‹ 1564-1621, Daniel ChamierChapitre 42 sur 80 · I6H . ASSEMBLÉE GENERALE DE SAUMUR · texte numérisé non relu

I6H . ASSEMBLÉE GENERALE DE SAUMUR

accomplis entre la France et l'Espagne, et toutes les autres choses qui pouvoient entretenir de légitimes méfiances... » {Ilist. de l'EcUt de Nantes, t. II, préface passim et p. 4.)

Voici ce qu'on lit au début du Discours, touchant ce qui se passa en l'Assemblée politique de ceux de la, religion prétendue réformée, tenue à Saumur, l'an \Ç>\\ (Bibl. Mazarine, Mss. 1501 G) :

« Aprèsja mort du feu Roy de très glorieuse mémoire, ceux de la religion n'eurent chose plus recommandée que de s'humilier soubs la main de Dieu qui avolt frappé si rudement ce royaume, et en tesmoignant par leurs regrets le ressentiment de la perte d'un si bon et grand prince tesmoigner leur entière dévotion au bien du service du Roy et de la paix de l'Estat. Pour cet effet, toutes les provinces s'assemblèrent, poussées d'un même esprit, quoyqu'elles n'eussent pas concerté ensemble sur ce point, et envoya chacune ses députés en cour pour protester à Leurs Majestés de leur humble fidélité et très humble obéissance (1). De quoy elles eurent tel contentement et satisfaction, qu'elles daignèrent asseurer de leur protection et bienveillance leurs très hunil)les subjects de la religion... »

1611 (mai). — Assemblée géuérale de iiaiimiir. — Chamier secrétaire. Rôle qu'il y joue. Hlachinatious tloiit il est l'objet. — Pages 119, 1-23, 195.

Par brevet du Roi donné à Reims, où il se trouvait à l'occasion de son sacre, le 15 octobre 1610, les Réformés avaient été autorisés à convoquer une assemblée générale pour le 28 mai 1 61 1 , à Cliàtellerault. Cette ville était dans le gouvernement de Sully, et ce seigneur ayant sur ces entrefaites été mécontenté par sa destitution des charges de surintendant des finances et de capitaine de la Bastille, on craignit son influence, et par suite des intrigues du duc de Bouillon, qui voulait être élu président, un nouveau brevet du 2 mai 1611 transféra ladite assemblée à Saumur, sous prétexte de plus grande commodité. Elle s'y ouvrit le 27 du même mois, au nombre de soixante-dix députés, dont trente gentilshommes, vingt ministres, seize du tiers état, quatre délégués de la ville de La Rochelle, représentant quinze provinces et le Béarn, et en outre le maréchal de Lesdiguières, les ducs de la Trémouille, de Bouillon et de Sully, appelés par lettres spéciales, et les députés généraux de Villarnoul et de Mirande. Le duc de Rohan était député pour la province de Bretagne.

(l) Voir ci-dessus, page 312.

« Après riiivûcation du nom de Dieu, lit-on dans les Actes, furent choisis par la pluralité des voix des provinces, pour modérateur M. Du Plessis- Mornay, pour adjoint 31. Charnier, pour secrétaire 31. Desbordes. »

« Les députés pour la province de Dauphiué étaient )IM. de .Montbrun et de Champolion, M. Charnier, pasteur de l'Eglise de Montéliniar, et MM. Parât, de Vulson. avec M. Bellujon, envoyé de la part de M. le maréchal de Lesdiguières, lieutenant du Roy en Dauphiné. »

Voici le tableau que trace le Mercure fronçais (t. I, p. 381) des dispositions qui régnaient dans les esprits :

« ... Les uns, tels que le mareschal de Bouillon, le sieur de Parabelle et autres de la noblesse , le ministre Ferrier et autres, estoient appelés judicieux, qui s'accordant à la volonté de Leurs ]\Iajestés, disoient qu'une guerre civile estoit pire que l'on sçauroit avoir en une paix médiocre (1> Ceux-là estoient de contraire avis au duc de Rohan et à ses alliés, à celuy du ministre Charnier, et du plus grand nombre des députés de ladite Assemblée générale tenue l'an passé à Saumur, lesquels demandoient la jouissance de l'Edict de Nantes tel (ju'il avoit esté vérifié, plus que Leurs Majestés accordassent toutes les demandes contenues au cahier de leurs plaintes de Saumur, et que sans demander à l'avenir de permission ils tiendroient de deux ans en deux ans une assemblée générale en telle de leurs villes qu'ils adviseroient, et que les deux députés qui y seroient nommés pour demeurer deux ans près de Leurs Majestés seroient reçus par icelles, sans qu'à l'avenir ils fussent tenus d'en eslire six, pour en estre choisi deux par Leurs dites Majestés. Bre'f, c'estoit vouloir faire comme un petit Estât à part, dans l'Estat de la France. On appela ceux-cy zélés, ou affectionnés, pour ce que dans un manifeste qui courut sous le nom du duc de Rohan, estoient ces mots : Que l'on ne luy pouvoît rien reprocher que l'affection qu'il avoit porté à sa religion et à l'Estat. Aussi estoient-ils blasmés de vouloir esmouvoir une guerre et se servir de la minorité du Roy pour brouiller l'Estat... »

On lit encore dans le Mercure français {ibid. p. 103) :

« Estant arrivé le 14^ aoust (161 1) à Saumur, le sieur de Bullion entra à l'Assemblée le lendemain, où il présenta des lettres de Leurs Majestés, puis fit entendre leurs résolutions, et finit son discours par ces mots : rostre gloire consiste en obéissance.

(1) Cettp phra?e est empruntée à un écrit du temps intitulé : Copie de la lettre d'un de la R. P. H à un autre sur l'Assemblée de Saumur, in-S" de 30 p. 1611. s. 1.

-^•u. :A*-.^C- — T-r~îr~ — T7T'~T

f()i I . ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE SAUMLR , 317

« Sur quoi le sieur du Plessis-Mornay lui respondit au nom de l'Assemblée... Le sieur de Bullion relire, ils résolurent que les provinces en communiqueroient ensemble, pour et au lendemain en esire fait les ouvertures. La maiière mise en délibération, et après quelques ouvertures faictes et discourues, les sieurs de la Force, de Monbrun et de Lusigiian, Cliamier et Desbordes (Josias Mercier) furent chargés de l'Assemblée d'aller trouver le sieur de Bullion...

« Tout cela ne se passa pas sans jalousie entre ceux de l'Assemblée même. Ainsi le ministre Ferrier prit occasion de se retirer sur la maladie de son fils et de sa belle-mère. Et le ministre Chamier, adjoint du président, ayant reçu avis que le consistoire de MonLélimar avoit mis en sa place le ministre Mosé, et qu'on avoit usé de violence en ses livres, l'Assemblée ordonna qu'il seroit réintégré en sa place, et que les autres ministres serviroient à Montélimar pour lui en son absence...»

C'était la cour qui, représentée par son commissaire M. de Bullion (Voir ci-dessus p. 27, note 3), employait tous les artifices pour jeter la division dans l'Assemblée, et elle n'y réussit que trop bien en mettant en jeu les intérêts particuliers. « On ne travaille pas moins, dit Benoît, à déconcerter ceux qui avoient la tète dure et inflexible, qu'à gagner ceux qui avoient l'âme sensible aux promesses et aux espérances. Chamier étoit un de ces esprits fermes, que rien n'étoit capable d'amollir. Il avoit la première voix dans l'Assemblée, par la charge d'adjoint au président; et comme il entendoit les affaires, la conclusion dépendoit à peu près du tour qu'il leur donnoit en opinant. On s'avisa de lui faire une affaire personnelle, pour le dégoûter des assemblées où il étoit trop autorisé. Le consistoire de Montélimar, où il étoit ministre, prit le temps de son absence et de sa députalion pour donner sa place à un autre. Cela se lit sans le consulter et sans l'entendre, par je ne sais quelles intrigues où il est vraisemblable que Lesdiguières avoit part, puisque cela se faisoit dans sa province, sous ses yeux, et dans une ville où il pouvoit ce qu'il vouloit. Mais pour rendre l'intrigue encore plus odieuse, le consistoire envoya fouiller chez lui, et remua toute sa bibliothèque avec assez de violence, sous prétexte de reprendre des papiers qui appartenoient à l'Eglise. La conduite du consistoire avoit (juelque chose de si choquant, et où il paraissoit tant de mépris pour la personne de Chamier, qu'il en fut fort offensé, d'autant plus que son intérêt y étoit blessé comme son honneur. Il avoit à .Montélimar sa famille, ses biens, ses habitudes; et il ne pouvoit aller demeurer ailleurs sans perdre quelque chose au change. Il n'étoit pas d'humeur à perdre patiemment; mais il n'auroit pas voulu gagner au préjudice de la cause commune, et l'intérêt ne le touchoit qu'après la religion. Il trouvoit donc fort injuste que son Eglise propre cherchât de le ruiner; et qu'elle en prit l'occasion

318 APPKiNDICE A LA VIE.

de ce qu'il étoit absent, pour empêcher la ruine de ses frères. Il en porta ses plaintes à l'Assemblée, comme d'un outrage qui passoit de lui jusqu'à elle, et parut tout prêt à partir de Sauniur, pour aller chez lui donner ordre à ses afifaires. C'étoit justement ce que la Cour auroit demandé. Ferrier avoit déjà donné Texemple de préférer les affaires particulières aux générales. Il s'étoit retiré sur le prétexte d'une maladie de son fils et de sa belle-mère. Si Chamier en avoit fait autant, chacun eût trouvé des raisons de les imiter; et l'Assemblée se seroit dissipée insensiblement. Mais on arrêta Chamier, en lui faisant justice. L'Assemblée le maintint dans le ministère à Montélimar, et pour ôter au consistoire le prétexte qu'il avoit pris, elle ordonna que les ministres des lieux circonvoisins iroient alternativement prêcher pour luy pendant son absence. Les Synodes continuèrent ensuite ce règlement, et Chamier servit l'Eglise de Montélimar jusqu'à ce qu'il fût transféré à Montauban, pour y servir l'Eglise et l'Académie »

Voici le passage même des Actes de l'Assemblée relatif à cet incident : Du Me d'aoîist 1611.

" Sur ce qui a esté représenté que durant que le sieur Ciiamier, ministre de l'Eglise de Montélimart, est en ceste Assemblée, de passer par la province de Dauphiné pour le bien général des Eglises, quelques particuliers habitans, mal affectionnés audit Chamier, ont par mauvaises pratiques violenté le consistoire de ladite Eglise de congédier ledit Chamier, et au préjudice du Synode de la province qui en son absence avoit ordonné les ministres du colloque qui devroient faire à tour servir ladite Eglise, ont de leur propre mouvement et contre la discipline ecclésiastique introduit le sieur Mose, ministre, en la chaire, et par les mesmes violences en Testât et usage du livre dudil sieur Chamier. La Compagnie jugeant telles procédures contraires à la discipline des Eglises et grandement préjudiciables, a escript à ladite Eglise de Montélimart et au colloque de Vallentinois, pour la prier de donner ordre à ce que la discipline soit exactement observée, ledit .Mose renvoyé et les ministres ordonnés par le Synode chargés de servir ladite Eglise en l'absence dudit sieur Chamier, et à 3Ionsieur de Gouvernet pour le prier d'interposer son autorité pour la conservation de ladite discipline, et pour le mesme effet au sieur vice-séneschal de Montélimart, dont ledit sieur de Chambaud est aussi prié d'escrire au sieur de Gouvernet (i). »

(1) Il faut dire ici, à la décharge de Mosé, que l'article VII du Synode national de Privas (mai 1612) , statue, à son égard , en ces termes : « Le sieur Mausé, ministre, s'étant plaint dans cette assemblée d'avoir été soupçonnné dans l'Assemblée de Saumur d'être complice de quelques brigues faites à Montélimar

IGtl. CONFERENCE A CHATKLLERAULT. 310

" Les callioliques, ditLo Duchat (Notes de la Confession de Sancy), regardèrent Charnier comme le prinripal auteur des plus vigoureuses résolutions de l'Assemblée de Saumur... » On vient de voir les machinations qui furent employées pour lui faire quitter la brèche; on verra plus loin les vengeances qu'on exerça contre lui par la plume des insulteurs publics, spécialement apostats, et des jésuites.

1611. — Conférence à Châfellerault, eu présence de Richelieu, évêque de Liuçou. — Page 79.

L'importante publication, faite par M. Avenel, des Lettres, instructions diptomatiques et papiers d'Etat du cardinal de Richelieu (Paris, 1853, in-i"), contient au tome I^'', p. 78, une lettre sans date certaine, provenant du fonds de Sorbonne (1093, fol. 13), où il est question de Charnier et d'une conférence qui n'avait pas encore été signalée, et qui mérite d'autant plus de l'être que Richelieu, alors évêque de Luçon, était de la partie. Elle est écrite par lui à un prêtre dont il s'était fait le second dans cette conférence ouverte à l'occasion de la conversion de Mademoiselle de la Foulenne. La voici :

« Monsieur, vous avez trop de ressentiment du peu de service que je vous rendis lorsque je fus à ChàtellerauU pour vous assister; car le subject dont il s'agissoit et vostre mérite particulier m'obligeoient à beaucoup davantage. Si l'on eust passé outre et que vos parties, au lieu de s'arrester aux formalités, fussent entrées en la matière, la victoire vous estoit certaine, et le retour de Mademoiselle de la Foulenne au giron de l'Eglise très asseuré. Vous me mandez que les Messieurs de la religion vont publiant les choses au contraire de ce qui en est ; mais il ne s'en faut pas estonner, puisqu'on la Parole de Dieu mesme ils impugnent la vérité, et moins encore s'ils vous blasment de l'obéissance que vous avez rendue à vostre supérieur; car ils n'ont garde d'approuver ce qu'ils ne pratiquent point. Le subject de ce blâme (consistant en l'observation de vostre devoir) vous est un grand honneur; .M. de Préau (1), l'un des plus sages et judi-

contre le sieur Charnier, et ledit sieur Charnier ayant déclaré qu'à son retour de l'Assemblée susdite, il n'a rien pu trouver de concluant contre ledit sieur Mausé, la Compagnie donne acte audit sieur Mausé de ladite déclaration pour lui servir en tout ce que de raison. Ayant trouvé fort mauvaise la procédure du Synode du Daupliiné qui l'a déchargé d'une Eglise, sans lui eu donner une autre. » L'article 35 des Mat. part, du même synode l'appela à l'Eglise d'Annonay. (1) Gouverneur de Chàtellerault.

320 AFPENUICE A LA ME. ^

cicux d'entre eux, au logis et en présence duquel on s'assembla, n'est pas de ceux qui vous condamnent ; quant au sieur Clianiier je ne sçais pas ce qu'il en dit, mais il sçait assez ce qu'il en est; il mérite, certes,, d'eslre estimé comme un des plus gentils esprits de ceux qui sont imbus de ces nouvelles erreurs, et si, oultre sa créance, l'on peut reprendre quelque cbose en lui, il me semble que ce doit estre un zèle trop ardent, et que d'autres appclleroient poul-estre indiscret. Je ne le dis pas pour l'offenser, car la volonté de Leurs Majestés estant que nous vivions tous en bonne intelligence, j'en serois très marry. Je voudrois plustost le servir, mais non pas aux dépens de ma conscience et de la vérité , donc je rendray tousjours un fidèle tesmoignage, avec un grand nombre de gens de bien qui estoient présents... »

On voit que c'est une lettre de condoléance sur l'insuccès de ladite conférence, qui eut lieu, ajoute M. Avenel {Introd., p. XXVI), probablement vers 1611, année où se tint l'assemblée de Chàtellerault (Saumur). Nous avons trouvé deux indices de cette controverse, et ils confirment la conjecture de M. Avenel. C'est d'abord une mention contenue dans le compte rendu d'une autre conférence qui eut lieu sept ans plus tard (en 1618) en la même ville. Voici le passage :

« Ce n'est pas cbose nouvelle à nos adversaires de chercher des

couleurs et prétextes spéciaux lorsqu'une action légèrement entreprise succède contre leur désir et leur attente. [La dispute avait comme d'ordinaire abouti à une rupture.] On n'a point encore oublié en celte ville quelle fut l'issue de la conférence du défunt sieur Homblot avec Monsieur Chamier, l'an 1611. 11 fallut à grand'honte et grand'haste avoir recours à feu Monsieur l'évesque de Poitiers pour obtenir une défense... » (1)

Cet extrait ne donne pas une date précise, mais il fixe du moins l'année H nous fait connaître aussi que l'antagoniste de Chamier ("peut-être le prêtre à qui est adressée la lettre de Richelieu) était un sieur Homblot. Or, d'après cette indication nous craignons fort que Quick n'ait commis une terrible confusion en même temps qu'un gros anachronisme, lorsqu'il nous dit (p. 79) qu'Adrien Chamier « soutint une controverse publique à

(1) Page 226 des Actes de la Conférence tenue à Chàtellerault depuis le dernier juillet jusrju au 9 d'aoïït [1618] sur V instruction donnée à M. Pidoux, conseiller du Hoy, lieutenant particulier au siège royal de C /u'i tell era ult, assisté de M. Jehan Bréard, docteur de Sorbonne. gardien du couvent des Cordeliers de Hennés, en liretagne, et Daniel Baudri, baclielier en théologie, gardien du couvent des Cordeliers de Poistiers, par Jean Carré et Paul Geslin, pasteurs en l'Eglise réformée de Chàtellerault, avec la déclaration des causes pour lesquelles Jeun Douault, ci-devant cordelier au couvent de Cluitelleraut, a renoncé aux errews et abus de l'Eglise romaine durant le temps de ladite conférence. A Saumur. Th. Portau, 1618. In-S" de 297 pages.

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