I. Daniel (troisième du nom) dont il est parlé ci-après
II. Isaac, qualrième enfant, né à Beaumont le 10 mai 16G7. Il resta en France à la Révocation. C'est tout ce que nous savons de lui.
Nous ne savons presque rien non plus des quatre filles. Madeleine est celle qui a écrit la lettre ci-dessus citée. Elle émigra à la Révocation avec sa famille, ainsi que la cadette nommée Jeanne, tandis que Marie demeura en France. Aucune des trois ne parait avoir été mariée. La quatrième fille était morte peu de jours après sa naissance.
1661-1698.— Daniel Charnier (III» dn nom) réfagié en Angleterre à la révocation de l'Edit de IVantes. Sa postérité. —
Page 107.
Daniel Chamier (troisième du nom), l'aîné de six enfants issus du mariage de Daniel Chamier et de Madeleine Tronchin, était né à Beaumont, le 1 1 janvier 1661. Dans un registre de famille, qui paraît avoir été commencé par lui-même, nous trouvons deux pages de sa main, dans lesquelles il résume les principaux événements do sa vie. Nous les transcrivons :
« Mon père m'envoya à Die en 1G70, en la 5^ classe, sous M. Monder; je n'y restai que trois mois. Je montai en 4" sous M. Poudrel (1671), où j'eus le prix de piété avec M. de la Robine, fils de M. de Bais, et je disputai celui de latin avec Peytier qui l'emporta. Je montai en 3« sous M. Tetel (1672), sous qui mon père avoit aussi été, et j'y eus encore le prix de piété. Je montai en 2", au bout de l'an (1673), sous M. Armand, qui, cette année, fut nommé à la place de M. Nebon, qui avoit été mis à la 1''« à la place de M. Gresse, mort cette année : j'eus encore le prix de piété en 2*=. Je montai, au bout de l'an, en 1™ (1674), et M. Armand fut encore notre régent parce qu'on avoit été fort content de ses escoliers. J'eus encore
Victoires imaginaires du sieur Féron. (Long, la Réforme en Dauphiné, Paris, 185G. in-S", p. 255). Ne serait-ce pas ce même ouvrage qui lui est attribué, cidessus, p. 107, par Quick, qui aurait pris Féron pour FeVowPNous n'avons pu nous lu procurer, m.iis c'est vraisemblablement une apologie contre Gilles Le Féron, chanoine de Valence et syndic du clergé du diocèse (V. ci-dessus p. 413). (1) Nous avons sous les yeux le contrat de mariage, dressé le 21 octobre 1659, par Pierre Hippot, notaire de Monlélimar. 11 est tait à Aoust, en la maioon de Théodore de la Faye, pasteur de Ttlglise réformée du lieu, beau-frère de la future. Sont tiMUoins à l'acte: Jacques Chamier tils, noble Jacques de Nuutonnicr de Custel franc, de la ville de Castres, pasteur en l'Eglise réformée d'Angers en Anjou; ils sigoent avec les parties, savoir: Chamier lils, Madeleine Tronchin, Chamier père, Th. de la Faye, J. de Castelfranc, Chamier frère.
1661-1698. DANIEL CHAMIER (ill*" DU NOM). SA POSTÉRITÉ. iiîS
en 1" le prix de piété, et j'y étois avec Salière, Boyer, Menassion, e(c.. Je vins ensuite à Montélimard en 1674, au mois de septembre. L'hiver suivant, j'allai à Loriol (1675), chez mon oncle de la Paye, où je repassai mes humanités pendant six mois. En 1676, on m'envoya à Genève, au mois de mars, pour faire ma philosophie sous M. Choiiet. Mon père mourut sept semaines après que je fus arrivé. Je logeai un an chez ma cousine Cropet, quatre ou cinq mois chez M. Mallet, six mois chez M. Isaac Lefort (1677), deux ou trois mois en chambre avec Papon, Balsetet Montous, puis chez M. Saladin un an (1679), après quoi je logeai chez M. Tronchin. Je partis de Genève en 1680 au mois de may, et je vins à Montélimard. Je fus rappelé par M. Tronchin pour aller chez M. Pan, où j'arrivai au mois de décembre 1680, et j'y demeurai dix-huit mois. Après quoy, je fus demandé par M. de Bardonnenche (1) pour être gouverneur de son lils en voyage. Je partis donc de Genève au mois d'avril ou may (1682) ; je passai par Lion et par Montélimard, et j'allai à Lion où je restai deux mois avec le lils de M. de Bardonnenche, après quoy nous allasmes au Monestier, où je demeurai jusqu'au commencement de septembre, auquel temps M. de Bardonnenche changea de religion. Je retournai à Montélimard ce même mois et j'en repartis avec M. Peytier pour venir à Genève, chez M. Tronchin, qui me demanda. J'y demeurai un an, et j'allai ensuite chez M. Fischer, à Yauguen, au mois de novembre 1683. J'y demeurai jusqu'au mois d'août 1685, que j'allai à Francfort pour aider au fds de M. Tronchin qui étoit fort malade. Mais je le trouvai en meilleur état. Je revins à Vanguen au bout d'un mois, et j'y demeurai jusqu'au mois de novembre, auquel temps je vins à Neuchâtel où j'ai demeuré jusqu'au 20 mars 1691. J'y ai reçu l'imposition des mains le 3 de juin 1686. Je m'y suis marié le 9 décembre 1689. J'y ai eu un fils le 22 octobre 1690. J'en suis parti avec ma femme, ma mère, mes deux sœurs et mon fils le 26 mars 1691, et je suis arrivé en Angleterre le 26 de mai de la même année. J'ay d'abord été associé avec Messieurs Pégorier, Lions, Conlet, Verchères et Lombard, pour servir leurs trois Eglises ; et je fus reçu par les trois consistoires au mois de juin 1 691 . Au mois d'avril 1 692, l'Eglise wallonne, de Londres, voulant choisir un ministre à la place de M. Gravisset, qui avoit demandé son congé, je fus en élection avec M. Blanc qui l'emporta de quelques voix par les soins de M. Testas, mon parent. Au mois d'octobre, ma femme est accouchée le mercredi 5, à six heures après-midi, d'un garçon. Il a été battisé le mercredi 9 novembre suivant, et présenté au battême par mon cousin Daniel Lions et par Madame Bourdeaus, et il a été
(1) Alexandre de Bardonnenche, conseiller à la Chambre mi-partie de Grenoble, qui se convertit peu de temps après, comme on va le voir, et en l'ut rérompensé par le titre de conseiller d'Etal. Son l'rère, César, qui était seigneur de Ghainpiney, résista et se réfugia en Brandebourg. (V. ci-dessus, p. 53,)
nommé Adrien, du nom de mon grand-père. C'est M. Contet qui l'a batlisé après avoir prêché sur ces paroles (Phil. Ill, 20): « Notre conversation est de bourgeois des cieux. » A la fin de l'année 1662, mes collègues et moy avons travaillé à bâtir un temple plus grand et mieux placé que celui que nous avons dans Glasshouse street, et nous avons trouvé une place près du quarré de Leicesterfields où un architecte nous a bâti un édifice de 64 pieds de long et 40 de large. Nous avons cessé de prêcher à l'Eglise de Glasshouse Street le dimanche 9 avril 1693, et j'en lis la clôture. Le samedi suivant, 15 avril 1693, veille de Pasques, je fis l'ouverture et la dédicace du temple de Leicesterfields où il y avoit une aflluence prodigieuse de peuple. M. Contet mourut quelques mois après de consomption, et peu après la mort de M. Contet, M. Lombard nous a aussi quittés sans congé pour aller en Hollande. Au mois d'octobre 3L Coulan arriva de Hollande pour venir à la place de M. Contet. Au mois de décembre, le lendemain de Noël, mon fils aîné est tombé malade d'une grosse fièvre avec des vomissements : la fièvre dura dix-sept jours, n'étant pas fort violente, mais il fut toujours fort assoupi; le jeudi 11 janvier 1694, Dieu le retira de ce monde, entre 9 et 10 heures du soir, lorsqu'il étoit âgé de 3 ans 2 mois et 21 jours, après avoir donné toute sorte de belles espérances. Il étoit bien fait de corps, avoit le cœur tendre et caressant, de la vivacité, beaucoup de mémoire et marquoit du jugement. Au mois de mars, je suis venu demeurer près du quarré de Montmouth, où j'ay perdu le 5 d'avril mon second fils, Adrien, par des convulsions qui ont duré 24 heures, et qui étoient causées par les dents : il avoit 18 mois et c'étoit un très beau garçon. Au mois de may, N. Coulan fut eslu pasteur dans nos trois Eglises, et nous réduisîmes le nombre de nos pasteurs à cinq ; mais ce dernier ne survit pas longtemps, car après avoir prêché le dimanche matin 9 septembre, il mourut le jeudi suivant sans avoir eu que fort peu de fièvre et aucune apparence de mort. A sa place nous avons choisi MM. Rival et Lamothe, de Guienne, qui furent eslus le lundi 24 septembre par les trois consistoires. Le dimanche 14 octobre, entre une et deux heures après midi, ma femme est accouchée d'une fille; elle a été batlisée le jeudi 25 octobre, et présentée au battême par M. Pierre De Malacare et Madame Jeanne Crommelin, et Madelaine Chamier, ma sœur (1), et a été nommée Jeanne- Madelaine. Le lundi 21 novembre 1 696 , Dieu m'a encore donné un fils, qui est né à huit heures et demie du matin, nommé Daniel, présenté par M. Testas et Mademoiselle Lions (2). »
(1) Madeleine Chamier, née à Beaumont le 16 novembre 1662, mourut à I.ondres le 19 mars 1745, âgée de 84 ans. Sa sœur, Jeanne, née à Beaumont le 26 août 1C67, mourut à Edimbourg le 7 mars 1729.
(9) C'est ce fils Daniel (IV^ du nom) qui continue à représenter la famille, par le fils de sa fille aînée Judith, comme on le verra ci-après.
1661-1698. DANIEL CHAMIER (llF DU NOM). SA POSTÉRITÉ. 425
[Ce mémorial est resté inachevé; un des enfants y a ajouté ce qui suit] :
« Mon père a eu un fils le 26 novembre 1697, nommé Jean: fut présenté par M. Quick, ministre anglais, et par Madame d'Adelcron (1).
« Il a eu un autre fils le 1 5 novembre 1 698, nommé Robert : a été présenté par M. Caille et Mademoiselle de Melan : il n'a jamais vu son père, puisque Dieu le retira le 15 juillet 1698, âgé de trente-sept ans six mois » (2),
Nous donnerons encore ici la suite et fin de la lettre de Madeleine Chamier déjà citée (p. 407) :
« Votre père, mon cher neveu, épousa en 1689 Mademoiselle Huet, fille d'un ministre de l'Evangile, homme d'un esprit supérieur et recherché de tous les gens d'esprit de son temps. De ce mariage naquit un fils le 22 octobre 1690, qui fut présenté au baptême par M. Osterwald, digne pasteur de Neuchâtel,et par M. le banneret Chambrier, et Mme Sudre, Mme Saudot et Mlle de 3Iontmollin étoient les marraines. Le 21 de mai 1691, mon frère aîné et sa femme, avec ma mère, ma sœur et moi, et mon petit neveu qui n'avoit que quelques mois et mourut à trois ans, nous nous sommes réfugiés en Angleterre pour éviter la persécution contre les protestants à la révocation de l'Edit de Nantes. Mon frère Daniel eut encore plusieurs enfants : un fils nommé Adrien, une fille nommée Madeleine (tous deux moururent très jeunes); en 1696, un fils nommé Daniel (c'est vous, mon cher neveu); en 1697, un fils nommé Jean; en 1698, un autre fils nommé Robert, qui vint au monde quelques mois après la mort de son père. Car ce malheureux événement arriva le 15 juillet 1698. Il mourut d'une fièvre maligne : il eut de grandes sueurs et quoique son cerveau fût attaqué, il ne dit jamais que de bonnes choses pendant sa maladie qui dura quinze jours. Tout le monde le regretta : il y avoit bien mille personnes à son enterrement, et sa mémoire est encore en bénédiction. Le jour qu'il tomba malade, il avoit prêché à l'église calviniste de Leicesterfields, qu'il avoit luimême consacrée et dont il étoit le ministre. Son texte étoit tiré du sixième verset du psaume XXXII; il prêcha avec beaucoup de force, disant qu'il ne falloit pas attendre pour chercher Dieu qu'on fût dans l'adversité ou à la fin
(1) Jean Charnier mourut à Londres en mai 1765. II avait été secrétaire-assistant de l'archevêque de Cantorbéry (Wake), ef. demeurait, en cette qualité, à Lambeth Palace.
(2) Robert Chamier, d'abord page du duc de Roxborough, reçut une commission de son régiment, qui. à la bataille de Dettingen, lîgura le premier à l'assaut : il y fut blessé, et c'est des suites de cette blessure mal soignée qu'il mourut en avril 1748. Il avait épousé une Hollandaise, dont il eut un fds qui fut député commissaire en Amérique durant la guerre, et mourut à Londres en 1790, sans avoir été marié.
de sa vie ; que nous ne savions pas dans quel temps Dieu nous appelleroil; « peut-être, ajoula-t-il, que de ceux qui m'écoutent, il y en a qui mour- « ront bientôt, peut-être que moi qui vous parle je serai de ce nombre... » Après l'action, il reçut sept personnes qui firent réparation pour avoir changé de religion en France. Ensuite il fut voir un malade à qui il fit la prière, et il y a apparence qu'il gagna son mal, puisqu'il mourut de la même maladie. Ma mère parla à son fils jusqu'au dernier moment avec beaucoup de courage et de piété, se soutenant dans cette grande affliction avec beaucoup de constance; car elle aimoit son fils bien tendrement. Le 2 décembre 4708, ma chère mère tomba malade d'une inflammation de poitrine qui se termina par une espèce d'bydropisie. Dieu la retira à lui après de grandes souffrances le vendredi H de janvier 4 709. Dieu veuille que nous profitions de ses bons exemples et de ses exhortations. Elle fut enterrée dans le même cimetière que feu mon père, à la paroisse de Saint-James, à Londres, le 17 de janvier. Six ministres portèrent les coins du drap. «
Nous avons sous les yeux deux pièces qui doivent être mentionnées ici pour les renseignements qu'elles contiennent. C'est : 1" un « compte que rend noble Jean de Saint-Ferréol, sieur Du Mas, en qualité de mari de dame Suzanne André, héritière de droit de son père, aux héritiers de M. Daniel Chamier, et demoiselle Magdeleine Tronchin, de biens délaissés sur la fin de 1684, dans le territoire de Montélimar. » 2° Un procès-verbal dressé le 28 mars 1736 par « Charles Felice et Aymard Franjon, bourgeois du Montélimar, » déclarant s'être transportés au domaine, appelé de Chamier, situé au terroir de ladite ville, quartier de Malmartel, pour y examiner l'état des bâtiments et des fonds, et y donner un prix, etc. " L'examen et estimation de ce domaine n'a pas autrement d'intérêt; mais le compte nous permet de constater que Magdeleine Chamier avait encore touché en 1713 quelques revenus sur ces biens délaissés.
Il y a aujourd'hui encore près de Montélimar un domaine qui porte le nom de Chamier : c'est sans nul doute celui-là même qui a appartenu à la famille. Nous avions demandé à ce sujet des renseignements qui ne nous sont point parvenus.
1696-174:1. — Daniel Chamier (IV do nom). Sa postérité.
— Pages 107, 10.
Daniel Charnier (quatrième du nom), troisième fils de celui qui vient de nous occuper, était né à Londres le 21 novembre 1696. Il a, lui aussi, tracé dans le même registre de famille un résumé de sa vie que nous transcrivons ici :
1696-1741. DANIEL CllA.Hllill (l\^' DU INOJl). SA I'OSTÉUITÉ. 427
« Je me suis marié avec ma lemme, nommée Suzanne rie la Méjanelle(i), un mercredi 2 de septembre ITIO. Dieu nous a donné une fille née le 23 janvier 1721 ; elle a été baptisée le jeudi 2 février par M. Saurin, ministre de la Savoye et présentée au baptême par M. Aaron Testas, ministre de l'Eglise wallonne, mon parrain, et par la mère de ma femme. Elle a été nommée Judith (2). — Il nous est né un lils le mardi 29 mars 4722 , qui a été baptisé le mercredi 13 juin par ai. Darsis le fils, présenté par M. Pierre Chambrier, de Neucbâtel, en Suisse, et par 3Iadame Judith Benezet; l'enfant a été nommé Daniel, son baptistaire a été enregistré à la grande Savoye (3). — Il nous est né un second fils le mardi 17 septembre 4723 : il a été baptisé le jeudi 26 du même mois par M. Grove, présenté par mon frère Jean, et par ma belle-mère qui tenoit la place de Madame La Chenaye, tante de ma femme. L'enfant a été nommé Jean, le baptistaire est ù la grande Savoye (4). — Il nous est né un troisième fils le mercredi 19 aoiit 1724, baptisé le mercredi 2 septend)re, présenté par M. Gérard Van Neck et par Blagdeleine Charnier ma tante; il a été nommé Gérard, et baptisé par M. Amproux, enregistré à la Savoye. — Il nous est né un autre fils le mercredi 6 octobre 1725, baptisé le mardi 19, présenté par BI. Antoine Loubier et par ma tante Jeanne Chamier, représentée par sa sœur Magdeleine, baptisé par M. Testas, ministre, et nommé Antoine, son baptistaire enregistré à l'Eglise wallonne de Threadneedle street (5). — Le fils que Dieu nous avoit donné et qui fut nommé Gérard, est mort dans le mois de mars 1726, âgé de 19 mois. — Il nous est né une fllle le lundi 19 septembre 1726, baptisée le mercredi 12 octobre, par M. Bertheau, présentée par sa tante Jeanne Bohm et M. Josué Van Neck, et nommée Suzanne, enregistrée à Threadneedle Street (6). — Il nous est né une fille le 30 novembre 1727, baptisée le dimanche suivant par M. Besombes, présentée par moy pour mon frère Robert et par sa tante Devisrae, et nommée Marie-Anne. Son baptistaire
(1) Elle mourut à Southampton le 16 décembre 1787, âgée de 85 ans.
(2) Judith Chamier épousa le révérend Jean Deschamps; elle mourut le 27 décembre 1801 à l'âge de 80 ans et fut enterrée dans la cathédrale de Winchester. Elle eut : 1° un tils, Jean, né en 1754, qui porta depuis 1780 et perpétua le nom de Chamier; 2" une fille, Dorothée-Sophie, née en 1756, mariée en 1784 au docteur Makic, morte à Vevey le 9 mars 1819, laissant deux enfants ; 3° une autre fille, Suzanne, née en 1760, mariée en 1812 au révérend Thomas Winscom, et morte en 1820.
(3) Daniel Chamier mourut à New-York, en novembre 1778. Parti pour TAmérique en 1753, il s'était établi à Baltimore dans le Maryland. Il avait été appelé au commencement de la guerre à un poste de confiance dans l'armée anglaise, celui d'auditeur-contrôleur des comptes. La Gazette de New-York lui rendit un public hommage dans son numéro du 30 novembre 1778.
(4) Jean Chamier mourut cà Arrah, aux Indes orientales, en 1770.
(5) Antoine Chamier mourut à Londres en 1780, laissant son nom, ses armes et ses biens à son neveu Jean Deschamps, lils de sa sœur aînée (voir ci-après).
(6) Suzanne Chamier mourut à SouthamptOQ le 2 novembre 1808, âgée de 82 ans, sans avoir été mariée.
est à Threadneedle street (1). — Il nous est né encore une fille le mercredi matin 12 février 1729, qui a été baptisée par M. Besombes, le vendredi 7 mars, présentée par le fils de M. Pierre Valmalette, pour son père, et par ma tante Madeleine Chamier, et nommée Madeleine. Elle mourut fort jeune. — I! nous est né encore une tille le 25 mars 1736, baptisée par M. Besombes, et présentée par M. Gérard Van Neck et Madame Gaultier la cadette, nommée Anne : son baptistaire à Threadneedle street (2). »
[A la suite de cette note écrite par Daniel Chamier, se lit celle-ci de la main de son troisième fils Antoine] :
« Le dimanche 7 novembre 1741, mon cher père se trouva mal et voulut sortir de la chambre, mais il s'évanouit et tomba par terre; on lui donna un vomitif, mais cela ne lui fit pas grand bien. On lui donna tous les secours possibles; il eut trois médecins qui ne purent le guérir. Il eut un transport au cerveau trois jours après sa maladie, qui lui dura jusqu'à la fin. Le 17 dudit mois, était le 9^ jour de sa maladie; il mourut fort tranquillement, laissant sept enfants, trois garçons et quatre filles. Il fut enterré le 21 novembre 1741, étant ce jour-là âgé de 45 ans. Il n'est pas nécessaire de parler de son caractère, ayant été regretté de toutes ses connaissances, étant un ami sincère, toujours prêt à rendre service à tout le monde, un père tendre et bon mari. Il fut enterré dans le cimetière de l'Eglise cathédrale de Saint- Paul, au coin du Nord-Est.
« Antoine Chamier. »
Un autre registre de famille nous fournit sur Daniel Chamier la notice suivante qui ajoute quelques détails aux fails relatés ci-dessus. Nous la traduisons de l'anglais.
n Daniel Chamier avait été élevé par son père en vue de la carrière ecclésiastique; mais s'étant trouvé obligé de monter une fois en chaire, avant d'avoir l'âge requis pour la consécration, cette épreuve lui donna une si forte émotion qu'il résolut de ne plus la renouveler jamais, et renonça entièrement à l'Eglise. A l'âge de 20 ans, il épousa Suzanne de la Méjanelle, qui était plus jeune que lui-même : le mariage eut lieu sans le consentement de la mère. Mademoiselle de la Méjanelle était d'une beauté remarquable, et M. Chamier était aussi un très bel homme et plein d'agrément. Aucun des deux n'avait de fortune, étant de familles qui avaient sacrifié leurs biens à leur.
(1) Marie-Anne Chamier mourut à Southampton le H novembre 1790, sans avoir été mariée.
(2) Anne Chamier mourut le 24 février 1829, h l'âge de 92 ans.
1725-1780. ANTOINE CHAMIER, gtlATRIEME FILS DE DANIEL. 429
religion. Peu de temps après qu'ils eurent été mariés, lord Stairs fut nommé ambassadeur en France, et M. Charnier lui ayant été recommandé par des amis, il le prit pour secrétaire. ]>I. Cliamier laissa sa jeune femme sous la protection de sa belle-mère qui avait pardonné l'imprudence de sa tille, apprenant à connaître le mérite et l'ambition de son gendre, à qui l'on ne pouvait reprocher que son défaut de fortune. M. Chamier se vit bientôt obligé de quitter sa position auprès de lord Stairs et d'en chercher une plus avantageuse, et qui lui permît de rester en famille. 11 retourna à Londres et s'établit dans la Cité, où il entra 'dans le commerce. Il ne réussit que médiocrement dans une voie si peu appropriée à son éducation; mais il y trouva de quoi soutenir honorablement sa nombreuse lamille. Il sut garder, dans le cours de toute sa vie un caractère irréprochable, et de lui aussi l'on peut dire « qu'il choisit ses amis parmi les hommes vertueux, et ses compagnons « parmi les hommes sages. » A l'âge de 45 ans, il fut emporté en neuf jours par une fièvre violente, qui déjoua les efforts de trois médecins. Il expira le 17 novembre 1741, laissant sept enfants, dont trois fds et quatre filles. »
1725-1780. — Autoine Charnier, quatrième fils de Daniel Chamier. — Pages 107, 10.
On vient de voir que les trois fils aînés de Daniel Chamier (quatrième du nom) n'avaient point été mariés. Le quatrième fils, Antoine, avait épousé. Dorothée Wilson, fille d'un des principaux négociants de la Cité de Londres, qui n'eut point d'enfants, et mourut le 9 mars 1799, ayant survécu dix-neuf ans à son mari.
Antoine Chamier, né le 6 octobre 1725, était entré d'abord dans la carrière commerciale, oîi, grâce à son mérite, il avait sans doute réussi; mais une autre destinée lui était réservée, celle des fonctions publiques, plus digne de ses talents distingués. Il fut nommé en 1772 sous-secrétaire du département de la guerre sous lord Barrington, et y rendit de réels services. Mais sa nomination avait déplu à Philip Francis, commis principal du ministère et personnage important; elle fut l'objet de violentes attaques dans les Lettres de Junius, et c'est une des circonstances qui ont donné lieu de croire que Philip Francis élait l'auteur, si longtemps inconnu, deces fameuses lettres(1 ). En 1775, Antoine Chamier fut nommé sous-secréiaire d'Etat au département de l'intérieur, poste qu'il occupa sous lord Weymouth et sous lord Hillsborough jusqu'à sa mort. En cette même année, il fut élu membre du par-
(1) Voir lu Vie de Warren Hastings, par Macaulay.
430 APPEINDICK A LA VIE.
lement par le comté de Tainworlh, qu'il, représenta durant plusieurs années. Lié d'amitié avec la plupart des beaux esprits de son temps, il était membre de la Société Royale, et l'un des fondateurs du cercle littéraire inauguré en 1764 par Reynolds, Johnson, Rurke, Nugent, Reauclerk, Langton, Goldsmiili et sir John Hawkins, sous le nom de « Johnson's Literary Club. » Il fut élu, le 12 avril 1780, l'un des directeurs de l'Hôpital des réfugiés français. Mort à Londres, dans Saville-Row, le 12 octobre suivant, il fut enterré au cimetière de Saint-James, entre le porche de l'église et Piccadilly. Par son testament, en date du 9 octobre 1780, il laissait tous ses biens à son neveu Jean Deschamps, lils de sa sœur aînée Judith, en lui enjoignant de prendre le nom et les armes de la famille Chamier, à défaut d'héritier mâle de ce nom.
ANTOINE CHAMIER.
Il existe d'Antoine Chamier un beau portrait peint par sir Joshua Reynolds, et qui a été gravé. Celui que nous reproduisons ci-dessous est d'après la miniature d'un médaillon de famille.
1721-1801. — Judith Charnier, lie Rév. «leait Des Champs, son mari. I^enr postérité» — Pages 107, 10.
Judith Chamier, née le 23 janvier 1721, fille aînée de Daniel Chamier, (qu;ilriènie du nom), était, comme on l'a déjà vu, sœur d'Anloine, dernier rejeton de la postérité masculine de Daniel Chamier (premier du nom). Elle avait épousé, le 4 avril 1753, Jean Des Champs, alors l'un des pasteurs de l'Eglise française réformée de Londres (1).
(1) On a vu (p. 81) que Taînc^e des finq sœurs de Daniel Chamier, avait épousé un fils d'Antoine de la Faye, l'anni de Théodore de beze. D'après la Ira-
I7fil-I80l. JUDITH CHAMIEU. .fEAN DESCHAMPS. LEUa POSTÉRITÉ. -431
Né à Butzow, duché de Mecklembourg, le 27 mai 1709, Jfian Des Champs était le troisième fils de Jean Des Champs, sieur de BourniqoeUl), ministre de l'Evangile, né ;i Bergerac en Périgord, en 1667, et réfugié par suite de la révocation de l'Edit de Nantes. Il était allé d'abord à Genève ; il y avait séjourné plusieurs années, et rendu des services qui firent placer son portrait à l'Hôtel de ville, où on le voyait encore en 1775 ; puis il s'était établi à Butzow, où il remplit les fondions de pasteur français durant trente ans; enfin en 1729, il avait été appelé par le roi de Prusse, Frédéric II, à la cure de Buchholtz, tout près de Berlin, où il était mort quelques semaines après son arrivée. Il avait épousé à Genève Lucrèce de Maffée, fille d'un réfugié duDauphiné,et il avait eu d'elle huit enfants, savoir: Gabriel (2), Jacques (3), Jean (voir ci-après), Antoine (4), Sophie (5) et trois autres morts en bas âge.
Jean Des Champs fut envoyé par son père à Genève en 1723, avec son frère Jacques : ils y firent leurs études, sous les professeurs De la Bive, Calendrini, etc. (6}, et allèrent les continuer à Marbourg en 1727, en étudiant la théologie sous les professeurs Kirchmeyer et Duising, et la philosophie sous le célèbre docteur Christian WoUï, qui attirait alors de nombreux disciples à cette université. Au bout de deux ans, ils rejoignirent leur père malade à Butzow, et l'accompagnèrent bientôt à Buchholtz, où ils devaient le perdre. Jacques Des Champs fut pourvu de la place de son père. Jean demeura à Berlin, s'eraployant comme prédicateur auxiliaire, en attendant que l'occasion s'offrît à lui de prendre une position définitive.
dition de la famille Des Champs, un aïeul de Jean Des Champs avait épousé une sœur de Théodore de Bèze.
(1) Les protestants avaient à Bourniqnel un temple qui fut condamné à être démoli en même temps que l'exercice du culte y l'ut interdit, à la veille de la révocation de l'Edit de Nantes, par arrêt du conseil d'Etat du 6 octobre 1685.
(2) Gabriel Des Champs, né en 1703, quitta le service de la Prusse à la suite d'un accident qui l'avait rendu boiteux, vint en France de bonne heure, rentra dans les biens paternels, et s'établit a Rouen, où il devint contrôleur des actes, et mourut en 1778. Il avait épousé en 1726 Marie d'Eyma, de Bergerac, et en avait eu douze enfants, dont l'aîné, Jacques, administrateur des domaines, mort à Paris en 1826, est le père de deux de nos contemporains, qui se sont distingués dans les lettres, MM. Emile et Antony Deschamps. (Voir sur lui une notice nécrologique dans le Journal des Débats du 11 mai 1826.
(3) Jacques Des Champs, né en 1708, succéda à son père, comme pasteur à Buchholz, et eut un fils qui se distingua comme officier au service du grand Frédéric, et une fille qui épousa en 1763 le major du génie Le Fèvre, déjà fameux par la prise de Schweidnitz due à ses talents, et dont Frédéric faisait le plus grand cas.
(4) Antoine Des Champs, né en 1711, fit les campagnes de Silésie en 1745, en qualité de capitaine de cavalerie, dans l'armée de Frédéric le Grand, et y lut blessé à plusieurs reprises. Jl avait épousé la comtesse de Lowendall, et mourut lieutenant-général des armées de Pologne.
(5) Sophie Des Champs se maria à M. Simon, ministre de l'Evangile à Berlin. (G) On a conservé dans la famille six cahiers d'extraits de Cicéron, Virgile,
Horace, Pétrone, etc., faits en 1724 et 1725 par les deux Irèrès, Immaniorum litterarum candidatis. Ce sont des choix de pensées et d'expressions, qui attestent une lecture et une intelligence fort complète des auteurs classiques.
Eli 4737, il fut nommé, par la prolection du comte de Manteufiel, prédicateur du prince royal de Prusse à son château de Reinsberg. Peu de temps après la mort de Frédéric-Guillaume, arrivée en 1740, le nouveau roi le chargea d'enseigner la philosophie à ses deux jeunes frères, les princes Henri et Ferdinand. En 1742 il lit imprimer un Cours abrégé de la philosophie îvolfftenne qu'il dédia à son royal élève le prince Henri. Enfin, après avoir eu beaucoup à souffrir des caprices et de l'ingratitude du roi, il se décida à quitter Berlin et à chercher fortune ailleurs. Il partit le 7 juin 1746, séjourna successivement à Cassel, à Hambourg, à Amsterdam et à Rotterdam, et arriva en Angleterre le 25 mars 1747. Les circonstances ne lui furent pas tout d'abord favorables; les places étaient rares; il profita de ses loisirs involontaires pour faire connaissance avec le pays, et se rendre maître de la langue anglaise ; il traduisit en français l'ouvrage d'un membre du Parlement, qui faisait alors assez de bruit, les Obse^^vations sur la conversion de Saint Paul, par Lyttelton ; il acheva le second volume de son Abrégé de la philosophie ivolfjienne. Enfin, en avril 1749, il fut nommé pasteur de l'Eglise française de Londres, dite Chapelle royale de la Savoie (1), qu'il desservit jusqu'à sa mort, arrivée soudainement le 23 avril 1767 (2).
Il a laissé des mémoires, conservés dans la famille, et aujourd'hui en la possession de son petit-fils, M. Henry Charnier. Ces mémoires écrits de sa main en deux gros cahiers in-4° renferment beaucoup de particularités curieuses. En voici un extrait expliquant l'origine intéressante du portrait que nous donnons ici de lui.
« L'excellent graveur en pierres fines, M. Laurent Natter, Allemand de nation, mais établià Londres (3), m'avait prié de revoir son rra//e de la gravure ancienne comparée avec la moderne, qui fut publié en 1754, et de lui donner le tour et la forme nécessaires, pour qu'il parût avantageusement dans le public, notre langue lui étant peu familière. En reconnaissance de la peine que je m'étois donnée à cet égard, uniquement pour l'obliger, il me força pour ainsi dire à me laisser graver de sa main dans une cornaline de la grandeur d'une fève, et il y réussit en maître. Cet ouvrage fut
(1) Etablie près du Strand en 1661, par lettres du roi d'Angleterre, qui la placèrent sous la juridiction deTévêque de l-ondres et statuèrent qu'on y ferait usage de la liturgie anglicane en français (J.-S. Burn, p. 109). Il est singulier que Burn ait omis le nom de Jean Des Champs sur la liste des pasteurs de l'Eglise de la Savoye.
(2) Jean Des Champs a publié divers ouvrages, mentionnés dans la France protestante, et de nombreux articles dans des recueils périodiques de science et de littérature.
(3) Laurent Natter mourut en 1763 à Saint-Pétersbourg, où l'impératrice lui faisait une pension annuelle de 400 roubles.
1754-1831. JEAN-ÉzÉcHiEL [des champs-]chamier. sa postérité. 433
admiré de tous les connaisseurs, comme un chef-d'œuvre de notre gravure moderne. »
C'est d'après cette cornaline, appartenant aujourd'hui à un petit-neveu, M. Auguste Des Champs de la Tour, qu'a été fait le portrait que nous reproduisons. L'original est quatre fois plus petit.