LE TEMPLE DE MONTÉLIMAR
en passant procuration « à noble Jacques de Vesc, sire de Lalo, et à maistre Jacob Archinard, advocat, pour exiger desdits sieurs de Chaude, Peytiers et Roche vingt mille livres, signée par mondit seigneur, deument scellée du cachet de ses armes, en datte du l^^" octobre 1612. » Puis vient le « prix faict des armoiries de mondit seigneur le connétable de Lesdiguières, pour eslre apposées au devant de la grande porte du Temple dudit Montélimar, du 29 aoust 1613. ') L'Eglise paraît avoir joui de sa donation sans trouble jusqu'en 1623; mais à cette époque, nous trouvons des « mémoires donnés à raaitre Jean Vulson de la Collombière, pasteur et député de ladite Eglise de Montélimar pour la conservation et deffence de ladite somme de vingt mille livres demandée par les habitants de ladite ville faisant profession de la religion romaine, » et un « conseil par escript donné à Grenoble audit lieu de la Collombière sur le subject dudit procès et différend pendants entre lesdits... par-devant monseigneur le duc de Créquy. » Ce différend est terminé par une transaction d'après laquelle il est délivré « auxdits habitants de la religion romaine la somme de neuf mille livres en capital du don desdits vingt mille livres faict par mondit seigneur le connestable de Lesdiguières , » de laquelle transaction « le conseil général desdits habitants de la religion romaine porta justification. » Ce résultat ayant sans doute encouragé les catholiques, ils ne perdirent pas de vue la proie, dont on ne leur avait adjugé qu'une moitié ; et le 8 juillet 1 642 et le 1 0 septembre 1 648, ils se firent délivrer des ordonnances du roy et de la cour des aydes qui leur attribuaient les onze mille livres conservées aux protestants. Nouveaux mémoires et requêtes d'opposition pour conjurer le péril ; mais rien ne nous apprend si l'on y réussit.
Les réformés de Montélimar avaient à lutter contre une partie de plus en plus forte et entreprenante. C'est ce que montre une « Requeste présentée à M. le vice-sénéchal de ceste ville par les habitans de la religion réformée d'icelle, aux fins d'estre maintenus en la possession dudit exercice, tant public que particulier, signée Meiiuret, discutée le 14 aoust 1654, avec les conclusions du sieur advocat du roy et ducal, dudit jour, etc.; ensemble quelques pièces et copies sur ce même subject, pour certain trouble donné par les papistes audit exercice , notamment du chant des pseaumes. » En 1656, nouvelle requête du même genre par le syndic des réformés de Montélimar, nommé Josserand, défendeur, contre Thomas Adam, doyen du chapitre de l'Eglise Sainte-Croix de Montélimar, et l'avocat général Rabot.
Enfin, « Procès liltéraloire formé entre les pasteurs et anciens de l'Eglise réformée de Montélimar, detfendeurs contre le syndic du clergé de Valence et les catholiques-romains de ladite ville, etc.. » C'est le procès qui avait amené la visite du temple et le jugement de partage ci-dessus reproduits; et cette dernière pièce est ici qualifiée de « jugement de nosdits seigneurs
les commissaires, donné à Valence le neufviesme septembre 1664, portant maintenue de l'exercice de la religion et temple des réformés dans la ville de Montélimar, etc. » On a ajouté cette observation : « Nota, que depuis ce jugement est intervenu le règlement général du roy du 18 septembre 1664, cy-après inventorié, par lequel en l'art. 36 est permis l'usage des clochers et des cloches à tous ceux qui en sont en possession, et en l'ait. 19 est dit pour les tailles des temples et cimetières, qu'il en sera usé comme par le passé. Et ainsi les partages des clochers et cloches et la taille sont vuidés à notre advantage, veu que de tout temps nous sommes en possession de ladite cloche et clocher et de la franchise de la taille. » 11 est fait encore mention de « Coppie d'une lettre de cachet du roy et trois autres de M. le duc de Lesdiguières pour la conservation de nostre clocher, u
En 1665, construction des «galeries du temple du costé de bise... et des degrés de ladite galerie. »
Du 4 may 1666, « achept d'une maison... pour loger un de nos pasteurs dans l'enclos du temple , comme aussi l'autre y est logé. » « Le 5 may de la même année, autre achept d'une maison proche du temple. » Il esta remarquer que « l'investiture de l'acquisition des susdites deux maisons « fut passée par 3Iessieurs du Chapitre de Sainte-Croix de ceste ville de Montélimar, à Messieurs du consistoire de ladite ville, le B'^ may 4666. »
En 1 669, construction à « prix faict du cabinet des Archives de l'Eglise réformée entre le temple et les maisons des pasteurs. »
Cependant la situation de l'Eglise de Montélimar était de plus en plus attaquée. Dans un petit volume de l'époque {Le f^oyageur en Europe, par A. Jouvin, Paris, 1672), nous trouvons une page consacrée à Montélimar, et dans cette page une simple phrase assez curieuse à l'égard des réformés de cette ville. « On se plaint, dit notre naïf cicerone, de la grande quantité de huguenots qu'il y a à Montélimar. » Qui se plaignait ainsi? On ne saurait s'y tromper. « Le clergé, dit Benoît, avoit obtenu (le 16 décembre 1671) une lettre de cachet pour défendre aux réformés de Montélimar de mettre des fleurs de lys ou les armes du roy dans leur temple» (t. IV, p. -219). « Cette même lettre ordonnoit de ne plus admettre à l'avenir aucun protestant au consulat de la ville » {Ibid., t.V, pièces justilic, p. 76). On marchait à pas rapides vers la révocation de l'Edit de Nantes, qui devait se trouver en beaucoup d'endroits comme consommée d'avance et en détail par les suppressions d'exercice et les démolitions de temples. Montélimar était du nombre.
« Le parlement de Grenoble, dit Benoît, joignit son zèle à celui des intendants, et le 12 de juillet (1684), il ordonna la démolition du temple de Montélimar, sous prétexte qu'on avoit souffert qu'une lille, dont on disoit que l'adjonction avoit été signifiée au consistoire assistât aux exercices publics.