII^ Synode national, tenu à Montauban, en juin 1394, était ainsi conçu :
'( Le présent Synode remercie 31. Béraud, M. Rotan, et les autres pasteurs de tout ce qu'ils ont fait pour maintenir la vérité dans la conférence teime à Plantes avec le sieur Du Perron et autres théologiens de l'Eglise romaine (2); il approuve aussi entièrement la conduite qu'ils y ont tenue, et
(1) De Serres mourut cette même année,
(2) On sait à quoi s'en tenir sur ce simulacre de conférence, digne prologue de la comi^die de Saint-Denis. Mais nous devons citer ici un mol que nous trouvons dans un des ouvrages de Charnier, et qui montre quelle opinion il avait de ce qui fe jiassa h Mantes. Parlant de l'argument catholique de l'insuftisance de l'Ecriture sainte sans la tradition, il dit que « Du Perron s'opiniastra que ce « fust la thèse de la Conférence (je ne sais si ce qui fut fait mérite ce nom), en «la ville de Mantes.» (De la Vocation des Ministres en l'ErjUse réformée. La Rochelle, lo'J8, in-12, page 12.)
lo94-96. uNrox de mantes. 209
ratitic les offres qu'ils ont faites de continuer ladite conférence, sous le hon plaisir et commandement de Sa Majesté; et pour cet effet ledit Synode a nommé vingt et un pasteurs, entre lesquels on en choisira douze pour entrer en conférence avec ceux de l'Eglise romaine, afin que les provinces en étant averties et les agréant, ils se tiennent prêts pour ladite conférence. Et au cas que lesdiles provinces voulussent en choisir quelques autres au lieu de ceux que le Synode a nommés, elles le feront promptement et en donneront avis auxdits sieurs Béraud et Rotan {qui étaient les modérateur et vice-modérateur du Synode).
« Les pasteurs qui ont été nommés sont : MM. Rotan et Pacard, pour la Saintonge;— 31. Couet, pour la Bourgogne; — 31. Charnier, pour le Dauphiné; — 31. Gigord, pour le Bas-Languedoc; — 3L Cazenove, pour le Béarn; — 30L 3Iolans et Ricotier fils, pour la Gascogne; — 3L de Beaulieu, pour l'Isle-de-France ; — 31. de Saigues, pour la Touraine; — 31. Daneau, pour le Haut-Lenguedoc; — 3L Constans, pour le Lyonnais; — 3L Baron, pour l'Angleterre ; — 3L De La Paye, pour Genève ; — 3L De Lestang- Gaudion, pour le Poitou ; — 3L de Chambresse, pour la Bretagne ; — 3L La Noue, pour l'Anjou ; — 3L)L Béraud et Gardési, pour la Haute-Guyenne ; — 3L De La Brosserie, pour la Normandie; —3L Junius (ou Du Jon\ pour Leyde(lj.
lâOJL-lâOG. — Union de liantes. — Page 193.
L'article 24 des Actes généraux du Synode nationa de 3Iontauban (juin 1394} était ainsi convu :
" L'union faite dans l'Assemblée de 3Iantes [de 'lo93j sera jurée par toutes les Eglises, en corps de ville, au temple, selon qu'il sera trouvé plus convenable. »
L'article 29 des Actes généraux du synode national de Saumur (1596}, portait :
'< Les Eglises sont exhortées d'observer étroitement, en toutes choses, l'union qui a été faite à 3Lintes par les députés des Eglises de ce royaume, et elles seront informées par nos députés combien elle leur est utile et nécessaire : c'est pourquoi les Eglises qui ne voudront pas se conformer à ladite union seront fortement censurées. »
\i) wmcK ^i. 1, [). jbb uii sjjnouicjn), ne pane queue vingi ministros désignés; mais il dit en note qu'une de ses copies manuscrites du Synode portait aussi le nom de M. De Serres au lieu de celui de Cbamier ; ce qni s'expliquerait par la substitution du premier à celui-ci, ordonnée par l'article 12 du Synode suivant. — Nous avons rétabli ici, d'après la Fiance protestante, plusieurs des noms de la liste qui ne sont pas moins estropiés dans le recueil d'Aymon que dans celui do
i2IO APPENDICE A LA VIE.
1598. — I>es ministres De Sierres^ Rotan, De llorla!» et De Vaux. — Page 193.
Dans son Synodicon (l. I, p. 174), au chap. ^'' des Actes du Synode de Saumur (juin 1596), Quick avait déjà imprimé ce qu'il dit ici de ces trois ministres. Voici le passage :
« Je dois, au sujet de iM. Rotan, faire une observation qui se trouve avec détail dans 1' Histoire universelle de d'Aubigné (liv. IV, chap. 21, et liv. V, chap. 2). Rotan et un nommé Morlas, qui plus tard abjura, avec De Serres (!) et Cayer, les apostats, et De Vaux, ministres, trouvant que l'Eglise réformée n'offrait point assez d'avantages, projetèrent, en vue de leur avancement particulier, la réunion des deux religions, la protestante et la romaine. Ils communiquèrent leur dessein au sieur de Sancy (celui qui depuis se tit papiste), à Du Fay, petit-lils du chancelier de l'Hôpital, à Benoît, curé de Sainî-Eustache, à Du Perron, évèque d'Evreux, au docteur Chauveaux et à Héranger, moine dominicain, ainsi qu'à l'archevêque de Bourges, Rotan se lit députer avec quelques autres vers le Roi, étant alors à Mantes, en 1593, et là, il s'engagea, au moyen d'une conférence publique, à trahir la cause de l'Eglise réformée et à la livrer à ses adversaires. 3Iais quand on fut sur le terrain, soit que par vanité il ne voulût pas avoir le dessous, soit remords de conscience, il se retira, prétextant une maladie. Béraud, pasteur de l'Eglise de Montauban entra en lice, à sa place, et maintint énergiipiement la vérité contre ses antagonistes, sur la question de la suffisance des Ecritures. De Vaux, qui s'étoit retiré avec un billet de 2,500 livres, et deux autres d'une somme moins considérable, fut saisi de trouble et d'horreur de lui-même, n'ayant de repos ni jour ni nuit, et eu proie à ces angoisses de conscience, il découvrit le complot dans lequel il avoit trempé, à plusieurs personnes de (pialité, en protestant de son repentir et s'écriant que Dieu auroit pitié de son âme, malgré l'énormité de son crime, car il mourroit de mort soudaine;
ce (jui arriva en effet le dimanche suivant D'Aubigné rapporte que De
Vaux s'en ouvrit à lui avec beaucoup de soupirs, et qu'après avoir confessé son crime détestable il lui délivra les trois billets, qu'il rendit à ceux à qui ils appartenoient, après la mort des susdits apostats. »
Aymon a aussi reproduit ce passage de d'Aubigné (t. I, p. 211).
Au sujet de De Serres et de Rolau (pu se trouvent ici mis sur la même ligne que le traître De Vaux et les apostats Morlas et Cayer, nous devons faire quelques observations (1). « De Serres, dit Senebier {Hist. litt. de Genève, t. Il, p. 103) a eu des ennemis; je ne sais s'il les a mérités; mais il
(1) En note à l'article 14 du Synode de Sauinur (t. I, p. 180 du Sijnodicon), Quick dit encore que De Serres fut soupçonné de faire les affaires des papistes, tnais que sa mort empêcha de procéder à son (?gard.