VISITE DU CARDINAL DE RICHELIEU A ADRIEN CHAMIER
Les archives de la Compagnie des pasteurs de Genève contiennent à ce sujet le passage suivant :
(RegistreG.p.l-lSOl^aoMneSG. « Proposé qu'il estoit venu en lumière un livre intitulé : Supplément de Charnier, proposé par M. Alstedius, là où, quand il parle de jure magistratus, il y a une question, savoir si un magistrat peut souffrir deux religions en son pais, à quoi il respond que non, mais seulement la vraie et bonne; que toutesfois s'il en souffre diverses il ne le doit supporter en public, mais seulement en particulier, et en cachette, assavoir clandestinement. Ce qui estoit une opinion estrange et très dangereuse, et laquelle fournissoit des armes aux adversaires de la vérité.
« Sur quoi advise qu'il falloit ou corriger, ou omettre entièrement la question; à quoi nos frères Messieurs Tronchin et Turretin ont été chargés de pourvoir, et en outre d'escrire au susdit sieur Alstedius pour lui faire appréhender l'inconvénient et grand danger qui arrive de ceste question. »
1629 (?). — Visite du cardinal de Richelieu à Adrien Charnier. Rapprochement historique. — Page 99.
Notre auteur n'assignant pas de date à cette visite de Richelieu à Adrien Chamier, nous supposons qu'elle a pu avoir lieu en l'année 1629, où le cardinal accompagna Louis Xlll au siège de Privas.
Quant à l'entrevue de Calvin et d'un évêque, que Quick raconte ici assez agréablement, elle a été mentionnée comme une tradition, par Charles Drelincourt, dans sa Défense de Calvin, publiée à Genève en 1668, mais avec cette ditférence que c'est un autre prélat, le cardinal Sadolet, évêque de Carpentras, qui rend visite au Réformateur. Il est peu vraisemblable, en efiet, que l'évêque de Valence, Montluc, qui avait un penchant marqué pour le protestantisme (I), eût tenu à Calvin le langage que lui prête notre auteur. Voici la version de Drelincourt :
« On dit, et des personnes illustres de la communion de Rome, l'ont ouï dire aussi bien que moi, que le cardinal Sadolet, passant à Genève incognito, désira de voir Calvin, qui avait écrit contre lui, et qu'il alla lui-même heurter à sa porte. Il croyait le trouver en quelque palais, ou du moins en quelque hôtel magiiiliquement meublé et rempli de serviteurs. Mais il fut fort surpris qu'on l'adressa à une petite maison, et qu'y ayant heurté, Calvin
(1) Le père Daniel, dans son Histoire de France, dit que Montluc, extérieurement catholique, était eirecti veinent huguenot, et qu'il est mort plus catholique, au moins en apparence, qu'il n'avait vécu.
lui-même, simplement habillé, lui vint ouvrir la porte. Le cardinal s'étonna d'apprendre que ce fût ce Calvin si célèbre et si renommé, et dont il avait admiré les écrits, et il ne se put empêcher de lui déclarer son étonnement et sa surprise. Mais Calvin le pria de considérer par là qu'en ce qu'il avait fait, il n'avait pas pris conseil de la chair ni du sang, et qu'il n'avait pas eu pour but de s'enrichir ni de s'agrandir au monde, mais de glorifier Dieu et de défendre la vérité. On ajoute que cet illustre cardinal s'entretint quelque temps avec Calvin, et qu'il en fut grandement édifié. »
Cette visite de Sadolet à Calvin est-elle plus authentique que celle de Montluc? Nous l'ignorons. Mais on sait qu'en 1539, une conférence de prélats ayant été organisée à Lyon par les soins du Saint-Siège, pour aviser aux moyens de se ressaisir de Genève qui lui échappait, l'évêque de Carpentras fut chargé par cette assemblée d'écrire aux Genevois et leur adressa une épître latine pleine d'éloquence et d'habileté. On avait compté sur l'éloignement de Calvin; mais ce fut lui qui, absent et proscrit, se chargea de répondre, reprenant ainsi la garde du troupeau auprès duquel il ne veillait plus. « Les deux lettres qu'il adressa à ce sujet aux magistrats et au peuple de Genève, sont remarquables, ajoute M. Guizot, par le ton d'affection qui y règne et par la prudence des avis. » Voici un résumé de cette réponse qui réduisit ses adversaires au silence et força l'évêque dépossédé, Pierre de La Baume, de renoncer définitivement à son diocèse, dont il alla se consoler avec le chapeau de cardinal et l'évêché d'Arbois :
• Je me trouve heureux de conférer avec un homme dont le savoir et le caractère sont aussi respectables. Mais sachez, ù Sadolet ! que si l'Eglise romaine était vraiment telle que vous la dépeignez, jamais nous ne serions sortis de son sein. Si le pape veut rejeter toutes les cérémonies qui ne sont pas mentionnées dans votre épître, nous irons à lui. Mais pour que la fusion des deux Eglises soit désormais possible, il faut abandonner toutes les superstitions ajoutées à l'Evangile, à savoir : la présence réelle, le retranchement de la coupe, le purgatoire, les messes des morts, le salut à prix d'argent, la confession auriculaire, le gras et le maigre défendus ou prescrits, le célibat des prêtres. De toutes ces choses, vous n'en parlez pas, quoiqu'elles forment l'abîme qui nous sépare. — Du reste, vous vous trompez en croyant que nous sommes sortis de l'Eglise romaine par ambition ou par orgueil. Si j'avais voulu être riche, cumuler les bénéfices et les honneurs, je serais resté chanoine de Noyon. — Nos paroisses, au contraire, nous donnent juste de quoi vivre; nous avons quarante ou cinquante ecus de paye; nous distribuons aux pauvres les revenus des couvents et des évêques; telle est notre récompense temporelle. Dieu nous garde de nous glorifier de faire notre