‹ 1564-1621, Daniel ChamierChapitre 39 sur 80 · SYNODE DE LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

SYNODE DE LA ROCHELLE

conclurre, sans en avoir premièrement communiqué avec la Compagnie; à ce que si ledit pasteur Charnier venoit, estant requis par Messieurs, ce ne fust contre le gré de la Compagnie ; suyvant la déclaration de laquelle Messieurs se faisoyent forts de l'obtenir, dont quelques-uns estoyent desjà très assurez de son consentement et désir, et ce seroit à luy-mesme d'obtenir congé du Synode. »

IGOG-IGO?. — Charnier appelé à l'Académie de Die^ refusé par le fSynode de lia Rochelle. — Page 113.

« Je trouve, dit Bayle (note D de son article Charnier)^ qu'il avoit quitté l'Eglise de Montélimar l'an 1606, pour aller professer la théologie dans l'Académie de Die. Simon Goulard l'écrivit à Scaliger. Je ne sais point la raison qui l'obligea à retourner à son premier poste. »

Voici ce qu'on lit dans la lettre du sieur Goulard, datée de Saint-Gervais (Genève), le M octobre 1606 : « ... J'ai prié et reprié M- Chamier, de présent professeur de théologie à Die en Dauphiné, de m'envoyer les Mémoires de l'histoire des Albigeois, et ce qu'en a dressé M. Perrin par l'ordonnance du Synode provincial... » {Epîtres franc, à Scaliger. 1624, in-8°, p. 447.)

D'autre part l'article XVI des Appellations au Synode national de La Rochelle, tenu en mars et avril 1607, porte que « sur l'appel de l'Eglise de Montélimar de la résolution prise au Synode de Dauphiné de demander encore instamment M. Chamier pour être professeur à Die, la Compagnie a confirmé ce qui en fut déterminé à Gergeau et à Gap, laissant à ladite Eglise son pasteur et le pasteur à son Eglise; censurant ladite paroisse d'avoir insisté sur cette affaire après la détermination de deux Synodes nationaux. »

1607 (avril). — iiynode de L.a Rochelle. — Page 113.

D'après ce qui précède, il ne semble donc pas que Chamier ait été réellement attaché à l'Académie de Die en 1607.

Chamier n'assistait pas au Synode national de La Rochelle, mais son nom figure encore au chapitre des matières générales, dans les deux articles que voici :

Art. XXV. Ouï le rapport de M. Chamier, le livre intitulé : Elenchus novse doctrinœ sera supprimé.

Art. XXIX. Sur la proposition faite par la province de Saintonge, qu'il serait nécessaire de faire une réponse aux ouvrages de Bellarmin : la Compagnie a chargé les députés du Dauphiné d'exhorter M. Charnier à continuer ce qu'il a commencé sur ce sujet.

Tel fut le point de départ du grand travail, du monument théologique de Chamier dont il sera question ci-après.

1607-1608. — Académie de Die. Projet de translation à llontélimar. Voya«;e de Cliamier à Paris.

Pages 21, 70, 111, 127.

Aux renseignements déjà consignés plus haut (p. 70, 127, 282J, et comme nouvel éclaircissement au Journal de Chamier, nous ajouterons ici que les « Motifs de partage du commissaire de la R. P. R. » (qui se nomme Charles Arbalestier (pièce du 30 mars 1665, déjà citée, p. 282), font mention de lettres patentes de Henri IV, du 12 septembre IG07, enregistrées au parlement de Grenoble le 6 octobre. Par ces lettres, que l'on n'a pu retrouver, le Roi évoquait à lui l'instance des habitants réformés de Die, appelant comme d'abus de la décision du Synode provincial tenu en ladite ville au mois de juin de la même année, lequel Synode avait résolu de transférer le Collège au Montélimar.

De là le voyage de Chamier en Cour. On a vu (note de la p. 282) qu'il agissait activement en toute cette affaire, et avait pouvoir et procuration du Synode.

Le même document vise, en le datant du 13 mai 1608, l'arrêt du Conseil intervenu sur cette instance par suite de l'évocation. Nous l'avions cru du 6 (p. 23). Dans les « Motifs du commissaire catholique » (qui a nom Bochart), il est cité comme portant la date du 13 novembre 1608. Est-ce par erreur, ou bien cette date est-elle celle de l'enregistrement au parlement de Grenoble? On n'a pu nous renseigner à cet égard. Il paraît que l'arrêt ne se trouve pas aux registres du parlement. Toujours est-il que cet arrêt, qualifié de définitif, ordonna « que le contrat du 28 octobre 1604 serait exécuté de point en point, selon sa forme et teneur, et fit défenses au Synode du Dauphiné de transférer le Collège, et aux professeurs et régents de transporter et faire leurs exercices ailleurs qu'en ladite ville de Die, et aux receveurs des contributions et tous autres qu'il appartiendrait de convertir les deniers aflèctés à l'entretennement dudit Collège à autres effets qu'à ceux destinés par ledit contrat, » et « pour une marque qu'il n'y

1607-1608. ACADÉMIE DE DIE. rUOJET DE TRANSLATION. 305

avoit eu aulcune surprise lors dudit arrêt, » étaient visées les diverses pièces ci-dessus indiquées (p. 282),

Le journal du voyage de Clianiier à Paris va du 30 octobre -1607 au 28 mars 1608 (ci-dessus p. 64). C'est donc ici qu'il convient de le mentionner pour mémoire.

Nous ajouterons à ce que nous en avons pu dire plus haut (Introd., p. 1 2), quelques renseignements que nous ne possédions i as alors. Nous les tirons d'une lettre sans date, mais écrite vers 1730 par Mademoiselle Madelaine Charnier, fille de Daniel Charnier et Madelaine Tronchin, à son neveu Daniel Charnier, lettre dont une copie s'est conservée dans la famille :

n Je ne saurois, dit-elle, mon cher neveu, vous apprendre l'origine de la famille Chamier, parce que mon oncle de la Faye s'éloit emparé de tous les papiers de la maison, et coynme il s'étoit réfugié à Fevey, le feu prit à plusieurs maisons oii tout fut perdu, et j'ai seulement ouï dire à feue ma mère, qui avoit une grande vénération pour sa famille, que le premier Chamier dont elle entendit parler s'appeloit Adrien, et étoit né à Avignon dans la religion romaine. Il voyagea avec un de ses amis nommé Brunier, et ils trouvèrent tant de débauches parmi les catholiques, qu'ils prirent la résolution de quitter une religion si corrompue. Ils furent tous deux ministres, et leurs tils jusqu'à la cinquième génération. Adrien Chamier écrit au lils, nommé Daniel, qui a esté ministre à :\lontélimar, et un grand théologien ; il lit un livre de controverse fort estimé, et fut député au roi Henri W. Il fut fort redouté des papistes à cause de son habileté et de sa bonne conduite. Il mourut au siège de Montauban en 1621, et laissa un lils et trois lilies qui furent toutes trois mariées à des ministres. Vous verrez dans la relation du siège de Montauban le cas qu'on faisoit de lui. Il fut tué en 1621 d'un boulet de canon marqué d"un C, après avoir prêché sur ces paroles: «Ils s'en retourneront, comme ils sont venus. » Il dressa le fameux Edit de Nantes... »

Voilà tout ce ijui est relatif à Daniel Chamier : nous donnerons plus loin, et en son lieu, le reste de la lettre. Nous voyons par là quels étaient vers 1730 les souvenirs de la famille sur ses premiers auteurs, Adrien et Daniel, et nous apprenons que le manuscrit du Journal de 1607 a dû périr avec bien d'autres papiers, emportés par de la Faye, dans l'incendie de Vevey. C'est sans doute celui qui eut lieu vers 1692. et qui brûla une partie de la haute ville. Nous y avons, d'après cette indication, fait des recherches sur le séjour de la Faye, qui n'ont amené aucun résultat. Il est encore bien heureux (lu'une copie de l'écrit de Chamier ait survécu.

:i06 APPENDICE A LA VIE.

1607. — 1j' «escapade» de Charnier enTers le connétable de Montmorency.— Pages 28, 30, 35, 59, 261.

Nous n'avons pu trouver dans les mémoires ou correspondances du temps une date plus précise ni un plus ample détail de l'entrevue et de la pique de Charnier avec le connétable de Montmorency, lors de son passage à 3Iontélimar, qualiliée ofikiellement par Villeroy escapade. C'est dommage que Henri IV n'ait pas laissé notre ministre lui en faire lui-même le récit tout au long et à sa manière (V. ci-dessus, p. 33). Il faut nous contenter de ce qu'il en rapporte d'après le dire de La Noue, sans autre observation (p. 29. Cfr. p. 261 et note).

Au lieu A' emportemens (p. 28, note \. ligne 0), il faut peut-être lire comportemens, comme dans Véà'iûon des OEconotnies royales in-1 2 (Amsterdam, 1723, t. IX, p. 393), ou plutôt encore déportemens, mot employé par le roi en en parlant à Chamier (ci-dessus, p. 61).

On sait que Henri IV, bien qu'il plaisantât volontiers son connétable '< qui ne savoit pas escrire, » avait du faible pour lui.

160«. — Rencontre avec d'.<i.ubi«^né. — Projets d'accord des denx relisftons, tie concile national, etc. — Pages 40, 44, 59.

Depuis que nous avons rédigé la note de la page 40, 31. Lud. Lalanne a fait paraître les Mémoires de d'Aubigné, publiés pour la première fois d'après le texte même de l'auteur. Nous y trouvons (page 107) une différence notable avec les éditions de 1729 et 1731 que nous avions suivies dans notre note, et, bien que le texte donné par M. Lalanne doive être bien préférable à la paraphrase de l'ancien éditeur, nous croyons qu'il est ici en faute. Il s'agit du voyage de d'Aubigné à Paris, que cette dernière édition place trois mois avant la mort de Henri IV, au lieu de trois ans. Or, comme c'est en ce voyage que d'Aubigné se rencontre avec Charnier, comme c'est bien aussi à celte époque que nous voyons le roi se préoccuper, ou du moins parler « d'assembler un concile et de réunir ses sujets en une même croyance» (p. 44, 59); comme d'ailleurs Chamier ne revint pas à Paris (que nous sachions) avant la mort de Henri IV (1), il nous parait évident que c'est par erreur qu'on a écrit et imprimé trois mois au lieu de trois ans. Voici le passage de d'Aubigné :

(1) Chamier el d'Aubigné se retrouvèrent plus tard à Paris, et l'année mênoe de rette fatale mort, mais après.

1607. RENCONTRE AVEC d'a'-'BICN 307

« Trois [mois?] avant la mort du roy, Aubigné arrivé à Paris, alla descendre chez M- Du Moulin, on il trouva MM. Chamier et Durant, et quatre autres pasteurs jusques à sept. Ceux-cy luy dirent qu'il estoit venu en un temps où on avoit la tête bien rompue pour l'accord de religion, duquel on niurmuroit plus que jamais, qui estoit signe de quelques nouveaux prévaricateurs gaignés. Sur quoy, ils accordèrent à ce nouveau-venu quelques poinds qu'il leur proposa pour rompre ces traités frauduleux; mais surtout il leur demanda s'ils le soutiendroient en une otîre qu'il avoit pourpensé, c'est de réduire toutes les controverses de l'Eglise aux règles qui se trouvoient avoir esté fermement establies en l'Eglise primitive, jusques à la fin du quatrième siècle et au commencement du suivant. Charnier s'avança de promettre qu'ouy, et ayant esté suivi de tous, d'Aubigné va faire son entrée, trouve le roi au cabinet, qui avant tout autre propos luy commanda d'aller voir Duperron. Estant obéi, le cardinal reçut l'autre avec les caresses et baisements de joues non accoutumés. Ces deux ne furent pas plus tôt assis que le cardinal fit le pleureur sur les misères de la chrestienté, et demanda s'il n'y avoit pas moyen de faire quelque chose de bon. Il respondit : « Non, car nous ne sommes pas bons. »

— Mais, dit Duperron, obligez la chrestienté de faire quelque « ouverture " pour la mettre à un (la réunir) de tant de pernicieuses controverses qui " impartissent les esprits d'un chacun, les familles et ensuite le royaume et '( l'Estat. » D'Aubigné répondit : « Monsieur, les ouvertures sont inutiles là (• où la dernière pièce que vous avez alléguée veut maîtriser sur les doutes " desgrands.» Après plusieurs tels exodes, d'Aubigné s'estant fait presser, s'advança en ces termes :

n Puisque vous désirez que je m'advance outre ma suffisance et ma con- « dition, il me semble, Monsieur, que la sentence de Guichardin se devroit « pratiquer en l'Eglise aussi bien qu'en l'Estat ; c'est que les choses bien or- '■' données venants en décadence se restituent en les amenant à leur pre- « mière institution. Je vous fairois donc une ouverture, que vous qui cou- " chez toujours de l'ancienneté, comme si c'esloil vostre advantage, ne « pouvez refuser; c'est que vous et nous pensions pour lois inviolables les « constitutions de l'Eglise establies et observées en elle jusques à la fin du '( quatrième siècle, et que sur les choses que chacun y prétend corrompues, '( vous, qui vous dites les aînés, commenciez à remettre la première pièce '< que nous vous demanderons, que nous fassions de même de la seconde, « ainsi consécutivement tout soit estahli à la forme de ceste antiquité. » Le cardinal fit de grandes exclamations sur le désaveu que les ministres feroient dételles propositions; à quoi l'autre ayant répliqué qu'il engageoit sa tête et son honneur à les faire valoir, le cardinal, pensif, luy serra a main, disant: « Donnez-nous encore quarante ans, outre les quatre cents

' ans. » — D'Aubigne répliqua : « Vous en demandez plus de cinquante, '( je vois bien que c'est le concile de Chalcédoine ; mettez-nous sur le sujet. » Et ayant concédé la thèse générale : « Nous accorderons ce que vous demandez premièrement, dit-il, car vous n'oseriez accorder à notre première demande l'eslévalion des croix, receue sans diflicultez au terme que vous avez précis. » — (Âubigné) répondit : « Nous les mettrons à l'honneur qu'elles estoient lors, pour le bien de la paix, mais vous n'oseriez, je ne dis pas accorder, mais seulement traicter sur nostre première question qui seroit de restublir Taucthorité du pape au point des quatre siècles et pour cela nous vous donnerons deux cents ans pour vos épingles. » Le cardinal qui avoit esté empoysonné à Romme et en estoit revenu en colère, s'écria qu'il falloit faire cela à Paris, si à Romme il ne se pouvoit.

« Tels propos remis à une autre fois, Aubigné s'en retourna au cabinet, s'arrestant fort peu de temps en chemin, pour parler au président L'Angioys. A l'arrivée, le roy luy demanda s'il avoit donc veu son amy et de quoy ils avoient traicté; luy en ayant discouru, le cabinet estant lors tout plein de grands, il eschappa au roy de dire : « Pourquoy avés-vous dit à M. le cardinal, sur la demande du concile de Chalcédoine, que vous (le) luy donneriez sur le tapys et non pas là? » La response fut (jue « si, après les quatre cents ans concédez, les docteurs en demandoient encore cinquante ce seroit une tacite confession que les quatre premiers siècles ne seroient pas pour eux. » Quelques cardinaux et jésuites, (|ui estoient dans le cabinet, commencèrent à gronder grandement, et le comte de Soissons, à qui il avoit parlé à l'oreille , dit tout hault que tels pernicieux propos ne se dévoient point tenir. Le roy connut (juil les oftencoit, et fasché d'avoir descouvert comment le cardinal avoit envoyé leur privé propos, avant l'arrivée d'Aubigné, il luy tourna le dos et passa en la chambre de la royne... »

160«. — Henri IV vis-à-Tis de ses anciens corelig^ionnaires.

Pages 32, 44, 45, 57.

Nous citerons ici un passage de \' Histoire de la littérature française a l'étranger, de M. A. Sayous, (lui fait parfaitement apprécier les dispositions dans lesquelles se trouvait Henri IV à l'époque où nous reporte le .lournal de Chamier.

« L'établissement de Henri IV sur le trône de France, cet établissement si ardemment désiré par les réformés du royaume et du dehors, n'est pas une date heureuse dans l'histoire de la Réformation française. L'Édit de Nantes, en faisant aux protestants une position politique à part, les con-

Page 1