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Le Journal tiiii va suivre ëclaircit , ainsi que nous l'avons dit , un point d'histoire que nous devons exposer ici , au risque de répéter quelques-uns des détails qui se trouvent ailleurs.
Le Synode national de La Rochelle , tenu en mars 1 607 , était appelé à proposer six personnes, sur lesquelles le Roi devait en choisir deux pour remplacer La Noue et Du Gros, qui avaient été nommés députés généraux e n 4605, sur la présentation de l'assemblée de Chûtelleraut. Mais, au lieu de dresser cette liste de six , le Synode objecta avec raison que ses membres n'y étaient pas autorisés parleur mandat, et il nomma simplement Villarnoul et Mirande (1).
Benoit dit que Charnier fut chargé de faire agréer à Sa Majesté cette double nomination, et que , « après six mois de séjour à la Cour, il se nior-
« fondait, n'ayant pu encore obtenir l'honneur de parler au Roi On eût
« peut-être bien voulu l'ennuyer à force de le faire attendre, et lui faire ainsi
« quitter la partie Sa personne, ajoute-t-il, n'était pas agréable, parce
« qu'il était de ces fous du Synode que le Roi ^n'aimait pas, de ces têtes « dures que rien ne fléchit, de ces cœurs inaccessibles aux craintes et aux « espérances, qui sont les plus fortes machines de la Cour. » {Histoire de l'Edit de Nantes, t. I, p. 447.)
(1) La question était complexe. En autorisant le synode, par un Brevet daté de décembre 1606, à dresser une liste de six personnes, dont il choisirait deux, le Roi avait joué au plus lin. Si le synode était entré dans cette voie, il se sul)stituait par le fait à rassemblée politique, dont il usurpait le droit et qu'il rendait inutile; c'est le résultat que poursuivait Henri IV, et il voulait en outre amener les églises à faire seulement une présentation de six candidats et à lui remettre le droit de choisir les deux députés généraux. Le synode se récusa d'abord, comme n'étant pas suffisamment autorisé par le lîrevet ; il obtint un nouveau Brevet, qui maintenait cependant l'obligation de faire une liste de 5i'x; mais il se borna à nommer deux députés, Villaruoul et Mirande, dont il pria le Roi d'agréer la nomination, en attendant qu'une assemblée générale autorisée par lui statuât sur la question de principe. C'est ainsi que fut déjouée, au grand déplaisir de Henri, la manœuvre mise par lui en usage, et qu'il fut amené à autoriser l'assemblée générale de Gergeau, tenue en octobre 1608. (Voir, sur cette affaire, les Mémoires de Sully, qui y prit une part active, et ce qu'en dit Benoît, t. 1, p. 444 à 452. Aymon rapporte les pièces et délibérations, 1. 1, p. 343.)
22 bijT do voyage
Quick (lit aussi que « le Synode national de La Rochelle ayant député " riianiier à la Cour pour une affaire de grand intérêt pour les églises, le " Roi et les seigneurs du Conseil privé le tirent attendre six mois entiers « avant de lui accorder l'audience qu'il sollicitait; que néanmoins il ne se " laissa pas rebuter, etc. »
Mais ce qu'il ajoute est tellement conforme au passage de Renoit qu'on vient de lire , que nous sommes porté à croire que Quick, en cet endroit , a fait un emprunt à V Histoire de lEdit de Nantes, dont le premier volume parut, comme l'on sait, en 1693.
Reste donc le récit de Renoit, reproduit par Quick.
Or, ce récit ne se trouve point confirmé par le Journal de Charnier. 11 n'en résulte nullement que Charnier eût été chargé de la mission que nos auteurs lui attribuent, et on y apprend que le principal objet de son voyage était l'érection d'un collège à 31ontélimar; qu'il avait été député en Cour non par le Synode national, mais par les églises du Dauphiné. Il faut remarquer que Quick avait bien dit, quelques pages auparavant , que Charnier « fut envoyé « au Roi par les églises de la province avec une pétition relative à l'Acadé- " mie de Montélimar, » ce qui nous confirme dans la pensée qu'il aura puisé l'autre allégation dans Renoit (I).
Cette affaire du collège de Montélimar paraît avoir été laborieuse entre toutes. Dès 1597, dans un volume intitulé Plaintes des Eglises réformées de France sur les violences qui leur sont faites, etc. , on représentait que divers Parlements, « même après plusieurs jussions, avaient refusé de véri- '« fier les patentes accordées pour l'établissement de collèges, et on rappor- « tait l'audace du Parlement de Grenoble , qui n'avait même pas daigné ré- « pondre à la seconde jussion pour l'érection d'un collège à Montélimar. » Dans un « Cahier de remontrances des députés des églises sur quelques « plaintes qui leur sont faites des contraventions à l'Edit de Pacification , » cahier portant la date du 4 juillet 1603, et que nous croyons inédit, nous avons encore trouvé un article XX'= ainsi conçu :
« Supplient aussi Vostre Majesté de faire jouir les habitans de vostre ville « du Montélimar de la concession que Tostre 3Iajesté leur fit, en l'an 1393, « de l'établissement d'un collège et université aux arts audit Montélimar et « enjoindre très expressément à la Cour et Parlement de Grenoble de vèri- « fier les dites Lettres dans trois mois , sans y appeler autres parties que les « habitans dudit Montélimar qui seuls y ont interest, et autrement et en cas
(1^ L'erreur que nous signalons ici à la charge de Benoit ne doit pas affaiblir l'estime que mérite cet historien, à qui l'on ne rend généralenaent pas assez justice. Son ouvrage lut un très grand service rendu à l'histoire; il contient une masse considérable d'informations, et, pour tout ce qui concerne les événements contemporains, nous avons pu souvent nous assurer, par l'examen des documents oUiciels, qu'il est de la plus parlaite exactitude.