SYNODE PROVINCIAL A SAINT-PAUL-TROIS-CHATEAUX
damnait à l'hostilité inévitable de la royauté et de ses conseils, de même que le prix auquel Henri IV avait payé sa couronne devait l'aigrir contre ses coreligionnaires. 11 y parut bientôt. La séduction que le nouveau souverain de France employa avec tant d'adresse et quelquefois avec si peu de secret, pour gagner à son exemple ses amis et serviteurs d'autrefois, n'était pas seulement un expédient politique; le roi était bien aise d'infliger ces humiliations à'ces bons huguenots, dont il savait ou devinait les reproches. Les politiques qui avaient exigé l'abjuration du Béarnais avaient bien compté affaiblir par là les réformés; mais personne n'avait prévu quel dangereux ennemi la cause du protestantisme français allait trouver dans le cœur d'un prince tout à l'heure encore son défenseur et son chef. Nulle occasion d'amoindrir les appuis naturels de ses sujets réformés, sans nuire toutefois à sa politique générale, ne fut manquée par le spirituel monarque, et les plus grands adversaires du calvinisme trouvèrent toujours en lui un protecteur secret ou déclaré. »
1608 (aTPil). — Assemblée de cercle feuue à Die. —Page 113.
Le numéro 904 des manuscrits de la Bibliothè(}ue de Grenoble contient les originaux de divers actes d'assemblées politiques (dites assemblées de cercle) du Dauphiné, entre autres de celle convoquée à Die le 20 août au nom de la noblesse de cette province. Le procès-verbal constate que Charnier y assistait, comme pasteur du Montélimar.
1609 (avril). — Synode provincial à Saint-Paul-Trois- Châteaux. — Page 113.
Nous avons trouvé au carton 6 des manuscrits de la Bibliothèque de Genève une lettre du Synode provincial du Dauphiné tenu à Saint-Paul- Trois-Chàteaux le 2 avril 1G09, adressée à la vénérable Compagnie des pasteurs et professeurs de Genève. Elle porte la signature de Charnier, « conduisant l'action. »
1609 (mal). — Syiioile national de Saint-llaixent. — Page 113.
Charnier n'assistait pas au Synode national tenu à Saint-Maixent du 25 mai au 19 juin 1609.
L'article VI des remarques sur le Synode de La Rochelle le concerne et est ainsi conçu : « Ouï le rapport des députés du Dauphiné, touchant les ouvrages du sieur Charnier sur les controverses de ce temps : la Compagnie a loué sa diligence, et est d'avis qu'il achève le Traité qu'il a commencé pour le donner au public tout entier, lui promettant que le Synode national prochain aura égard à ses frais et dépens, pour l'en récompenser. »
1609 (octobre). — Henri IV, Iiesdi;g:uières, Charnier.
— Page 113.
Charnier était, aux yeux de Henri IV, avec Pierre Du i\Ioulin, l'homme important du parti, la personnification du clergé huguenot. On l'a déjà vu par la manière dont il le traite dans ses entrevues de 1607 et 1608. On va le voir encore par le curieux document que nous allons reproduire, et qui, au point de vue du caractère de Henri IV, vient aussi compléter la vive peinture que le journal de Chamier nous en a donnée (1). Nous l'empruntons à V Album historique du Dauphiné (par MM. Champollion-Figeac et A. Borel d'Hauterive. Paris, 1816-47, in-4°, p. 20). C'est un entretien de Henri IV avec Lesdiguières, en octobre 1609, écrit à l'issue par le maréchal. Le Roi avait voulu avoir un tète-à-tête avec ce personnage, dont la reine Elisabeth prisait si fort l'habileté de conduite, et que le duc de Savoie surnommait le renard du Dauphiné. Avec sa suprême tinesse de langage, il passe d'abord
(1) C'est cette peinture que nous avons surtout voulu mettre en relief dans un Mémoire tiistorique que, cédant à de bienveillants conseils, nous avons rédigé et lu à l'Acaiémio des Sciences morales et poliliqiies, le 25 mars 1854. Il a paru dans le compte rendu des travaux de cette Académie, et nous l'avons ensuite publié sous ce titre ; Henri IV et le ministre Daniel Chamier, d'après un Journal inédit du voyage de ce dernier à la Cour en 1G07, fragment d'fiistoire, précédé et suivi de quelques considérations et documents, pour servir à Vétude du caractère de Henri IV, etc. Paris 1854, in-8" de 96 p. — L'accueil qu'a reçu cet essai, soit de la savante Compagnip, soit du public, a été pour nous un grand encouragement. M. Prévost-Paradol, pour qui nous étions un inconnu, a consacré à notre travail, dans la Bévue des Deux Mondes du 15 janvier 1855, un remarquable article de critique historique, digne du brillant esprit qui vient de se faire place avec éclat parmi les publicistes de notre temps. M. Michelet, dans le dernier volume de son Histoire de France, a bien voulu citer notre document, et en faire l'éloge que nous avions surtout ambitionné, celui de peindre au vif et au vrai Henri IV, ()u'il nous soit permis de les remercier ici de leur sympathique adhésion.
1609. HENRI IV, LESDIGL'IÈRIÎS, CHAMIEK. SU
en revue l'étal de la Cour, entrant sur les uns et les autres dans des particularités très piquantes, pour en venir entin à exposer au maréchal des projets qui le concernent et lui faire entendre les services qu'il attend de lui et de sa famille. C'est alors que, voulant faire sentir à Lesdiguières que ses coreligionnaires eux-mêmes ne le tenaient pas pour bien solide en sa foi, il met en avant l'opinion de Du Moulin et de Charnier.
Discours de ce qui s'est passé, le vendredi M d'octobre 1609, entre le JRoy et M. le Mareschal de Lesdiguières, dans la galerie de la Heine, à Fontainebleau.
« Le Roy avoit envoyé quérir M. le Mareschal par le sieur Conchine... Il attendoit mondit seigneur le Mareschal dans la galerie, en laquelle M. le président. leannin entra en mesme temps, lequel S. M. dépescha auparavant que d'entamer le discours... » [Il s'étend d'abord sur ses enfants et divers personnages de la cour; puis venant à Mademoiselle de Vendôme, il dit] : « Que le bruit couroit, et estoit véritable qu'il feroit le mariage de M. de Montmorency avec elle. Qu'il avoit désiré le mariage du marquis de Rosny, mais que Dieu en avoit disposé autrement. Que le cardinal Du Perron lui avoit parlé le premier de ce mariage et l'avoit assuré que le marquis se feroit catholique. Qu'il sçait que ceux de la religion se sont plaints de ce que le Roy estoit curieux de désirer la conversion de ceux de ceste qualité ; mais qu'il respondoit qu'il pouvoit pour le moins avoir autant de liberté que les ministres et autres de la religion, qui souhaitoient tous les jours que les catholiques se lissent de la religion. Que comme roy et comme homme particulier, il avoit deux volontés : comme particulier, il désiroit qu'il n'y eût qu'une religion en tout l'Eslat; comme roy il désiroit la mesme chose, mais néantmoins sçavoit se commander, et mesnje qu'il se servoit des uns et des autres où il falloit, et qu'il en usoit mieux que nul autre... » [Puis, après avoir parlé de M. de Longueville, du duc de Verneuil, dont il a résolu de faire un grand cardinal à Rome, avec cent mille escus de rente, et entin de Madame de Verneuil] : « Pour le regard de Mademoiselle de Verneuil, qu'il avoit désiré de la marier à un gentilhomme; qu'il la vouloit mettre en une bonne maison et accommodée. Qu'il avoit jeté les yeux sur le petit-lils de M. de Lesdiguières; qu'il estoit fils d'un père et d'un grand-père qui avoient du courage. Que S. M. croyoit qu'il falloit mieux honorer un gentiliiomnie ùc son alliance (jue non pas un prince. Que Du ]\Ioulin et Charnier disoient déjà qu'il falloit prendre garde à M. de Lesdiguières et adviser aux moyens qui doit tenjr pour lui oster les places qui sont données en garde à ceux de la religion. Qu'il donnera des charges et des honneurs M M. de Canaples....... Qu'il se voujpit du tout lier en ^|. le l\Iareschfd et
312 ArPENWCE A LA VIE.
lui lesmoigiier l'honneur de ses bonnes grâces Qu'il ne parleroit point
de la religion, et qu'il y avoit de la différence au faict de M. de Sully, à la proposition qu'il faict maintenant, parce que le cardinal Du Perron luy en avoit parlé le premier, et qu'icy c'estoit luy qui en parloit. Qu'il ne désiroit point que M. de Sully en sceùt rien, parce qu'il auroit de la jalousie et qu'il voudroit donner conseil à autruy qu'il avoit pris luy-mesme.
« 31. le Mareschal remercia le Roy, luy disant que ny Madame la comtesse, ny M. de (Iréquy, ny luy, n'eussent eu garde d'espérer un tel honneur, et qu'en un mot le Roy avoit tout pouvoir de leur commander et qu'ils obéiroient à toutes ses volontés. >■
1610 (juin). — Synode provincial du Dauphiué tenu à Embrun. — Page 113.
Nous voyons par l'article XXIII des Matières particulières du Synode national de Privas (1612) qu'un synode provincial se tint à Embrun le 17 juin 1610, et que Chamier en fut le modérateur adjoint.
1610 (Juin). — Chamier à Paris après la mort de Henri IV. —
Page 119.
On ne l'a pas remarqué jusqu'ici, mais c'est évidemment Chamier que désigne un passage du Journal de l'Estoile (juin 1610). Nous le retrouvons ainsi en face du père Coton, et très reconnaissable à son attitude et à son langage, dans les graves circonstances qui suivirent la mort de Henri IV.
<( Sur la fin de ce mesme mois [juin 1610], arrivèrent à Paris les principaux seigneurs, gouverneurs et capitaines des places que commandoient ceux de la religion en Poictou, Xaintonge, Angoumois et Languedoc, pour prester serment de fidélité au nouveau roi et à la roine régente sa mère. Ce qu'ils firent sans exeeption aucune ni réservation, fors de leur édit, auquel ils supplièrent Leurs !\Iajestés les vouloir entrenir.
<■ M. d'Aubigné entre les autres, gouverneur de la ville de Maillezais en Poictou, brave gentilhomme et docte, parla fort et se fist ouïr au conseil; dit qu'ils esloienl d'une'religion en laquelle, comme en beaucoup d'autres, ni pape, ni cardinal, ni prélat, évesque, ne quelconque autre personne, ne