LES RÉFORMÉS APRES LA MORT DE HENRI IV
les pouvoit dispenser de la subjection naturelle et obéissance qu'ils dévoient à leurs rois et princes souverains, laquelle ils reconnaissoient leur estre légitimement et absolument deue, selon Dieu et sa Parole.
« Ce fust ce gentilhomme qui dit au feu roy, lorsqu'il fust blessé par Chastel à la lèvre, que de sa lèvre il avoit renoncé à Dieu, et pourtant que Dieu l'y avoit frappé; mais qu'il prist garde à ce que le second coup ne fust point au cœur. Parole trop hardie d'un subject à son roy, voire criminelle et capitale à tout autre qu'à d'Aubigné, auquel Sa Majesté, pour ce qu'il l'aimoit, avoit donné liberté de tout dire et ne trouvoit rien mauvais de lui : aussi qu'il lui avoit commandé à l'heure de lui dire librement ce qu'il pensoit de ce coup. Sur quoy il lui fit la response d'un vray et franc hugenot, et toutesfois un peu bien esloigné, ce semble, de ce grand respect et obéissance qu'ils protestent de rendre à leurs rois.
« Les autres seingneurs et gentilshommes députés de la religion tindrentlemesme langage à la roine et au conseil que cestui-ci; et parlèrent tous fort librement; 5î/r/o«/ nn du Daiiphiné, qu'on disait estre ministre, lequel en présence du père Cotton, appuie sur le manteau de la cheminée de la chambre du conseil, sembloit vouloir instruire un procès contre lesjésuistes, lorsqu'il ditque les escrils de quelques-uns dece temps, qui avoient dénigré de la puissance légitime et auctorité souveraine de nos rois, pour l'assujétir à une simplement spirituelle qui n'y avoit que voir et controller, avoit causé la mort de ce grand prince, et en causeroit à l'avanture d'autres, si on ne donnoit ordre de les réprimer.
«Tel ou semblable fust le sommaire des harangues de ceux de la religion au conseil, que la roine accueillist bénignement, et les contenta prou de paroles et belles promesses; si qu'ils s'en retournèrent fort satisfaits de Sa Majesté et de sa cour, où toutefois ils sçavoient bien qu'ils n'estoient tant aimés que craints. »
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Dans sa conduite à l'égard des Réformés, « Henri IV, dit Benoît (1), était quelquefois arrêté par une considération politique, quand les jésuites et les catholiques de leur parti lui avoient rempli la tête des craintes d'une cabale toujours prête à éclater, toujours disposée à recueillir les mécontents et à
(1) On n'a jamais, même chez les protestants, rendu assez entière justice au mérite de ce véridique auteur, qui a si bien mérité de l'histoire et de la postérité. Aussi avons-nous été heureux de voir M. Michelet citer et apprécier dignement « ce grand et important ouvrage, tiré entièrement de pièces originales. » {Henri IV et Richelieu, page 466.)
leur donner appui, toujours maîtresse du gouvernement par le nombre et la qualité des places d'otage, par le crédit des seigneurs qui entroient dans cette union... D'ailleurs on faisoit une grande affaire à ce prince de souffrir cette confédération d'une partie de ses sujets entre eux pour leur propre conservation, comme si elle avoit été contre son autorité et qu'elle eût formé un Etat dans son Etat, ayant ses villes, ses lois, ses intérêts, sa politique contraires au bien du royaume. Le Roy, qui étoit vit, colère et jaloux de sa grandeur, se laissoit prendre aisément à ces ombrages; et il laissoit alors échapper souvent des paroles qui faisoient croire qu'il trouvoit déjà les Réformés trop grands et trop redoutables pour leur accorder rien de nouveau. Mais il revenoit de ces petits emportements, aussi aisément qu'il s'y étoit laissé aller. Ses ressentiments n'étoient que des éclairs... Toute sa colère s'évaporoit par une parole aigre et menaçante...
« 31ais tout d'un coup les choses changèrent de face par la mort imprévue du Roy... Une minorité, une régente italienne, de vieux ligueurs ou des jésuites tout-puissants dans le coqseil, une reine vindicaj-ive, qui se croyqit offensée et qui se laissoit gouverner par des étrangers... Les Réformés se trouvoient à la discrétion d'un Conseil malintentionné, où leurs anciens ennemis étoient les plus forts, et où régnoit la cabale étrangère, qui faisoit rouler tous ses desseins sur la ruine des protestants. D'ailleurs ils ne dqutoient pas que la politique italienne, qui fait de la fraude et de la perfidie ses principales colonnes, pe dût prendre bientôt le dessus à la Cour, et que la bonne foy ne fût réduite à servir de masque pour surprendre la crédulité
des peuples La chose parloit d'elle-même, et parloit si haut que pouvoit
être entendue des plus sourds ou des plus stupides. C'est pourquoy on vit entrer dans le dessein d'une union défensive les plus sages, les plus modérés, les plus paisibles, qui avoient accoutumé dans les autres occasions de recommander surtout la paix et l'obéissance
« Prétendre que c'étoit un crime aux Réformés qui avoient tant souffert, et qui se voyoient assiégés de mille terreurs légitimes, que de renouveler leur union, de tenir des assemblées, de présenter des requêtes, c'est sans doute tomber dans une fyrappique absurdité ; comme si on accusoit un malheureux d'avoir violé les lois de l'Etat, parce que se voyant menacé de tomber dans une précipice, il auroit cj-ié au secours, ou se seroit saisi des premières choses qu'il auroit trouvées en son chemin, pour arrêter la violence de sa chute Le succès des artifices dont on se sefvit ppur amuser
les Réformés ayant donné courage à leurs ennemis, on en vint justju'à se moquer d'eux ouvertement, et à violer sans pudeur les promesses les plus solennelles. On voit cela fort au long dans l'histoire qui rapporte la disgrâce du duc de Sully, les illusions faites à l'assemblée de Saumur, la division jetée entre 'les Réformés, les résolutions des Etats, les mariages