LETTRE DU SYNODE DE GERGEAU A CASAUBON
Cour, et que pour les nommer Sadite Majesté leur permettait de s'assembler, il a été résolu de supplier Sa Majesté de trouver bon que ladite Assemblée se fasse à Sainte-Foy le 15'' jour d'octobre prochain, à laquelle les provinces enverront des députés, chargés des mémoires des Eglises de leur département.
Telle fut l'origine des députés généraux des Églises réformées. Nous avons trouvé aux Archives impériales (K. 107, n° 20) un original du cahier des « Plaintes et remontrances qvefont en toute humilité au Roy ses très humbles subjets et serviteurs de la religion réformée, par le sieur d'Odenoud, le député, déjà lesquelles avaient esté cy-devant présentées par les sieurs Charnier et de Maravat, députés du synode national tenu à Gergeau. » On voit par cet intitulé que les 68 articles de ce cahier avaient été laissés sans réponse, et qu'il avait fallu les renouveler. Us furent enfin examinés au conseil du Roi tenu à Paris le 18 septembre 1601, et les décisions royales portent la signature de Bellièvre.
L'Assemblée générale ajournée à Sainte-Foy s'y réunit au mois d'octobre, sous la présidence du comte de Jarnac et de Béraud, ministre de Montauban. Chamier en fit partie. Saint-Germain et Mercier Desbordes furent nommés députés généraux.
1601 (mai). — I^ettre du Synode national de GergeaN à Casaubon. — Page 195.
L'article XXIII des faits particuliers du Synode de Gergeau porte que « la Compagnie, ayant reçu des lettres de M. Casaubon, a résolu de lui faire réponse, pour lui témoigner la joie qu'on a eue de sa constance pour la religion , et pour l'exhorter à persévérer toujours de même. »
Nous avons trouvé dans le tome XVI de la collection Dupuy, aux manuscrits de la Bibliothèque impériale, une copie de la lettre écrite par le Synode, en exécution de cet article. Elle porte la signature de Chamier, mais il est aisé de voir qu'elle n'a pas été rédigée par lui : elle est de la main de Josias Mercier, le célèbre hébraisant, qui tenait mieux la plume lorsqu'il's'agissait d'écrire en latin ou en grec. Cet échantillon du] style d'un homme d'ailleurs si habile fait ressortir le mérite de Chamier, maniant si dextrement, comme on l'a vu, sa langue maternelle, tout en se servant de l'idiome grec ou latin, de manière à mériter l'éloge d'un juge tel que Scaliger.
Les pasteurs et anciens des Eglises orthodoxes de France, assemblées en Synode, à M, Isaac Casaubon, très docte personnage. Salut de par Dieu en Jésus-Clirisf {\).
« Parmi nos très graves occupations et soucis, Frère bien-aymé, ce très grave témoignage porté par vos lettres touchant vostre constance etlavraye religion nous a esté merveilleusement agréable. Et tant s'en fault que la gravité d'ioelle qui surpèse la très fausse rumeur qu'on a fait courir de vous, ait aucunement relardé le cours de nos affaires, qu'au contraire ce nous a esté un pressant csperon avec nostre joye commune pour les poursuivre avec beaucoup plus d'allégresse. Car, comme dit saint Cyprien, la joye ne souffre point de delay. Nous nous esjouyssons doncques d'une extrême joye avec les Anges, qui sans doute s'esjouissent au ciel tant à l'occasion de la repentance des pescheurs, comme de la persévérance des saints, et sommes infiniment aises de la grâce de Dieu qui nous a esté donnée en Jésus-Christ, de ce que vous estes riche de toutes choses en luy, tant de tous ornements de discours et de toute connoissance que singulièrement d'une inébranlable fermeté en la foy. Car cependant que plusieurs s'offensans de peu, vous passez oultre et avancez en la pie doctrine de docte piété, vous ne manquez de rien que Dieu gratifie, et Dieu mesme, auteur de toute grâce, vous aftermit, renforce et fonde tellement, que ce que saint Paul disoit jadis des Thessaloniciens se peut vraiment dire de vous ; ne cessez d'estre patron de constance à tous croyans de nostre France, comme ils estoient en ;Macédoine et Achaïe. Ce bon Dieu soit éternellement loué que selon ses inépuisables trésors de miséricorde, il vous a si fermement enraciné et fondé en sa charité, qui est et la racine et le fondement de nostre salut, qu'il ne vous a jusqu'à présent laissé ny ne vous laissera jamais emportera l'erreur des pervers ny en dehors de vostre propre fermeté. Car les dons de la vocation de Dieu sont de telle qualité, qu'il ne s'en peut repentir. D'ailleurs vostre lettre de la vie que vous avez vescu par cy-devant nous est un très radicable tesmoin et très fidèle juge de vostre constance et fermeté. Ainsy doncques absurde et sans apparence a esté la crainte de ceux qui ont eu peur que ne vinssiez à renier la pure religion. Et comme nous espérons qu'avec la grâce de Dieu vous ne tromperez jamais l'espérance que nous avons conçue de vous, ainsi ne doutons-nous point au contraire que Dieu, père de miséricordes, comme il a desjà trompé, ne trompe aussy toujours
(I) La lettre de Casaubon, écrite en latin, dont le même volume de la Colli;Clion Dupiiy cuntienl aussi une copie, porte ce titre : Pati iLus summe reverendis Ecclaiarun) ortliodoxanun , Pastorihus ad Synodum Geryianœ congreyatis, Is. Casaubonus S. à Deo Opt. M. precatur. tlle est datée de Paris, la veille des nones de mai 1601.
1601. LETTRE nu SYNODE DE GERGEAU A CASAUBON. 260
ceste crainte, très faulx augure. Nous laissons passer sous silence les mensonges que nos adversaires ont très confiJemment controuvés de vous. Desquels il fault que les archivistes, attendu que dès longtemps ils ont passé les bornes de vergogne, soient entièrement impudens. Ces malencontreux, ou plutost persécuteurs de la vérité, entièrement espuisés de pudeur, hardis à controuver quoy que soit, qui vivent et en mensonge et de mensonge, (juand ils escrivent de vous choses si clairement fausses, inscrivent leur impudence; mais il faut certes blasmer le précipité jugement d'aucuns des nostres, et leur trop grande crédulité, plus aprochant de cruauté que de charité, laquelle n'est ny soubçonneuse ny ne pense mal, comme dit l'apostre, ains plustost croit tout, espère tout. Consolez-vous toutesfois au Seigneur en vostre conscience, théâtre de mille tesmoius, et la pic fin et espérance que nous avons tous de vostre persévérance. Sur tous tant que nous sommes s'il y a quelque chose* de véritable, de vénérable, de juste, de pur, d'aimable, d'heureuse rencontre, de vertueux et louable, nous le pensons, nous l'espérons et nous le croyons de vous, et tant s'en fault que nous estimions ceste ancienne parole se pouvoir dire de vous : « La perche suit le nècjr'ml{\); » qu'au contraire ce dire du Pythagoras vous convient fort bien : « Ne rjouste point du nègr'œil. » Ce sont ceux qui se séquestrent, admirant les personnes pour leur profit, gens sensuels, qui ne sont point possédés de l'esprit. Il se faut abstenir de leur hantise. Voire aucunement excéder comme poilu tout ce qu'ils auront touché. Car il faut mesme iiaïr l'habillement souillé par l'attouchement de la chair. Cependant sauvés par l'erreur rentrant la flamme ce personnage jadis vostre amy qui s'est de luy-mesme cassé des Eglises sans subject. Comment sans subject ? 3Iais méritant très mal d'elles, qui ont très bien mérité de luy. 0 luy misérable qui a racheté par la perte d'une solide félicité la masquée inlelicité de ce monde, et qui périra ensuite, et en sa vue et à sa vue, sinon que finallement il reconnoisse par résipiscence qu'il n'a pas avec la raison perdu le sens, mais plustost sans raison est devenu fol ? Dieu par sa miséricorde veuille avoir pitié de luy, et luy doint la grâce de si bien pleurer ce qu'il a commis qu'il ne connoisse plus chose qu'il faille pleurer; et nous, ù bien-aymés, édifions nous-mcsmes sur nostre très sainte foy, prions par le Saint-Esprit, conservons-nous les uns les autres, en la charité de Dieu, attendons la miséricorde du Seigneur Jésus-Christ en une vie éternelle. C'est le moyen de ne point flotter, et de n'estre point emportés à tous vents de doctrine, mais persister en vérité, comme sur une roche immuable, dessus laquelle l'homme sage bastit sa maison. Voilà non-seulement ce que nous espérons de vous par la grâce de Dieu, mais aussy croyons de vous et le croirons constamment et
(l) Aujourd'hui nigrrjil ou négucily poisson Ihoracique, spare oblade.
nous ellorceroiis suivant nostre authorilé de le persuader aux aultres ainsi que nous en requiérez. Mais voicy que nous vous demandons en vostre eschange que vous nous persuadiez non la parolle, mais l'affection de celuy qui parle estre réelle qui peut vrayment persuader. Ce que nous ne disons pas, comme vous nous estant suspect d'inconstance, mais pour vous exportera vous imiter vous-mesme, et presser vous-mesme vos vestiges. Courage doncques et croissez en vertu et piété, bandez tous vos esprits à l'advancement de la gloire de Dieu , préparez-vous à finalement enfanter ceste spirituelle créature, laquelle nous croyons que dès longtemps vous travaillez à produire, à ce que l'ayant mis au monde vous en triompliiez de joie au Seigneur, par l'ayde duquel il adviendra que la vie de ce divin enfant engendrera la mort de ces calomnies, filles du diable. Adieu, frère bien-aymé, et, sans chopper du pied, hastez-vous de gagner le but.
« A Gergeau, le 21 may 1601.
n George Paccard, modérateur du Synode.
« Beauiieu, assesseur.
« CiiAMiER, secrétaire.
'< JosiAS Mercier, esleu pour escrire. »
On sait que l'excellent Casaubon fut souvent accusé de chanceler en sa foi, et que s'il ne succomba pas, ce ne fut point faute d'être harcelé tantôt par les uns, tantôt par les autres. (V. Bull, de la Soc. de l'Hlst. du Protest, franc., t. II, p. 255.) Un an après cette lettre du Synode, Du Fresne- Canaye, qui avait été son intime ami et qui l'avait profondément navré par son apostasie (1), lui écrivit (juillet 1602) de son ambassade de Venise une longue lettre latine, dans laquelle il le pressait de suivre son exemple. Casaubon crut devoir, pour son apologie, communiquer cette épitre à plusieurs amis, notamment à M. de Buzanval, ambassadeur du roi en Hollande, et à Scaliger, avec la réponse qu'il avait faite à Du Fresne-Canaye. Voici ce que lui répondit, à ce sujet^ Buzanval (La Haye, 5aoùt 1 602) : « M. Du Fresne « se montre fort acharné sur vostre pauvre âme, de la vouloir sacrifier au " Dieu auquel il a donné la sienne. Je crois qu'il voudroit bien que le nom « de Casaubon donnât plus de lustre à sa désertion... Vous savez que nuls « sacrifices ne se fesoient sans sel : il voudroit possible que vous fussiez « le sel du sien qui autrement est assez insipide à plusieurs... » (Mss. Dupuy, t. XVI.)
(1) Voir ci-dessus, page 237.
1602. CONFÉKENCE UE MEVSSE AVEC LE jÉbUllE BUOSSAKD. 271
1602 {?). — Conférence de Meysse avec le jésuite Brossard.
— Pages 111, 199.
Nous avons sous les yeux un volume de 64 pages in -8", auquel manquent malheureusement les 12 premières; comme il nous a été impossible d'en trouver aux bibliothèques de Paris un seul exemplaire, et qu'il n'en est fait mention par aucun bibliographe, nous sommes, à notre grand regret, empêché d'en donner le titre. Nous lisons seulement, à la page 57, un résumé qui est intitulé Le raccourci de la dispute de Meysse, aux jésuites de Tournon ; d'où nous concluons que le titre du volume même est vraisemblablement Dispute de Meysse^ et nous voyons qu'en eifet il s'agit du compte rendu d'une controverse qui avait eu lieu à Meysse, en Vivarais, sur les bords du Rhône, entre Chamier et un jésuite de Tournon, nommé Brossard. En voici les dernières lignes : " 0 jésuites, apprenez de vous connaître vous-mesmes. Cessez de tant braver, de tant contrefaire, par votre morgue, les invincibles Rodomonts. Ou si vous voulez maintenir vdstré réputation, et estre toujours appelés Révérends Pères à double rebras, imitez ces Rois qui ne se veulent laisser voir au commun... 0 révoltés, apprendrez-vous point quelque jour de recognoistre qui sont ceux à qui vous devez vostre perversion? ceux à qui vous êtes redevables de la ruine de vostre conscience ? »
On voit que cette relation est de la plume de Chamier : il s'y fait parler lui-même. Elle est du reste imprimée d'une façon assez incorrecte, et la discussion n'a ni l'importance ni l'intérêt de celle de Nimes. Pourtant, la page 43 (celle qui ouvre notre exemplaire mutiléjnous laisse apercevoir que de notables personnages y assistèrent. « MM. de Chambaud, de Blacons, de Pampelone, gentilshommes qualifiés, et un sieur Dillaire, furent nommés pour modérateurs de l'action... Les secrétaires furent le sieur François Murât, estudiant en théologie, et pour les autres, le sieur Deschamps. » Nous apprenons en un autre endroit que Brossard était préfet des études au collège de Tournon, et qu'il était assisté du père Boitte, professeur en théologie au même collège. « Brossard portoit la parole; Boitte lui servoil ordinairement de protocolle. »
Un point qui nous fuit totalement, c'est la date de cette conférence. Nous avions espéré que le nom du jésuite Brossard nous serait une clef, et qu'en cherchant son nom dans la Bibliotheca scriptorum Societatis Jesu, nous y trouverions de quoi combler nos lacunes, au moins celles de lannéc; mais nous n'y avons rencdntré que cette mention vague de l'écrit opposé
par Brossard à son antagoniste : « Edidit librum contra Chamîerum ministriim quucum antea disputaverat. Turnoni, apud Claudium Michaelem. » Nous en sommes donc réduit à fixer une date arbitraire et approximative (1).
1603. — Dispute d'Embrnn contre Fenonillet. — Page 199.
Les Jetés de la dispute d'Jmhrun , entre M. Daniel Charnier, ministre de la Parole de Dieu en l'Eglise réformée de Montélimard, et M. Fenouillet, soy-disant Théologal de Gap. Sans lieu, 1603, in-8° de 53 pag.
" Le synode des Eglises du Dauphiné estant assigné à Ambrun au second jour de juillet de la présente année 1603, et les pasteurs venant de tous costés, arrive le mesme jour le sieur Fenouillet, théologal de l'évesque de Gap (2); et le lendemain le sieur Figurât, jacobin : je ne sais si de leur propre mouvement, ou mandés par l'archevesque d'Ambrun (3), comme plusieurs conjecturoient. Tant y a que ces deux personnages, avec un troisiesme nommé le sieur Lagier, curé, se trouvèrent aux Presches qui furent faits le jeudi, vendredi et samedi matin, et firent le premier jour courir quelque propos d'une conférence en laquelle ils désiroient de venir avec quelques pasteurs. Mais comme on ne fit point semblant de les ouïr, tant pour estre un chacun assez occuijé aux affaires pour lesquelles on estoit venu, que pour n'estimer pas que les ouvertures en dussent venir de nostre costé; enfin le vendredi sur le tard, 3Ionsieur de Bonne venant pour se trouver en l'assemblée, y fust accompagné jusques à la porte du logis où elle se tenoil par lesdits trois personnages, de la part desquels il nous dit qu'ils l'avoient prié de dire qu'ils s'esmerveilloient que tant de personnages assemblés ne les recherchassent point; et qu'ils estoient tout prêts à venir à une dispute avec ceux qui voudroient se présenter. Sur quoy on fut d'avis de ne reculer point, ains accepter le défi, et voulut-on (]ue je me présentasse, vu qu'ils m'avoient expressément et entre autres nommé. Cela fut cause que sur-le-champ je dressay un escrit, lequel >I. de Bonne se chargea de leur rendre, qui portoit que j'acceptois la conférence, sous les conditions (lui s'ensuivent. Premièrement qu'il y eust des modérateurs nommés d'un costé et d'autre, qui eussent authorité d'imposer silence à ceux qui feroient
(1) Les savants jésuites de Liéc;e, MM. Alois et Aug. de Backer, à qui nous nous étions aussi adressé, et qui ont mis beaucoup d'obligeance à nous répondre, n'ont pu nous renseigner davantage.
(2) Voir ci-dessus, page 34, ligne 15 et note 3.
(3) Voir ci-dessus, page 52, note 1.