VERS SUR LA MORT DE THEODORE DE BÈZE
de ce que L'Estoile appelle « le grimoire du père Coton; » mais on voit par le récit de Sully que l'exorcisme dont ce grimoire était le programme avait eu lieu environ deux ans auparavant, ainsi que le prêt du fatal volume de Gillot où le malheureux Coton avait oublié son manuscrit, en le lui rendant après un si long intervalle. C'est donc vers l'époque du Synode de Gap, dont on a vu que Charnier était le modérateur et Ferrier le modérateur-adjoint, que le père Coton avait recherché si ardemment, per fas et nefas, le moyen de les induire tous deux en tentation.
1606. — Vers sur la mort de Théodore de Bèze. — Page 109.
I! existe un recueil encomiasiique publié en l'honneur de Théodore de Bèze quelque temps après sa mort, qui arriva le 13 octobre 1603. Il est intitulé : Epicidla, qux clarissimî aliquot vîri, et D. Theodoro Besse charissimi : sicvt et illis ipse Reza vivus charissimus, et mortuns est honoratîssimus : scripsenmt in Ipsius obitum. Genevae, apud Jacobum Chouet. 1606. In-4° (voir France protestante, t. II, p. 271, art. Bèze). Parmi les divers morceaux qu'il contient, en hébreu, en grec (de Casaubon), et en latin (de Jac. Lectins, Johannes Jacomotus, Jo. Chandaeus, Es. Sadeel, Amandus Polanus, Gaspar Waserus Tigurinus, Paulus Stephanus, Anton. Fayus), il se trouve une pièce de quartorze distiques composée par Charnier. La voici :
Theodoro Bezœ Epicidàim.
Cum flerem, aut essem flenti jam proximus, « Ohe »
Spiritus ex alto, «siste, » ait, « bas lacrymas. Quis mortis vis dira tenet, sine flere suorum
Consocianda suis funera funeribus.
Beza Deo in terris vixit, nunc vivit eidem,
Et capit invicta pra;mia digna fide.
Non obit, ast abit hinc, ut cœlo Beza triumphet
Ob gesta in terris prospéra bella Dei.
Gessit enim geminoque hinc inde exercilus hoste,
Militiae exegit tempera justa suae.
Hinc ostentabat rabiem Romana tyrannis,
Quique colunt Latiae ditia fercla lupae Inde lues Germana, novo quae insana furore
Exilio Christum multat in Utopiam.
HcB geminae pestes toto hujus tempore vitae
In Bezam vires exseruere suas :
Beza in eas Verbi vires constantior usque
Contorsit, certus vincere nempe Deo.
El quos conficitis sparsos, horum iste fugavit
Possiaci pugnax agmina densa simul.
Hinc illis iacrymae, hinc iliis quae plurima vivens
Audiit a victis crimina ficta suis.
Nain canis icta, procul latrat, dentesque recludit
Post icluin frustra, nec tamen icta sapit. . Hœc tamen, hœc inter vivens certamina Magnus
Dum vixit, vixit non sibi, sed gregibus. Ergo abiit, fruiturque suis nunc Beza triumphis :
Nempe Deo ut vivat, vivat et ipse sibi.
Daniel Chamierus.
Nous avons aussi relevé à la Bibliothèque impériale l'indication suivante : Fletus ad tunndum Theodori Bezx et anomjmi carmen Daniel Charnier (Z. 2409. Z. T. 373, 18o« pièce). C'est peut-être le même morceau. Nous n'avons pu en avoir communication, à cause des travaux du Catalogue.
1606. — Charnier appelé par la Compag^nie des Pastcars et professeurs de €ieuève. — Page 109.
Grâce à l'obligeance éprouvée de M. G. Heyer, archiviste du conseil d'Etat de Genève, nous avons pu constater les négociations qui eurent lieu en 1606 entre le Conseil genevois et Charnier, (jue l'on voulait appeler soit comme pasteur soit comme professeur en théologie. On va voir qu'il résista à cet appel par attachement à son Eglise de Montélimar.
Extrait des registres du conseil de l'ancienne république de Genève, conservés aux archives de Genève. (Volume de 1606-'! 607.)
Du 12 septembre 1606. (Fol. 204.)
« S'estant fait entendre que le sieur Chamier pourroit venir faire la profession en théologie si Dieu l'y appeloit, selon que plus amplement il en auroit escript à M. Cusin, ministre en ceste Eglise, a esté arreslé qu'on donne charge aux sieurs Lect et Sarrazin d'en communiquer avec les speclables ministres de ceste Eglise, auxquels, par mesme moyen, ils feront entendre de ne pourvoir d'aucun ministre des champs en la place de feu spectable Jean Pinauld. )^
I60C. CHAMIER APPELÉ A GENEVE. 301
Dm 15 septembre 1606. (Fol. 205.)
« Spectables de la Paye et Parrot sont comparus céans de la part de leurs frères, remonstrans que par le décèz de feu spectable Jean Pinauld [mort le 8 du même mois], leur frère, et le grand aage de la plus part d'iceux, ils sont en nécessité de pourveoir d'un pasteur au lieu dudit .Jean Pinauld, prians la Seigneurie d'agréer qu'ils en choisissent un de la ville, d'autant que M. Chauve n'est prest de venir... A esté arreslé qu'on se tient à l'arrest de commission des sieurs Lect et Sarrazin joint le sieur Roset, fait vendredi dernier. »
Du 22 septembre 1606. (Fol. 208.)
« Spectable de la Paye, Boiteux et Prévost sont comparus céans de la part de leurs frères pour représenter à nos seigneurs que ni a point d'apparence que ce qu'on leur a proposé puisse estre effectué au reg'ard des sieurs Diodati et Laurent, parce que telle nomination n'est pas évangélique, mais est contre les pragmatiques sanctions ; mais prient qu'on se règle à la bonne pratique et ordonnances ecclésiastiques ; et le S'' Diodati s'excuse comme aussi le S"" Laurent pour plusieurs raisons qu'ils ont alléguées. Il fut parlé de BI. Chamier, et fust respondu que mal aysément pourroit estre pourveu à ce dont est question qu'est au ministère, non à l'eschole, joint que est bien pressant, et que est survenu des naguères quelque chose à l'Eglise de Dauphiné qui mérite soudaine provision, que s'il est besoing de pourveoir à l'eschole on a le jeune Tronchin qui pourra estre bientost représenté pour estre accepté. Ainsi on sera pourveu des trois professions. Que si l'on veut rendre ceste eschole fameuse, comme ils le désirent, il y
faudroit penser A esté arresté touchant >L Chamier
qu'il soit appelé par les moiens que lesdits Seigneurs commis adviseront avec lesdits ministres. »
Du 6 octobre 1606. (Fol. 221.)
ft Spectable de la Paye, Boiteux et Prévost sont ici comparus de la part de leur Compagnie pour respondre sur ce qu'on les avoit requis d'imposer les mains à spectable Jean Diodati, afin que parfois il peut faire des pres-
ches et pour le fait de M. Chamier Quant au S"" Chamier, qu'on
ne s'en mette pas en peyne, parce que ses affaires ne portent pas de sortir du lieu où il fait service. A esté arresté qu'on les appelle demain céans pour leur remonstrer que Messieurs prennent à desplaisir de voir qu'ils
continuent à contre-cœur opiniastrement leurs volontés Quant au
S"' Chamier, qu'on surçoye encor de l'appeller. »
Du 22 décembre 1606. (Fol. 265.)
« Spectables de la Paye et Boiteux sont comparus céans de la part de leurs frères pour représenter à nos seigneurs comme despuis le décès de feu spectable Jean Pinauld ils ont fait ce qu'ils ont peu pour suppléer à ce default, mais ils se sentent tellement chargés, mesmes à cause de la maladie de speclable Goulard laquelle sera longue, qu'ils n'y peuvent apporter le remède qui est requis, surtout pour la visitation des malades, et prient par ainsi nos seigneurs de ne trouver mauvais s'ils pouvoyent d'un ministre en la ville. A esté arresté qu'on leur responde que 3Iessieurs trouvent bon qu'ils se facent soulager par des ministres des champs qui tireront gage, attendant le retour du S'' Chauve. Et d'autant qu'à ce propos on a parlé du S'' Charnier, lequel s'est fait entendre que quoyque l'Eglise de Die le demande, il n'est point disposé et que s'il faloit qu'il quittast 3Iontélimart qu'il préféreroit tousjours desservir à ceste Eglise. A esté arresté que le S"" Cusin pressente de luy à quelles conditions il pourroit venir. »
On ne voit rien, dans la suite, qui se rapporte à Charnier. Le 29 décembre 1606, le Conseil permit à la Compagnie d'élire un pasteur pour la ville, et le 29 janvier 1607 il fut annoncé que le choix était tombé sur Samuel Perrot, puis on en nomma un autre à sa place.
31. le pasteur Archinard, archiviste de la Compagnie des pasteurs de Genève, a bien voulu nous mettre à même de joindre aux documents qu' précèdent l'extrait suivant des regislres de la Compagnie, qui se rapporte aux mêmes circonstances.
Extrait des registres de la Compagnie des pasteurs et professeurs de Genève.
(Registre D, p. 164.) Lundi, 15 septembre 1 606 : « Pourra la Compagnie recevoir plus de soulagement, aitendant à un nouvel advis auquel 3Iessieurs ont pensé, tant pour l'ornement de ceste Eglise que particulièrement de l'Escole en la pourvoyant d'un nouveau professeur en théologie. A quoy sembloit pouvoir grandement servir Monsieur Charnier, pasteur à présent au Montélimar, duquel la sulfisauce se cognoist par sa réputation, par ses escripis et disputes fréquentes contre les jésuites, si que par ce moyen il pourroit servir à la profession de théologie qui en seroit d'autant plus complette et ensemble au ministère, qui est une vocation très conforme et congrue à la théologie. A quoy toutesfoys Messieurs n'avoyenl voul