J6H. ASSEMBLÉE GENERALE UE SAIMLK
Cliàtellerault rvec un prêtre calliolique-roniaiii nommé Homhlcl, » ot que cela eut lieu en 1562. Ne semble-l-il pas évident qu'il a pris le père pour le lils, et la date de 1562 pour celle de 1611 ?
L'autre document que nous avons recueilli précise davantage l'époque et la circonstance. C'est la mention suivante, extraite des Actes de l'Assemblée de Sauniur :
Du 1^ jour de juillet 161-1.
(t Les sieurs Charnier et Le Faucheur (1) ont la permission d'aller à Châtellerault pour vaquer à une conférence jugée nécessaire par WSl. les pasleurs de l'Assemblée, ayant pour eest eftect choisi lesdits sieurs. Le sieur de Gardésy a esté nommé pour estre adjoint durant l'absence dudil sieur Charnier,.. »
Et à la séance du 17 juillet, il est dit que « ce jour, sunt retournes les sieurs Charnier et Le Faucheur... » Ainsi c'est dans la semaine écoulée du 7 au 16 juillet que doit se placer la conférence dont il s'ai^it.
1611 (mai). — Aissemblée générale de «aumur. — Page 195.
Si Richelieu, évêque de Lu^on, écrivant en 1611 sons l'impression de la cunférence de Chàtellerault, parle de Charnier en termes avantageux et en rendant justice à son mérite, il n'en est pas de même du cardinal rédigeant plus tard les Mémoires de l'homme d'Etat. Pour ce dernier, il n'y a plus " de gentil esprit; » ce n'est plus (ju'un « zèle trop ardent et indiscret, » il n'est plus question que de « l'audace et limpudence » de ces « séditieux et mauvais François » de huguenots. Richelieu va jusqu'à imputer à Charnier tout seul le crime d'avoir... demandé la permission de s'assembler après la vwrt du feu roi. Il y a loin de l'opinion bienveillante et vraie de l'évèque de Luçon au jugement rétrospectif et au langage officiel du cardinal souverain, se drapant dans sa soutane rouge et calomniant ceux dont il a triomphé à La Rochelle. Voici ce qu'on lit dans ses Mémoires :
'( La foiblesse avec laquelle on souffrit que les huguenots commençassent leurs brigues et leurs factions, leur donna lieu de croire que la suite en seroit impunie. L'audace dont usa Charnier en demandant la permission de s'assembler peu après la mort du feu Roi, n'ayant point été châtiée, ils
(1) Michel Le Faucheur, pasteur de l'Eglise d'Aiinonav, député de la province de Vivarais.
estimèrent pouvoir tout entreprendre. Ce ministre impudent osa dire liautement, parlant au Chancelier, que si on ne leur accordoit la permission qu'ils demandoient, ils sauroient bien la prendre; ce que le chancelier souffrit avec autant de bassesse que ce mauvais François le dit avec une impudence insupportable.
'( Il falloit arrêter et prendre la personne de cet insolent; l'on eût pu ensuite l'élargir pour témoigner la bonté du Roi, après avoir fait paraître son autorité et sa puissance.
« On eût pu aussi permettre l'assemblée, comme on tit, puisque raisonnablement on ne pouvoit la refuser au temps qu'elle devoit être tenue par les edits; mais, tirant profit de la faute de cet impudent, il falloit l'en exclure, vu qu'il étoit impossible de ne prévoir pas que, s'il avoit été assez hardi pour parler comme il avoit fait de la cour, il oseroit tout faire dans l'assemblée, où, en effet, il ne fut pas seulement greffier, mais un des principaux instruments des mouvements déréglés qui l'agitèrent... »
« Tous se trouvèrent à Saumur au mois de mai.,... On lui donna (au
duc de Bouillon) pour adjoint le ministre Chamier, et pour scribe Desbordes- Mercier, deux des plus séditieux qui fussent en France, comme ils témoignèrent pendant tout le cours de l'assemblée, où celui-là ne fit que prêcher feu et sang, et celui-ci porter les esprits autant qu'il lui fut possible à des résolutions extrêmes... >^
1613 (mai-juillet). — Kyuode national de Privas. Chaniicr, modérateur. Réclaration des El^lises. Travaux théolog^ique»» poursuivis par Charnier. Appel des Kg^lises et Académies de Kaumur et llontauban. — Pages H9, 123, 125, 135, 195.
Le vingtième Synode national des Eglises réformées se réunit à Privas le 23 mai 1612. Chamier y représentait son Eglise de Montélimar, et la province du Dauphiné. Il fut porté à la présidence, et eut pour adjoint Pierre Du Moulin; Etienne de Montsanglard, pasteur de l'Eglise de Corbignylès-Saint-Léonard, et Etienne Maniald, ancien de l'Eglise de Bordeaux furent élus secrétaires.
Ce Synode eut à renouveler toutes les demandes de l'Assemblée de Saunuu" qu'on avait laissées sans suite, ainsi que l'acte d'union et de paix entre les Eglises (p. 123); il eut surtout à protester hautement contre une déclaration insidieuse du 24 avril 1612, portant amnistie pour le prétendu crime commis par les réformés de France, qui avaient, disait-on, convoqué uu tenu des assemblées sans permission. Le Synode formula un désaveu
1612. SXNOUE NATIONAL DE I'RIVAS. CHAMIER MODÉRATEUR. 323
suleiuiel auquel on donii.! la publicité la plus étendue, en même temps qu'on chargeait les députés généraux près la Cour d'en poursuivre la révocation (I). Nous la reproduisons, non d'après le texte donné par Aymon, mais d'après un exemplaire imprimé du temps qui présente quelques différences de rédaction (2).
Déclaration des Eglises réformées de France assemblées en Synode national à Privas.
« Les Eglises réformées de ce royaume assemblées en Synode national à Privas, après le serment faict par elles, suivant leur coustume, de leurs fidelitez et très humble obéissance au commandement et service de leurs Majestez, aians appris par le rapport de plusieurs députez des provinces, que lettres patentes du Roy ont esté adressées aux parlements et chambres de l'Edict, contenans abolition et rémission des prétendues fautes commises en la convocation des assemblées particulières desdictes provinces, comme aussi de ce qui s'est passé devant et en suite d'icelles; n'ont deu se rendre insensibles à cest opprobre si grand et si contraire à l'intégrité de leurs intentions, et à la fidélité qu'ils ont tousjours tesmoignée au service du Roy et au bien de l'Estat ; et n'ont peu qu'estre outrées de très juste douleur, de se voir flestries d'un tel blasme à l'occasion desdictes assemblées provinciales : qui toutesfois ont esté tenues conformément à ce qui se pratliquoit du temps du Roy Henry le Grand, d'heureuse mémoire ; et mesme avec permission octroyée ausdites Eglises par la lettre qu'il pleusl à la Royne escrire à l'assemblée générale de Sauniur, le vingt-deuxiesmc d'aoust, mi! six cens unze : par laquelle il leur estoit enjoint de se séparer et retirer chacun en leur province, pour y rapporter h ceux, qui les avoyent députez, les bonnes intentions de Leurs Majestez, Sur quoy ladicte assemblée générale ayant pris pied, pt tiré le droit de faire lesdites particulières, auroit ordonné aux députez de chacune province d'y représenter les cahiers, pour y estre veuz et les responses faites sur iceux : ce qui auroit esté bien sçeu, et mesmes creu raisonnable par Messieurs du conseil, puisque par les instructions données aux commissaires envoyez par leurs, Majestez es provinces pour les inexécutions et contraventions de l'Edict, il leur estoit enjoint de s'y rendre promptement avant la tenue desdictes assemblées : et de faict elles ont la pluspart esté auctorisées, ou par la convocation qui
(1) Une déclaration nouvelle intervint le 11 juillet suivant, raais qui, sous prétexte d'atténuer le scandale de la première, ne laissait pas de la confirmer, et itc l'aggraver en quelque sorte,
(2) Disons aussi que ce Synode protesta vivement contre cette qualification abusive de religion prétendue réformée qu'on prétendait imposer aux prote:^tants, afin de leur faire condamner ainsi leur culte de leur propre bouche.
a esté laite de queiqucs-uiit's par les lieutenans du Roy, ou parla conduite et modération on quelques autres de présidents es cours souveraines, et assistance de magistrats, ofnciers du Roy, et autres personnes de qualité ayans charge expresse de Leurs .Majestez de s'y trouver, ou mesmes en d'autres par la présence de quelques-uns des susdits commissaires envolez par lesdites provinces : Tous lesquels n'auroyent voulu tremper en ce crime prétendu, s'il y en eust eu : et tant s'en faut que 3Iessieurs du conseil eussent jugé qu'il y eust de la faute, qu'au contraire ils ont bénignement receu les cahiers des remonstrances, et très humbles supplications dressez esdites assemblées, et iceux depuis respondu : Bien loin de les estimer criminelles et dignes de la susdite abolition et rémission; laquelle contrisie et navre grandement ceux de la religion, en ce qu'elle apporte sur eux la tache d'un crime, pour lequel esviter, ils ont cy-devant en toutes occasions librement exposé et leurs biens et leurs vies. Mais ils ont aussi subject de se douloir, en ce qu'il semble qu'on veuille rallumer les haines amorties de leurs compatriotes, prétexter à l'advenir les excez des plus animez à rencontre d'eux, et les rendre entin odieux et dedans et dehors le royaume : Effects, qui ne pouvans les enveloper seuls en un dommage particulier, sans rejallir contre le bien, repos et affermissement de cet Estât, redoublent grandement leur amertume, poussez qu'ils sont du sentiment de bons, vrays et fldelles subjects, tels qu'ils ont esté et seront à tousjours.
" A ces causes lesdictes Eglises, conformément aux instances faictes par leurs députez généraux tant au conseil, que par la requeste qu'ils ont présentée à la cour de parlement de Paris, le quatriesme du moys de may dernier, déclarent, comme elles ont fait par eux, n'avoir jamais requis, demandé, ou poursuivy lesdictes lettres d'abolition, pour n'estre de faict, de parole, ny de pensée, coupables des fautes présupposées par icelles; et qu'elles sont prestes en général et en particulier de respondre de leurs actions, les manifester et faire voir au jour, estimant plus doux toutes sortes de supplices que de laisser eux et leur postérité flétrie d'une note d'infamie si honteuse, laquelle pourroit à l'advenir les priver de l'honneur et de la gloire, qu'elles ont tousjours eiie d'estre recogneuz par tous les bons François, et estimés par les estrangers, très lidèles subjects au Roy, incorruptibles, entiers et très afléctionnez au bien de l'Estat. Déclarent en outre qu'elles ne se veulent aider, ni servir en façon quelconque desdites lettres, et qu'elles désavouent toutes les poursuites et consentemens, si aucunes y en a eu, et ceux qui les pourroyent avoir demandées ou approuvées, comme entièrement contraires et préjudiciables à la syncérité de leurs intentions, et à leur lidélité si esprouvée, laquelle ils protestent d'abondant vouloir tosmoigner par l'employ très voluntaire, qu'ils feront tousjours de
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leurs biens, vies et honneurs, en l'exécution de tous les devoirs, services et obéissances, que Leurs Blajestez peuvent attendre d'eux, comme de leurs très bumbles, très lidèles et très obéissans serviteurs et subjects. Faict à Privas en Vivarez, le premier juin leiS.
" CiïAyiiER, conduismit racfinv ; " Du Moulin, adjoint ; " De Monsanglard et Mamald, esleuz pour recueillir les odes, x
Pour ce qui concernait Cbamier, voici les quatre articles du synode où il se trouvait personnellement intéressé :
Jrt. / /des Observations sur le Synode de Saint-Maixent : « Le sieur Cbamier ayant présenté ses écrits sur les controverses de ce temps, suivant le commandement qu'il en a eu des Synodes nationaux précédents, la Compagnie l'a remercié de cet heureux commencement, et l'a exhorté de parachever courageusement tous ses ouvrages, et d'en mettre en lumière les trois premiers tomes tout d'un coup; et pour subvenir aux frais qu'il est obligé de faire pour cela, on lui a donné, pour le présent, la somme de deux mille livres. »
Il s'agit encore ici de la Panstratia. On voit que notre ministre était un travailleur intrépide et que la participation aux assemblées politiques n'empêchait pas de continuer ses labeurs théologiques.
Jri. II des Matières particulières : « Sur la réquisition du sieur de la Vialle, lieutenant criminel de Montauban, chargé de lettres et pouvoir pour demander le sieur Charnier, pasteur de l'Eglise de ]\lontélimar, afin qu'il soit donné à l'Académie de Montauban, ayant vu la demande de M. Du Plessis-Mornay, par le sieur Périilau, pour l'Académie de Saumur, et entendu les députés de l'Eglise de Montélimar, et les députés de l'Eglise du Dauphiné s'opposant, avec des lettres de M. de Gouvernet, présentées par M. de Chambaud, s'opposant aussi à la réquisition susdite, comme fondée sur leurs intérêts et sur les décrets de trois Synodes nationaux, qui ont jugé que ledit sieur Cbamier ne pouvoit pas être ôté de son Eglise; ayant aussi vu la déclaration dudit sieur Charnier, qui a protesté de n'avoir aucune volonté particulière, et qu'il s'en rapportera toujours à ce que la Compagnie en ordonnera : Pour plusieurs raisons considérables, nonobstant toutes les oppositions susdites, ledit sieur Charnier a été mis dans la distribution des pasteurs et professeurs, et ladite Eglise de Montélimar sera pourvue d'un autre pasteur. » (Cet autre pasteur fut Ferrier, (prou enlevait à l'Eglise de Nîmes, art. XXXIV, ihid.)
Art. XXXIII, iôfrf. (ci-dessus, p. 125) : « Le sieur Charnier est ordonné pour pasteur à l'Eglise de Montauban, et pour professeur en théologie dans l'Académie du même lieu, à condition que ladite Eglise et Académie lui donneront satisfaction pour sa pension. Et il se rendra audit Montauban dans trois mois, pendant lequel temps ses gages de professeur eu théologie et sa portion des deniers royaux courront dès le premier jour du mois de juillet. »
Vart. XXr des Académies et collèges enjoint au trésorier des Eglises, Du Caudal, de payer à Chamier la somme de 2,000 livres sur les premiers deniers.
1612 (juin). — Stfjn.afure de Cli.amier. — Page 125, 214.
L'art. X des Observations sur la discipline faites au Synode de Privas est ainsi conçu : " La Discipline ecclésiastique ayant été lue, elle a été approuvée par tous les députés, qui ont promis de l'observer, et de la faire observer dans leurs provinces : Et la Compagnie donne charge au sieur Valeton, pasteur de cette Eglise, de faire une copie tant de la Confession de foi que de la Discipline ecclésiastique, afin que ces deux copie s soient signées de tous les Députés de cette Assemblée et qu'elles soient incontinent après mises entre les mains des députés de la province qui aura charge de convoquer le Synode prochain . »
Cette province était la Basse-Guienne, et le Synode national suivant eut lieu à Tonneins en 1614.
M. A. Lagarde, avocat et membre du consistoire de l'Eglise de Tonneins, est aujourd'hui possesseur de l'une des copies authentiques de la Discipline dont il vient d'être question, et qui furent signées par les membres du Synode de Privas le 4 juin 1612. Il a bien voulu nous procurer un calque de la signature apposée par Chamier, et entre les diverses signatures autographes que nous avons pu recueillir, c'est celle qui nous a paru mériter le mieux d'èire (Choisie pour en donner ici le fac-similé. Le voici :
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1613. EXCOMMUNICATION DE JÉRÉMJE FERKIER. 327
Les signatures de Charnier se rencontrent rarement dans les manuscrits; nous avons été longtemps sans en trouver, et nous pensions même qu'il n'en existait aucune à Paris, lorsqu'enfin nous avons mis la main dans la Collection Dupuy (t. 428) sur la lettre originale de l'Assemblée de Saumur de 1598 à Henri IV (siiprà, p. 214), laquelle est signée de lui, comme secrétaire. A Genève nous avons trouvé son nom autographe au bas de trois pièces que nous avons déjà citées. Ce sont les lettres adressées à la Compagnie des pasteurs, en date des 23 mai 1601, 2 mai 1605, 2 avril 1609. Enfin, M. le pasteur Ménard Saint-Marlin nous a communiqué un calque de la signature qui est sur la minute des Actes de l'Assemblée polilique de Die du 20 août 1608. Voilà tout ce qui en existe à notre connaissance. Celle que nous avons préférée est donc postérieure aux cinq autres, en même temps qu'elle est la mieux venue, la plus complète, et qu'elle figure sur un monument authentique qui a son importance.
1613. — lia honte de Babylon, par D. G. (?). — Page 199.
Dans la Real-Encyklopedie publiée par le D"" Herlzog, M. le professeur Ch. Schmidt a consacré un article biographique et bibliographique à Daniel Charnier (t. II, Stuttgart, 1854), et nous y voyons citer pour la première fois au nombre de ses ouvrages le suivant : La honte de Babylon, comprise en deux parties, par D. C. Première partie, s. 1. (La Rochelle), 1612, in-S". La France protestante mentionne aussi ce livre d'après l'indication de M. Schmidt. Nous avons eu sous les yeux un exemplaire de cet ouvrage qui portait la rubrique de Sedan, nous l'avons examiné avec soin et nous ne pensons pas que Charnier en soit l'auteur, malgré l'analogie des initiales D. C. Nous ne l'admettrions donc point parmi ses œuvres.
1613 (juillet). — Excommunication et déposition de •Térémie Ferrier. — Pages 79, 117, 298.
On a déjà vu ci-dessus (p. 31 6 et 3 ! 8) le rôle joué par Jérémie Ferrier, pasteur et professeur de l'Eglise et université de Nîmes, dans l'Assemblée tenue à Saumur en 1611. Lq Merciire français le range parmi les judicieux (cidessus, p. 316); mais le Discours du duc de Rohan sur l' Assemblée de Saumur le signale clairement comme traître. « Les députés, retournés qu'ils sont de la Cour après une absence de six semaines, font entendre à la Com-
.■{-2s APPENDICE A LA VIK.
IKiiiiiic CO;;! iiit'snii^ (|ii'ils avoient escript parla bouche du sieur Ferrier, qui uidniuia sou discours en sorte qu'il eust fallu estre destitué de sens coniuiun pour n'apercevoir ce qui n'a esté depuis que trop vérifié de luy. » (i) Les art. XVI, XXV et XXVI des Appellations au Synode de Privas, et l'art. XXXIY des mérites particuliers relatent ce qui eut lieu dans celte assemblée au sujet de Ferrier. Benoît en fait aussi un récit détaillé et montre qu'on procéda avec beaucoup de modération. On le convainquit de fautes graves et on lui interdit la profession de la théologie , mais ne voulant pas le pousser à bout, on se contenta de l'envoyer à ^lontélimar, en la place de Charnier qui passait à Montauban. Cette indulgence ne servit de rien, ("onlinuant ses intrigues à Paris, Ferrier sollicita et finit par obtenir une ciiarge de conseiller au présidial de iNîmes, se flattant de braver ainsi, sur le théâtre même de ses dé portements, ceux qui avaient provoqué sa disgrâce. C'est alors que le Consistoire, assisté de plusieurs minisires et anciens des Eglises voisines, comme députés du synode de la province, prononça son excommunication. Aymon en donne le texte, non pas à la suite du synode de Tonneins, comme fait Quick, mais à la lin du Synode de Privas.
Au sujet du tumulte que l'installation de Ferrier excita à Nîmes et de l'attitude du gouvernement dans toute cette affaire, voir Benoît et une lettre remarquable de Du Plessis-3Iornay au président Jeannin, en date du 9 août 1 ()1 .3. Il écrit aussi à De Loumeau, pasteur de La Rochelle, le 1 3 juillet 1 61 3 : « Ferrier a esté excommunié à Nismes, après un jeusne et prières continues à Dieu huit jours durant, pour lui toucher le cœur, pendant lesquels il s'est absenté. Il a escrit à >I. le Cliancelier que c'estoit en haine d'avoir bien servi le Roy ;;2) ; mais les députés du Languedoc lui ont fait apparoir et des crimes et des procédures dont il est demeuré satisfait... » (3}
(l) « Ala tin de IWssemblée (dit d'Aubigné dans ses Mémoires) Aubigné, qui comptoit pour ne jamais dire à t)ieu qu'à ceux qui se vouloient révolter ou mourir, dit devant tous à Dieu à Ferrier, ce qui fut reçu fort aigrement de Ferrier , l't plusieurs do la Compagnie, jusqu'à sa révolte qui fut dans deux mois. »
(-2) Parmi les déportements que reproche aux huguenots le libelle Le Magot ijenevois, se trouvent « la dégradation de plusieurs ministres pour estre servi- « leurs du Roy, la censure et suspension de plusieurs autres pour n'avoir pas « voulu conclure à la guerre... » (Voir ci-après, page 329.)
(3) Si l'on est curieux de connaître le signalement de Ferrier, « voici le personnage en raccourci, » tel qu'il est dépeint au Rôle des 7ninistres déposés et apostats, dressé par le Synode national de Tonneins : « J.' Ferrier, ci-devant pasteur et professeur dans l'Eglise et Université de Ninies, personnage de haute stature, avant les cheveux noirs et frisés, le teint olivâtre, les narines ouvertes et les lèvres fort grosses, censuré plusieurs fois, ensuite suspendu pour ses malversations et rébellions, ayant abandonné le saint ministère, excommunié de nos Eglises le 14 de juillet'l613, desquelles il s'est entièreme'jt f<paréà l'Age d'envirrtu trente-huit ans. »
1613. — Ijc Magot geueTois. — Page 195.
Parmi les pamphlets satiriques du temps, l'un des plus agressifs el des plus mordants est intitulé Le Magot genevois, descouvert es Arrests du Synode national des ministres réformez tenu à Privas, l'an 1612. s. 1. MDCXIII. C'est une plaquette fort rare, in-1 2 sans pagination, de 102 p. (1). Charnier, en sa qualité de président du Synode et de gros bonnet du parti, y est principalement en hutte aux traits du pamphlétaire anonyme.
On a vainement cherché jusqu'ici quel était l'auteur du Magot genevois (2). La Monnoye (Lettre sur le livre des trois imposteurs) l'attriljue ft Henri de Sponde, apostat, évêque de Pamiers. Nous avons trouvé en tête d'un autre pamphlet de la même année, et ejusdem farinse (La Guerre des Singes et des Marmouzets, etc. 1613), une épître liminaire qui commence par ces mots : « Je vous remercie de vostre Magot genevois, composé par le ministre Suffren ; j'en ai d'autant plus estimé la pièce qu'elle vient d'un Magot..... » Faut-il admettre en effet que l'auteur de ce lihelle soit Mardochée Suffren, pasteur de Nîmes, qui fut fortement censuré et faillit être suspendu, ainsi que son collègue Chambrun, pour s'être rendu porteur de mémoires injurieux et calomnieux en faveur de Jérémie Ferrier? Ou bien l'attribution que lui en fait l'auteur de cet autre pamphlet n'est-elle qu'un trait satirique de plus ? Ce qui est certain c'est qu'on ne peut lire le Magot genevois, sans se convaincre qu'il est l'œuvre d'un réformé, qu'un faux frère pouvait seul avoir cette exacte connaissance des personnes et des choses, et donner à sa satire cette couleur, cette portée. Et si l'on observe que le but, à peine déguisé et unique, de ce pamphlet est en définitive l'apologie de Ferrier, si l'on reconnaît que tous les efforts qu'on y fait pour déverser le ridicule ou l'odieux sur les arrêts du Synode de Privas tendent à noircir cette Assemblée pour blanchir celui qu'elle avait condamné, on est porté à conclure que Suffren, défenseur avoué de Ferrier peut bien en être l'auteur, à moins que ce ne soit Ferrier en persoiim\ Or, notre hypothèse n'est peut-être pas éloignée de la vérité. (Cfr. ci-dessus, p. 328, note .3.)
Quoi qu'il en soit, nous en voulons donner quelque idée, et montrer par (juelques citations les sarcasmes dirigés contre Charnier, avant-coureurs des bouffonneries que les jésuites allaient bientôt fabriquer contre l'intrépide et
(1) Bibi. imp. L b 36. N" 160. Il y eut une autre édition ou tirage la même année.
(2) Si l'auteur des Salmonées, de VAnti-httguenot, de V Apologie su?' la cabale des Réformés, de la Satire Ménippée sur le synode de Montpellier, si l'apostat Guill. de Reboul avait vécu, on aurait pu presque à coup sûr le charger du Magot genevois, digne cadet de ces frères aînés que nous venons de nommer. Maison sait qu'il avait été décapité à Rome, le 25 septembre 1611, pour avoir tourné son humeur satirique contre le pape et les cardinaux. Voir ci-dessus, p. 221, 227, 228.
incorruptible antagoniste qu'ils redoutaient. Ce n'est pas que ces plaisanteries aient bien du sel, mais il y en a d'acérées, et d'ailleurs une caricature donne parfois la ressemblance et a le mérite d'accuser la physionomie mieux qu'un pâle portrait. Ici, du reste, la drôlerie ne s'exerce guère que sur les défauts physiques de Chamier, sur la corpulence dont il paraît qu'il était affligé. Peut-être aimait-il la bonne chère, comme il arrive volontiers aux hommes du Midi, et parfois aussi à ceux du Nord. Il est surtout question de son ventre, de sa veniripotence, mine de grossièretés qu'exploitera bientôt avec délices et qu'épuisera le père Garasse.
L'auteur est ou feint d'être un « bon Français, » catholique-romain, qui '< ayant ouï dire ce qui s'étoit passé à Saumur, où ceux de la Religion P. R. avoient osé s'opposer directement aux volontés de la Reine régente, et entendant qu'ils s'assembloient à Privas, résout de rendre un bon service à la France en se rendant sur le lieu et y demeure durant la tenue du Synode, pour prendre garde à leurs actions, et descouvrir tout ce qu'il pourroit de leurs plus secrètes résolutions. Il s'habille donc de noir, fait faire sa rotonde et empoiser son rabat à la façon des ministres, afin que son habit le fasse cognoistre pour un bon réformé et que plus facilement il s'insinue parmi eux. « Le voilà donc en besogne, « parlant de secourir M. de Rohan k Saint-Jean-d'Angely, ne preschant que les louanges de M. de Sully, déclamant contre M. de Rouillon... bref, faisant le zélé per omnes casus, par le moyen reçu en toutes compagnies, cru par la plupart pour un ministre étranger qui étoit là poursuivant quelques affaires particulières, surtout assidu aux presches, et portant toujours ses grandes Pseaumes comme un Réformé zélé... » Puis il épie les uns et les autres, et, « retiré dans sa chambre escrit tout ce qu'il descouvre, pour enfin descouvrir tout ce qu'il a escrit. »
« Le 24 de may commença l'Assemblée. La première chose qu'on y fit fut de nommer un Président et deux Scribes, mais ce ne fut pas sans dispute : car le père Chamier, ministre de Montélimar croyoit que la présidence lui appartenoit de droict, pour ce qu'il l'avoit eue au Synode de Gap; qu'à Saumur il avoit esté adjoint en l'Assemblée politique, et s'estoit si bien opposé aux Bouillonnistes, que c'estoit la moindre récompense que les Eglises pussent luy donner que de le faire Pap (sic) : Outre qu'il n'y avoit homme en la Compagnie si bien pourvu de fessier pour bien remplir les dimensions d'une chaire : Au contraire le béat père Du Moulin, disoit que cela lui appartenoit par trois raisons. La première, qu'il estoit ministre d'une Eglise qui est la reine des autres, puisqu'elle est dans Paris qui est la première ville du royaume et le siège de nos Rois. La seconde, qu'estant question en l'e Synode de conclure la guerre, il sçavoit plus d'expédiens que tout
;i\itre pour y parvenir, pour ce qu'estant ordinairement à la Cour, il est là une espie pour le parti, descouvre tous les secrets de l'Estat, et a par conséquent les advis les plus asseurés. La troisième, qu'il avoit fraischement donné un sien frère pour secrétaire à M. de Sully, qui a desjà esté nommé chef de la Sainte-Union, et duquel il a reçu plusieurs advis et mémoires servans à la matière principale, qui devoit estre traictée en ceste Assemblée. Ces raisons mûrement considérées et pesées, avec celles du père Chamier, la Compagnie déclara que le père Charnier pour avoir plus longtemps servi avoit plus mérité, et partant le déclara souverain et chef visible de l'Eglise gallicane, représentée par le Synode national, ordonna {[u'il auroit la présidence en oflice formé, réservant à la récompense de ses travaux, et notamment des services rendus au parti en l'Assemblée de Saumur, à la distribution et despartement des deniers de la subvention. Et pour recognoistre en quelque façon des mérites et services du père Du Moulin, fut ordonné que ceste Assemblée auroit deux testes, et que le diet Du Moulin en seroit l'une, Vray est qu'à cause qu'il n'a la teste encore si grosse qu'un veau, il fut trouvé bon de donner le premier rang au grand pontife Chamier qui a une teste de bœuf.,. »
On voit dès ce début que la charge est lourde, quoique le récit ne man- ({ue pas de détails piquants. Il continue sur le même ton :
« Le père Du Moulin donna bien à eognoistre qu'il n'estoit pas du tout content de ceste ordonnance, et croy qu'il n'y eust pas acquiescé, n'eust esté qu'un gentilhomme, nommé De L'isle Groslot, l'ayant appelé à la bassecour, lui dit en secret qu'il auroit plus d'honneur estant second président que s'il eust esté premier, pour ce qu'il feroit voir l'impertinence de son rompagnon, qui estoit incapable de ceste charge, tant pour sa brutalité ([u'à cause qu'il estoit si ladre qu'il ne pouvoit parler, et n'avoit point de voix : en sorte, disoit-il, qu'il faudra que vous fassiez tout. Cela le résolut, et luy fit accepter l'office de second président (1). Le bon gentilhomme ne fut pas mauvais prophète, car toutes les fois que ce gras pastissier se vouloit mesler de faire les prières à l'ouverture des séances, il faisoit des pastes de langue tous propres à faire venir la dévotion de rire à tout le monde. Une fois entr'autres ayant commencé sa prière en ceste manière : « Seigneur, nous te supplions qu'il te plaise faire descendre la vertu de Dieu sur tes Eglises, » il occasionna un certain gentilhomme de se plaindre à ceux
(1) Il est fort possible que Du Moulin ait aspiré à la présidence et ait été piqué de n'y pas être appelé. Toutefois, dans son autobiographie dont nous avons sous les yeux le manuscrit appartenant à M. Luzac, de Laissac, nous ne trouvons que cette mention : « L'an 1612, le 24 mars, le Synode national se tint ;\ Privas en Vivarets, où M. Chamier fut esleu président et mov adjoint. »
qui estoiciit à genoux prt s de lui, que leur président juroit plus Dieu qu'il ne le prioit, et que s'il continuoit d'encenser le ciel de ceste sorte, il estoit ù craindre qu'il n'appelast plustost l'indignation que la grâce divine sur l'Assemblée.
" Les présidens nommés, on nomma les secrétaires... »
On procède enfin à l'expédition des afiaires. Le président est mis en action ; tantôt c'est « le caliphe Charnier, » tantôt « le dictateur Charnier, le grand pontife, ou le pontife réformé Chamier, » Charnier qui « désire d'estre pape entre les ministres ; » ailleurs c'est « Messer franque-tripe, le père Gastrimargos, » ou « Messer Gasiei\ c'est-à-dire >Ionsieur le grand Rabbin, appelé ainsi par les bons compagnons à cause de sa ventripotence. »
Après l'exposé et la censure de diverses décisions, vient l'affaire de Terrier sur laquelle notre auteur s'étend et met tous ses moyens en jeu. 11 nous peint « le pontife mineur Du Moulin enflant les joues de son éloquence, comme un trompette qui veut sonner la charge, et argumentant selon les préceptes de sa Logique, in balourdo (I). » Puis c'est le tour de « la Ventripotence. » Un autre opinant, « un homme de Provence, qui avoit le ventre quasi de mesme façon que le pontife Chamier, » plaide la cause de Ferrier et trouve « qu'il n'avoit esté convaincu de rien qui méritast plus qu'une légère censure... »
« Quand les vaches de Hollande vont paistre, la première va toujours devant. C'estoit l'ordre que tenoit le Synode national en l'expédition des affaires... Comme les ministres aiment à dominer, suivant la règle de saint Pierre qui dit : Pascite gregem Dei qui in vobis est, non ut dominantes in cleris; aussi haïssent-ils mortellement tous gouverneurs, seigneurs et supérieurs, voulant eux-mesmes estre gouverneurs souverains. De là vient que vous ne voyez jamais Eglise paisible où il y ait un ministre et un gouverneur, seigneur, ou autre personne d'autorité. Tesnioing le père Ventripotent qui n'a jamais pu vivre paisiblement avec M. de Gouvernet dans le 3Ionté]imar, quoyque ledit sieur soit homme fort sociable... »
Enfin ramassant tout ce qu'il peut trouver de faits, plus ou moins vrais ou faux, propres à diffamer le parti huguenot et ses ministres, notre pamphlétaire conclut que « leur souverain bien est en la volupté. Epicuri de grege porci ; ils n'ont soin que de bien vivre, c'est-à-dire cuiem curare. Le délice du père Chamier, quand il est chez soy, est de manger des trippes : dans une semaine il en mangea à dix escus. Quand il est en assem-
(1) Du Moulin avait publié un Traité de Logique.
blée à deux esciis lejoiir, il se dispense [se permet] de manger des perdrix et des coqs d'Inde, et veut bien que tout le monde le sache, afdn qu'on ne l'estime à vilain ou taquin : car il est grand pharisien, et ayme fort la réputation. Voilà pourquoi, à Privas, durant la tenue du Synode, il faisoit soir et matin passer sa viande à travers la place, à la vue de tout le monde. Ce qui servoit d'horloge à toute l'assemblée , car personne ne cognoissoit l'heure du disner ou de son souper, sinon quand on voyoit venir deux hommes qui portoient sur l'épaule un grand aix fort large et fort long, couvert d'une nappe et de toutes sortes de mets délicats. Si tost qu'on les découvroit sortans de la boutique du pastissier qui apporloit la viande de M. le Président, et prenans le chemin du logis de sa présidence, les uns disoient : Voicy le mort qu'on porte en terre sainte. Les autres disoient, comme quand on porte la viande au Roy : Gare , gare, voilà la viande de 31. le Président! Or cela vouloit dire : Il est l'heure de disner ou de souper, il ne faut plus importuner sa gastrimargie d'aucuns affaires. Cela, affin que vous le sçachiez, ne luy servit pas de peu, car le Synode ayant pris opinion que sa gastripotence tenoit table de Président, jugea raisonnable, puisqu'il avoit donné cet office, de luy donner aussi de quoy entretenir son train, et l'ordinaire condigne et convenable à sa dignité. Voilà pourquoi il lui fist présent de deux mille francs, de l'argent de la subvention, aftin qu'estant chez luy il ne fust encore réduit aux tripes, et qu'il pust manger quelque pièce de veau, qu'il aime fort , à simili. Et ce fut la récompense qui luy avoit esté promise dès le commencement de l'assemblée (1). Voilà que profite la réputation et l'opinion que les hommes ont de nous. Je conclus donc que l'honneur consiste en ceste réputation, et que C. en a plus que Ferrier, puisque nous ne parlons que de l'honneur du monde et des pharisiens, à l'usage des ministres (2) »
Enfin, pour conclure : « Voilà, Messieurs, les sottes et malicieuses momerles du Magot genevois, babillé à la françoise depuis environ soixante ans, enhn descouverts par les allures de la beste mesme. Et qui eust cru jadis, quand on vit le huguenot sortir de Genève pour entrer en France avec la Bible sous le bras et la Religion à la bouche, que ce fust un nouveau Mercure, tils du grand Jupiter, ambassadeur du Ciel, truchement des
Dieux? Les ministres se sont glissés dans le royaume en renards, mais
ils veulent régner en lions: puissent-ils bientôt mourir en chiens
L'Eglise catholique peut faire voir à tout le monde que leur réformation
(1) On a vu que les 2,000 livres attribuées à Charnier étaient rindeinnité, à lui promise déjà par un précédent Synode, pour son grand travail théologique entrepris à la demande des Eglises.
(2) Ces deux dernières phrases, où se montre le ressentiment et la basse envie du pamphlétaire, ne semblent-elles pas désigner Ferrier? Is fecit cui prodest.
;j;U APPENDICE A LA VIE.
n'est (lu'une vraie dilîormation de toule religion cl piété. Itétonner la magnificence des temples, autels, monastères, sacristies, clothers de l'Eglise romaine, s'appelle en leur calepin renverser, brusler, piller, saccager tout ce que la piété de nos majeurs avoit dédié au cidte divin, pour employer les matériaux à bastir leurs maisons privées, transformer les chappes et chasubles en parements de lit, tapis de table, cotillons de leurs femmes, et convertir les places en escuyerics, saburres et balles à tenir marché. I.e tout suivant la maxime de leur bon apôtre Judas ut quid perdltio huic. Réformer les cloches, en leur langage, signifie les jetter en fonte, pour leur donner la forme de coulevrines et canons à foudroyer le Pape et la Messe. Réformer les sacremens, veut dire en casser cinq tout à la fois, et se contenter de l'escorce des deux restans, vide de moelle et de substance. Réformer l'Evangile de Jésus-Christ, c'est le traduire en langue vulgaire, pour être exposé d'un château jusqu'aux chaumières et revandeurs. Réformer l'abstinence des chartreux, la virginité des nonains, l'austérité de tousles ordres religieux, n'est autre que changer le caresme en carnaval, le hareng en un bon chapon, le cloistre avec un champ gaillard, le vœu de continence avec un mary, la psalmodie et la louange de Dieu avec la martingalle des nourrices pour endormir les enfans : le sac, la haire, la discipline, avec la raolesse et l'embonpoint du ventre. Réformer la religion est le mesme que vivre en assurance de son salut, quoi qu'on fasse, voire fut-on adultère et homicide comme David, rcnieurde Dieu comme saint Pierre, persécuteur de l'Eglise comme saint Paul, usurier comme saint Matthieu , brigand comme le bon larron , trompeur comme Zachée : d'autant que la prédestination est indubitable et que la justice imputative de Jésus-Christ couvre tout. Bref, réformer l'Eglise de Dieu n'est pas luy rendre les premiers traicts de sa saincteté primitive, comme croit le vulgaire, car on ignore ses couleurs, puisqu'elle est invisible : et tout ce qui luy reste de visible porte la face de Babylone : mais c'est en fabriquer une jolye et toute neufveau plan et modèle, non de la vieille Bible interprétée par le bonhomme saint Augustin, saint Jérosme, saint Grégoire, saint Ambroise, saint Chrysostome, mais de la nouvelle, nouvellement composée à Genève, par le nouveau sauveur Calvin. Et payez-vous de cela, sil vous plaist — »
C'est assez de bile et de citations : c'en est trop peut-être. 3Iais il y a de l'utilité à retirer même des explosions de rage d'un ennemi, et il est de ces injures qui n'atteignent pas un homme ni une institution, qui l'honorent :ui contraire, et donnent à la postérité la juste mesure de ce que l'un et l'autre ont pu valoir, en leur temps, pour motiver un tel déchaînement des basses passions humaines.
1614. PAUDONS OCTROYÉS PAR t? PONTIFE CHAMIER. SSo
1614. ■— Synode nâ^tional de Tonneins. Ecrits théologiques de Charnier. — Page 155, 199.
Le vingt et unième Synode national se tint à Tonneins du 2 mai au 3 juin 1614. Les articles qui concernent Chamier sont les suivants :
Art. V des Observations sur le Synode de Privas : « Sur l'article qui concerne les écrits du sieur Chamier, pasteur et professeur à Montauban : la Compagnie a ordonné que devant qu'on les imprime, ils seront mis entre les mains de quelques pasteurs et professeurs en théologie, pour être vus et examinés, et pour cet effet on a nommé les pasteurs et professeurs dudil Montauban et ses colloques, lesquels en feront leur rapport. »
Chamier est encore mentionné à l'art. VII des Académies, comme faisant des propositions au nom de celle de Montauban ; à l'art. I*"- des comptes des Académies, comme ayant révisé et présenté les comptes de l'Académie de Montauban; enfin, ù l'art. IV des comptes du trésorier Du Caudal, comme ayant reçu de lui les 2,000 livres ordonnancées par le Synode de Privas.
1614. Pardons et indulgences, etc., octroyés par le pontife Chamier. — Page 127.
INous avons rencontré dans la collection Fontanieu, i. 166, et nous voyons aussi figurer au nouveau Catalogue de la Bibliothèque impériale, {Histoire de France, L b 36, n° 263) une pièce du temps dont voici le titre complet :
PARDONS ET INDULGENCES DE PLÉNIÈRE REMISSION DE COULPÉ ET DE PEINÉ , A TOUS FIDELLES RÉFORMEZ DE l'uN ET l' AUTRE SEXE,
Octroyées par le pontife Chamier, ran 21 de son règne, et de la Réforme le 81 , selon le calendrier genevois, et de son ministère à Montauban le 1, séant au tribunal de ses prédécesseurs au Synode dernier.
Leues et publiées par son vicaire Du Moidin, au grand temple de Cha-
7'enton, trident dn haras réformé de France, le dimanche -1 may de cette année en présence du
Petit troupeau qui, en sa petitesse, Va surmontant de Judas ta finesse.
Avec les Lamentations de Du Moulin sur les misères de ce temps.
M. D. C. XIV. (s. 1.)
Ou reconnaît dans cette citation la parodie des deux premiers vers de Tli. de Bèze, dans sa belle épître dédi(;atoire des Psaumes à l'Eglise deN. S., épitre si supérieure à l'ouvrage même :
Petit troupeau qui, en ta petitesse.
Va surmontant du monde la fiautesse ;
Petit troupeau, le mespris de ce monde, etc. (1).
Voici comment débute ce factum :
« Daniel Chamier, par la permission de Dieu, et le frère Du Moulin, serviteur des serviteurs de la Réforme,
« A tous bons et fidelles réformez, de l'un et l'autre sexe, salut et charité réformée.
« Estans duement informez et advertis de la diminution de nos brebis, tant en Languedoc, Provence, qu'autres lieux de noslre secte, et d'ailleurs du zèle particulier d'aucuns à icelle, s'efforçans de jour en jour de planter et establir noslre auctorité auxdits lieux.
" INous, ces choses considérées, asseurez en la miséricorde du Synode et en l'auctorité des très inférieurement inspirez Luther et Calvin, avons octroyé et par ces présentes octroyons à toutes personnes de l'un et l'autre sexe, de quelque qualité que ce soit, estans au préalable munis, repeus et saouls du pain blanc de la Cène, et bon vin d'icelle, pleine et entière rémission de coulpe et de peine de tous leurs péchez meus et à mouvoir, se-
(1) Voici la suite :
El seul ihrésor de la inachine ronde : Tu es celuy auquel gist mon courage.
Pour le donner ce mien pelit ouvrage : l'clit,je dis, en ce qui est du mien.
Mais au surplus si grand qu'il n'y a rien Assez exquis en lout cest Univers Pour égaler au moindre de ces vers...
Cete délicieuse pièce, la seule où Bèze égale et surpasse peut-être Marot, était imprimée autrefois en tête du Psautier huguenot et aurait dû y demeurer à toujours. Nous l'avons reproduite dans le Bulletinde la Société de l'Histoire du Protestantisme fiiuirais (t. I, p. 96).
1614. PARDONS OCTROYÉS PAR LE POMTIFE CHAMIER. 337
crets ou découverts, présents et advenir quels qu'ils soyent, faisans ce qui s'ensuit : O terque, quaterque beati.
« Que ceux qui nous ont quittez, sçavans de leur doctrine comme de nous, primo vel secundo decl'mationisj confessent de bouclie qu'ils ont mal faict, ramenant leurs compagnons.
« Que les pilleurs d'Eglises, catholiques, meurtriers, paillards, larrons et gens à tout faire, nos bons alliez, n'en disent rien.
« Que les crocheteurs de l'Escripture saincte et saincts pères continuent leur mestier à la façon du patriarche, par excellence d'hérétique mémoire, maintenant par force, sans droict, et moins de raison, que leur foy justement prétendue est bonne.
« Que Marot et Bèze soient ouys partout, nonobstant les defences justes, et les prélats avec leurs subjects, et ceux qui nous ont quittés, couverts de toutes sortes de calomnies.
« Qu'on secoure Genève, au besoin, d'argent et de gens, connne l'Alpha et l'Oméga de nostre doctrine, si Dieu plaist.
« Qu'on fuie les docteurs catholiques, comme Azazel, l'eau bénisle et surtout la Messe, avec leurs miracles, preuves de leur céleste doctrine, disant que nous valons mieux qu'eux, quoyque non
n Finallement, qu'on récite tous les jours lOraisoii dominicale comme s'ensuit »
Suit une parodie dite • Pater noster des ministres, " en vingt-cinq méchants couplets (1). Puis vient un mauvais quatrain, comme « Œuvre de supererogation. » Le tout se termine par les « Lamentations de Du Moulin » annoncées par le titre.
On voit qu'il s'agit d'une parodie de bas étage, n'ayant pas même quelque saveur littéraire, comme le Magot genevois. Ce n'est pas seulement de la bile, c'est du fiel corrompu. Ce ne sont plus seulement des grossièretés, ce sont des obscénités, des ordures dignes du père Garasse, et qui ne nous permettraient pas, l'eussions-nous voulu, d'étendre nos citations davantage. On ne voit pas bien quel fut l'à-propos de ce cynique pamphlet. 11 est sans doute l'œuvre de quelque vil renégat, ayant, comme Ferrier, quitté l'Eglise en se prétendant « calomnié » : c'est «;e qu'indiquerait assez le huitième alinéa que nous venons de citer plus haut. On reconnaît bien là les
(1) Il avait déj;"l ébi imprimô «Le Pale noster des Catholiques» (plaquette de 8 p. 1611. i\ L), et celui-là iiiêiiie était une parodie catholique, témoin ce bout de couplet :
... Le perfide huguenot Pour certain nous voudrait pouvoir un jour contraindre De chanter avec luij les Pseaumes de Marot.